François Mauriac, né le à Bordeaux et mort le à Paris, est un écrivain français.

Lauréat du Grand prix du roman de l'Académie française en 1926, il est élu membre de l'Académie française au fauteuil en 1933. Il reçoit le prix Nobel de littérature en 1952..

Biographie Famille, enfance et formation vignette|gauche|Le domaine de Malagar, dont François Mauriac hérita en 1927 et où il écrivit une grande partie de son œuvre. Charles François Mauriac naît le dans la maison familiale du 86, rue du Pas-Saint-Georges à Bordeaux... Il est le dernier d'une fratrie composée d'une sœur aînée, Germaine (1878-1974), et de trois frères, Raymond (1880-1960), Jean (1881-1945) et Pierre (1882-1963).

Son père, Jean-Paul Mauriac (né le à Saint-Pierre-d'Aurillac) est un marchand de bois merrain, banquier et propriétaire terrien dans les Landes de Gascogne, qui avait le goût des lettres mais qui, en sa qualité d'aîné, fut dirigé vers les affaires. Il a épousé à Bordeaux, le , Marguerite Marie Claire Coiffard (née le à Bordeaux), héritière d'une famille du négoce bordelais... Il meurt prématurément le à Bordeaux à 37 ans des suites d'un « abcès au cerveau ». Marguerite Mauriac meurt le à Lanton.

Orphelin de père à vingt mois, François Mauriac vit toute son enfance très entouré par une mère catholique très pratiquante – dont il est le fils préféré et celui qui gère toutes les affaires familiales –, par sa grand-mère Irma Coiffard (née Abribat) et sous le tutorat de son oncle, Louis Mauriac, magistrat (seul frère, cadet, de son père). N'ayant pas connu son père, il en interpréta les sentiments profondément laïcs et républicains comme contrepoids au formalisme religieux maternel..

François Mauriac apprend à lire et à écrire rue du Mirail, chez la sœur Adrienne, avec Martial-Piéchaud, son plus vieil ami bordelaisPréface de François Mauriac, Une génération perdue, Michel Suffran, Samié éditeur, Bordeaux, 1966, : « Martial fut un de mes premiers amis, chez la sœur Adrienne, rue du Mirail : nous avions cinq ans. ».. Il fait à partir de 1892 ses études primaires puis secondaires chez les Marianistes de l'institution Sainte-Marie Grand-Lebrun à Caudéran et 72., où il fera la rencontre d'un ami d'une vie, André Lacaze..

Outre les divers logements que la famille occupe à Bordeaux, son adolescence est marquée par plusieurs lieux girondins qui tous, marqueront profondément son œuvre : Gradignan où sa grand-mère Irma possède le « Château-Lange »., les Landes de Gascogne autour de Langon, Verdelais et surtout l'été à Saint-Symphorien, tous ces bourgs dominés par la bourgeoisie viticole ou ayant fait fortune dans l'exploitation forestière, au climat lourd de secrets étouffés qu'il peindra dans la plupart de ses romans.

Après avoir écrit, dans son enfance, de petits textes et poèmes, il compose à treize ans sa première réelle œuvre, un mélodrame de jeunesse intitulé Va-t'en !Va-t'en !, Appendice I du tome I des Œuvres romanesques et théâtrales complètes de Mauriac, Bibliothèque de la Pléiade, éditions Gallimard, 1978, ., dédié à sa sœur Germaine..

La mort de sa grand-mère Irma en 1902 est un profond choc pour l'adolescent. Il constate la profonde hypocrisie de sa famille religieuse et bourgeoise qui se partage déjà l'héritage à côté de l'agonisante..

François Mauriac rate la seconde partie du baccalauréat de philosophie et doit redoubler, préférant refaire une année au lycée public de Bordeaux. Dans cet établissement, il a notamment pour professeur Marcel Drouin, beau-frère d'André Gide, qui lui fait découvrir les textes de Paul Claudel, Francis Jammes, Henri de Régnier, Arthur Rimbaud, Charles Baudelaire, Colette et André Gide (notamment L'Immoraliste et Les Nourritures terrestres qui le marqueront), tous proscrits dans sa famille et chez les pères, finissant ainsi de constituer son corpus littéraire personnel.. Il découvre également à cette époque les textes et idées de Maurice Barrès qui marqueront sa jeunesse.

