Les Samis, ou Sames, sont un peuple autochtone d'une zone qui couvre le nord de la Suède, de la Norvège et de la Finlande ainsi que la péninsule de Kola en Russie connue sous le nom de Laponie. Leur endonyme, Saami dans leur propre langue, est également parfois écrit Sámi, Sames, Samés ou encore Sâmes. Les Samis parlent des langues sames.

Ce peuple est souvent nommé Lapons, mais ce terme est non seulement un exonyme, mais aussi originellement péjoratif, issu de la racine lapp, qui signifie « porteur de haillons » en suédois.. De même, ils appellent leurs terres ancestrales Sápmi et non Laponie.

Les activités traditionnelles des Samis étaient autrefois la pêche et l'élevage de rennes, mais aujourd'hui seule une minorité des en vit encore.

Évolution de la zone de peuplement Notion de territoire Pour les Samis, le territoire n'a pas exactement le même sens que dans la pensée européenne courante. Les Samis ne s'intéressent pas aux cartes géographiques car ils estiment qu'un territoire n'est pas simplement l'objectivation d'une aire, codifiable et communicable à volonté. Ils considèrent que le territoire ne peut être appréhendé qu'en étant vécu de l'intérieur. Ainsi, chaque repère géographique, comme une rivière par exemple, n'a du sens qu'à travers les activités et les souvenirs qui y sont associés, ce qui explique que chaque élément naturel ait son propre chant joik. Le joik est une manière de rendre présent le lieu évoqué, d'invoquer la perception d'un ailleurs.

Répartition géographique La répartition géographique des Sames a évolué au cours du temps. Les populations sames habitaient très probablement dans la zone de l'Oural, l'origine des langues finno-ougriennes dont le sames fait partie ; la présence d'ADN Nganasan à hauteur de plus ou moins 25 % et de l'haplogroupe du chromosome Y N1, clairement sibérien, confirme cette théorie. À partir de l'âge du bronze, les Sames occupaient la région qui va des côtes du Finnmark à la péninsule de Kola. C'est de la même époque qu'est datée l'arrivée de génome sibérien en Estonie et en Finlande, ce qui correspond probablement à l'introduction des langues finno-ougriennes dans la région.

Au début de l'ère commune, les Samis descendent vers le sud de la péninsule scandinave, jusqu'à la région de Vilhemina en Suède et le nord du Trøndelag en Norvège. Dans le golfe de Finlande des lieux-dits tels que Lapinlahti et Lappviker portent la marque de peuplement sami. La progression vers le sud se poursuit, et le poète et auteur islandais médiéval Snorre Sturlasson parle de Samis installés dans le Hadeland et dans le Dovre.

Aux , des Sames vivent à Alen, Tonset et Finnliene, ainsi que dans les régions proches du lac Saimaa et du lac Ladoga, dans la province de Savo et à Suomussalmi..

Études génétiques Des études récentes plus précises utilisant confirment une contribution génétique significative d'une moyenne de 6 % provenant de l'Asie de l'Est chez les Samis. Bien que la part réduite des haplotypes asiatiques indique que cet événement a eu lieu il y a très longtemps, il a été possible d'établir que cette signature génétique est très similaire à celle de l'ethnie turcophone des Iakoutes, vivant en Sibérie orientale.

Ces études permettent également d'améliorer la compréhension sur l'. Les chercheurs avancent une date de pour l'arrivée de l'ascendance sibérienne dans la région. Les résultats suggèrent néanmoins plusieurs vagues de migrations successives issues de Sibérie. D'après les individus étudiés, il semblerait qu'à l'Âge du fer, les populations du centre de la Finlande étaient plus proches des Sames actuels que des Finlandais. Ces résultats suggèrent que la population same s'étendait dans le passé sur une plus grande région vers le sud Ancient Fennoscandian genomes reveal origin and spread of Siberian ancestry in Europe, Nature Communications, , Article numéro: 5018, .

