Phénoménologie de la perception, publié en 1945, est un ouvrage philosophique de Maurice Merleau Ponty, souvent considéré comme son œuvre majeure. Dans l'esprit des recherches d'Edmund Husserl, le projet de Merleau-Ponty entreprend de révéler la structure du phénomène de la perception. Traditionnellement, la perception est définie comme l'activité de l'esprit par laquelle un sujet prend conscience d'objets et de propriétés présents dans son environnement sur le fondement d'informations délivrées par les sens.. Depuis La Structure du comportement, son premier ouvrage datant de 1942, Merleau-Ponty a souhaité montrer que l'idée de perception est entachée de préjugés qui masquent la vérité. Selon Pascal Dupond, le philosophe chercherait à penser, dans ces deux ouvrages, ce qu'il appelle un premier qui de fait précéderait toute possibilité de perception. Croire que la perception peut nous dévoiler la vérité sur l'existence et la vérité des choses en soi, ce serait prendre appui sur un ensemble de préjugés informulés.

La phénoménologie s’oppose à la fois à l’introspection car elle veut être objective et descriptive, et à la philosophie transcendantale car elle veut garder le point de vue d'un sujet concret et ne pas s’évaporer dans un « Je » transcendantal extérieur au "moi". De la même manière, l'auteur récuse à la fois l'« empirisme », qui échoue car nous ne pouvons chercher quelque chose dont nous ne connaîtrions rien, et l'« intellectualisme » parce qu'à l'inverse nous avons besoin aussi d'ignorer ce que nous cherchons (). Phénoménologie de la perception, qui s'intéresse à la ()Les références et renvois aux pages du livre (collection Tel, Gallimard), seront donnés sous cette forme, est étudiée en détail, sous ses différents aspects, dans le corps du livre.

Avant-propos

Dans un avant-propos Merleau-Ponty fait un large panorama des avancées et des impasses de la phénoménologie. Renonçant à la définir il explique . Alexandre Hubeny, croit pouvoir, dans sa thèse, la définir à partir de cet avant-propos, comme citation|S'il s'agit comme nous le demande la Réduction (p14)

De même, Claudia Serban dans la revue Les Études Philosophiques extrait de cet avant-propos cette phrase : .

Pascal Dupond écrit dans une note .

Mouvement d'ensemble thumb|left|Maurice Merleau-Ponty. Après l'avant propos, suit une introduction intitulée, , qui est consacrée à un aperçu des obstacles que la conception courante oppose à l'analyse phénoménologique de la perception. Le principal obstacle se situe au niveau du concept d'objet qui domine l'attitude naturelle, ainsi que la science . L'expérience montre ainsi qu'il n'existe pas de sensation pure, que la perception opère toujours sur des (p 33)Il n’y a pas de perception sans signification. Son point de départ est que la sensation investit immédiatement son objet d’un sens, à la fois dans le spectacle du monde, et par rapport à soi (et notamment à son propre corps). La sensation est pour Merleau-Ponty une communication spontanée entre conscience et monde physique, qui rend le monde présent et familier à la conscience.

Le deuxième grand obstacle concerne la nature du monde perçu par la conscience. Celui-ci, n'est pas comme nous le fait croire l'empirisme (). Ce monde naturel, que le phénoménologue étudie sous le nom de « champ phénoménal » est masqué par mais que privilégie l'analyse. L'essai se développe en trois grandes parties

Une première partie, titrée simplement « le Corps » consacrée à l'analyse du corps percevant. . L’analytique du corps percevant développée dans la première partie de Phénoménologie de la perception s’ancre dans un examen de la notion, issue des sciences neurologiques, de «schéma corporel ». La deuxième partie, intitulée le Monde perçu, développe le rapport vivant du « corps » avec ce monde à travers l'acte du sentir, son insertion naturelle dans l'espace au milieu des choses et des autres humains dans le monde familier tel qu'il est originairement perçu. L'essai se termine par une troisième partie consacrée aux conséquences de cette nouvelle approche sur les questions éternelles du cogito, de la temporalité et de la liberté.

