Sun Wukong (), souvent traduit en français par le Roi des Singes ou Roi singe, est l'un des personnages fictifs les plus célèbres de la littérature chinoise classique. Ce singe, héros principal du roman de Wu Cheng'en, La Pérégrination vers l'Ouest西遊記, est le premier disciple du moine Tang Sanzang三藏, qui est chargé de partir en Inde (à l'ouest) ramener les écritures sacrées du Bouddha en Chine (à l'est) et lui sert de garde du corps avec un dragon, Longwang Sanjun龍王三君, un homme à tête de cochon, Zhu Bajie豬八戒 et un ogre, Sha Wujing沙和尚.

Doué de parole et de conscience, il est connu pour sa force, sa rapidité et ses pouvoirs magiques extraordinaires, mais également pour son naturel espiègle et son passé d'irrépressible trouble-fête.

Il est aussi nommé en japonais », en coréen Son Ogong ( / ), en (), en (Heng Chia), en et en .

Histoire Sun Wukong est né d'un rocher (comme le dieu Mithra) frappé par la foudre, ce qui a engendré un œuf de pierre.

À peine sorti de son œuf, il suivit un groupe de singes et les aida à franchir une cascade derrière laquelle se trouvait une grotte : Huaguoshan Dongtian花果山洞天 (la Caverne Céleste du Mont des Fleurs et des Fruits). Pour cet exploit, il devint le Houwang猴王 (Roi des Singes) et le Roi de ce nouveau domaine. Il était heureux, mais après quelque temps, il s'ennuyait et se lamentait rien que de penser qu'il devrait mourir un jour Wu Cheng'en, Xiyouji (Bibliothèque de la Pléiade, 1991) , Livre I, Chap. I, , note 1.

Sur les conseils des vieux singes, il partit à la recherche d'un Maître qui saurait lui enseigner l'art de cultiver son corps et son esprit et devenir ainsi Immortel. Il finit par trouver ce qu'il cherchait au Mont de la Terrasse des Esprits d'un Pouce Carré de la Grotte de la Lune Penchée et des Trois Étoiles方寸山 斜月三星洞 fangcunshan Xieyue Sanxingdong Wu Cheng'en, Xiyouji (Bibliothèque de la Pléiade, 1991) , Livre I, Chap. I, image , en la personne du Patriarche Putizushi普提祖師 ou Xuputi普提 (Subhûti) Wu Cheng'en, Xiyouji (Bibliothèque de la Pléiade, 1991) , Livre I, Chap. I, , note 2. Après avoir suivi l'entraînement du maître taoïste, versé dans tous les secrets de la Voie, il savait maîtriser et grimper sur les nuages grâce à sa faculté de jindou yun云(), qui est de bondir et faire des acrobaties sur les nuages.

De retour dans son royaume, il apprit que ses sujets avaient été la proie d'un monstre, le Roi-Démon du Chaos太 (混世魔王 Hunshi Mowang, qui les persécutait Père Henri Doré, Recherches et Superstitions en Chine, le Panthéon Chinois (éditions You Feng, 1995) , . Il combattit et vainquit le monstre, mais décida qu'il fallait qu'il ait sa propre armée afin de protéger son domaine. Aussi, de nouveau sur les conseils des singes aînés, il alla chercher toutes les armes qu'il pouvait à la frontière du pays de Aolai傲来 et en équipa toute son armée. Mais devenu Immortel, lui-même n'arrivait pas à trouver une arme qui soit à sa mesure ; les singes aînés lui proposèrent de se rendre au Royaume des Mers de l'Est où résidait le Roi-Dragon龍王 Longwang qui aurait certainement ce qu'il cherchait. Sur place, dans son Palais de Cristal水晶宫 Suijinggong, il le contraignit à lui remettre ses meilleures armes. Aidé par sa femme et sa fille, le Souverain des Mers lui proposa le Pilier qu'utilisa jadis le Grand Empereur Yu大寓(皇帝) Dayu (Houangdi) pour combler la mer. Trouvant l'objet trop gros, il le fit rétrécir jusqu'à ce qu'il puisse le tenir en main ; il s'appelait Bâton de Bon-Plaisir Cerclé d'Or如意金箍棒 Ru Yi Jingubang et il pouvait prendre la taille que son possesseur souhaitait : être aussi gros et grand qu'une montagne ou aussi petit et fin qu'une aiguille. Non content de ce larcin, il convoqua les trois autres Souverains des Mers et les força à lui remettre un casque d'or rouge à plumes de phénix, une cuirasse d'or, ainsi que des bottes merveilleuses brodées de perles pour marcher et courir sur les nuages. Son comportement envers les Rois-Dragons les amena à porter plainte auprès de l'Empereur de jade玉帝 Yudi.