Histoire Préhistoire Les premières traces humaines des régions septentrionales de la Fennoscandie remontent à environ. Personne ne peut affirmer que ces premiers habitants étaient identiques aux Samis d'aujourd'hui mais, dans le sillage de la thèse dont l'écrivain et philosophe suédois Erik Gustaf Geijer, au début du , était l'un des partisans, certains historiens conviennent que la culture same descend de celle de ces premiers habitants et qu'elle s'est enrichie, au fil du temps, de contacts avec plusieurs autres cultures. Cependant, de récentes études génétiques montrent que l'arrivée des Samis en Fennoscandie date de l'âge du Bronze.. D'autres études laissent penser que les habitants de la Finlande d'avant cette migration étaient liés à la culture de la céramique cordée., qui couvrait un vaste espace allant de l'Allemagne à la moyenne Volga, culture dans laquelle on s'accorde à reconnaître des Indo-Européens déjà dialectalisés (les deux autres foyers étant, aux âges des Métaux, le « complexe balkano-danubien » et l'horizon culturel Yamna). Les populations locales étaient génétiquement très proches des Indo-Européens de Yamna (qui ne représentent que des Indo-Européens déjà dialectaux). Les rapports des premiers Indo-Européens et des proto-Ouraliens sont beaucoup plus anciens. Les migrations indo-européennes résultent de mouvements débutés au Mésolithique, mettant en jeu des populations de chasseurs-cueilleurs et pêcheurs européens du Nord et, plus récemment, d'agriculteurs du néolithique. (l'agriculture apparaîtra en Finlande avec les Indo-Européens protohistoriques). Les proto-Sames peuvent résulter de l'acculturation linguistique d'un peuple est-sibérien au profit de l'ouralien.

Les Sames de Kjelmøya, île proche de Kirkenes fouillée au début du , vivaient, autour de 300-400, de manière semi-nomade: chasse dans les terres l'hiver, pêche dans les fjords l'été., c'est-à-dire une inversion par rapport au rythme de l'âge de la pierre local, tandis que les méthodes d'ensevelissement et les outils retrouvés leur correspondent.

Moyen Âge Leur mode de vie partiellement nomade laisse peu de traces archéologiques mais quelques villages de chasseurs-pêcheurs sont découverts sur les côtes suédoises, remontant pour les plus anciens au début du . D'après les objets identifiés, les croyances reposaient sur une vision animiste du monde, considérant la nature comme source de toute vie. Ils recouraient à des pratiques chamaniques ainsi qu'à des sacrifices lors de leurs rituels. Avec le développement de l'économie rurale dans les autres régions de la Scandinavie, les populations du sud remontent et intègrent les sames à leur réseau commercial..

Ils entretiennent des relations commerciales et politiques avec les vikings, notamment dans le nord de la Norvège. Les récits d'Ottar du Hålogaland témoignent de la nature de certains échanges. Ils lui versent un tribut sous forme de fourrures, d'ivoire de morse. Le rôle des Samis, dans le commerce viking, n'est donc pas négligeable...

Au les Vikings ont commencé à se déplacer vers la Laponie et à lever des impôts en nature (peaux de bêtes) chez les Sâmis.

En 1542, le roi suédois décida que toutes les terres au nord de son royaume, selon lui inhabitées, appartenaient à la couronne suédoise.

En 1636 commence l'exploitation minière de la Laponie par la Suède. Des Samis sont forcés de transporter le minerai extrait sur leur traîneaux, dans des conditions cauchemardesques. Cela provoque l'exode d'une partie de la population vers la Norvège.

En 1673, le roi de Suède encourage ses sujets à coloniser les régions du nord.

Évangélisation Les premières églises sont construites sur les terres samies vers 1100. L’œuvre de conversion s'intensifie à partir du . On imprime à Stockholm, pour la première fois en 1619, sous le règne du roi Gustave Adolphe, des livres en same : le catéchisme, les principales prières de l'église luthérienne, les Psaumes de David, les Évangiles, les Proverbes de Salomon. Ces livres sont traduits de suédois en same et la comparaison des éditions, dans chaque langue, fournit de précieuses informations sur chacune d'entre elles.