Le Corps La perception a pour objet de dévoiler des objets, c'est-à-dire, au sens large, des corps. (). C'est une attitude constante et universelle, tous les corps y compris celui qui est à la base de notre expérience, le nôtre, nous les traitons en objets (). L'auteur se propose de démonter le processus de cette pensée « objectivante ». Or (). Le corps dans la physiologie mécaniste À partir de la pathologie dite du « membre fantôme », dans laquelle le malade a des sensations qui semblent provenir d'un membre (amputé) qui n'existe plus, l'auteur critique les explications empiriques physiologiques. Ce n'est que dans la perspective phénoménologique de notre rapport au monde que l'on peut comprendre le phénomène. écrit l'auteur (). Eran Dorfman écrit . Merleau-Ponty assimile le mouvement de l'« être-au-monde » comme le mouvement de ce qui est « pré-objectif », le réflexe comme la perception n'en seraient que des modalités. .

Pour Merleau-Ponty, si nous voulons expliciter ce phénomène dans le cadre objectif de la science écrit Frédéric Moinat. Le phénomène du membre fantôme n'est pas le simple effet d'une causalité objective et pas davantage une cogitatio, pas l'effet d'un stimuli nerveux et pas non plus un « souvenir ». À l'instar des réflexes, ces phénomènes de persistance témoignent de l'importance de la situation vitale qui donne un sens aux stimuli partiels qui les fait compter, valoir ou exister pour l'organisme. .

De plus, nous existons au milieu de stimuli constants et de situations typiques. Il y aurait . L'organisme vit d'une existence anonyme et générale, au-dessous de notre vie personnelle, le rôle d'un complexe inné ().

Merleau-Ponty pense avoir démontré que le corps dans sa masse comme dans sa motricité a des relations avec son milieu qui relèvent moins de la causalité que de l'intentionnalité. Le « comportement » échappe à la fois au réductionnisme mécaniste (fondé sur une physiologie des réflexes) et au volontarisme de la conscience. écrit Florence Caeymaex.

Le corps dans la psychologie classique Pour l'homme, le corps n'est pas un objet comme les autres car c'est avec lui qu'il observe, qu'il manie les objets. Déjà la psychologie classique n'assimilait pas le corps à un objet note Merleau-Ponty, pour autant elle n'en tirait aucune conséquence philosophique (). Elle attribuait à ce corps des caractères particuliers qui le rendaient incompatibles avec le statut d'objet, ainsi faisait-elle le constat que (). Si dans le savoir, l'on opposait le psychisme de l'être vivant au réel, on le traitait comme une seconde réalité, qui comme tout objet de science devait être soumis à des lois. On postulait que les difficultés qui découlaient de cette double perspective se résoudraient plus tard avec l'achèvement du système des sciences (). Merleau-Ponty apprend de deux théories psychologiques modernes, la , en français, « théorie de la forme », et de la théorie behavioriste ou comportementale que .

Merleau-Ponty voit le corps comme (pp 120) ..

La spatialité du corps propre et la motricité Ce chapitre est construit autour de la notion de «schéma corporel ». Né au sein de la neuropsychologie dans laquelle il signifiait la constance d'un certain nombre d'associations d'images acquises depuis l'enfance le « schéma corporel » devient chez Merleau-Ponty (). Pascal Dupond écrit . En tant qu'elle ne se révèle qu'au sein d'une intentionnalité, d'un projet, la spatialité du « corps propre » est toujours « située » (correspond à une situation) et « orientée » ne correspond pas à l'espace objectif qui lui est par définition homogène.

(). L'expérience motrice ne passe pas par l'intermédiaire d'une représentation, comme manière d'accéder au monde elle est directe. Le corps connaît son entourage comme des points d'application de sa propre puissance (la direction qu'il doit prendre, les objets qu'il peut attraper). (). (). Cet acquis ou cette réserve de possibilités est une autre manière de désigner le «schéma corporel » c'est-à-dire, ().