Après son baccalauréat obtenu en , il étudie la littérature à la faculté de Bordeaux, sous la direction de Fortunat Strowski. Il a alors pour condisciple Jean de La Ville de Mirmont et se lie d'amitié avec André Lafon..

À cette époque, il habite toujours avec l'ensemble de sa famille, dans divers appartements et immeubles de Bordeaux, dont le 15 rue Rolland de 1903 à 1907., et fréquente à partir de 1905 les cercles bordelais du Sillon de Marc Sangnier, mouvement catholique « ouvriériste » dont il se sent proche mais qui le laisse insatisfait. et dont il s'écarte définitivement en Selon Émile Poulat, « sa foi dans le Christ de l'histoire évangélique s'opposait énergiquement au Christ de la foi proposée par la critique moderniste. Sa Vie de Jésus, dont le titre même sonne comme un défi, est l'aboutissement d'une longue méditation ; l'adversaire pour lui n'est plus Renan mais Loisy, qu'il prend à partie avec violence dans la préface de la deuxième édition » (Émile Poulat, Histoire, dogme et critique dans la crise moderniste, Casterman, Tournai, 1974, )..

Sa famille l'envoie avec une rente annuelle de François Mauriac, « Lettre à Madame Jean-Paul Mauriac », Paris le 19 novembre 1907, dans François Mauriac - Nouvelles lettres d'une vie (1906 - 1970), éditions Grasset, 1989, . à Paris, où il s'installe le — tout d'abord dans une pension étudiante de frères maristes au de la rue de Vaugirard où il réside un an avant d'être exclu, puis quelques mois dans l'hôtel l'Espérance voisin, et enfin seul en 1909 au cinquième étage du de la rue Vaneau — pour préparer l'École des chartes qu'il intègre mais abandonne presque aussitôt : plus tard, il écrira en effet que ces études lui convenaient ..

Dès lors, il se consacre entièrement à l'écriture en publiant des poèmes, à son compte, dans la Revue du temps présent.

Années 1910 et 1920 Son premier volume de poèmes, Les Mains jointes, est publié en 1909. Bien que retenant l'attention des milieux littéraires et notamment, depuis 1910, de Maurice Barrès, auquel il voue un véritable culte, Mauriac ne sera connu du grand public qu'une dizaine d'années plus tard.

François Mauriac épouse, le à Talence, Jeanne Lafon (Oran, – Paris , ), rencontrée chez leur amie commune Jeanne Alleman, auteure qui publie sous le pseudonyme masculin de Jean Balde. Jeanne Lafon est la fille de Marc Lafon (1857-1919), polytechnicien et inspecteur des finances, alors trésorier-payeur général de la Gironde, et de Léonie Bouchard (1862-1963). Elle est la petite-fille de Léon Bouchard (1830-1904), premier président de la Cour des comptes et maire de Vémars, et la petite-nièce de l'historien Gustave Fagniez (1842-1927).. C'est par la famille Bouchard, implantée à Vémars depuis des générations, que François Mauriac héritera du château de la Motte au nord de Paris, où il habitera souvent sous l'Occupation et à la fin de sa vie.

Le jeune ménage réside à Paris, de 1913 à 1930 au 89 rue de la Pompe puis jusqu'à la mort de Mauriac, en 1970, au 38 avenue Théophile-Gautier. et a quatre enfants : son fils Claude Mauriac né en 1914, puis Claire Mauriac, Luce Mauriac et Jean Mauriac, respectivement en 1917, 1919 et 1924.

La carrière littéraire de Mauriac est interrompue par la Première Guerre mondiale, durant laquelle il s'engage un temps, bien que réformé et de santé précaire, dans un hôpital de la Croix-Rouge à Salonique. Après la victoire de 1918, il reprend ses activités et publie, en 1921, Préséances, qui le brouille pour longtemps avec la bonne société bordelaise, puis, en 1922, Le Baiser au lépreux.

