La CAMPSA (acronyme de Compañía Arrendataria del Monopolio de Petróleos, soit : Compagnie adjudicataire du monopole pétrolier) est une ancienne compagnie pétrolière espagnole emblématique de l'histoire de l'industrie pétrolière en Espagne.
Fondée en , la CAMPSA devait assumer le monopole des opérations d’extraction, importation, raffinage, entreposage et distribution du pétrole, jugé ressource stratégique nationale par la dictature de Primo de Rivera alors au pouvoir. Dans ses débuts cependant, et encore sous la Deuxième République (1931-1936), la compagnie délaissa les activités d’exploration et de production pour se concentrer sur la commercialisation et le stockage du pétrole et de ses dérivés ; le nombre de sondages d’exploration effectués par la CAMPSA ne prit de l’ampleur qu’à partir de 1941, dans le cadre de la politique d’autarcie déployée par le jeune régime franquiste et sous l’effet de l’embargo de brut décrété contre l’Espagne par les Alliés après la Seconde Guerre mondiale.
En 1947, une nouvelle loi vint refaçonner le Monopolio de Petróleos, donnant à l’État la faculté d’octroyer des concessions portant sur les activités pétrolières industrielles à d’autres entités que la CAMPSA, mais maintenait la distribution et la commercialisation sous la tutelle exclusive de cette dernière. Une loi de remodela à nouveau le régime juridique du secteur pétrolier espagnol et autorisait désormais, tout en renforçant le rôle de l’État, l’ouverture au capital étranger des activités de prospection et de production, disposition qui permit à la CAMPSA de s’associer à Amospain, filiale de Texaco et de la Standard Oil, notamment en vue d’exploiter commercialement les gisements découverts à Ayoluengo, dans la province de Burgos, unique extraction sur terre jamais réalisée en Espagne.
Après la Transition démocratique, toutes les participations de la CAMPSA à des permis de prospection et à des concessions d’exploitation en Espagne furent cédées par une loi de 1981 à la firme semi-publique ENIEPSA. La même année, la CAMPSA, qui comportait alors un vaste ensemble d’installations de stockage et de moyens de transport, fut intégrée dans l’Institut national des hydrocarbures (INH), qui regroupait d’autres sociétés publiques du secteur énergétique et qui fonda en 1987 la société Repsol, dont la CAMPSA allait être dorénavant l’une des filiales. Les règlements de la CEE interdisant la constitution de monopoles, il fut mis un terme au monopole pétrolier en , et les actifs de la CAMPSA, dissoute en tant que société à cette occasion, furent répartis entre les différentes sociétés pétrolières opérant à ce moment-là sur le marché espagnol, tandis que « Campsa » devenait une simple marque commerciale détenue par Repsol.
Histoire Contextualisation : activité pétrolière en Espagne Par suite de la demande croissante de pétrole, des activités d’exploration avaient été engagées dans toutes les parties du monde, conduisant dans les premières années du à la découverte d’importants gisements, notamment aux États-Unis, en Iran, en Russie, en Argentine, au Canada, au Mexique, en Équateur, au Venezuela, en Irak et en Roumanie. En Espagne, des voix toujours plus nombreuses s’élevaient pour requérir l’État espagnol de mettre en marche et de stimuler la recherche de pétrole sur le territoire national. Au lendemain de la Première Guerre mondiale, l’on assista en Espagne à une véritable ruée sur le pétrole, donnant lieu entre 1920 et 1923 à la création de nombreuses sociétés vouées à la prospection d’hydrocarbures, dotées pour la plupart d’un siège social au Pays basque, principalement à San Sebastián, et s’accompagnant d’un grand nombre de requêtes de consignation au cadastre, plus particulièrement dans les provinces d’Álava, de Guipuscoa, de Biscaye, de Navarre, de Burgos et de Cantabrie. Ces sociétés de prospection avaient pour caractéristiques communes de regrouper un faible nombre d’associés (mais qui avaient accès, selon leurs propres dires, à des informations privilégiées sur la localisation de gisements), de ne disposer que d’un capital modeste (limitant leurs investissements dans la prospection), et de ne rester en activité que pendant une brève période avant leur liquidation. Dans les débuts, les travaux de prospection pétrolière étaient mis en marche dans telle ou telle zone sur la seule foi d’indices empiriques de la présence d’hydrocarbures, notamment des émanations de gaz combustibles, des roches imprégnées d’asphalte, ou même l’existence de gisements de soufre, sans guère d’étude géologique prémilinaire.
Peu à peu pourtant, au fur et à mesure que s’affinaient les techniques de détection du pétrole dans la nature, l’on se mit en Espagne à mener des études et recherches géologiques plus rigoureuses. Dans le même temps, la création de sociétés de prospection de pétrole se ralentit à partir de 1924, après que les autorités espagnoles, sur indication de l’Institut géologique d’Espagne (IGE), eurent délimité les réserves d’hydrocarbures sur l’ensemble du territoire national. Parallèlement, dans les années 1920, un grand nombre d’innovations et de développements techniques dans l’exploration pétrolière furent introduites, dont en particulier les méthodes de prospection géophysiques (électriques, gravimétriques et sismiques), permettant de mettre en évidence des réserves non détectables à la surface.
