thumb|Le drapeau fédéraliste, représentant un E vert, a été longtemps utilisé par le Mouvement européen. Il reste aujourd'hui en usage chez les fédéralistes européens.
Le terme de fédéralisme européen désigne le courant politique visant la construction d'une Europe fédérale, comme le projet de fédération européenne de Robert Schuman.
Il se distingue des courants confédéralistes (appelés parfois unionistes), partisans d'une simple coopération inter-étatique, en cela qu'il considère que l'union de l'Europe n'a de sens que par l'exercice en commun de la souveraineté au niveau européen (pour les domaines où ce partage de souveraineté est nécessaire) et par la création d'une autorité politique européenne issue d'un processus démocratique. Il s'oppose au souverainisme qui prône l'affaiblissement, voire la disparition des institutions européennes communes.
Les organisations se réclamant du fédéralisme européen ont eu une influence significative entre 1945 et la création des Communautés européennes, et moindre depuis.
Origines
Matrice conceptuelle Proudhon, Hamilton et Kant sont reconnus comme influences du fédéralisme européen..
Premières initiatives
1849 : Victor Hugo, lors de son discours au Congrès international de la Paix à Paris, soutient la création des États-Unis d'Europe pour mettre définitivement fin à la guerre. Il fera un discours similaire en 1871. 1869 : Rudolph Virchow fait une demande pour limiter les dépenses militaires de la Confédération d'Allemagne du Nord et le désarmement général, la résolution des conflits par l'arbitrage international et la création des États-Unis d'Europe. 1923 : Richard Nikolaus de Coudenhove-Kalergi publie PanEurope 1929 : Aristide Briand fait des propositions à la Société des Nations : le Mémorandum sur l'organisation d'un régime d'union fédérale européenne 1930 : Alexandre Marc fonde Ordre Nouveau 1935 : Publication du livre Le pacifisme ne suffit pas de Lord LothianPhilip Kerr. 1938 : fondation de Federal Union au Royaume-Uni.
Fédéralisme européen dans la Résistance 1941 : Altiero Spinelli et Ernesto Rossi écrivent à Ventotene le Manifeste pour une Europe libre et unieLe manifeste de Ventotene sur www.cvce.eu. où ils attribuent à l’État national la cause de la guerre et déclarent comme priorité stratégique pour l'après-guerre la lutte pour la fédération européenne plutôt que la transformation de l’État national. En Allemagne, à Munich, les étudiants du mouvement « La Rose blanche » prennent position pour une fédération européenne pendant la guerre. Ses dirigeants seront exécutés. 1943 : fondation du Mouvement fédéraliste européen à Milan. Il adopte le manifeste de Ventotene comme programme. 1944 : fondation à Lyon du Comité français pour la fédération européenneDéclaration du Comité français pour la fédération européenne sur www.cvce.eu.. Printemps 1944 : réunion à Genève des délégués des mouvements de résistance de plusieurs pays européens pour discuter du projet de fédéralisme européen. : Déclaration des résistances européennes issue de ce projet.
Fondation des mouvements fédéralistes dans l'après-guerre Septembre 1946 : discours de Zurich de Winston Churchill et rencontre d’Hertenstein Décembre 1946 : Fondation de l’Union européenne des fédéralistes (UEF) à Paris. Février 1947 : création du Mouvement pour les États-Unis socialistes d’Europe (plus tard renommé Mouvement Socialiste pour les États-Unis d'Europe)Archives du Mouvement Socialiste pour les États-Unis d'Europe et L’Europe des 25 et le mouvement social, par Wilebaldo Solano.. Autres mouvements créés : United Europe Movement (Winston Churchill), Nouvelles équipes internationales. Août 1947: premier Congrès de l'« Union européenne des fédéralistes » à Montreux (Suisse), discours inaugural de Denis de Rougemont. Novembre 1947 : création d’un comité de coordination. Mai 1948 : Organisation du Congrès de La Haye, clivage entre fédéralistes et unionistes. Octobre 1948 : fondation du Mouvement européen avec la participation des fédéralistes.
