Maminiaina Ravatomanga, aussi appelé Mamy Ravatomanga (né le à Morondava), est un homme d'affaires malgache.

Pris pour cible lors du mouvement de contestation de 2025 en raison de son influence sur l’économie malgache et de sa proximité avec le régime, il fuit le pays pour Maurice le , lorsque des unités militaires rejoignent les manifestants. Retenu, dès lors sur le territoire mauricien, il est arrêté le et placé en détention.

Biographie Jeunesse Ravatomanga naît en 1968 à Morondava, à Madagascar dans une famille modeste de l'ethnie Merina. Son père est fonctionnaire territorial.

Parcours professionnel Il fonde, en 1990, la société Sodiat, une société spécialisée dans le transport. Elle est aujourd'hui un conglomérat avec des activités dans la maintenance pétrolière, le BTP, la presse, l'hôtellerie, le tourisme, la santé ou encore l'import-export. et compte parmi les entreprises les plus importantes de Madagascar.

Il se rapproche d'Andry Rajoelina courant 2008, parce que leurs sociétés respectives se trouvaient en butte au fisc, dont les enquêtes avaient été initiées par l'entourage du président de l'époque, Marc Ravalomanana. Par la suite, Ravatomanga soutient l'accession d'Andry Rajoelina au pouvoir par un coup d'État en mars 2009, devient son conseiller officieux sur les questions économiques et reste dès lors dans son entourage proche.

En 2017, Forbes, le classe comme deuxième fortune de Madagascar, derrière Ylias Akbaraly..

Le , il est nommé consul honoraire de Serbie à Antananarivo. Le , il est nommé consul honoraire de la Côte d’Ivoire à Antananarivo puis obtient la nationalité ivoirienne qu'il peut conserver le temps de son mandat comme consul honoraire.

Vie privée Il est marié à Haingo Ramy Rakotoniary depuis 1990. Ils ont trois enfants.

Mamy Ravatomanga est, depuis 2024, président de la fédération malgache de golf.

Manifestations de 2025 et fuite à l'île Maurice

À partir du , un vaste mouvement de contestation éclate à Madagascar, initialement en réaction aux coupures d’eau et d’électricité récurrentes. Sévèrement réprimé par les forces de l’ordre, le mouvement prend rapidement de l’ampleur et voit ses revendications évoluer vers une exigence de démission du président Andry Rajoelina.

Mamy Ravatomanga est lui aussi mis en cause par les manifestants, en raison de sa mainmise sur l’économie et la vie politique malgaches, de sa proximité avec le président Rajoelina, ainsi que de son implication présumée dans la répression de la population par l’intermédiaire d’une société de sécurité privée lui appartenant. Cette société est présentée par certains comme une milice employant des mercenaires serbes, et des voix réclament l’ouverture d’une enquête à son encontre. Par ailleurs, plusieurs observateurs relèvent que les entreprises de Mamy Ravatomanga n’auraient pas été ciblées lors des vagues de pillages qui suivirent les manifestations.

Dans une allocution télévisée, le , il rejette l’ensemble de ces accusations, affirmant que toutes les procédures judiciaires le visant ont été abandonnées.

Le week-end du 11 et , le CAPSAT, une unité militaire de la capitale, annonce publiquement refuser de tirer sur les manifestants et décide de rejoindre ces derniers. Après des escarmouches avec des forces loyalistes, l'unité affirme prendre le contrôle de l'ensemble des forces armées et nomme le général Demosthène Pikulas comme nouveau chef d'état-major. Le président Rajoelina quitte le pays à bord d'un avion de l'armée de l'air française. Le surlendemain, il est destitué par l'Assemblée nationale, qu'il avait auparavant essayé de dissoudre. Le commandant du CAPSAT, le colonel Michaël Randrianirina, apparaît au palais présidentiel d'Ambohitsorohitra, le même jour, et annonce officiellement la prise de pouvoir par l'armée. Il est ensuite investi par la Haute Cour constitutionnelle le avec le titre de président de la Refondation de la République de Madagascar.

