Abdallah Benanteur, né le à Mostaganem (Algérie) et mort le à Ivry-sur-Seine.Acte de décès, année 2018, , date et heure du décès : trente et un décembre deux mil dix sept à vingt heures cinquante cinq minutes à Ivry-sur-Seine. Acte établi le 2 janvier 2018 à 13 h 54..., est un peintre et graveur algérien.

Installé en France en 1953, il est l'un des représentants de la peinture algérienne moderne. Il est l'époux de la poétesse Monique Boucher-Benanteur (1935-2014).

Biographie Débuts en Algérie Abdallah Benanteur commence à peindre en 1943, des fleurs puis des natures mortes, les paysages de la région ainsi que des portraits et des autoportraitsMichel-Georges Bernard, « Éléments de biographie », dans Benanteur, œuvres sur papier, présentation de Malika Bouabdellah, textes de Monique Boucher et Michel-Georges Bernard, Alger, musée national des beaux-arts, 1993.. À partir de 1946, il fréquente les ateliers de sculpture, pendant deux ans, puis de peinture, pendant quatre ans, de l'école des beaux-arts d'Oran, dans l'atelier de Robert Martin. qui dirige parallèlement la galerie d'avant-garde Colline. Benanteur y rencontre le peintre Abdelkader Guermaz : , confiera-t-il..

Vers 1946, Abdallah Benanteur et Mohammed Khadda se lient d'amitié et vont ensemble peindre dans les environs de Mostaganem. , écrira Khadda : .. En 1948, les deux jeunes peintres vont jusqu'à Alger rendre visite à un ami au sanatorium de Rivet (Meftah) et découvrir le musée des beaux-artsMichel-Georges Bernard, Khadda, Alger, ENAG Éditions, 2002, p. 29..

Installation en France En 1953, Benanteur s'embarque avec Khadda d'Oran pour Marseille, s'installe à ParisJeune Afrique, 1987, lire en ligne., puis à Ivry-sur-Seine. Il fréquente en 1954 et 1955 les cours du soir de l'académie de la Grande Chaumière.

Il exerce différents métiers, manœuvre, ouvrier, puis devient en 1961 typographe-maquettiste dans l'imprimerie de son cousin Benbernou Abdelmadjid jusqu'à sa retraite en 1991. Après avoir participé à plusieurs expositions collectives à partir de 1956, notamment à la galerie Duncan, il réalise sa première exposition personnelle à Paris en 1958. Il se lie d'amitié, la même année, avec le poète Jean Sénac, l'écrivain Henri Kréa, Jean Rousselot, le cinéaste Youri, Jean de Maisonseul, puis le peintre Marcel Bouqueton, le graveur Marcel Fiorini et le romancier Jean Pélégri. En 1955, Benanteur séjourne pour la première fois en Bretagne où il passe ensuite toutes ses vacances jusqu'en 1980. Il se marie en avec Monique Boucher.

vignette|gauche|Abdallah Benanteur et Monique Boucher-Benanteur à Ivry-sur-Seine en 1990. À partir de 1959, Benanteur pratique la gravure, illustrant de dix eaux-fortes Poésie de Jean Sénac, imprimée chez BAM (Benbernou Abdel Madjid). Il réalise en 1961 quinze dessins pour Matinale de mon peuple de Jean Sénac, avec une préface de Mostefa Lacheraf.. Librement inspirés de la graphie arabe, ces dessins le placent aux côtés de Mohammed Khadda comme l'un des premiers peintres du signe, orientation dont son œuvre se détourne cependant rapidement.

En 1961, il s'installe à Ivry-sur-Seine.

Dans les années suivantes, Benanteur illustre encore Espoir et parole, anthologie de la poésie algérienne de combat, et trois recueils d'Henri Kréa. En 1962, il présente à la Bibliothèque nationale d'Alger le recueil Poésie de Sénac qu'il a illustré de ses gravures. Il lui est alors proposé la direction de l'École des beaux-arts d'Alger mais, s'estimant incapable d'être peintre et fonctionnaire, il ne l'accepte pas.

