vignette|330x330px|Les « jumeaux » d’El Azuzul au musée d'anthropologie de Xalapa, (Veracruz).
L’art olmèque se manifeste par une grande maîtriseBeatriz de la Fuente, dans ses recherches, a démontré l'existence du « nombre d'or », un modèle d'harmonie et d'équilibre unique, relatif à la statuaire olmèque dans Las cabezas colosales olmecas, 1975. de la sculpture et de la ciselure. Il ne sera dépassé par aucune autre civilisation précolombienneJacques Soustelle écrivait en 1979 : « Mais d'où ont-ils tirés les jadéites, les néphrites, serpentines qu'ils ont su façonner avec un art incomparable, qui n'a été probablement pas égalé et en tout cas n'a jamais été dépassé en Amérique ? Aucun peuple civilisé du Nouveau Monde n'a atteint un tel niveau dans le traitement des pierres dures. » dans Les Olmèques, 1979, .Christine Niederberger écrivait en 1987 : « […] l'impact de l'art olmèque pour reprendre l'expression de Stirling, les réalisations monumentales et la beauté, probablement insurpassée dans l'art lapidaire mésoaméricain […] allaient alors emporter l'imagination - au-delà des limites permises - de bien des esthètes et historiens d'art pour ne pas nommer les archéologues eux-mêmes. » dans Paléopaysages et archéologie pré-urbaine du Bassin de Mexico, Tomes II, 1987, .. Cette maîtrise est visible aussi bien dans l’art colossal que dans l’art mineur.
Les artistes olmèques élaboraient leur art dans l’argile, la pierre et le bois ainsi que sur quelques peintures rupestres. La création artistique de cette civilisation nous conduit à distinguer l’art monumental ou art colossal et l’art mineur ou art mobilier. Les matériaux utilisés sont le basalte et l’andésite puis la serpentine, le jade-jadéite et l’obsidienne.
La culture olmèque, entre 2500 av. J.-C. et 500 av. J.-C., première des grandes civilisations de la Mésoamérique, invente l’écriture, en utilisant les pictogrammes-idéogrammes, et le calendrier. Mais c’est sans nul doute son art exceptionnel, tant par sa richesse iconographique que par ses qualités techniques, qui est une référence« Le premier grand style artistique de la Méso-Amérique. », selon Beatriz de la Fuente dans Para qué la historia del arte prehispánico, 2006. et un héritage pour toutes les cultures postérieures. Ainsi l’écriture maya a ses racines dans le premier système glyphique élaboré par l’art olmèque. Les Toltèques, les Zapotèques jusqu’aux Aztèques et toutes les autres civilisations de l’Amérique moyenne vont se référer aux Olmèques dans de nombreux autres domaines qu’ils soient artistiques, techniques, religieux ou intellectuels.
Historiographie
L’art olmèque est inconnu jusqu’en 1862, année de la découverte fortuite de la première tête colossale à Hueyapan (Veracruz) par José María Melgar y Serrano. Il faut attendre 1925 pour découvrir d’autres mégalithes olmèques. Les spécialistes Frans Blom, archéologue, et Olivier La Farge, ethnographe, explorent la Côte du Golfe ainsi que le sud-est du Mexique. Leurs premières découvertes d’œuvres olmèques sont malencontreusement confondues avec des œuvres mayas. L’archéologue Hermann Beyer, dans les années trente, donne le terme « olmèque » à ce nouvel art. La culture et l’art olmèques sont ainsi définis et le terme est officialisé en 1942 par les olmécologues pour désigner la civilisation mère de la Mésoamérique dont les centres les plus importants connus sont La Venta, San Lorenzo Tenochtitlán, Laguna de los Cerros, Tres Zapotes et Cerro de las Mesas, dans les États actuels de Tabasco et de Veracruz, ainsi que Tlacozotitlan et Abaj Takalik situés au Guerrero et au Guatemala. Alfonso Caso et Miguel Covarrubias vont par la suite définir les traits culturels de la Mésoamérique et l’archéologue nord-américain Matthew Stirling, va mettre en évidence les sites clés de la Côte du Golfe qui feront l’objet de fouilles et de découvertes artistiques olmèques importantes.