Comme était venu la fin de son existence, après une fête qu'il donnait, Sun Wukong s'endormit ivre ; et pendant son sommeil, il reçut la visite de deux émissaires des Enfers qui le garrottèrent et l'emmenèrent dans le Pays des Ombres. Persuadé qu'il y avait une erreur, il obligea les Dix Rois des Enfers十閻王 Shi Yanwang à lui porter le Registre des Vivants et des Morts, et muni d'un pinceau, il raya son nom et celui de tous ses compagnons. Pour ce nouveau méfait, une autre plainte fut adressée à l'Empereur.

Informé, l'Empereur de jade voulut dépêcher immédiatement son armée pour punir l'insolent, mais l'Esprit de Vénus, le Très Blanc Astre de Métal太白金星 Taibai Jinxing intercéda en sa faveur et persuada le monarque de convoquer le rebelle au Ciel et de lui donner un titre ; ce fut celui de Bimawen弼馬温Wu Cheng'en, Xiyouji (Bibliothèque de la Pléiade, 1991) , Livre I, Chap. IV, , note 3 l’Écuyer Céleste, Responsable des Écuries du Ciel. Apprenant que ce grade était le plus bas de la hiérarchie, il s'enfuit et retourna dans son royaume, maudissant le Ciel et s'auto-proclamant Grand Saint Égal du Ciel齊天大聖 Qitian DashengPère Henri Doré, Recherches et Superstitions en Chine, le Panthéon chinois (éditions You Feng, 1995) , ; ce qui eut pour effet de vexer l'Empereur de Jade, qui envoya le Roi du Ciel Li李天王 Li Tianwang et son fils, Nezha le Troisième Plus Haut Fils哪吒三太子 Nazha Santaizi à la tête de son armée afin de le punir de son audace. Mais plus résistant qu'il n'y paraissait, le Roi des Singes parvint à vaincre ses adversaires, les uns après les autres, alors, à nouveau, Taibai Jinxing太白金星 intervint et convainquit le monarque de lui accorder son titre, puisqu'il ne rimait à rien au Ciel et lui accorda en plus la garde du jardin des pêches célestes.

Arrivé au jardin, on lui expliqua que les pêches célestes prenaient des centaines d'années pour mûrir, et qu'elles procuraient l'immortalité à quiconque en mangeait ; lorsqu'il fut seul au milieu des pêchers, il dévora sans aucune retenue les plus beaux fruits. Plus tard, il reçut la visite des Yunu玉女, suivantes de Xiwangmu西王母 l'Impératrice du Ciel, venues cueillir des pêches dans son jardin pour la grande fête donnée en l'honneur des plus grands Immortels du Ciel. Comme il n'était pas sur la liste des invités, il endormit les suivantes, se rendit à l'endroit du festin endormir les serviteurs et s'y gava de tout ce qu'il pouvait y trouver. Ivre, il atterrit dans le palais de Lao Tseu老君 et s'empara des pilules d'immortalité que celui-ci réservait aux convives du Ciel. Conscient de ce qu'il avait fait, il regagna son royaume, sans oublier de piller à l'intention de ses petits compagnons ce qu'il avait trouvé lors de la fête.

Cette fois, les plaintes n'en finissaient plus de tomber à l'encontre du pillard et l'Empereur dut une fois de plus envoyer ses troupes cueillir le coupable ; mais une fois de plus celui-ci resta invaincu. À bout de souffle, le Grand Monarque reçut la visite de Guanyin觀音菩薩 qui lui recommanda de faire appel à son neveu, Erlang二郎 pour venir à bout du Singe rebelle. Convoqué à la cour, Erlang vint avec ses hommes et réussit là où tous les autres avaient échoué, mais aidé en cela par le patriarche Lao Tseu et la Grande Bodhisattva de la Compassion. Sun Wukong, enfin capturé, fut soumis à toutes les exécutions possibles, mais sans aucun résultat. Lao Tseu proposa alors de l'enfermer dans son Four aux Huit Trigrammes afin de lui retirer ses pouvoirs à jamais et le détruire. Alors que s'étaient écoulés, on rouvrit le four et le Singe qui s'y était caché, en surgit soudainement ; et résolu à se venger, il décida de tout saccager dans le Ciel. Enragé, il fut confronté à Bouddha qui le défia de quitter la paume de sa main. Vexé, le Roi des Singes releva le défi et perdit ; le Grand Éveillé retourna sa paume et enferma le maudit Singe entre ses cinq doigts qu'il transforma en montagne, la Wuzhishan五手指山 Montagne des Cinq Doigts (ou Dynamies). Prisonnier d'un coffre de pierre, le rebelle du Ciel devait purger ainsi de captivité, nourri de pilules de fer et abreuvé de jus de bronze fondu par les Shen神, Esprits du lieu, jusqu'à ce que le moine Tang Sanzang vienne le délivrer et en fasse son disciple.