Dans ses mouvements, le sujet ne se contente pas de subir l'espace et le temps il les assume activement et leur confère une signification anthropologique. Ainsi quel sens pourrait avoir les mots « sur », « dessous » ou « à côté » pour un sujet qui ne serait pas situé par son corps en face du monde. Il implique la distinction d'un haut et d'un bas, du proche et du lointain, c'est-à-dire un espace orienté (). L'espace objectif, l'espace intelligible n'est pas dégagé de l'espace phénoménal orienté, au point que l'espace homogène ne peut exprimer le sens de l'espace orienté que parce qu'il l'a reçu de lui (). .

Merleau-Ponty () écrit .

Le corps comme expression et parole Selon l'articulation de l'auteur lui-même (). L'empirisme et l'intellectualisme dans la théorie de l'aphasie, apparaissent également insuffisants. Le langage a un sens, mais il ne présuppose pas la pensée mais l'accomplit. (). Pascal Dupond écrit : . Le même auteur souligne l'ambiguïté de la conception du corps, à la fois esprit et objectivité, dont Merleau-Ponty fera usage dans son concept de « corps phénoménal ».

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Le Monde perçu À partir de l'exemple d'un cube, Merleau-Ponty cherche à comprendre le processus par lequel l'on saisit immédiatement son unité et son essence alors que l'on ne voit jamais les six faces égales même s'il est en verre(). Alors même que je puis penser en faire par imagination le tour cela ne me donne pas l'unité sans la médiation de l'expérience corporelle. Pour la philosophie classique, ce serait en pensant mon propre corps comme mobile que je puis déchiffrer et construire le cube vrai. L'auteur remarque que si, dans ce mouvement, l'on peut assembler la notion du nombre six, la notion de « côté », la notion d'égalité et lier le tout, ce tout n'inclut pas l'idée d'« enfermement » qui est celle par laquelle nous éprouvons physiquement ce qu'est un cube. Le cube est un « contenant », dont l'objet est d'« enfermer » en l'occurrence un morceau d'espace, enfermement qui ne peut avoir de sens que pour l'« être-au-monde » qui lui peut l'être entre les quatre murs de sa chambre ().

Le sentir écrit Pascal Dupond. Appuyé sur des Merleau-Ponty tente de comprendre le rapport vivant qui s'établit entre le sujet percevant et la chose perçue. Pour lui la sensation n'est ni une qualité, ni la conscience d'une qualité. La sensation Maurice Merleau-Ponty analyse la notion de sensation pour en dégager le caractère complexe, malgré l'évidence que nous procure « l'attitude naturelle » (celle dans laquelle nous pensons pouvoir définir précisément ce que sont les mots « sentir », « voir », etc.). . Il réfute ensuite le « préjugé du monde objectif » : il n'y a pas de « réalité objective », la perception s'ancre dans une subjectivité qui, de fait, produit de l'indéterminé et de la confusion (lesquels ne résultent pas d'un « manque d'attention »). Merleau-Ponty en arrive à la conclusion que la psychologie n'est pas parvenue à définir la sensation ; mais la physiologie n'en a pas davantage été capable, puisque le problème du « monde objectif » se pose à nouveau et qu'il entre en contradiction avec l'expérience (exemple avec l'illusion de Müller-Lyer) : pour comprendre ce que signifie « sentir », il faut donc revenir à l'expérience interne pré-objective.

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La motricité des qualités sensibles La neuropathologie montre que La couleur verte posséderait une valeur reposante. ().

Ces phénomènes ne sont pas saisissables objectivement, il n'y a pas, par exemple, de relation de causalité qui puisse être établi entre le stimulus de la qualité et la réponse du sujet percevant. En ce sens très particulier, il n'y a de signification motrice que si le stimulus atteint en moi, écrit Merleau-Ponty.

La fonction symbolique