L'émeute de ClausnitzNe doit pas être confondu avec la ville de Claußnitz se déroule le . Des manifestants tentent d'empêcher l'accueil de réfugiés dans des logements du village allemand. La protestation se démarque par la démonstration d'une violence verbale par le biais de slogans xénophobes et des menaces physiques.

Cette émeute s'est déroulée dans un contexte de crise migratoire en Europe, d'une montée en puissance du nationalisme en politique allemande, d'une percée régionale de l'extrême droite, comme en Saxe, ainsi que d'une méfiance croissante envers l'accueil de réfugiés à l'échelle locale en Allemagne. L'incident marque un tournant dans la perception des demandeurs d'asile par la société allemande et s'inscrit dans une période de réformes sur l'immigration dans l'Union européenne.

Deux principaux partis politiques allemands, l'AfD et le NPD, ainsi que le mouvement ultranationaliste PEGIDA, classés à l'extrême droite voire à tendance néonazie, ont joué un rôle lors de plusieurs incidents similaires.

Contexte

Crise migratoire de 2015 Entre et , l'Europe est touchée par une importante crise migratoire. Les États européens, dont l'Allemagne, tentent d'imposer des quotas afin de limiter l'accueil de réfugiés. Alors qu'un plan de relocalisation des demandeurs d'asile a été adopté en septembre 2015 pour transférer près de personnes depuis la Grèce et l'Italie vers d'autres membres de l'Union européenne, seule l'Allemagne semble avoir pris ses responsabilités. En effet, le gouvernement allemand a annoncé dès le avoir pour ambition d'accueillir pour pallier la pression migratoire et répondre aux enjeux du déclin démographique... Rien qu'en 2015, l'Allemagne a accueilli 1,09 million de demandeurs d'asile.

Ce phénomène est accentué depuis 2014 avec l'arrivée d'une immigration de travail et une hausse du nombre de demandes d'asile... Moins de demandes d'asile sont enregistrées en Allemagne entre et , puis en 2014, en , jusqu'au record de avec environ demandes. vignette|250x250px|Par la création de centres d'hébergement, Angela Merkel a mené une politique d'ouverture en 2015 face à l'afflux de migrants venus du Moyen-Orient. Après l'émoi provoqué par la mort d'Aylan Kurdi en septembre 2015, l'Allemagne et l'Autriche décident d'ouvrir leur frontière aux migrants stationnés en Hongrie. En juillet, 54 % des Allemands étaient partisans d'accueillir les réfugiés. Le slogan Wir schaffen das, prononcé le 31 août 2015 à Berlin par Angela Merkel est d'ailleurs passé à la postérité, dans le cadre de la Willkommenskultur (culture d'accueil allemande), par opposition à l (crainte de voir le pays transformé et devenir méconnaissable à cause de la présence de nombreux étrangers). Lors de cette conférence de presse la chancelière a rappelé l'article 1 de la constitution allemande : . Cependant, l'Allemagne, prise dans un élan d'hospitalité, semble avoir été dépassée par la situation au vu de l'arrivée d'un nombre important de personnes, et rétabli donc son contrôle aux frontières deux semaines plus tard.

Le sondage d'août 2015 pour le quotidien Die Welt indique que 96 % des allemands sont favorables à ce que l’Allemagne accueille des réfugiés provenant de régions en guerre ou en guerre civile. Mais l'hostilité des allemands à l'égard des migrants augmente progressivement. En effet, ceux qui se réjouissent que les migrants se sentent chez eux en Allemagne tombe de 54,7 %, en janvier 2014, à 43,3 %, en janvier 2016. Par ailleurs, 29 % des personnes interrogées par un sondage YouGov de janvier 2016 indiquent adhérer à l’opinion de la porte parole et cofondatrice de l’AfD, Frauke Petry (née à Dresde, ancienne membre du parlement régional de Saxe et également proche de la PEGIDA), à savoir qu’en dernier recours les frontières devaient être défendues avec les armes contre les migrants illégaux.

