La Pologne n'a, durant son histoire, jamais possédé officiellement de colonies. Cependant, l'acquisition de tels territoires y a parfois été envisagée, quoique jamais mise en œuvre. Le plus proche que la Pologne eût été de posséder un empire colonial était au , lorsque le duché de Courlande, son vassal, établit des comptoirs outre-mer.

La république des Deux Nations thumb|Carte de la Pologne-Lituanie au , montrant les colonies courlandaises en insert. La noblesse polonaise s'est intéressée à la possibilité d'obtenir des colonies dès le milieu du . Dans un accord signé avec le roi Henri de Valois (les articles henriciens, qui listaient les conditions nécessaires à son accession au trône de Pologne), les nobles polonais obtinrent la permission de s'installer dans certains territoires d'outre-mer du royaume de France. Cependant, lorsque Henri décida d'abandonner la Pologne pour devenir roi de France, l'idée fut abandonnée..

Les colonies courlandaises

Le duché de Courlande, petit État situé sur le territoire de la Lettonie actuelle, était depuis 1561 un fief de la république des Deux Nations. Ce dernier se dote au de quelques colonies, sous l'impulsion du duc Jacob Kettler. Dans sa jeunesse et au cours de ses études à l'étranger, celui-ci avait été inspiré par la richesse ramenée dans divers pays d'Europe occidentale depuis leurs colonies. En conséquence, Kettler décida de mettre sur pieds l'une des plus grandes flottes marchandes d'Europe, ayant ses ports principaux à Windau (aujourd'hui Ventspils) et Libau (aujourd'hui Liepāja) Dariusz Kołodziejczyk, CZY RZECZPOSPOLITA MIAŁA KOLONIE W AFRYCE I AMERYCE? , Mówią wieki. Cependant, la Pologne-Lituanie ne s'est jamais réellment intéressé aux ambitions coloniales de son vassal, quand bien même Jacob Kettler ait suggéré en 1647 au roi Ladislas IV Vasa la création d'une société commerciale polono-courlandaise commune, qui serait active en Inde. Le roi, malade, n'est pas cependant pas intéressé, et Kettler décida donc d'agir de son propre chef.

Liste des colonies courlandaises : En Afrique : Gambie (1650-1661) : Fort Bayona, sur l'Île Sainte-Marie, (près de Banjul) ; Fort Jacob, sur l'Île Saint-André ; Fort Jilifree à Juffureh.

Aux Amériques : Nouvelle-Courlande (Tobago, 1638-1689) ; Courland Bay (1638-1650) ; Jekaba pilseta (actuelle Jamestown, 1654-1659 ; 1668 ; 1680-1683 ; 1686-1690) ; Toco, sur l'île de la Trinité.

Au thumb|Stefan Szolc-Rogoziński. La Pologne disparaissant en tant qu'État souverain à la fin du (troisième partage en 1795), elle se trouve de fait exclue lors de la grande vague coloniale de la fin du (partage de l'Afrique, « grand jeu »,...) Toute tentative de colonisation polonaise de cette époque ne pouvait donc résulter que d'initiatives privées.

C'est par exemple le projet de Stefan Szolc-Rogoziński, noble polonais et officier de la marine impériale russe, qui organisa en 1882 une expédition au CamerounEXPEDITION Out to Sea , 4 September 2003, Warsaw VoiceRogoziński Stefan, Encyklopedia WIEM. Officiellement, il s'agissait uniquement d'une expédition d'exploration, mais officieusement, l'expédition cherchait un endroit où une communauté polonaise pourrait être fondée à l'étranger Stefan Szolc-Rogoziński (1861-1896). Il n'avait aucun soutien officiel ni de l'Empire russe ni du Royaume du Congrès, mais était soutenu par un certain nombre de Polonais influents, dont Boleslaw Prus et Henryk Sienkiewicz. Le , accompagné de Léopold Janikowski et Klemens Tomczek, Rogoziński quitte le port français du Havre, à bord du Lucja Malgorzata, battant pavillon français et polonais. L'expédition est cependant un échec, et Szolc-Rogoziński retourne en Europe, essayant de collecter plus d'argent pour son projet. Une deuxième expédition au Cameroun ne lui apportera pas plus de succès, et Rogoziński finira sa vie à Paris, où il mourra le .