En 1963, il participe à l'exposition des « Peintres algériens » organisée à Alger pour les Fêtes du et préfacée par SénacL'exposition réunit des peintures de Mohamed Aksouh, Baya, Hacène Benaboura, Benanteur, Mohamed Bouzid, Abdelkader Guermaz, M'hamed Issiakhem, Mohammed Khadda, Azouaou Mammeri, Choukri Mesli, Denis Martinez, Mohammed Racim, Bachir Yellès, Rezki Zérarti, Angel Diaz-Ojeda, Jean de Maisonseul, Nallard et René Sintès, ainsi que des dessins d'enfants., puis en 1964 à celle qui est présentée à Paris au musée des Arts décoratifs. De 1960 à 1963, il est soutenu par Paul Gillon. En 1966, il participe à Paris à l'exposition « Six peintres du Maghreb » et l'accompagne en 1967 à Tunis.

vignette|Le poète Malek Alloula, Abdallah Benanteur et le peintre Mohamed Aksouh en 1993. En 1965, Benanteur fonde la collection « Charef », du prénom de son frère disparu durant la guerre d'Algérie, qui en une quarantaine d'années compte ouvrages. Benanteur en choisit les textes parmi les anciens poètes mystiques arabes et persansMansur al-Hallaj, Omar Khayyam, Djalâl ad-Dîn Rûmî, Djami, Nizami, Farid al-Din Attar ou Saadi., qu'il a lus dès son adolescence, les écrivains contemporains nés en AlgérieDjamel Amrani, Mourad Bourboune, Henri Kréa, Jean Pélégri, Jules Roy ou Jean Sénac., les écrivains européensFriedrich Hölderlin, Emily Dickinson, Arthur Rimbaud, Oscar Vladislas de Lubicz-Milosz, Marguerite Yourcenar ou Dylan Thomas. et les poèmes de sa femme, Monique Boucher, également artiste peintre. Il conçoit la typographie de ses livres, exécute lui-même la composition et l'impression à un nombre limité d'exemplaires, qu'il enrichit d'épreuves d'essai de ses gravures, de dessins et de gouaches. Une rétrospectives de ses œuvres graphiques est présentée au musée d'Art moderne de la ville de Paris en 1970.

Il achète la même année à Ivry-sur-Seine, non loin de son domicile, une ancienne boulangerie qu'il transforme en atelier.

Enseignement et peinture Benanteur est professeur aux Beaux-Arts de Paris (section Livre) puis à l'École nationale supérieure des arts décoratifs de 1971 à 1974. Il est nommé membre du comité de la Jeune gravure contemporaine, du comité national du livre illustré français, de la BnF et de la bibliothèque de l'Arsenal.

En 1980, il visite les musées de Madrid et de Tolède et effectue en 1981 un premier voyage en Italie où il revient chaque été jusqu'en 1987. Il se consacre entièrement à la peinture à partir de 1983, exposant chaque année son travail à la galerie Claude LemandPréfaces des catalogues par Monique Boucher, Michel-Georges Bernard, Bruno Jaubert, Raoul-Jean Moulin, Bernard Fabre et Youri. et réalise de très nombreux livres à exemplaire unique, illustrés de gravures, gouaches ou aquarelles.

Sous le titre « Abdallah Benanteur, le peintre des poètes », l'Institut du monde arabe expose en février et ses peintures et œuvres sur papier.

Décès Il meurt le à l'hôpital Charles-Foix à Ivry-sur-Seine.

Famille Il est le père du photographe , né en 1959.

Œuvre Style , a confié Benanteur..

Lorsqu'il s’installe en 1953 à Paris, c’est tout naturellement qu’il entre, formé dans la vision abstraite des signes qui parsèment les poteries, les tapis et les coffres de son enfance, dans le chemin de la non-figuration.

Entre gris et ocres éteints, bleus et verts assourdis, une lumière souvent lunaire éclaire alors ses toiles. Benanteur y desserre bientôt l’entrelacs de ses arabesques, Les lignes des ancêtres (1957) font paraître comme les fragments d’écritures disparues.. À travers un mince réseau de nervures et craquelures, leurs signes se ramifient puis s’enchevêtrent. Les tonalités aurorales virent aux bruns sourds des écorces, aux ocres des sables et des roches désertiques (Sur les bords du Nil, 1958 ; Hoggar, 1959).