Historique Naissance des Communautés européennes et bataille de la CED La naissance de la CECA à la suite de la déclaration Schuman, laquelle mentionnait l'objectif de « la Fédération européenne »Déclaration officielle du gouvernement français, corrigée de la main de Robert Schuman, 9 mai 1950.., puis en 1957 la création de la CEE suscitera au sein des fédéralistes un clivage entre constitutionnalistes et fonctionnalistes. Les premiers souhaitent la création d'une fédération européenne dans le cadre d'un processus démocratique où une assemblée élue rédigerait une constitution pour l'Europe. Les seconds acceptent que les progrès vers le fédéralisme se fassent progressivement à travers les institutions supranationales existantes, en s'assurant d'abord du succès des Communautés européennes, même si celles-ci sont limitées à des aspects économiques.
La « bataille » pour la Communauté européenne de défense laisse entrevoir la possibilité de voir les deux approches aboutir puisque l'intégration dans un domaine limité, la défense, implique la création d'une autorité politique. Un projet de traité de Communauté politique européenne sera d'ailleurs élaboré par une assemblée ad-hocArticle sur les travaux de l'Assemblée ad-hoc par Jean-Pierre Gouzy. mais partagera l'échec du projet CED.
Division des fédéralistes 1956 : Scission des Néerlandais et des Allemands de Europa Union et création du centre d’Action européenne fédéraliste (AEF). En France, La Fédération (Mouvement fédéraliste français) s'y rattache. L’UEF prend le nom de Mouvement fédéraliste européen en 1959. Le Congrès du peuple européen : l'UEF mène alors cette action qui vise à la contestation du processus communautaire et à la revendication d’une assemblée constituante. Il s'agit de faire élire par les citoyens sollicités lors d'actions de rue une assemblée constituante officieuse. L'action se poursuit de 1957 ( électeurs) à 1960 ( électeurs) mais cessera faute de moyens. Trois orientations partagent le MFE (ex-UEF) dans les années 1960, marquées par l'arrivée au pouvoir en France du régime gaulliste très hostile aux thèses fédéralistes. Mario Albertini fonde le courant Autonomie fédéraliste qui refuse tout partenariat extérieur. Un second courant prône la coopération avec les autres forces pro-européennes notamment le Mouvement Européen. Enfin, Altiero Spinelli souhaite la fin de la neutralité et virage à gauche, orientation qui s'avérera majoritaire.
Réunification des fédéralistes Les deux organisations continuent malgré la scission à mener des actions communes. Les membres de l'AEF participeront donc à la préparation d'une « Charte fédéraliste » qui sera adoptée lors du Congrès de Montreux de 1964 du MFE. Ce texte est nettement influencé par le fédéralisme intégral d'Alexandre Marc (les fédéralistes opposent, au fédéralisme intégral ou « global » qui s'intéresse à l'ensemble des questions politiques et sociale, le fédéralisme dit « hamiltonien » qui ne s'intéresse qu'à l'organisation des institutions politiques).
Mario Albertini, minoritaire, lance hors du MFE une action intitulée le « Recensement du peuple fédéral européen » sur un principe proche du Congrès du peuple européen.
AEF et MFE fusionnent dans l’Union des fédéralistes européens en 1972-1973. Les Jeunes Européens fédéralistes, organisation de jeunesse autonome, est fondée à la même époque. L'UEF se réoriente sur la réforme de la CEE et l’élection au suffrage universel direct du Parlement européen.
