L'histoire des bibliothèques commence avec les premiers efforts d'organisation des collections de documents. Les sujets d'intérêt incluent l'accessibilité de la collection, l'acquisition de matériaux, les outils de classification et de recherche, le commerce du livre, l'influence des propriétés physiques des différents matériaux d'écriture, le rôle dans l'éducation, les taux d'alphabétisation, les budgets, le personnel, les bibliothèques pour les publics ciblés, l'architecture, les modes d'utilisation et le rôle des bibliothèques dans le patrimoine culturel d'une nation, ainsi que le rôle du gouvernement, de l'église ou du parrainage privé.
À partir des années 1960, l'informatisation et la numérisation sont apparues et transforment de nombreux aspects des bibliothèques.
L'histoire des bibliothèques est un sous-domaine de la bibliothéconomie et de l'histoire.
Antiquité Les premières véritables bibliothèques apparaissent en Mésopotamie pour recueillir des tablettes d’argiles puis en Égypte pour des rouleaux papyrus. Elles ont pour rôle le stockage des textes et s’étendent avec la diffusion de l’écrit autour de la Méditerranée. Néanmoins, la quasi-totalité des textes qu’elles ont conservé ont disparu. Cette destruction a pour origine plusieurs facteurs selon Frédéric Barbier : ainsi que . En effet, la copie d’un texte est fastidieuse et un tri s’effectue à chaque nouveau support, or comme les cadres de société changent, comme avec la christianisation, les textes considérés comme importants à un moment donné changent et le reste est négligé, d’autant plus que le cadre est bouleversé. L’apport d’un nouveau corpus de référence, la baisse de l’alphabétisation et du niveau de culture des sociétés sont autant de frein à la conservation d’un texte sur une nouveau support.
La Mésopotamie vignette|Une des tablettes de la bibliothèque d’Assurbanipal. La Mésopotamie est le premier lieu où l’on trouve des dépôts de textes. Ces derniers ne sont pas organisés dans un cadre qui orienterait la constitution d’une collection, et il est donc difficile de les nommer « bibliothèque » à proprement parler. En effet, ces dépôts servent surtout à avoir les textes sous la main, ils sont d’une fonction pratique immédiate sans objectif à long terme.
L’écriture étant florissante dans la région — on a découvert du matériel de bibliothèque datant du millénaire avant notre ère — l’organisation des collections de textes apparaissent naturellement. Le support d’information majoritairement utilisé était la tablette d’argile que l’on stockait une fois cuite au four ou séchée au soleil.
Les premières bibliothèques connues sont de relatives petites tailles, quelques centaines de tablettes. Elles sont présentes dans les lieux de production des textes. On sait que les temples de Babylone et de Ninive disposaient de leurs propres bibliothèques alimentées notamment par des ateliers de copistes internes.
Les bibliothèques étaient également présentes dans les palais royaux qui disposaient de leurs propres ateliers de copistes. La plus importante qu’on ait découvert était celle d’Assurbanipal dans son palais de Ninive. Elle date du d’avant notre ère et était riche de et fragments. Ce sont des archéologues anglais qui les ont exhumés et cette collection est aujourd’hui au British Museum. Ces textes sont essentiellement des titres de propriété, des lettres officielles et des textes religieux, mais on y trouve aussi des ouvrages scientifiques, de mathématiques d’astronomie et de médecine. Un fait notable est que beaucoup de ces tablettes appartenaient à des séries et comportaient des estampilles de placement.
La bibliothèque du temple de Nabû à Khorsabad, découverte encore en place, est constituée d’une structure autonome en argile et en roseau qui ressemble à des niches dans un mur. Cet élément destiné à la conservation tout en garantissant l'accès au texte est accompagné de jattes, de paniers de rangement et de matériel d’écriture.