Montée du nationalisme dans l'Est de l'Allemagne

Plusieurs raisons ont conduit à cette émeute. Tout d'abord, la Saxe, où se situe Clausnitz, est une région connue pour être particulièrement hostile à l'immigration ainsi qu'à la politique d'asile et d'ouverture des frontières menée par Angela Merkel.. Le parti de droite nationaliste, islamophobe et réactionnaire PEGIDA, lancé en 2014, a pour berceau la Saxe. Son siège se situe à Dresde à une cinquantaine de kilomètres de Clausnitz, où des manifestations hebdomadaires sont organisées pour lutter contre l'. Selon une enquête, 82 % de ces manifestants sont partisans de l'AfD. vignette|249x249px|L'AfD a trouvé une place sur l'échiquier politique allemand durant la crise migratoire de 2015, alors que l'Allemagne accueillait les réfugiés de la guerre civile syrienne. vignette|Considéré comme le mouvement de jeunesse de l'AfD, la Junge Alternative für Deutschland forme certains des futurs éléments radicaux du parti.|265x265px Les résultats aux différentes élections témoignent d'un basculement vers des partis politiques avec un positionnement idéologique de droite populiste en Allemagne. Par exemple avec l'AfD, dont certaines branches, tel que le mouvement de jeunesse Jeune Alternative pour l'Allemagne, revendiquent leur volonté d'homogénéiser le plus possible la société allemande sur le plan ethnoculturel. De plus, en février 2024, une enquête de RTL a révélé que certains participants à une marche organisée par la Junge Alternative à Bautzen (Saxe), en l'honneur des soldats de la Wehrmacht tombés lors de la Seconde Guerre mondiale, ont tenu des propos relevant de l'idéologie nazie, combinant antisémitisme et xénophobie, comme la mise en place de camps de travail et de guettos pour les personnes d'origine étrangère et les Juifs, ou encore la lecture obligatoire de Mein Kampf. Par ailleurs, la JA constitue, selon le chercheur en politique , de l'Université Martin-Luther de Halle-Wittemberg, le fer de lance des éléments radicaux de l'AfD. Pour Anna-Sophie Heinze, politologue à l'Université de Trêves, la JA est l'un des principaux moteur de radicalisation de l'AfD.

Dès 2013, lors des élections fédérales allemandes, le parti Alternative pour l'Allemagne, qui participe pourtant à sa première élection, obtient 6,8 % des voix en Saxe, soit le meilleur résultat par rapport aux autres Länder allemands. Puis, en mai 2014, pour les élections européennes, ce parti eurosceptique obtient 7 % des suffrages au niveau national. Ensuite, en août, durant les élections régionales de 2014 en Saxe, l'AfD réalise une percée en obtenant près de 10 % des suffrages.

En 2014, le NPD, parti néofascite, est parvenu a faire élire sa tête de liste, Udo Voigt, au Parlement européen.

Par ailleurs, la Saxe est un Land de l'Est Allemagne, anciennement en RDA, dont les sondages et les études montrent que la population a le sentiment ou la crainte d'un déclassement, ce qui conduit à un rapprochement avec des partis d'extrême droite.. Le slogan de la manifestation du 18 février « » est le même qui a été utilisé contre la dictature communiste de l'ex-RDA.

Pour synthétiser les violences commises en Allemagne, le gouvernement allemand a publié des données sur l'année 2014 indiquant que . Sur les 359 actes de violence visant des demandeurs d'asile et les centres d'hébergement 60 % ont été commis dans l'Est de l'Allemagne.

Violences antérieures à 2016 Lors des six premiers mois de l'année 2015, 150 incendies criminels visant des foyers de migrants ont été recensés en Allemagne. À la fin de l'année, ce sont 222 attaques qui ont été dénombrées. En 2014, 150 attaques ont visé des centres pour réfugiés. En 2013, une cinquantaine d'actes ont été signalés dans le pays. En 2011, seulement 18 attaques de cette nature avaient été recensées.

