Édouard Daladier, né le à Carpentras (Vaucluse) et mort le à Paris, est un homme d'État français, figure du Parti radical socialiste et de la République pendant l'entre-deux-guerres.

Député de Vaucluse, il est de nombreuses fois ministre, dont ministre de la Guerre en 1933-1934 puis entre et , et trois fois président du Conseil : en 1933, brièvement début 1934 puis entre et . À la tête du gouvernement, il signe le les accords de Munich.

Emprisonné en France puis en Allemagne pendant l'Occupation, il redevient député après la guerre, siégeant jusqu'en 1958. Durant sa carrière politique, il a aussi été maire de Carpentras (1912-1919) puis d'Avignon (1953-1958).

Biographie Famille et formation Fils de Claude Daladier, boulanger de Carpentras, et de Rose Maurier., Édouard Daladier a un frère aîné, Gustave, qui reprendra le métier paternel. Lui-même suit les cours de khâgne d'Édouard Herriot au lycée Ampère de Lyon. En 1909, il est reçu premier à l'agrégation d'histoire-géographie, étant destiné à devenir « un excellent professeur » selon un membre du jury. Il est nommé professeur d'histoire au lycée de garçons de Nîmes en 1909, puis professeur adjoint d'histoire et géographie au lycée Saint-Charles (annexe du lycée impérial, futur lycée Thiers), à Marseille..

En 1919, il épouse à Paris Madeleine Laffont — l'artiste peintre Angèle Delasalle est témoin du mariageArchives de Paris arrondissement, acte de mariage , année 1919 (vue 27/31).. Le couple a deux fils : Jean Daladier (1922-2012), résistant, converti au catholicisme et architecte, et Pierre Daladier (1925-1983). Jean est inhumé dans le caveau de son père. En 1951, il épouse en secondes noces Jeanne BoucoiranParis-Presse, L'Intransigeant, 28 décembre 1951, p. 8, « M. Daladier s'est marié discrètement »., morte en 1987 à l'âge de .

Débuts en politique gauche|vignette|redresse|Édouard Daladier en 1924. En 1912, il est élu maire de Carpentras. Il part pour le front dès novembre 1914 comme sergent au 1er régiment étranger d'infanterie, puis passe au 209e d'infanterie en janvier 1916. Nommé sous-lieutenant le 10 avril 1916, il est affecté au 83e d'infanterie en avril 1917. Il revient en 1918 avec le grade de lieutenant et trois citations à l'ordre de la 34e DI.: il obtient la légion d'honneur comme capitaine de réserve en ..

Après un premier échec en 1914, Daladier est élu député radical de Vaucluse de 1919 à 1940. Il est président du Parti radical de 1927 à 1930, puis de 1936 à 1938. Combatif et pugnace, Daladier est surnommé en politique.

Il participe aux gouvernements du Cartel des gauches (1924-1926) et des années qui suivent comme ministre des Colonies (1924), de la Guerre (1925), de l’Instruction publique (1926) et des Travaux publics (trois fois entre 1930 et 1932). Il est lui-même nommé président du Conseil en 1933, puis en 1934, mais cette dernière année, il doit démissionner à la suite de l'émeute pré-insurrectionnelle du .

Lors du congrès radical de Nantes en 1934, il lance le thème des « Deux cents familles », repris par l'extrême droite et par les communistes :

Chef du Parti radical, il participe au rassemblement de la gauche pour les élections de juin 1936, ce qui permet ainsi l'alliance du Parti communiste (PC-SFIC), de la Section française de l'Internationale ouvrière (SFIO) et des radicaux. Il devient vice-président du Conseil et ministre de la Défense nationale dans le gouvernement du Front populaire de 1936 à 1937.

Il est à nouveau président du Conseil le . Il intervient rapidement sur le front de la monnaie, par une entente avec les trésoreries américaine et britannique, pour laisser glisser le franc jusqu'à une parité de pour une livre (contre 147,28 au ) et ensuite stabiliser cette parité..

Voulant réserver l'emploi aux travailleurs français, il promulgue le décret-loi du sur la police des étrangers« Paul-François Paoli : "L'appel aux valeurs républicaines, ce bouche trou de la pensée" », entretien Paul-François Paoli, lefigaro.fr, 11 décembre 2015., qui est complété par celui du . Ce dernier prévoit l’internement des « indésirables étrangers » ;

Ce décret-loi est élargi par la loi du qui permet l’internement « de tout individu, Français ou étranger, considéré comme dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique », à l'époque surtout des juifs d'Europe centrale, ce que certains nomment un . Dès 1939, les camps d'internement français détiennent aussi des réfugiés de la guerre civile espagnole... puis des gens du voyage.

En , il prend des décrets-lois, appelés par ses opposants les , qui reviennent sur des mesures du Front populaire. Daladier qualifie la loi sur les 40 heures de .. En réaction, des grèves ouvrières se déroulent dans le Nord, à Marseille, à Lyon et en Lorraine. La direction de Renault licencie ouvriers pour . La CGT décide alors d’une grève générale pour le . Le gouvernement réquisitionne des transports et envoie des troupes devant les entrées d'usines. Le , ouvriers sont licenciés dans l'aéronautique et les arsenaux, dans la chimie et l'automobile. Plus de la moitié sont des responsables syndicaux de la CGT. Six mois plus tard, 40 % des grévistes n'ont pas retrouvé de travail..