L’Égypte gauche|vignette|Fragment de papyrus. Les bibliothèques égyptiennes sont issues d’un grand progrès local : les rouleaux de papyrus. D’un encombrement réduit par rapport aux tablettes d’argiles mésopotamiennes, les lieux de conservation des textes sont d’une taille bien moindre. Ils sont donc plus facile à créer et on trouve des petites bibliothèques dans les écoles, les temples et les palais.
Parmi celles identifiées, la bibliothèque de Ramsès II semble avoir été la plus importante avec une collection de . La bibliothèque de Karnak a été fouillée par Champollion et celle du temple de Denderah par Mariette. Celle de Thèbes a été décrite par Diodore de Sicile, on pouvait y lire « Médecine de l’Âme » sur son fronton.
La bibliothèque antique égyptienne la mieux conservée est celle d’Edfou. On peut encore y lire le catalogue des livres sacrés sur l’un de ses murs.
La Grèce vignette|Une représentation du de la bibliothèque d’Alexandrie. Les bibliothèques grecques antiques sont surtout connues par les textes. On date la création des premières bibliothèques publiques au avant notre ère, par des tyrans des cités, notamment Polycrate de Samos et Pisistrate d’Athènes.
Ces bibliothèques s’étendent avec le rayonnement grec et deux bibliothèques majeures sont créées durant le avant notre ère : la bibliothèque de Pergame par , fouillée par Richard Bohn en 1885, et la bibliothèque d’Alexandrie fondée par Soter grâce à l’influence de Démétrios de Phalère.
Cette dernière étend le concept de bibliothèque qui prend avec elle les prémices d’une « bibliothèque nationale » pour l’Égypte ptolémaïque. En effet, elle a pour but le rassemblement et la mise en valeur des trésors culturels du royaume. Les Ptolémée déployèrent de grandes ressources pour la remplir et la faire rayonner ; avec l’objectif d’y trouver une copie de tous les ouvrages grecs mais aussi une traduction des œuvres étrangères significatives. Ce rassemblement se fit par achat et aussi par contrainte, notamment en forçant les navires qui accostent à céder les documents qu’ils transportaient contre une copie. Les réflexions de bibliothécaires et des chercheurs qui y travaillaient ont établi les bases de la bibliothéconomie, de la catalographie et de la critique des textes. Le poète et bibliothécaire Callimaque y établit un catalogue raisonné de la littérature grecque en .
La Rome Antique gauche|vignette|Maquette de la bibliothèque Ulpia. Les bibliothèques de la Rome antique sont essentiellement privée jusqu’au premier siècle avant notre ère. Elles sont notamment constituées de prises de guerres lors des conquêtes romaines, comme en -168 lorsque Paul-Émile remporte la bataille de Pydna et ramène dans son butin la bibliothèque des rois de Macédoine ou en -70 lorsque Lucullus ayant vaincu Mithridate envoie à Rome la bibliothèque de Sinope.
La première bibliothèque publique romaine fut créée au premier siècle avant notre ère, après que, en -86, Sylla s’empare et envoie à Rome la bibliothèque dite d’Aristote après avoir pris Athènes. Cette collection avec celles qu’il avait déjà passent ensuite dans les mains d’Asinius Pollion qui l’ouvre au public. D’autres bibliothèques publiques s’ouvrent ensuite à la fin du siècle et jusqu’au début de notre ère. Comme la bibliothèque octavienne et la bibliothèque du Palatin, toutes les deux fondées par l’empereur Auguste, qui servirent d’exemple pour Tibère, Caligula et Trajan qui fondèrent également des bibliothèques publiques. Ce dernier mit un point d’honneur à faire un symbole de la bibliothèque Ulpia lors de sa construction. En effet, il la fit ériger en deux bâtiments de chaque côté de la colonne Trajane, un pour les auteurs latins et l’autre pour les auteurs grecs.