Dans la nuit du 12 au , il quitte le pays à bord d'un Cessna Citation appartenant à sa société, vers Maurice, accompagné de l'ex-Premier ministre Christian Ntsay, leurs épouses respectives, ainsi que les enfants de Mamy Ravatomanga. L'avion, sans créneau d'atterrissage ni plan de vol, se serait vu refuser l’accès à La Réunion avant d’obtenir, vers 1 h du matin, l’autorisation d’atterrir en urgence à l’aéroport Sir Seewoosagur Ramgoolam après environ trente minutes d’attente en vol en raison d'un risque de panne de carburant.

Les passagers sont, par la suite, placés sous surveillance par les autorités mauriciennes.

Mis en accusation et arrestation

Selon les médias mauriciens, il est visé dans une enquête de la Financial Crimes Commission mauricienne concernant des faits de corruption impliquant les autorités aéroportuaires mais aussi sur la nature des fonds transférés à Maurice depuis Madagascar. La Mauritius Revenue Authority ouvre également une enquête à son encontre. Le , à la suite du gel de ses avoirs à Maurice, les autorités malgaches émettent une demande d'extradition à son encontre.

Le , alors soigné dans une clinique privée mauricienne pour des problèmes cardiaques, il est placé en état d'arrestation pour détournement de fonds et blanchiment d’argent par la justice mauricienne. Plusieurs de ses demandes de libération sous caution sont rejetés. Il est placé en détention provisoire à la prison de Melrose, dans le district de Moka.

Pendant sa détention à Maurice, il fait l'objet, entre février et , de trois mandats d’arrêt internationaux émis par Madagascar pour plusieurs affaires à caractère financier. Le premier concerne une affaire de fraude liée à l'exportation des litchis malgaches vers la France.., le deuxième la livraison clandestine de Boeing 777 vers l'Iran et le troisième des irrégularités sur la privatisation de la société d'État Kraoma en 2023, exploitant une mine de chromite à Brieville....

En , à la suite d'une décision du Pôle anti-corruption malgache, son conglomérat ainsi que l'ensemble des sociétés enregistrées au nom de son épouse et de ses trois enfants sont placés sous administration judiciaire. L'économiste Serge Jovial Imbeh, ancien candidat à l'élection présidentielle de 2018, est nommé administrateur provisoire de ces sociétés.

Affaires judiciaires et controverses Bien que Mamy Ravatomanga n'exerce officiellement aucune fonction au sein de la présidence, il est souvent présenté comme l'un des principaux soutiens financiers d'Andry Rajoelina, et est accusé d’avoir contribué à la capture de l’État, d’exercer une influence importante sur les nominations et les décisions au sein de l'administration, et de mettre les institutions publiques au service des ses propres intérêts.

Il est cité, par la presse, dans plusieurs affaires relevant de la criminalité financière à Madagascar, à Maurice et en France.

En 2018, son nom figure dans le scandale des , il est notamment actionnaire majoritaire dans une société enregistrée aux îles Vierges britanniques..

À Madagascar, il est accusé, entre autres, d'abus de fonction et de détournement de fonds publics au détriment de la compagnie nationale d'eau et d'électricité Jirama, alors qu'il siégeait au sein de son conseil d'administration..

Trafic de bois de rose Mamy Ravatomanga est mise en cause dans plusieurs affaires d'exportation illégale de bois de rose vers l'Asie via des dérogations d'États où sous la fausse déclaration d’ilménite lors de la période de transition qui à suivi la crise politique malgache de 2009. Il se serait également servie de sociétés off-shores basés à Maurice pour blanchir ou dissimuler une partis des recettes de cette activité. En 2015, il fait l'objet d'une interdiction de sortie du territoire et le , son domicile est perquisitionné. Une enquête préliminaire est lancé en 2015 par le Parquet national financier pour blanchiment en bande organisée, fraude fiscale et trafic de bois de rose, qui sera ensuite classé sans suiteen 2023. Ces éléments sont de nouveaux examinés suite à l'arrestation de Mamy Ravatomanga en .