Pendant ce temps, le Cameroun est lentement annexé par l'Empire allemand. En 1884, Rogoziński signa un accord avec un représentant britannique, qui devait lui fournir un soutien pour les traités qu'il signait avec les chefs camerounais ; mais, l'année suivante, à la conférence de Berlin, le gouvernement britannique décida de ne pas poursuivre de revendications dans la région et accéda aux revendications allemandes sur le Kamerun.

La deuxième république de Pologne thumb|Un numéro de la revue de la Ligue Maritime et Coloniale Morze i Kolonie (« Mer et Colonies ») (1939).

La Pologne recouvra son indépendance au lendemain de la Première Guerre mondiale. Bien que la colonisation n'ait jamais été un objectif majeur à Varsovie, certaines organisations comme la Ligue maritime et coloniale ont défendu l'idée de créer des colonies polonaises. La Ligue maritime et coloniale tire ses origines de l'organisation Polska Bandera (« Bannière polonaise »), fondée le Taras Hunczak, Polish Colonial Ambitions in the Inter-War Period, Slavic Review, Vol. 26, No. 4 (Dec., 1967), pp. 648-656, JSTOR, qui soutenait l'achat de terres par des émigrants polonais dans des pays comme le Brésil et le Liberia. La Ligue devint par la suite très influente dans l'élaboration de la politique gouvernementale à l'égard de la marine marchande polonaise. Malgré une longue campagne destinée à toucher l'opinion (publications, expositions, discours, lobbying, etc.) et le soutien de l'opinion publique, elle ne parvint jamais à faire aboutir son projet d'obtenir des colonies pour la Pologne.

En 1926, une Société coloniale (Towarzystwo Kolonizacyjne) fut également fondée à Varsovie. Sa tâche était de diriger les émigrants polonais vers l'Amérique du Sud, où la Société coloniale est rapidement devenue très active, notamment dans l'État brésilien d'Espirito SantoJerzy Mazurek. Kraj a emigracja: ruch ludowy wobec wychodźstwa chłopskiego, page 151.

En 1928 est créée l'Union des Pionniers de la colonisation (Związek Pionierów Kolonialnych), dans le but d'obtenir des colonies pour la Pologne ou des zones de peuplement pour la nation polonaise.

Plusieurs historiens polonais et polonais-américains considèrent que les volontés coloniales de la Pologne en Afrique et en Amérique latine n'étaient pas motivées principalement par des raisons racistes. Ils soulignent les motivations d'ordre largement économiques de la Pologne qui cherchait à acquérir des matériaux tropicaux non disponibles en Europe continentale, et voyant, comme le reste de l'Europe à cette époque, l'obtention de colonies comme le meilleur moyen d'y parvenir. Les projets polonais, moins politiquement expansionnistes qu'il n'y paraît, remplissaient des fonctions spécifiques dans la politique étrangère polonaise, non seulement par rapport à la question de l'émigration juive mais aussi dans les relations germano-polonaises.

Les régions suivantes ont été envisagées comme destinations potentielles de la colonisation polonaise durant l'entre-deux-guerres :

Angola Le , la Ligue maritime et coloniale envoya une expédition en Angola, qui était alors une colonie portugaise. L'objectif était d'essayer d'y installer autant d'immigrants polonais que possible, avant de négocier le rachat du territoire aux Portugais. Cependant, après cinq ans, l'un des premiers pionniers en Angola, Michal Zamoyski, écrit : « Personnellement, je ne persuaderais personne de vivre en Angola ». Les conditions de vie étaient difficiles, les bénéfices étaient marginaux et l'idée fut finalement abandonnée.

Brésil (État de Paraná) thumb|Ferme polonaise à Morska Wola.