Cet élan de création de bibliothèques publiques se propagea ensuite pour être accessible par des groupes de citoyens ou de riches notables. Pline le Jeune créa une bibliothèque publique à Côme en 96 par exemple. Les ouvertures s’étendirent à toute la péninsule italique et dans les provinces et les colonies romaines. Elles ont un format que les fouilles, notamment à Rome, Éphèse ou Timgad, ainsi que les mentions par les auteurs de l’époque ont permis de reconstituer :
Cet essor de la lecture et de la culture écrite tient du développement de l’école durant le Haut-Empire, où les manuscrits et les bibliothèques sont courants. Les consultations se font généralement sur place mais les emprunts sont possibles d’après des faits rapporté par Aulu-Gelle. Néanmoins, ces bibliothèques sont aussi soumises à la censure, on connaît ainsi des actes de censures sur les œuvres de Jules César par l’empereur Auguste mais aussi par l’empereur Julien, fondateur des bibliothèques d’Antioche et de Constantinople, qui s’acharna à détruire les textes religieux chrétiens.
L’arrivée du parchemin et la fin des bibliothèques antiques vignette|Un rouleau de parchemin datant du . L’invention du parchemin apporte un renouveau des supports des textes et de la façon de les entreposer. Le gain est important par rapport au papyrus : plus résistant, plus facile à lire car assemblé en , il est plus durable que ce dernier et permet surtout d’écrire sur les deux faces. Son usage se généralise au au détriment du papyrus qui décline en même temps que les grandes bibliothèques antiques.
Au cours des , la plupart des grandes bibliothèques européennes sont détruites du fait des guerres et du fanatisme. Les établissements qui émergent sont les bibliothèques chrétiennes. Au , la plupart des églises cathédrales en ont une, constituée principalement de livres de liturgies et d’exégèse. Des notables chrétiens conservent, quant à eux, des bibliothèques plus variées comme Origène qui fonde la bibliothèque de Césarée de Palestine qui contenait .
L’héritage des bibliothèques antiques La destruction quasi-totale des textes et des bâtiments des bibliothèques antiques fait paradoxe avec la représentation qui en reste car ces institutions et ces collections restent des modèles dans le domaine du livre et des bibliothèques. En effet, jusqu’à une période récente, l’organisation, le fonctionnement et même l’architecture des bâtiments de bibliothèques font références aux bibliothèques antiques.
Époque médiévale Durant le Moyen Âge les plus grandes bibliothèques sont dans le monde musulman. Le monde catholique se remet difficilement de ses différentes crises mais l’apparition des universités et des premières grandes bibliothèques princières change la donne.
Les débuts de la chrétienté La période de transition que représente la christianisation, les migrations germaniques et la chute de l’Empire romain d’Occident fait massivement changer la nature des bibliothèques du monde méditerranéen. En effet, hormis quelques rares conservations au Proche-Orient et dans l’Empire byzantin, la quasi-totalité des textes antiques ne survécurent pas. Mais avec la christianisation du pourtour méditerranéen apparaît un nouveau type de bibliothèques, basé sur l’usage en contexte monacal des livres saints et de leur commentaires.
Les premières communautés chrétiennes, notamment en Grèce et dans les églises orientales, disposaient de bibliothèques et d’archives. Elles constituaient une documentation composée presque exclusivement, voire totalement, de textes religieux : la Bible et les livres liturgiques, les listes des évêques, les actes synodaux, de la correspondance entre communautés, l’enregistrement des baptêmes.
Néanmoins, peu de ces premières bibliothèques chrétiennes réchappèrent à la persécution de Dioclétien (303-311) qui entraina une destruction systématique de beaucoup de lieux de cultes et des livres et archives conservés en leur sein. Certaines régions ont été particulièrement touchées comme l’Italie, à Rome surtout, l’Espagne et l’Afrique. Mais le christianisme n’en perd pas pour autant tous ses textes et dès la fin du , Paulin de Nole finance une basilique à Nola dont on sait qu’une pièce jouxtant l’abside a vraisemblablement été réservée à une bibliothèque.