Dans la décennie 1920, différents pays européens, soucieux, pour motifs stratégiques, de garantir leur approvisionnement en produits pétroliers, mirent sur pied des compagnies pétrolières publiques. Ainsi fut créée en 1924 la Compagnie Française des Pétroles (CFP), qui, quoique regroupant des intérêts privés, était pour un tiers sous contrôle du gouvernement français, puis en 1926, à l’instigation de Mussolini, l’Azienda generale italiana petroli (AGIP), compagnie pétrolière à monopole, appartenant à l’État italien et ayant pour mission de développer l’ensemble des activités tant industrielles que commerciales liées aux produits pétroliers.
Fondation de la CAMPSA En 1917, l’on commença à débattre en Espagne de l’opportunité pour le pays de maîtriser ses ressources énergétiques. À cette époque, le marché espagnol de l’énergie était aux mains des Sept Sœurs, dont notamment la Shell, à capital britannique, et la Standard Oil, à capital américain. Cependant, la situation économique et politique internationale qui avait résulté de la Première Guerre mondiale avait mis le gouvernement de la dictature de Primo de Rivera en mesure d’exproprier les compagnies étrangères et de fonder dans la foulée une entreprise sous direction espagnole et avec l’État comme partie prenante. Primo de Rivera préconisait une politique industrielle protectionniste propre à renforcer l’industrie espagnole, et dont l’élément clef était la maîtrise des ressources énergétiques, plus particulièrement le pétrole et ses dérivés.
C’est dans cette perspective que fut créée la Compañía Arrendataria del Monopolio de Petróleos Sociedad Anónima (littér. Compagnie adjudicataire du monopole pétrolier, acronyme CAMPSA), première entreprise pétrolière publique en Espagne, conçue pour être le centre et le moteur d’un conglomérat industriel national et visant à stimuler une industrie pétrochimique et chimique capable de structurer le secteur énergétique. Jusque-là, toutes les grandes compagnies pétrolières étrangères et quelques espagnoles avaient pu agir librement sur les marchés espagnols, en important et distribuant les différents dérivés du pétrole que l’on consommait alors en Espagne.
vignette|Le Directoire civil de Primo de Rivera, dont un des membres, José Calvo Sotelo (au premier rang, à partir de la gauche), alors ministre des Finances, fut l’artisan du monopole pétrolier (). La CAMPSA fut fondée le , pendant la dictature de Miguel Primo de Rivera et sous les auspices de la loi instituant le monopole du pétrole (Ley del Monopolio de Petróleos) par Décret royal du . C’est le ministre des Finances de la dictature primorivériste, José Calvo Sotelo, qui fut chargé de réaliser la constitution de la CAMPSA. Dans une lettre qu’il adressa au roi Alphonse XIII, il lui exposa les motifs de la fondation de l’entreprise pétrolière, signalant que :
La CAMPSA allait dorénavant assumer le monopole de l’importation, de la transformation, de l’entreposage et de la distribution et vente des combustibles liquides et de leurs dérivés sur le territoire de la Péninsule et des Baléares (et non sur celui des Canaries), ainsi que de se charger d’intensifier et de stimuler « les travaux de sondage destinés à mettre en lumière les gisements de pétrole naturels dans les sous-sol de l’Espagne », encore que dans ses débuts, la compagnie ait délaissé les activités d’exploration et de production. L’action de l’État impliquait la mise sous tutelle de l’ensemble des biens, équipements et contrats d’achat et de vente de plusieurs sociétés privées (dont quelques françaises, notamment la Desmarais frères) opérant jusque-là sur le marché espagnol, mais dont l’activité s’était bornée à importer un éventail de dérivés du pétrole pour les traiter plus avant dans leurs installations.
Le fut promulgué le Décret royal annonçant le concours public devant permettre à l’administration de l’État d’attribuer la gestion du monopole pétrolier récemment mis en place. Cette adjudication échut alors à quatre grandes banques espagnoles, la Banco de Vizcaya, la Banco Hispano Americano, la Banesto et la Banco Urquijo, par quoi la totalité du capital vint à se retrouver entre des mains espagnoles, l’État espagnol s’y réservant un minimum de 30 %. La création de la CAMPSA allait bientôt se traduire par un progrès industriel de l’Espagne, principalement dans l’industrie de raffinage.
Les pays où les compagnies pétrolières lésées par cette mesure d’expropiation avaient leur siège (en particulier l’anglo-hollandaise Royal Dutch Shell et l’américaine Standard Oil, lesquelles à elles deux contrôlaient depuis 1925 la quasi-totalité du marché espagnol et près de 80 % du marché mondial du pétrole), firent en sorte qu’une campagne diplomatique soit enclenchée et maintenue contre le gouvernement espagnol et que la livraison de brut à l’Espagne soit boycottée pendant un certain nombre d’années. Le jeune État soviétique était le seul État à ne pas s’associer à cette politique de rétorsion, ce qui porta l’Espagne à négocier l’acquisition de pétrole soviétique. Ces manœuvres de déstabilisation, menées par les États-Unis et le Royaume-Uni, allaient contribuer à précipiter le renversement de la dictature primorivériste en .