thumb| Manuel Azaña. La réforme militaire de Manuel Azaña est l’ensemble des décrets approuvés entre avril et par le et les lois ultérieurement approuvées sur proposition du ministre de la Guerre Manuel Azaña, poste qu’il occupa à partir d’ simultanément avec celui de président du gouvernement, qui avaient pour objectif de moderniser et démocratiser l’Armée espagnole et de mettre fin à l’interventionnisme militaire dans la vie politique. Cette réforme d’Azaña fut la seule de celles approuvées durant le de la Seconde République qui ne fut pas modifiée par les gouvernements de centre-droit du .

À la formation du gouvernement provisoire, le portefeuille de la Guerre fut confié à Azaña car il était le seul membre du Comité révolutionnaire à avoir connaissance des questions militaires et parce qu’il avait une claire idée des réformes qui devaient être menées : réduire le nombre excessif d’officiers, condition requise pour pouvoir procéder à une véritable modernisation de l’institution, et mettre fin au pouvoir des militaires, en les plaçant sous l’autorité du pouvoir civil. Ce fut précisément sa gestion remarquable à la tête de ce ministère qui fit de lui la figure la plus prestigieuse du gouvernement et qui l'amena à la présider après la démission de Niceto Alcalá-Zamora en à cause de la . Comme l'a signalé l'historien Javier Tusell, .

Modernisation et démocratisation de l'Armée Azaña souhaitait une armée plus moderne, professionnelle, efficace et civique. Lorsqu’il prit la tête du portefeuille le soir même du , où avait été , il s’adressa à 22 h aux chefs militaires présents au siège du ministère, comme cela fut plus rapporté par le lieutenant-colonel Felip Díaz i Sandino, .

Il aspirait également à une armée plus républicaine. Pour cette raison, l'un de ses premiers décrets, le , obligea les chefs et officiers à jurer fidélité à la République, avec la formule : . De même, en consonnance avec la définition aconfessionnelle de l’État, Azaña supprima le de l'Armée formé par les aumôniers militaires. Il dissolut également le somatén et supprima les ordres militaires».

Réduction du nombre d'officiers En 1931, l’Armée espagnole comptait chefs et officiers pour hommes. Elle comptait 16 divisions, auxquelles auraient normalement dû suffire 80 généraux, alors qu’elle en avait 800. De surcroît, elle disposait de plus de commandants et capitaines que de sergents.

L’objectif de réduction du nombre d’officiers était de parvenir à une armée péninsulaire formée de soldats et officiers, et un contingent d’Afrique rassemblant soldats et officiers. Pour ce faire, le gouvernement provisoire approuva le , sur proposition d’Azaña, un décret de retraite extraordinaire qui offrait aux officiers qui en feraient la demande la possibilité de quitter volontairement le service actif avec la totalité de leur solde (en passant à la seconde réserve, c’est-à-dire pratiquement à la retraite). Si le nombre de départs volontaires nécessaire n'était pas atteint, le ministère se réservait le droit de destituer, sans aucun bénéfice, autant d’officiers qu’on le jugerait opportun. Presque cadres militaires (parmi lesquels 84 généraux) souscrivirent à la mesure, soit environ 40 % des officiers (la plus grande proportion se trouvant dans les grades supérieurs), grâce à quoi Azaña put se lancer par la suite dans la réorganisation de l’Armée. Certains historiens remarquent que, politiquement, il s'agit d’une mesure discutable car elle ne contribua pas à rendre l’armée républicaine, car une partie du secteur le plus libéral quitta à ce moment le service actif.

Selon le bilan de la réforme d’Azaña fait par l’historien , le nombre de généraux et assimilés passa de 190 en 1931 à 90 en 1932 et, en ce qui concerne les chefs et officiers, leur nombre se réduisit de plus de car il passa de à .

En , les Cortès approuvèrent une loi qui autorisait le ministre de la Guerre à faire passer à la réserve les généraux qui n’auraient reçu aucune affectation durant six mois. C’était une manière déguisée de se défaire des généraux dont le gouvernement doutait de la fidélité à la République. La même loi disposait que les officiers qui n’avaient pas accepté la retraite établie par le décret de perdraient leurs pensions s’ils étaient coupables de diffamation selon la . Cette dernière mesure suscita un vif débat aux Cortès, Miguel Maura et Ángel Ossorio y Gallardo dénonçant l'injustice dont étaient susceptibles d’être victimes près de officiers récemment mis à la retraite qui à un moment donné auraient critiqué le gouvernement, à quoi Azaña répondit qu’il serait intolérable pour la République de devoir payer ses .

De nombreuses années plus tard, le Generalísimo Francisco Franco fit en privé ces considérations à propos de cette loi :

Officiers affectés Parmi les militaires les plus importants qui bénéficièrent de la Loi Azaña figurent : Francisco Gómez-Jordana Sousa

Adolfo Prada Vaquero Juan Vigón

Francisco Zubillaga y Reillo Jesús Teijeiro Pérez

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Création des divisions organiques et régulation des promotions L’armée de la péninsule fut réformée par un décret du . Le nombre de divisions fut réduit de 16 à 8 ; les capitaineries générales créées par Philippe V au début du furent supprimées (et avec elles les , divisions administratives de la Monarchie) et furent remplacées par 8 divisions organiques et deux pour les Canaries et les Baléares, à la tête desquelles furent mis un général de division (le plus haut grade que pouvait atteindre un militaire étant donné la suppression de celui de lieutenant-général), et dont dépendaient les unités de mitralleuses, de montagne et de chasseurs .