Accords de Munich Instigateur le du « pacte quadripartite », signé avec le Royaume-Uni, l'Allemagne et l'Italie pour favoriser l'intégration de l'Allemagne du chancelier Hitler au sein de la Société des Nations, il est signataire, au nom de la France, en tant que président du Conseil, avec Chamberlain, des accords de Munich le , qui livrent la République Tchécoslovaque ('Sudètes') et son industrie à Hitler. gauche|vignette|Daladier signe les accords de Munich. La guerre avec l'Allemagne lui semble inéluctable, Daladier ne croyant guère dans la promesse allemande de mettre un terme à ses revendications territoriales. Cependant, il lui semble impossible de faire entrer la France en guerre, faute du soutien de la Grande-Bretagne partisane d'une politique d'apaisement menée par Chamberlain et Lord Halifax et de l'opinion publique française, animée par un fort courant pacifiste. En outre, l’état-major français déplore la faiblesse de son aviation, ce qui lui laisse penser que la France ne ferait pas le poids pour vaincre seule l'Allemagne. Tout cela pousse Daladier à ratifier ces accords issus d'une rencontre qu'il qualifie ensuite de « traquenard ». gauche|vignette|Daladier, président du Conseil, quitte Munich pour Paris le après la signature des accords de Munich.Il salue le ministre allemand des Affaires étrangères Ribbentrop de dos. Après la signature des accords, à son retour en France, Daladier imagine qu'il sera hué pour avoir cédé à Hitler, les accords de Munich octroyant aux Nazis une partie de la Tchécoslovaquie à compter du (région des Sudètes, partie de la Tchécoslovaquie peuplée par des germanophones, anciens citoyens autrichiens devenus tchécoslovaques en , lors de la création de la République de Tchécoslovaquie) sans contreparties significatives, sinon de vagues promesses de paix. À sa grande surprise, il est acclamé à sa sortie de l'avion au Bourget par une foule, qui le perçoit comme le sauveur de la paix. Il aurait alors marmonné devant le diplomate Alexis Leger (Saint-John Perse) :

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Dans ses Mémoires, Daladier dira de façon plus modérée :

Le , l'armée allemande envahit la partie tchèque de la Tchécoslovaquie, soit l'ancienne Bohême et la Moravie. En , Daladier rappelle le général Weygand au service actif.

Le , Daladier proclame la déclaration de guerre à l'Allemagne à la suite de l'invasion de la Pologne le . Cette déclaration de guerre a lieu dans l'après-midi, quelques heures après celle de la Grande-Bretagne.

Le , il remanie son cabinet et forme son cinquième cabinet.

Par ailleurs, en constatant l'existence du pacte germano-soviétique du et l'invasion soviétique de la Pologne conjointement avec les Nazis, il prend des mesures à l'encontre du Parti communiste français (PCF), considéré par le gouvernement comme une organisation susceptible de trahir : la presse communiste est mise hors la loi avec le décret du portant interdiction de parution de L'Humanité, puis le parti communiste français est dissous et interdit le également par décret et enfin les élus communistes sont déchus de leurs mandats par décret-loi le .

À la suite de la guerre d'hiver contre la Finlande, lancée par l’Union soviétique ( - ), et de la non-intervention de la France, Daladier est renversé le . Il est, néanmoins, présent en tant que ministre de la Défense nationale et de la Guerre dans le cabinet de son successeur, Paul Reynaud.

Tentative de poursuivre le combat et prison Le , lors de l'attaque allemande contre la Belgique et les Pays-Bas, une crise gouvernementale aboutissant à la démission de Paul Reynaud éclate. Daladier et le généralissime Gamelin sont les adversaires de Reynaud, qui a en tête de remplacer Gamelin. À cause du déclenchement de l'offensive allemande, le président Albert Lebrun refuse la démission du gouvernement. Daladier, qui a eu, dans les jours précédents, le projet de se rendre à Bruxelles, pour inciter le gouvernement belge et le roi à déclarer la guerre à l'Allemagne, n’exécute pas ce projet, devenu dépassé.

Ce que Daladier ignore ou ce dont il ne veut pas tenir compte, c'est que le général Gamelin, comme le révèlent ses mémoiresServir, Gén. Gamelin, 2 vol., Plon, Paris, 1946-1947., était en communication secrète avec le roi Léopold III depuis 1938. Tous les renseignements dont l'état-major belge et le roi pouvaient disposer sur les plans d'attaque allemands étaient communiqués à Paris. Cependant, en dépit des avertissements relatifs aux intentions allemandes d'attaquer par les Ardennes vers Sedan, Gamelin maintient son plan établi en fin 1938 de faire entrer l'armée française en Belgique pour se porter au secours de la Belgique et des Pays-Bas.

Daladier obtient, néanmoins, de rencontrer Léopold III, le 12 au Casteau, sur la frontière franco-belge. À ce moment-là, le roi, qui avait quitté la capitale depuis le pour rejoindre l'état-major belge au quartier général de Breendonck, au nord de Bruxelles, a déjà accepté de se soumettre aux ordres de l'état-major français. D'ailleurs, le général Champon, officier de liaison de Gamelin, est présent au côté de l'état major belge dès le . Au demeurant, l'encombrement des routes et des voies ferrées envahies par les réfugiés, qui côtoient les régiments français montant vers le nord, rend dangereux le voyage de Daladier en direction de la Belgique, voire impossible. En outre, l'espace aérien belge est interdit à tout appareil qui n'est pas un avion de combat. Cette situation contredit certaines affirmations selon lesquelles Daladier serait accouru à Bruxelles pour tenter de convaincre les Belges de résister.

À la fin du premier jour d'hostilités, les Néerlandais battent en retraite précipitamment et laissent l'armée belge à découvert au nord, et les défenses françaises et belges sont enfoncées dans les Ardennes après seulement trois jours de combat.