Campagnes Cette campagne avait été lancée en février 1967 par le MFE. Elle consistait notamment en des pétitions auprès des parlementaires. Le projet est soutenu en France avec une proposition de loi de François Mitterrand en 1968. Une loi d’initiative populaire en est initiée en Italie en 1969. La décision est prise en décembre 1974 lors d'un sommet des chefs d'État et de gouvernement qui crée aussi le Conseil européen et l'acte juridique signé le . L'UEF mène alors une action auprès des partis pour un programme européen. Les fédéralistes espèrent alors que la légitimité nouvelle donnée au Parlement européen lui permettra de relancer la construction européenne. Cet espoir est aussi la crainte de leurs adversaires exprimée notamment dans l'appel de Cochin. De fait, le Parlement européen adoptera le projet Spinelli en 1984.
Les campagnes suivantes menées par les mouvements fédéralistes porteront d'une part sur l'adoption d'une monnaie unique, qui sera retenue avec le traité de Maastricht et deviendra l'euro.
Une importante campagne pour la réalisation d’une Constituante européenne en vue de réaliser un Traité Constitutionnel européen, est réalisée par l’UEF (Union des Fédéralistes Européens) dans plusieurs pays membres de l’UE en 1997 et 1998, ainsi un numéro spécial en 1998 du bulletin d’information sur la Campagne fédéraliste est réalisé pour l’important événement du anniversaire du Congrès de La Haye de 1948 par Claudio d’Alelio Marescotti, Responsable pour le Groupe Communauté Européenne-UEF, de la campagne. Puis une campagne pour une Constitution européenne, marquée par une grande manifestation, lors du Conseil européen de Nice en décembre 2000.
Conceptions du fédéralisme européen
Fédéralisme exécutif Pour Jürgen Habermas, il s'agit du modèle en vigueur en Europe au moment où il écrit son livre fin 2011. Dans ce modèle, les décisions sont prises au Conseil européen où les élites politiques veulent négocier à huis clos et font tout pour éviter que les débats ne viennent sur la place publique. Pour Habermas inverser cette situation imposerait aux élites d'une part de dire et d'autre part de passer d'une union économique à une union politique.
Constitution de l'Europe selon Jürgen Habermas Il ne s'agit pas à proprement parler d'un modèle fédéral pur où la citoyenneté s'exprime essentiellement au niveau fédéral, il s'agit plutôt selon les termes de l'auteur d'une . Pour la comprendre, il faut d'abord étudier la perception qu'a Habermas du monde actuel ainsi que de la souveraineté. Pour lui, la mondialisation et la fin du capitalisme intégré ont conduit les États à perdre une grande partie de leur capacité de régulation des marchés ainsi que de leurs capacités à impulser la croissance. Par ailleurs les inégalités ont crû et les États n'ont pu maintenir un certain niveau social qu'en recourant à l'endettement. La crise financière de 2008 a mis un terme à ces politiques. Aussi, pour pouvoir peser dans la régulation mondiale les pays européens isolés n'ont pas le poids suffisants et ont donc intérêt à s'unir. Il convient de signaler que de façon plus large, le projet de Habermas s'inscrit dans une perspective kantienne de .
Dans l'économie de ce projet, il est important de faire la distinction entre la souveraineté du peuple et la souveraineté de l’État. Pour Habermas, les fusionner conduit à une réification, on pourrait dire aussi une chosification, de la souveraineté du peuple. L'intérêt de cette distinction est que la souveraineté du peuple s'exercera à deux niveaux, celui de l’État et au niveau fédéral. L'intérêt de cette façon de faire est double : il est possible de traiter de façon démocratique (i.e avec la participation des citoyens) des problèmes importants à l'échelon européen tout en laissant le monopole de la force au niveau du pays.
Globalement, Habermas trouve bonne la primauté actuelle du droit européen sur le droit national. Concernant les institutions, il est très critique envers le Conseil européen qui, selon Claudio Franzius qu'il cite, car ses décisions manquent de légitimité démocratique. En ce qui concerne la Commission européenne, actuellement responsable uniquement devant le Parlement, il la souhaiterait responsable à la fois devant le Parlement européen, représentant les citoyens, et devant le Conseil des ministres, représentant les États. Enfin, les élections au Parlement européen manquent selon lui d' et devraient s'européaniser.