vignette|Fonctionnement de la concordance des temps à l'indicatif L'imparfait de l'indicatif est un tiroir verbal de la conjugaison des verbes français. Son nom provient du latin imperfectus, signifiant : inachevé, incomplet. L'imparfait est un temps simple du mode indicatif, c’est-à-dire qu'il présente une action réelle et la situe dans le temps. Il existe également un imparfait du subjonctif en français.
Origine et phonétique évolutive L'indicatif imparfait du français trouve son origine dans l'indicatif imparfait latin. +Latin classiqueAncien françaisFrançais classiqueFrançais contemporainamābamameie, amoie, amöeaimoisaimaisamābāsaimoisaimaisamābatameit, ameit ; amout, amotaimoitaimaitamābāmusamiiens, amiens, amionsaimoyonsaimionsamābātisamiiez, amïezaimoyezaimiezamābantameient, amoient, amöentaimoyentaimaient Des états de prononciation anciens peuvent encore se retrouver aujourd'hui dans certaines langues d'oïl filles de l'ancien français. On peut notamment retrouver le phonème b latin ayant subi un bêtacisme en wallon liégeois ou namurois ou la diphtongaison "ouè" dans certaines variétés méridionales du picard. +Picard (sud) voir par exemple, Alain Dawson, Le picard de poche, Assimil évasion (2003) et Le "Chtimi" de poche (2004) - Jean-Pierre Calais, Wallon (Liège) -oé -éve [eːf] -oé -éve [eːf] -oé -éve [eːf] -oèmes -îs [iː] -oètes -îz [iː] -oëtte -ît [iː]
Utilisation On classe traditionnellement les usages de l'imparfait en deux catégories : temporel et modal. Dans la première, l'imparfait situe le procès exprimé par le verbe dans le passé, sauf dans le cas de la concordance des temps. Ses emplois modaux semblent plutôt exprimer un décalage avec la réalité (hypothèse, situation imaginaire) ou une attitude particulière vis-à-vis de l'interlocuteur (usage hypocoristique par exemple).
Emploi en tant que temps du passé L'imparfait présente l'action dans son déroulement, en cours d'accomplissement ou répétée durant un moment du passé connu de tous les participants à l'échange linguistique, même s'il s'agit d'une connaissance tacite. C'est une des différences avec le passé composé, qui lui peut exprimer qu'un événement a eu lieu à un moment inconnu du passé. En évoquant un étranger qui parle français, on peut dire : Il a appris le français, même si on n'a pas la moindre idée de quand cet apprentissage a eu lieu. En effet, en l'absence de complément de temps explicite, le passé composé, à l'origine présent accompli, signifie naturellement : l'événement s'est accompli avant le moment d'énonciation, donc dans le passé. Par contre, Il apprenait le français n'a de sens que si l'on sait de quel moment on parle.
Dans la mesure où son temps de référence est en principe dans le passé, l'imparfait de l'indicatif indique souvent que l'événement n'appartient plus / pas à l'actualité de l'énonciateur, qu'il s'agit d'une période révolueMartin Howard, «Les contexts prototypiques et marqués de l'émploi de l'imparfait par l'apprenant du français langue étrangère», p. 182 dans Emmanuelle Labeau, Pierre Larrivée (textes réunis par), Nouveaux développements de l'imparfait, coll. « Cahiers Chronos » (no 14), 2005. C'est pourquoi on l'utilise volontiers pour évoquer les états anciens, mettre le passé en contraste avec le présent : quand je faisais mes études en France, je travaillais dans un bureau en même temps ; avant, je faisais beaucoup de sport. Depuis que j'ai un ordinateur, je passe mes fins de semaine assis
Il est souvent employé en toile de fond d'un événement au passé simple ou au passé composé : parler d'un événement à l'imparfait, c'est placer cet événement à l'arrière plan ; en employant le passé simple ou le passé composé, on met, au contraire, l'événement au premier plan ; le moment où a lieu cet événement de premier plan est le temps de référence de l'événement à l'imparfait. À l'époque, il des cours de musique ; un jour où son professeur, énervé, le au visage.
Emplois sans référence au passé Marc Wilmet. fournit divers exemples d'emploi de l'imparfait sans référence au passé : je vous demander un petit service (= je viens ; atténuation) ; sans la présence d'esprit du mécanicien, le train (= aurait déraillé ; imaginaire) ; si j' riche, je m'achèterais une Rolls Royce (condition ; irréel du présent) ; Galilée soutint que la Terre autour du soleil (gnomique, discours rapporté) ; on m'a assuré que vous bon médecin : guérissez-moi (= que vous êtes ; discours rapporté).