Afin de bien comprendre l’émergence de l’art olmèque il faut spécifier que cette civilisation est à la source d’un style artistique et d’une iconographie qui s’intègre au préclassique mésoaméricain, dans la chronologie générale, entre 1200 et 500
Les premières fouilles archéologiques sur la civilisation olmèque ont révélé des pratiques rituelles sur des ossements humains. On a pu constater des mutilations dentaires et des déformations crâniennes. Ces pratiques avaient une symbolique forte et l’on peut voir sur certaines sculptures, en jade notamment, la représentation par l’artiste de ces traditions et coutumes. Concernant l’écriture, grâce à la découverte de la stèle de Cascajal, l’existence d’une écriture était en vigueur chez les olmèques dès 1200 av. J.-C. Cette stèle révèle toute son importance car il s’agit de la plus ancienne écriture découverte en Amérique. L’apparition d’une écriture olmèque (pictogrammes-idéogrammes) évoque par conséquent plus un langage qu’une simple ornementation. Il s’agit certainement d’un « langage des signes »Selon la propre formule de Caterina Magni . relevant en priorité du domaine religieux et du champ sociopolitique. L’idée d’une écriture basée uniquement sous la forme d’idéogrammes est donc à exclure.
L’art olmèque est porteur de tous ces signes que l’on peut trouver inscrits en premier lieu sur les terres cuites puis sur d’autres supports, tels que la pierre. Selon l’école française promue par Christine Niederberger et reprise notamment par Caterina Magni, la culture olmèque est un ensemble multiethnique et plurilinguistique c’est-à-dire que leur présence est attestée à des niveaux d’occupation anciens sur la Côte du Golfe, dans le Bassin de Mexico et le long de la côte pacifique dans les États du Guerrero, Oaxaca et Chiapas, mais surtout au-delà des frontières mexicaines, jusqu’au sud du Costa Rica. Les Olmèques sont pour d’autres spécialistes rattachés à la famille linguistique maya pour Michael D. Coe et mixe-zoque pour Gareth Lowe qui fait référence à la langue Popoluca, du groupe macromaya mixe-zoque, parlée par les habitants vivant sur la côte du golfe.
Architecture
L’architecture olmèque est monumentale et va s’intégrer à l’environnement.. La pyramide avec sa base quadrangulaire ou arrondie, construite en terre battue, représentait le centre cérémoniel. L'architecture des plus grands sites olmèques, à La Venta ou à San Lorenzo, est considéré comme l'exemple architectonique le plus achevé de l’Époque I. Ainsi la pyramide conique sur le site de La Venta ( de haut) ou celle de San Lorenzo ( de long sur de large), le terrain de jeu de balle, la présence d’un système de drainage, combinés à l'art monumental sont les précurseurs des sites mésoaméricains postérieurs.
Sculpture
Typologie des représentations Dans l'art olmèque la figure est très abondante. Les spécialistes analysent chaque partie de l’œuvre afin de comprendre son sens général. On peut s’apercevoir, considérant la multitude de pièces archéologiques retrouvées à ce jour, que la figure humaine est le thème principal de l’art olmèque. La deuxième place est donnée aux figures hybrides parmi lesquelles l’homme-jaguar est prédominant, alors que les œuvres animalières sont troisièmes dans ce classement. La figure olmèque se présente sous trois formes bien distinctes : la figure hybride, la figure zoomorphe et la figure anthropomorphe. Cette distinctionClassification élaborée par . n’est pas seulement qu'esthétique. Avant toute chose, il s’agit de comprendre que c’est un art religieux dans lequel l’imagerie olmèque évolue dans un ensemble hiérarchisé au sein de la relation homme-animal. La figure du jaguar est donc omniprésente, mais la figure animale est représentée sous bien d'autres formes (serpent, aigle, cerf, singe, poisson).