En Norvège, qui est alors unie au Danemark, l'évangélisation est dynamisée par Thomas von Westen, qui devient en 1714 le principal responsable du Collège des Missions, à Copenhague.

Le Mémorial de Steilneset (2011) commémore la mort de plus de 150 Samis exécutés à partir de 1621 pour sorcellerie.

Au , la révolution industrielle provoque une augmentation de la demande en minéraux divers et en charbon.

En 1886, la Suède vote une « loi sur l'élevage des rennes » qui interdit aux Samis de posséder des terres ou des droits d'utilisation de l'eau. Cette même loi définit légalement un Sami comme quelqu'un dont le revenu principal est lié à l'élevage de rennes et sur des bases généalogiques..

En 1903, un chemin de fer est construit par la Suède pour relier Kiruna et ses mines, au port de Luleå sur la mer Baltique, et à celui de Narvik en Norvège sur la côte de la mer de Norvège.

En 1920, un accord entre la Suède et la Norvège interdit aux éleveurs de faire traverser la frontière entre leurs pays à leurs troupeaux.

Le développement de l'énergie hydroélectrique en Suède et dans les autres pays de la péninsule fennoscandienne dans les années 1950-1960, a été surtout synonyme de davantage de concurrence pour la maîtrise foncière pour les Samis.

La Norvège, en ratifiant la convention 169 de l'OIT de 1989, a officiellement reconnu aux Samis, en tant que plus anciens habitants des régions nord de la Fennoscandie, le caractère de « peuple autochtone de Norvège »La Convention relative aux peuples indigènes et tribaux, adoptée par l'Organisation internationale du travail, le a pour objectif d'assurer l'égalité des droits sociaux, économiques et culturels, le respect de l'identité sociale et culturelle, des coutumes et traditions et des institutions des peuples indigènes qui constituent une minorité dans l'État auquel ils appartiennent. Les États qui ratifient la convention s'engagent à aider les peuples auxquels ils reconnaissent cette qualité à réduire les éventuels écarts économiques qui existent entre leurs membres et le reste de la population, d'une manière compatible avec leurs aspirations et leur mode de vie. La Norvège est le seul pays qui a ratifié la convention , de l'OIT. La Suède, la Finlande et la Russie ne l'ont pas fait..

En Norvège, en Suède et en Finlande, des parlements samis ont été mis en place respectivement en 1989, 1993 et 1996. Ils visent à faire remonter les revendications des communautés samies auprès des gouvernements nationaux. Les membres de ces parlements sont démocratiquement élus par les Samis.

Rapatriement d'objets et de restes humains en Laponie vignette|Crâne de Lapon : illustration tirée du livre Voyages de la Commission scientifique du Nord, en Scandinavie, en Laponie, au Spitzberg et aux Feröe, 1852. Depuis la fin des années 1990, les Samis obtiennent occasionnellement le rapatriement d'objets cérémoniels ou artisanaux. Ceux-ci avaient été collectés au par les Suédois pour des motifs « scientifiques », et conservés dans des musées. De même, considérés comme précieux pour la recherche en biologie raciale, de nombreux restes humains de Samis avaient été déterrés à la demande d'université. À l’époque, les membres de cette minorité étaient jugés inférieurs à « la race nordique »..

En 1997, après plusieurs refus, les crânes des deux responsables décapités d’un soulèvement sami en 1852 sont officiellement réinhumés. D’autres rapatriements de petite ampleur − deux ou trois crânes à la fois − se sont ensuite succédé. En 2019, à l'occasion de la journée internationale des peuples autochtones, 25 crânes sont réinhumés dans la commune suédoise de Lycksele.

En mai 2025, deux nouveaux crânes sont rapatriés dans le cimetière de Gammelstad, en Laponie suédoise.

Sources