En avril 2015, à Tröglitz en Saxe, un incendie criminel, commis par l'extrême droite et les réseaux néonazis, a détruit le futur centre d'hébergement pour réfugiés du village.

Dans la ville d'Heidenau en Saxe, le mois de septembre 2015 a été marqué par des violences entre forces de l'ordre et manifestants d'extrême droite opposés à l'implantation d'un centre d'accueil de réfugiés. Selon un photographe de Reuters, des militants néo-nazis auraient participé à ces violences en déclamant "Heil Hitler". La manifestation était organisée par le Parti national-démocrate d'Allemagne (Die Heimat), dont l'idéologie est ultranationaliste et nationaliste ethnique. Elle a réuni un millier de manifestants qui ont barré l’accès à un centre d’accueil et hué Angela Merkel, qui s'était rendue sur place.

À nouveau en août 2015, un futur centre d’accueil de migrants a été incendié à Nauen dans le Brandebourg.

En janvier 2016, les habitants de l'ortsteil de Clausnitz ont indiqué au maire de Rechenberg-Bienenmühle, Michael Funke, leur mécontentement quant à un possible accueil de réfugiés, craignant des problèmes d'insécurité.

Déroulement Instigation Certaines sources indiquent que l'organisateur de la manifestation est le frère du directeur du foyer de réfugiés de Clausnitz. Ce denier étant par ailleurs un membre actif du parti AfD..

Émeute La veille de la manifestation, la police a indiqué qu'elle n'avait pas d'éléments indiquant la présence d'une quelconque protestation qui empêcherait l'arrivée des réfugiés.

Les 25 réfugiés demandeurs d'asile présents dans le bus étaient de nationalité syrienne, iranienne et libanaise.. À titre indicatif, demandes d'asiles ont été formulées par des syriens ( admis) en Allemagne en 2020, par des iraniens (853 admis) et 680 par des libanais (13 admis).

Le vers 19h30, le bus arrive à un foyer d'accueil dans la commune de Clausnitz. Une trentaine de manifestants se sont regroupés pour faire barrage et protester de la venue des réfugiés. Une heure plus tard, ils sont une centaine à s'opposer à la venue des demandeurs d'asile. Un camion, un tracteur et une voiture font office de blocus devant le centre d'accueil.

Les 28 policiers sur place, dont 6 policiers fédéraux, ont tenté d'exfiltrer les passagers du bus pour les amener à l'intérieur du foyer. Le syndicat de la police explique que leur but était de mettre en sécurité les réfugiés. Pourtant, le chef de la police, Uwe Reißmann, a justifié le recours à la violence physique dirigée contre trois des passagers du bus – deux garçons, dont l'un a fait un doigt d'honneur, et une femme – car ils auraient provoqué la foule et ainsi aggravé la situation.

Les réfugiés sont des hommes, des femmes et des enfants. Derrière le pare-brise du bus, les vidéos montrent des réfugiés inquiets ainsi que certains qui pleurent. Les manifestants profèrent de nombreuses insultes et scandent des slogans, comme « » (en français : ), termes également présents dans les rassemblements de la PEGIDA.... Après être descendues du bus, deux réfugiées ont dû être soignées par un médecin urgentiste dans le centre d'accueil.

Conséquences

Réactions Les internautes sur les réseaux sociaux se sont emparés des vidéos de l'émeute pour s'indigner du comportement des manifestants. La vidéo d'un garçon en pleurs, forcé et saisi par le cou par un policier pour descendre du bus a fait réagir..

Le ministre de l'Intérieur de Saxe, Markus Ulbig, a exprimé son horreur face au comportement des manifestants présents.

Le 20 février, une centaine de personnes se sont rassemblées à Clausnitz en solidarité avec les réfugiés pour demander un hébergement sûr en leur faveur. À l'initiative, Jürgen Kasek, membre des Verts, ayant expliqué : .

Violences postérieures