YHWH (en phénicien , en hébreu יהוה), est le théonyme du Dieu d’Israël, composé des quatre consonnes yōḏ (), hē (), wāw (), hē (). Par périphrase, il est surnommé le Tétragramme (, )
Apparaissant à un grand nombre de reprises dans la Bible hébraïque et probablement dérivé de la racine sémitique hyh (« être », « devenir »), le Tétragramme est présenté dans le judaïsme comme le « nom propre » de Dieu. Considéré, par cette religion, d’une sainteté suprême, il est déclaré ineffable selon le troisième commandement du Décalogue qui exige de ne pas le « prononcer en vain » ou « à tort ».
L'interdiction énoncée dans le Décalogue de nommer YHWH, avec celle de le représenter, contribue à l'effacement textuel de ce nom. D'autres noms le remplacent dans les prières ou la lecture de la Torah, comme Adonaï ( « mon Seigneur »), Élohim ( « le Dieu ») ou encore HaShem ( « le Nom »).
Certaines traductions chrétiennes de la Bible l’ont parfois transcrit en alphabet latin par « Yahvé », « Yahweh », « Jéhovah » ou « Jéhova ». Depuis la Bible d'Olivétan, parue en 1535, la plupart des traductions protestantes retiennent le terme « l'Éternel ». Certaines traductions catholiques de la Bible utilisent des vocalisations telles que « Yahweh » ou « Yahvé », mais, depuis 2001, l’Église catholique préconise de ne plus utiliser de vocalisation et d’employer dans les langues vernaculaires un mot équivalent au latin Dominus, soit en français « le Seigneur ».
Dans la Bible
Les quatre consonnes thumb|Le Tétragramme sur la stèle de Mesha (), musée du Louvre.
Dans la Bible hébraïque, le tétragramme YHWH apparaît dès Genèse 2:4 ; son sens est révélé à Moïse dans le livre de l'Exode 3:14-15. Il est le seul de tous les noms attribués au Dieu d'Israël qui soit présenté comme son nom propre.
Ses origines ne sont pas clairement établies et restent l'objet de débats. Les quatre consonnes du Tétragramme sont régulièrement associées à une flexion verbale atypique à la forme causative de l'imparfait hébreu de la racine trilittère hyh (en hébreu : ) signifiant « être », « devenir », « arriver »… Shmuel Bolozky, , .. L'origine géographique du nom n'est pas plus tranchée même si plusieurs passages peuvent laisser penser que cette origine serait à situer dans la péninsule du SinaïPar exemple , , , cités par où des traces épigraphiquesNotamment sur le site archéologique de Kuntillet Ajrud, daté du ; cf.. citent un « YHWH de Samarie » ou encore « de Teman ».
Au , une étymologie alternative a été proposée pour rattacher le Tétragramme aux verbes Hwh ou hjh. En arabe ancien, Hwh signifie « tomber » ou « aimer, désirer »Frants Buhl (Hrsg.): Wilhelm Gesenius: Hebräisches und Aramäisches Handwörterbuch über das Alte Testament. 2. Band. (Nachdruck) Treuchtlingen 2023, S. 447. Certains exégètes ont donc interprété le nom de manière causale comme « celui qui chute »Otto Eißfeldt, JHWH. In: Kurt Galling (Hrsg.): Die Religion in Geschichte und Gegenwart, Band 3 (H–Kon). 3., völlig neu bearbeitete Auflage, Mohr Siebeck, Tübingen 1965, S. 523 ou l'ont traduit par « Il roule dans les airs, il souffle », considérant YHWH comme un dieu de l'orageJulius Wellhausen, Israelitische und jüdische Geschichte. (1894) 10. Auflage, De Gruyter, Berlin 2004, , S. 23, Fn. 1Reinhard Müller: Jahwe als Wettergott: Studien zur althebräischen Kultlyrik anhand ausgewählter Psalmen. De Gruyter, Berlin 2008, , S. 3; Othmar Keel (Hrsg.): Orte und Landschaften der Bibel Band 4,1. Göttingen 2007, S. 203.
Confrontés à l'opacité du nom, les commentateurs ont dès le cherché à l'éclairer à la lumière du récit de l'Exode, ce dont témoigne l'épisode du Buisson ardent qui décrit une multiplicité de noms utilisés pour le Dieu unique, ..
La plus ancienne mention épigraphique connue du Tétragramme est un nom théophore, c'est-à-dire « portant [le nom de] Dieu », daté de 820 sur la stèle de Tel Dan. Une inscription plus explicite, datée de 810 , a été trouvée sur la stèle de MeshaAndré Lemaire, « Le yahwisme ancien », 2001.André Lemaire, Naissance du monothéisme : point de vue d'un historien, Bayard, 2003, ..