Succès littéraire vignette|gauche|redresse|Mauriac en grand habit lors de son entrée à l'Académie française le . Dans une vie d'abord marquée par les mondanités littéraires (jeune, il fréquente les salons, notamment celui de Natalie Clifford Barney et surtout celui de la comtesse Anna de Noailles), puis par des engagements politiques guidés notamment par un idéal chrétien socialisant (il suit un temps le Sillon de Marc Sangnier et s'oppose à l'Action française), Mauriac est avant tout occupé par la composition d'une œuvre romanesque où il se révèle un analyste des passions de l'âme et un pourfendeur de la bourgeoisie provinciale (Genitrix, Le Désert de l'amour, Thérèse Desqueyroux, Le Nœud de vipères, Le Mystère Frontenac). La plupart de ses romans évoquent le conflit entre la foi et la chair, et développent plusieurs images récurrentes comme le « désert » spirituel que ses personnages doivent traverser.

La qualité de ses romans et de sa poésie lui vaut d'être triomphalement élu à l'Académie française le au premier tour contre Edmond Sée par 28 voix et 3 bulletins blancs sur 31 votants. Le , lors de sa réception, il doit néanmoins endurer le discours peu flatteur d'André Chaumeix..

Un écrivain engagé Tout en poursuivant son œuvre littéraire (La Fin de la nuit, première suite de Thérèse Desqueyroux, Les Anges noirs), il prend part à de nouveaux combats politiques, notamment au moment de la guerre d'Espagne. Même s'il est d'abord favorable au soulèvement nationaliste, il dénonce dès le massacre de Badajoz.. Le bombardement de Guernica en confirme son basculement aux côtés des Républicains espagnols qu'il exprime dans ses articles du Figaro et de Temps présent et aux côtés des chrétiens de gauche dans les revues Esprit ou Sept. Cet engagement provoquera une première rupture avec sa famille politique. Robert Brasillach lui dédicacera son ouvrage sur la guerre d'Espagne : « à F.M. égaré »Bloc-notes V, .. La solidarité catholique de Mauriac concerne autant l’Espagne et le Pays basque que la France : le , il signe avec Jacques Maritain, Gabriel Marcel, Stanislas Fumet et Jacques Madaule un manifeste intitulé « Pour le peuple basque ». Le Pays basque semble à Mauriac l’exemple d’un modèle social dont il admire un « syndicalisme catholique », alors un mouvement catholique à la fois social et identitaire ..

S’agissant de l’Espagne, cela passe d’abord par la question du statut du Pays basque.

Sous l'Occupation, après , il publie en 1941 La Pharisienne, qui peut se lire en creux comme une critique du régime de Vichy et qui lui vaut d'être désigné comme « agent de désagrégation » de la conscience française par les thuriféraires de l'Ordre nouveau. Au sein de l'Académie française, il fait partie avec Georges Duhamel (qui devient secrétaire perpétuel provisoire en 1942), Louis Gillet et Paul Valéry du petit groupe tenant tête à la fraction pétainiste de l'institution... Il adhère au Front national des écrivains et participe à l'œuvre de Résistance à travers la presse clandestine (Les Lettres françaises notamment). Il fait paraître en 1943, aux Éditions de Minuit, sous le pseudonyme de « Forez », Le Cahier noir, qui est diffusé sous le manteau.

Au moment de l'épuration, il intervient en faveur de l'écrivain Henri Béraud, accusé de collaboration. Il signe la pétition des écrivains en faveur de la grâce de Robert Brasillach, qui est condamné à mort et qui sera malgré cela exécuté. Cet engagement lui vaut le surnom de « Saint-François-des-Assises ».. Il intervient en faveur de son frère Pierre Mauriac, professeur de médecine et doyen de la faculté de médecine et pharmacie de Bordeaux, membre de l'Action française et pétainiste, lors de son procès pour collaboration après la Libération ., dont il est resté proche malgré leurs divergences politiques.

Il rompt peu après avec le Comité national des écrivains en raison de l'orientation communiste du comité et participe à la revue des Cahiers de La Table ronde, où de jeunes écrivains – qui seront appelés plus tard les Hussards – font leurs débuts. Entre 1946 et 1953, éditorialiste au Figaro, François Mauriac s'illustre par la virulence de son anticommunisme dans le contexte de la guerre froideGuillaume Gros, François Mauriac, Geste éditions, 2011, .Pendant les 20 dernières années de sa vie, Mauriac a cessé d'écrire des romans, et s'est mis à des chroniques journalistiques. (Alexandre Soljénitsyne, Journal de la Roue Rouge, Fayard, Paris 2018, )..