Figure hybride
Caterina Magni a élaboré un tableauOn peut lire ce tableau de la façon suivante : dite d’extrêmes qui concerne l’alliance, la parenté et l’antagonisme et situation dite d’intermédiaires qui regroupe l’identification, la métamorphose, l’échange d’apparence au moyen du déguisement . qui permet de comprendre les différentes situations ou évolutions de l’homme à l’animal et inversement de l’animal à l’homme. Ces manifestations artistiques suggèrent une reconnaissance méthodique de la relation homme-jaguar et de sa réciproque jaguar-homme. Le meilleur exemple est celui de l’image du were-jaguar, où l'apparence humaine et la figure de l'animal s’imbriquent intelligemment.
Des spécialistes vont affirmer que les caractéristiques communes sur les figures et les masques olmèques sont en fait les traits d’un félin, notamment celui du jaguar. Ces représentations artistiques montrent par conséquent à quel niveau les relations homme-jaguar et jaguar-homme sont essentielles dans la culture olmèque. L’image du were-jaguar est une figure mythique et majeure de l’art olmèque dont les traits anthropomorphes et zoomorphes s’unissent pour former une créature hybride. Le were-jaguar est un motif récurrent de l’art olmèque. Il s’agit d’une transformation humaine en jaguar. Maintes fois sculptées sur de nombreux supports et aussi incisées sur des haches en jade, les représentations du were-jaguar montrent une variété de modèles et de sujets bien plus vastes que ceux représentant la figure dite du baby-face ou les figures masculines en jade à la déformation crânienne. Ainsi la figure du were-jaguar peut aussi bien montrer une transformation humaine en jaguar que le contraire. De même, il y a plusieurs figures du were-jaguar, où le sujet semble être dans une étape de la transformation. Pour le were-jaguar, ou de façon plus générale les transformations de la figure animale et humaine, il convient de dire que ces figures qui décrivent cette transformation sont pour certains spécialistes la représentation d’hommes avec des masques d’animaux ou des costumes d’animaux comme l’aigle, le crocodile et le serpent. Peter David JoralemonJoralemon, 1971., par exemple, va identifier sur la statue du « Seigneur de Las Limas » huit éléments spécifiques au were-jaguar. Le thème de la figure hybride est donc vaste et complexe pour être décrit de façon générale. Il conviendrait de faire une analyse précise de chaque œuvre pour décrire la transformation.
Figure zoomorphe
Le félin est le premier grand prédateur de l'imagerie mésoaméricaine à partir de l'art olmèque, puis viennent d’autres grands prédateurs comme le serpent et l’aigle. Les proies (cerfs, singes et autres petits mammifères) sont minoritaires par rapport aux carnassiers. Au-delà des représentations zoomorphes naturalistes, il y a une prédilection pour l’hybridation des formes.. D'après Magni., la créature composite ou fantastique montre « l'inclination à l’artifice et au syncrétisme » ; la créature composite est « une image de synthèse créée par la combinaison de formes et/ou d’attributs-clés, en nombre variable, empruntés à différentes espèces animales ».
L’art olmèque obéit à des règles précises qui permettent, toujours selon Magni. de classer les figures animales selon trois caractéristiques : les animaux à caractère félin, les animaux à caractère reptilien et les animaux à caractère félino-reptilien. Cette classification s’opère de la même façon pour la figure anthropomorphe avec les figures féminines, les figures masculines qui sont plus rares et les figures asexuées qui sont les plus nombreuses.
Figure anthropomorphe vignette|Statue en jadéite du « Seigneur de Las Limas ». On distingue des figures féminines, des figures masculines exceptionnellement, des personnages asexués et des figures qui semblent représenter des fœtus humains.