Selon la (1906), le Tétragramme apparaît dans le Tanakh. Ces occurrences se répartissent ainsi : dans la TorahSoit 153 occurrences dans le Livre de la Genèse, 364 dans le Livre de l'Exode, 285 dans le Lévitique, 387 dans le Livre des Nombres, 330 dans le Deutéronome., dans les Prophètes (Nevi'im) et dans les Écrits (Ketouvim) Article « Tetragrammaton » in , 1906.. Pour Douglas Knight (2011) Douglas Knight, , New York, HarperOne, 2011., le Tétragramme est écrit fois dans les éditions de Kittel et de Stuttgart. Le dictionnaire BDB indique quant à lui un total de . La première occurrence explicite du nom à quatre lettres se trouve en Genèse au chapitre 2.
Interdit de prononciation dans le judaïsme thumb|Feuille d'argent ( 600 AEC) comportant la bénédiction sacerdotale () : « Que YHWH te bénisse et te garde ». vignette|Pendentif en argent avec l'inscription “YHWH” et "Schaddai" (fin du ). Musée juif de Suisse. Les Juifs s’imposent une interdiction de prononcer le Tétragramme en se fondant sur une interprétation du troisième Commandement du Décalogue : « Tu ne prononceras pas à tort le nom du Seigneur, ton Dieu » (Ex 20:7), commandement étroitement lié au précédent (Ex 20,4-5) qui est lui-même à l'origine de la prohibition de représenter le dieu biblique. Cependant, les textes ne présentent que des interdictions relatives et concernant l'interdiction de ne pas prononcer le nom divin en vain ou à tort, il s'agit plutôt à l'origine de prévenir des faux serments.
Ainsi que l'attestent des découvertes archéologiques, numismatiques épigraphiques… YHWH a d'ailleurs été régulièrement représenté et son nom de YHWH prononcé et repris par exemple dans certains prénoms juifs à l'instar d'« Isaïe » qui se prononce « Yéshayahou » pour « Yahou sauve », Yahou (YHW) étant une déclinaison de YHWH. Il n'en demeure pas moins que la double prohibition de représenter et nommer YHWH est centrale pour le judaïsme et la tradition biblique atteste du progressif effacement du nom propre de Dieu et de son remplacement par de simples noms communs qui se substituent au tétragramme, tel Adonaï () « mon Seigneur ». L'usage du tétragramme tombe ainsi en désuétude, sa prononciation semble cesser dès le et les manuscrits bibliques des au après se montrent réticents à son usage au point qu'il est pratiquement absent de la Septante (sauf dans le papyrus fouad 266) qui, rédigée en grec, lui préfère les termes « Dieu » (Théos) et « Seigneur » (Kyrios) ; ainsi, au de l'ère commune, avant la chute du Temple en 70, il n'est plus guère prononcé que par le Grand prêtre à l'occasion du Yom Kippour.
Néanmoins, les quatre lettres du Tétragramme figurent bel et bien dans les écrits hébraïques mais sont remplacées à la lecture par « Adonaï », qui devient, suivant la formule d'Emmanuel Levinas — qu'il fonde sur l'usage courant chez les juifs d'appeler Dieu HaShem (« le Nom ») —, « le nom du Nom ». Le lecteur est ainsi invité à différencier ce que voit l'œil de ce que dit la bouche, ce que le Pessahim (50a) souligne ainsi : « Le Saint, bénit soit-il, a dit : “Ce n'est pas comme je suis écrit que je suis invoqué : je suis écrit Yod He (abréviation de YHWH) je suis invoqué Aleph Dalet (abréviation dAdonaï)” ».
Lorsque le Tétragramme est inscrit dans les Écritures hébraïques, d’autres mots lui sont substitués à l’oral, le plus souvent Adonaï (, « mon Seigneur ») mais occasionnellement Eloha ou son pluriel Elohim (« Tout Puissant »). Cette substitution explique les points-voyelles utilisés dans plusieurs transcriptions du Pentateuque selon qu'il faut lire Adonaï ou Elohim. En dehors des services religieux, les juifs religieux euphémisent Adonaï par Adoshem (« le Nom du Maître »), HaShem (« le Nom », ) ou, plus rarement HaMakom (« le Lieu »). Par ailleurs, le h de Eloha/Elohim peut être remplacé par un k ou un q (« Elok/q'im ») dans les conversations laïques. Enfin, lors des bénédictions à la synagogue ou à la table familiale, les participants saluent la prononciation d’« Adonaï » par la formule (). Le Nom s'écrit au moyen des consonnes, qui sont fixes selon le procédé nommé « Quetiv Quéré ».