Le décret du , qui réorganisa l’armée d’Afrique, sépara le poste de haut commissaire de celui de chef supérieur des forces armées du Maroc .

Une autre des questions abordées par Azaña fut la question controversée des promotions. Pour ce faire, il promulgua plusieurs décrets en mai et juin, par lesquels il annulait en grande partie ceux survenus au cours de la dictature pour , entraînant la perte d’un ou deux grades pour environ 300 militaires, certains souffrant d’une importante baisse dans le tableau d’avancement, comme cela fut le cas pour le général Franco. Ces décrets furent confirmés par les Cortès via une loi des recrutements et promotion de l’officialité du , qui établissait de plus un barème pour les promotions dans lesquelles primaient davantage la formation professionnelle que l’ancienneté. Cette loi unifia également en un unique échelon les officiers de carrière et ceux issus des troupes.

Fermeture de l’Académie générale militaire et création du corps des sous-officiers Le , Azaña décréta également la fermeture de l’Académie générale militaire, que dirigeait le général Franco. Basée à Saragosse, elle ferma ses portes le , le même jour où s’ouvrirent les Cortès constituantes de la République. L'académie était une création de la dictature de Primo de Rivera en 1928 et constituait la réponse du dictateur au conflit qui l’opposait au corps d’artillerie à cause du système de promotions . Ce dernier tenta de mettre fin à l’opposition des artilleurs en dissolvant le corps des officiers et en metant fin à la formation technique qu’offrait l’ où, après cinq ans d’études, les cadets recevaient un titre de lieutenant d’artillerie et un autre d’ingénieur industriel. Au contraire, aux et de cavalerie de Tolède, les cadets réalisaient seulement deux ans d'études et ne recevaient aucun titre civil. Ainsi, pour mettre fin à l’, la dictature établir un nouveau plan d’études militaires qui prévoyait que les cadets de l’Armée suivraient deux ans de formation dans une nouvelle académie générale et deux autres années dans celle propre à leur corps. À la fin du cursus de quatre ans, ils seraient promus lieutenants, sans titre ou diplôme civils. Pour diriger la nouvelle institution, le général Primo de Rivera souhaita un militaire qui ait une mentalité radicalement opposée à celle de l' et pensa tout d’abord au général Millán-Astray, fondateur de la Légion et furibond, mais on lui déconseilla cette nomination car il s’agissait d’un personnage conflictuel et ayant des ennemis dans l’institution militaire. Il choisit finalement le général Franco, qui avait été son second dans la Légion. Lorsqu’il ferma l’Académie de Saragosse, Azaña répartit ses étudiants dans les académies de leurs armes respectives : à Tolède pour l’infanterie, la cavalerie et l’intendance ; à Ségovie pour l’artillerie et le génie ; à Madrid pour la santé militaire. Il fut de plus établi que les cadets des académies réaliseraient également des études universitaires en complément à leur formation militaire.

La fermeture de l'Académie générale militaire fut une des mesures les plus polémiques de la réforme militaire d’Azaña, mais celui-ci considérait que l’Académie, sous la direction de Franco, était devenue le centre de diffusion des idées militaristes propres aux et constituait par conséquent un obstacle pour son projet de neutraliser politiquement l’Armée et de la placer sous le contrôle du Parlement et du gouvernement, à l’image des autres armées de l’Europe occidentale .

D’autre part, en fut créé le corps des sous-officiers , avec la possibilité d’intégrer le corps des officiers, et à qui 60 % des places dans les académies militaires étaient réservées. Ce faisant, on prétendait démocratiser la base sociale et idéologique des commandements de l’Armée et réduire le vide professionnel existant entre officiers et sous-officiers.

Création du Consortium d’industries militaires et réduction du service militaire obligatoire Une loi du créa le Consortium d’industries militaires, qui regroupait les usines d’armements et d'explosifs existants afin de centraliser et augmenter leur production, et ainsi fournir un matériel plus moderne à l’Armée sans besoin de recourir à des fournisseurs étrangers.

De plus, le fut réduit à 12 mois , mais la figure du fut maintenue avec quelques ajustements .

Grâces, réhabilitations et nominations Le gouvernement de la République grâcia et promut les militaires condamnés dans le cadre des deux tentatives de coup d’État pour renverser la dictature de Primo de Rivera et aux impliqués dans le soulèvement de Jaca et dans le soulèvement de l'aérodrome de Cuatro Vientos. Ainsi, le général Francisco Aguilera y Egea fut promu en , peu avant de mourir, au grade de capitaine général ; le général Goded fut nommé chef d’État-major de l'Armée ; le général Queipo de Llano, après son retour d’exil en France, fut nommé chef de la première division organique et le commandant Ramón Franco, qui avait mené le soulèvement de Cuatro Vientos avec Queipo de Llano, fut nommé directeur général de l' ; enfin, le général Eduardo López Ochoa fut nommé capitaine général de Catalogne, avant la suppression définitive du poste.

Maintien de l’ordre public militarisé Au-delà de la modernisation de forces armées obsolètes, Azaña prétendait la vie politique en mettant fin à l’interventionnisme militaire et en faisant en sorte que les militaires restent dans leurs garnisons. Un élément important avait été la Ley de Jurisdicciones approuvée en 1906, qui avait placé sous juridiction militaire les délits d’offense contre la patrie et l’armée, et était devenue omniprésente après le succès du coup d'État de Primo de Rivera en . Ainsi, l’une des premières décisions prises par Azaña, seulement trois jours après sa prise de possession du ministère, fut la dérogation de cette loi.