, confiera Benanteur, . À partir de 1960, les larges touches de la couleur s’épaississent sur ses toiles, recouvrent la fine grille qui les articulait. Puis sa peinture semble, autour de 1962, s’installer au bord de terres obscures que n'éclairent plus que de lointaines marbrures. . Après cette « période noire », c'est comme depuis l'autre côté de l'ombre que la lumière réapparaît, en 1970, par degrés, irréelle, dans les halos de mystérieux Pots ou flacons l'irradiant au milieu de l'ombre. De leur clarté interne resurgissent les couleurs, intenses à nouveau. Quatre ans plus tard, après une visite à sa mère en Algérie, le cortège des Errantes, qui figurent dans la collection de l'Institut du monde arabe, annonce la longue suite des Visiteuses. Dans un espace de nulle part cheminent de toile en toiles de pâles présences indécises, sur le point de prendre forme au bord de leur disparition.

vignette|L'atelier de Benanteur à Ivry-sur-Seine vers 1990. La peinture de Benanteur ne cesse par la suite de s’ajourer, s’imprègne après 1976 de toutes les tonalités de l’aube et du couchant. Dans ses coulées d'ambre parmi des massifs de bleus profonds, un polyptyque de cinq mètres de longueur reconduit en 1981 le peintre dans les gammes les plus solaires. Une sorte d' « ultra-lumière », comme en fusion, décolore de son incandescence le centre ou la partie supérieure de ses toiles. Dans les diptyques et polyptyques qu'il multiplie alors Benanteur retrouve les rives d'une Méditerranée dont l'au-delà du souvenir avive les éclats (Paysage à Médéa, 1984 ; Pâturages de lumière, 1985 ; Retour à Tipaza, 1986 ; Le Printemps au village, 1988). , dit BenanteurCité par Michel-Georges Bernard, , p. 28.. Aériennes, plus claires ou plus obscures selon l’élément devant lequel elles glissent, de minuscules silhouettes les demeurent, solitaires ou réunies en groupes, que le peintre nomme au gré de son humeur (Les Élus, 1987 ; Les Contemplatifs, 1988 ; Les Faiseurs de nuages, Les Pythonisses, 1989 ; La Poétesse, Les Couples, 1990). Tout à la fois visions oniriques de l'univers des ancêtres, résurgence des marchés et fêtes de l'enfance, dialogue avec les œuvres classiques de la peinture italienne ou flamande, cette foule anonyme donne à l'espace une dimension d'immensité, un climat de Sérénité (1989).

À partir de 1991, Benanteur s’engage dans une série de plus larges « voyages » imaginaires (Promenade en Perse, En Orient, En Inde, Au Pakistan, En Algérie, Djurdjura, Au Cachemire). De toile en toile s'étend un « Haut-Pays » resserré de gorges et défilés, cols et falaises, éboulis, clairières et bosquets. Les horizons s’y étagent en lointains massifs, la couleur semblant sourdre des porosités de la roche, des écailles du sol, des failles des montagnes. Dans des lumières plus voilées ces paysages non figuratifs laissent place, sur la fin des années 1990, à une présence plus diffuse des éléments. Jamais Benanteur n'y représente la nature dans la réalité de ses spectacles mais, en réfractant l'élan pur de couleurs et de lumières, jamais sa peinture ne la quitte d'un instant.

Œuvres répertoriées

Œuvres les plus notables Algérie musée national des beaux-arts d'Alger : Souffle mouillé Émirats arabes unis Barjeel Art Foundation à Charjah : Sous-bois, 1957, huile sur panneau, France Musée de l'Institut du monde arabe à Paris : Le Hoggar, 1960, huile sur toile, Liban Dalloul Art Foundation à Beyrouth : L'Espagnole, 1972, huile sur toile,

Citation Dans une interview accordée à l'hebdomadaire algérien Ruptures en 1993, Benanteur déclare :

Principales expositions personnelles

Notes et références Notes

Références

Annexes

Bibliographie Monographie Benanteur, Gravures, préface de Ali Silem, textes de Rabah Belamri, Michel-Georges Bernard, Monique Boucher, Rachid Boudjedra, Mohammed Khadda, Henri Kréa, Jean Pélégri et Hamid Tibouchi, Alger, ENAG - AEFAB, 1989. Djilali Kadid, Benanteur, Empreintes d'un cheminement, Éditions Myriam Solal, Paris, 1998 Benanteur, Peintures, prologue de Marc Hérissé, textes de Raoul-Jean Moulin (L'imaginaire selon Benanteur) et de Bernard Fabre (Le triomphe de la peinture), traduction anglaise par Ann Cremin, Éditions CLEA-Claude Lemand Éditeur d'Art, Paris, 2002. Benanteur, Œuvres graphiques, textes de Rachid Boudjedra (L'exil et le royaume), de Bruno Lavillatte (L'évidence du caché ou L'art de faire signe) et de Claude Lemand (Le fleuve et le volcan), traduction anglaise par Ann Cremin, Éditions CLEA-Claude Lemand Éditeur d'Art, Paris, 2005.

Catalogues d'expositions personnelles