Contrairement aux exemples précédents, communément compris et utilisés, l’imparfait hypocoristique, bien qu'attesté par de nombreuses sourcesPropos sur l'imparfait, de Jacques Drillon, Zulma, 1999. Rééd. Points Seuil, 2010., est plus discuté, connu de certains locuteurs seulement, et plus difficile à interpréter. Il peut être employé notamment lorsqu'on s'adresse à un petit enfant ou à un animal domestique (qui ne sont donc pas en mesure de répondre) : oh qu'il mignon le bébé ! (= qu'il est mignon) ; il plus de pupuces. Il plus de pupuces, vous savezLangage pour chien, sketch de Roger Pierre et Jean-Marc Thibault (la première phrase, hypocoristique, s'adresse au toutou, la seconde, « objective », à un interlocuteur humain adulte).
Un emploi dit « ludique » ou « préludique » mettant en place une situation imaginaire de jeu est aussi attestéBanque d'aide linguistique - Gouvernement du Québec.. Le conditionnel peut aussi être utilisé de cette manière.
j' le professeur et tu l'élève. Je te d'écrire des mots et tu les .
On peut mentionner aussi l'imparfait des commerçants ou « imparfait forain », dont la valeur semble mi-temporelle, mi-modale : qu'est-ce qu'il lui à la petite dame ? (= Que désirez-vous, Madame ?).
Il est peut-être lié à l'imparfait d'atténuation — politesse parfois utilisé pour solliciter une réponse ou un service : je vous poser une question ; je chercher un livre commandé par téléphone mardi dernier.
Emploi narratif L'imparfait est parfois employé dans la littérature à la place des temps de narration habituels tels que le passé simple ou le présent « Imparfait narratif et imparfait de nouvel état en français », J.-P. Desclés. : c'est par exemple une des caractéristiques du style de Georges SimenonEmmanuelle Labeau, « L'imparfait dans la narration chez Simenon : une dérive aspectuelle ? », in Le Langage et l'homme, 2005, vol. 40, nº 1, , mais aussi de Marcel Proust.
« Quelques instants plus tard, Maigret descendait l’escalier, traversait le salon aux meubles disparates, gagnait la terrasse. » (La Nuit du carrefour)
Conjugaison Formation de l'imparfait Pour former l'imparfait, on utilise le radical du verbe à la première personne du pluriel au présent de l'indicatif. On ajoute à ce radical les terminaisons de l'imparfait. Exemple : nous aimons donne J' aim-ais, -ais, -ait, -ions, -iez, -aient. Il existe une seule exception, le verbe être, dont le radical de l'imparfait est ét- ; en revanche, les terminaisons sont les mêmes que pour tous les autres verbes. Par ailleurs, pour maintenir le son terminant le radical, le c prend une cédille (c–ç) et le g est suivi d'un e (g–ge) devant les terminaisons en a.
Exemples Verbes du premier groupe Aimer J'aimais Tu aimais Il, elle, on aimait Nous aimions Vous aimiez Ils, elles aimaient
Lancer (-cer, c–ç) Je lançais Tu lançais Il, elle, on lançait Nous lancions Vous lanciez Ils, elles lançaient
Manger (-ger, g–ge) Je mangeais Tu mangeais Il, elle, on mangeait Nous mangions Vous mangiez Ils, elles mangeaient
Verbes du deuxième groupe Finir Je finissais Tu finissais Il, elle, on finissait Nous finissions Vous finissiez Ils, elles finissaient
Verbes du troisième groupe Sortir Je sortais Tu sortais Il, elle, on sortait Nous sortions Vous sortiez Ils, elles sortaient
Auxiliaires Avoir J'avais Tu avais Il, elle, on avait Nous avions Vous aviez Ils, elles avaient
Être J'étais Tu étais Il, elle, on était Nous étions Vous étiez Ils, elles étaient
Formes en -o- Autrefois, les terminaisons de l'imparfait s'écrivaient avec un « oi » au lieu de « ai » (et se prononçaient « oué »). La réforme orthographique consistant à écrire « ai » pour « oi », notamment pour les imparfaits, a été préconisée par quelques grammairiens et auteurs du (Berain, Milleran), puis au (de Vallemont, Girard), mais elle a été surtout promue par Voltaire. Il la met en œuvre en 1734 pour les substantifs, puis en 1752 pour l'imparfait.
Bien que contestée, notamment par d'Alembert, la nouvelle orthographe se répand néanmoins et est consacrée dans le Dictionnaire critique de Jean-François Féraud en 1787. Les éditeurs Didot l'adoptent en 1798 et les formes en « oi » finissent par disparaître lors de la réforme de l'orthographe française de 1835Ferdinand Brunot, Histoire de la langue française, tome VI, , pp. 961-963, Armand Colin, 1966..
J'étois Tu étois Il, elle, on étoit Nous étoyons Vous étoyez Ils, elles étoyent
Notes et références
Voir aussi
Articles connexes Indicatif en français Morphologie du verbe français
Liens externes Louis de Saussure et Bertrand Sthioul, « Imparfait et enrichissement pragmatique »
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