Ce jour arrive 500 ans plus tard. Comprenant que Wukong sera difficile à contrôler, Guanyin offre à Tang Sanzang un cadeau de Bouddha : un cercle magique, le Cercle d'Or ou Jinguquan (金箍圈) qui, une fois que le Roi Singe sera amené à le mettre, ne pourra plus jamais être retiré. Lorsque Tang Sanzang incante un certain sutra, le diadème se resserre et provoque un mal de tête insupportable. Guanyin donne au Roi Singe trois cheveux spéciaux, à utiliser uniquement en cas d'urgence extrême. Sous la supervision de Tang Sanzang, Sun Wukong est autorisé à voyager vers l'Ouest pour y apporter les écritures sacrées du Bouddha.

Tout au long du roman, le Roi Singe aide fidèlement Tang Sanzang dans son voyage en Inde. Ils sont rejoints par Zhu Bajie (猪八戒 Zhū Bājiè) et Sha Wujing (沙悟浄 Shā Wùjìng), qui accompagnent tous deux le prêtre pour expier leurs crimes antérieurs. La sécurité de Tang Sanzang est constamment menacée par les démons et autres êtres surnaturels, ainsi que par les bandits, car ils croient qu'en mangeant la chair de Tang Sanzang, ils obtiendront l'immortalité et un grand pouvoir. Sun Wukong agit souvent comme garde du corps de Tang Sanzang pour lutter contre ces menaces. Le groupe rencontre une série de quatre-vingt-une tribulations avant d'accomplir sa mission et de retourner sain et sauf en Chine. Au cours du voyage, Sun Wukong découvre les vertus et les enseignements du bouddhisme. Là, il atteint la bouddhéité, devenant le « Bouddha combattant victorieux » (鬥戰勝佛 Dòu-zhànshèng-fó), pour son service et sa force. Nous voyons également que le Roi Singe connaît également le sort de Tang Sangzang et aussi ses connaissances dans bien d'autres choses, car à trois reprises, il savait que le moine était censé souffrir et il guérit également un roi qui était malade depuis de nombreuses années, et il connaît les propriétés d’herbes dont personne ne connaissait l’existence.

Attributs Entraîné par un maître taoïste, il connaît 72 transformations, mais parfois sa queue poilue qui dépasse indique sa véritable nature. Il peut devenir géant comme tout petit ; se transformer en insecte. S'il tire un de ses poils, le mâchonne et le recrache, il peut se multiplier à l'infini ; s'il lui ajoute du sang, il peut créer des clones des autres comme de lui-même. Il peut bondir sur les nuages et ainsi parcourir d'un coup, ce qui lui permet d'aller très loin solliciter de l'aide pendant son voyage ; très fort, il est capable de faire face à une armée entière, mais peut parfois se voir dépassé. Ayant survécu après au feu destructeur du four divin aux Huit Trigrammes de Lao Tseu, ses yeux ont gagné le don de reconnaître les démons polymorphes sous leurs différents avatars. Grâce aux flammes sacrées du fourneau, il acquiert la vision transcendante qui lui vaudra le sobriquet : Yeux de Feu et Pupilles d'Or火眼金睛 Huoyan Jinjing. C'est ce qui l'amène parfois à quelques différends avec son maître Sanzang, qui peine à le croire, mais il avoue lui-même ses limitesWu Cheng'en, Xiyouji (Bibliothèque de la Pléiade, 1991) , Livre IX, Chap. XLI, : il ne craint plus le feu depuis sa mésaventure dans le four de Laozi, mais il en a gardé une faiblesse et une crainte pour la fuméeWu Cheng'en, Xiyouji (Bibliothèque de la Pléiade, 1991) , Livre X, Chap. XLVII, il peut voir jusqu'à le jour et seulement 300 la nuit. Pour contrôler son énergie incommensurable et canaliser son caractère belliqueux, celui-ci lui fait porter un serre-tête en or donné par la Bodhisattva Guanyin, qui en récitant une prière, peut rétrécir et, ainsi, lui infliger une grande douleur en comprimant sa tête, si ses actes se révèlent contraires aux « préceptes du Bouddha » et principes bouddhistes.