L'émigration polonaise vers cette région commença avant même la Première Guerre mondiale. Dans les années 1930, environ y vivaient (18,3 % de la population). Les actions de colonisation soutenues par le gouvernement commencèrent en 1933, après que la Ligue maritime et coloniale, entre autres organisations, y ait acheté près de de terres. Le gouvernement brésilien, craignant que les Polonais n'envisagent d'annexer une partie du Brésil, réagit très rapidement, limitant les activités des organisations polonaises. Le gouvernement de Varsovie n'ayant pas voulu intervenir, le projet prit à la fin des années 1930.

Libéria thumb|Edwin Barclay, président du Libéria de 1930 à 1944. Les gouvernements libérien et polonais entretenaient de bonnes relations en raison du soutien polonais au Liberia au sein de la Société des Nations. À l'automne 1932, la SDN élabora un plan qui prévoyait de faire du Liberia un protectorat confié à l'un des membres de la Société, afin d'« assainir » politiquement et financièrement ce pays en cessation de paiement, en banqueroute complète, et dans lequel l'esclavage était encore très répandu. La Pologne n'étant pas considérée par les Libériens comme un pays ayant des aspirations coloniales, un envoyé officieux du gouvernement libérien, le Dr Leo Sajous, fut envoyé fin 1932 à Varsovie pour demander de l'aide à la Pologne. En , un accord fut signé entre le Liberia et la Ligue maritime et coloniale. Les Libériens acceptaient d'allouer un minimum de 60 hectares de terres à des agriculteurs polonais, pour une période de 50 ans. Les entreprises polonaises se voyaient accorder la clause de la nation la plus favorisée, et Varsovie était autorisée à fonder une société pour exploiter les ressources naturelles du Liberia. En 1934, le gouvernement libérien invita des colons polonais. Au total, 50 plantations leur furent accordées, pour une superficie totale de . Au cours du second semestre de 1934, six agriculteurs polonais s'installèrent au Liberia.

Cependant, ce projet n'était pas entièrement soutenu par le gouvernement polonais, mais bien plutôt par la Ligue maritime ; seules quelques dizaines de Polonais acceptèrent l'offre de s'installer au Liberia, et leurs entreprises se sont avérées, pour la plupart, non rentables. L'original de l'accord a été perdu, mais, selon certaines sources, un protocole secret aurait en outre permis à la Pologne de recruter . L'implication polonaise au Liberia est sévèrement combattue par les États-Unis, créateurs de la nation libérienne. En raison de la pression américaine, le ministère polonais des Affaires étrangères finit par fermer en 1938 le bureau de la Ligue maritime et coloniale à Monrovia.

Madagascar thumb|Le plan Madagascar.

Un projet d'acquisition de la colonie française de Madagascar par le gouvernement polonais fut discuté en 1926, mais l'idée fut jugée irréalisable. L'idée refit cependant surface au cours des années 1930, lorsque le ministre polonais des affaires étrangères Józef Beck proposa que Madagascar fût utilisé comme un « dépotoir » pour la population juive « excédentaire » de la Pologne. Le gouvernement polonais proposa le concept d'émigration juive à Madagascar à la Société des Nations en 1936 et envoya une délégation pour évaluer l'habitabilité de l'île en 1937. La France, cherchant à renforcer ses liens avec la Pologne et à décourager la coopération polono-allemande, participa officiellement à l'expédition. Varsovie envoya une délégation spéciale à Madagascar, sous la direction du major de l'armée polonaise Mieczyslaw Lepecki. Le projet est diversement décrit comme ayant échoué peu après l'expédition de 1937, ou comme ayant été interrompu par l'invasion allemande de la Pologne en ..

Mozambique Les plans de colonisation du Mozambique étaient liés à des investissements commerciaux réalisés par certaines entreprises polonaises vers la fin des années 1930 et n'ont jamais dépassé le stade de l'investissement à l'étranger normal (acquisition de terres agricoles et de mines).

Palestine La Palestine fut également considérée comme une possible destination d'émigration pour les Juifs polonais. Le colonel Józef Beck, alors ministre des affaires étrangères, soutenait ce projet.

Pérou (près du Río Ucayali) thumb|Le Río Ucayali vu du ciel.