Les hébraïsants s’appuient, entre autres, sur les noms théophores cités dans la Bible et sur les chapitres du Pentateuque contenant le Tétragramme, ainsi que sur un passage appelé « Le songe d’Isaïe », avec leurs assonances en « O » et « OU », pour supposer la prononciation d'un nom de substitution usité à l’époque de la rédaction du texte, vers le avant l’ère communeThomas Römer , Introduction à l’Ancien Testament, Labor et Fides..
Prononciation dans le christianisme thumb|Le Tétragramme dans une sacristie, en Suède.
Église ancienne L’interdiction de prononcer le nom propre de Dieu ne concerne pas seulement les juifs mais aussi les premiers chrétiens, qui n’ont peut-être jamais connu sa prononciation. Dans la liturgie chrétienne et dans les copies tardives de la Septante et ensuite dans la Vulgate, le Tétragramme est remplacé par les mots ( en grec), et (en latin) « Seigneur ». Toutefois, dans son , préface aux livres de Samuel et des Rois, Jérôme de Stridon dit avoir rencontré le Nom en caractères archaïques dans des rouleaux grecs. Jérôme évoque aussi des Grecs ignorants qui ont entrepris de transcrire le nom divinÉpître 25, citée dans la (1909), article « Jehovah ». Dans le même article, l'encyclopédie donne quelques exemples de transcriptions, qu'elles soient grecques ou non : Diodore de Sicile (Jao), Irénée de Lyon (Jaoth), les disciples de Valentin (Jao), Clément d'Alexandrie (Jaou), Origène (Jao), les samaritains (Jabe), Jacques d'Édesse (Jehjeh)… tandis que lui-même le restitue par le latin par Dominus mais aussi par la transcription Adonai.
Moyen Âge et Renaissance La translittération en « Jéhovah » date de la fin du : elle est due au disputateur catalan Raimond Martin, dans son ouvrage Pugio Fidei (en caractères hébreux) , .2.3., commentaire du Livre des Rois, écrit vers 1270., « certains chrétiens qui lisaient la Bible dans sa version originale ont lu YHWH en lui appliquant la vocalisation du terme Adonaï, c’est-à-dire en intercalant ses trois voyelles « ĕ »le ḥaṭef pataḥ « ă » vocalisant le aleph de ădōnāï est rendu par un shewa « ĕ » lorsqu'il vocalise le yod de YHWH., « ō » et « ā », et obtenu ainsi le nom Jéhovah »Geoffrey Wigoder (dir.), Dictionnaire encyclopédique du judaïsme, Cerf-Laffont, , 1996, article « Dieu, Noms de ». Selon Robert Henry James, « la mauvaise prononciation 'Jehovah' a été introduite par un érudit du , Petrus Galatinus, dans son livre , 1518 » (, 1899, ).. Cette hypothèse refait surface dans l'ésotérisme de la Renaissance, lorsque Johannes Reuchlin émet une théorie sur le rapport entre le Tétragramme et le nom de Jésus. Dans son , il affirme que le nom de Jésus, retranscrit vers l'hébreu, donne le pentagramme YHSVH ou IHSUH, les quatre lettres du Tétragramme YHVH ou IHUH, au cœur duquel il en a inséré une cinquième, le Sh : (shin). Selon cette hypothèse, cette consonne supplémentaire rendrait le nom prononçable. Celui-ci se lirait alors Yehoshuah, c'est-à-dire Jésus Johannes Reuchlin, (Du verbe admirable) (1494), in Sämtliche Werke, , Stuttgart-Bad Cannstatt : Frommann-Holzboog, 1996, -445, in François Secret, Les Kabbalistes chrétiens de la Renaissance, Dunod, Paris, 1964, rééd. Arma Artis, 1985, .. Cette théorie n'est pas retenue par les spécialistes de la langue hébraïque. Martin Luther, lui-même traducteur de la Bible, l'avait déjà disqualifiée en expliquant que la prétendue similitude entre Jéhovah et Jéhoshuah aurait nécessité non seulement l'ajout d'une consonne (le shin) à Jéhovah mais aussi la suppression d'une autre (le ayin de JéhoshuahMartin Luther, Études sur les Psaumes, Georges Laguarrigue, Labor et Fides, 2001, .).
Époque contemporaine