Plusieurs espèces endémiques de Madagascar du genre Dalbergia (dont le Dalbergia maritima ou le Dalbergia baronii) produise un bois précieux plus connu sous le nom de bois de rose. Classés comme espèces menacées par l'UICN, leur coupe, la commercialisation, leur transport et leur exportation est interdite en depuis 2010. Ces espèces sont victimes de coupe illégale. Leurs exploitation illégale a connu une nette augmentation après l'arrivée d'Andry Rajoelina au pouvoir en 2009 après un coup d'état, notamment dans les parcs nationaux de Masoala et de Marojejy.

Affaire Madarail En 1994, alors transporteur routier, Mamy Ravatomanga obtient le monopole du transport d'hydrocarbures entre Toamasina et la capitale Antananarivo, après la mise hors service de la ligne Tananarive-Côte Est, principale artère logistique du pays, suite au cyclone Geralda. Amputée de son principal marché, la société ferroviaire Madarail est privatisée en 2002. En 2011, il acquiert les trois-quarts des actions de Madarail et devient l'actionnaire principal de la société.

En 2022, une enquête de l'ONG Transparency international met en lumière comment les subventions accordées par l’Etat pour remettre sur pied la société ont en grande partie été détournées tandis que l'activité de la société a continué à s'étioler...

Affaire Balkany et des logements de Levallois

Il est aussi impliqué dans les scandales judiciaires de Patrick Balkany, ancien député-maire de Levallois-Perret. En , le Parquet national financier (PNF) ouvre une enquête contre lui et sa femme, Ramy Rakotoniary, pour et dans l'acquisition de plusieurs biens immobiliers dans la banlieue parisienne, à Levallois-Perret, via des montages financiers opaques impliquant des sociétés offshore dont certaines sont basées sur l'île Maurice... De à , quatre de ses biens immobiliers en banlieue parisienne sont saisie dans le cadre de l’enquête préliminaire ouverte par le parquet national financier (PNF)..

En , l’enquête préliminaire du PNF ouverte à l'encontre de Mamy Ravatomanga est classé sans suite. Cette procédure portait sur des faits de blanchiment en bande organisée, de corruption d’agent public, de fraude fiscale et de trafic de bois de rose. Le PNF justifie cette décision, en raison d’une « infraction insuffisamment caractérisée ».

Affaire Carlos Ghosn En 2020, l'un des avions de la compagnie aérienne malgache TOA une de ses filiales a été utilisé par Carlos Ghosn, l’ex-PDG de Renault-Nissan-Mitsubishi lors de son évasion du Japon..

Mainmise sur les marchés de la vanille et du litchi 275px|vignette|droite|Madagascar est l'un des plus grand producteur et exportateur mondial de litchi. Madagascar est le premier producteur mondial de vanille Bourbon et un important exportateur de litchis, notamment vers l'Europe. De par l'implication de son conglomérat dans les marchés de la vanille et du litchi, il est accusé de monopole et d'appauvrir les petits producteurs.

En , l'ONG Transparency International Madagascar publie une enquête sur la mainmise sur l'exportation des litchis malgaches vers la France et l'Europe par des proches du pouvoir en place. L'ONG saisit le parquet national financier français et appelle à une enquête pour corruption et blanchiment sur les organisations et les personnes impliquées dans l'export de litchis malgaches en France, dont Mamy Ravatomanga, membre du conseil d'administration du Groupement des exportateurs de litchis (GEL). et un des principaux exportateurs de litchis malgaches vers la France.

Après sa fuite et son arrestation à Maurice, en , sa société est écarté par le GEL et ses quotas d'exports sont redistribués.

Relations avec le groupe Wagner