Le Nouveau-Brunswick proprement dit a été fondé en 1784 avec pour capitale Fredericton. Cet article présente l'histoire du lieu, depuis l'époque amérindienne jusqu'à nos jours, incluant l'époque coloniale française où il était une partie de l'Acadie.
Préhistoire L'historiographie de la préhistoire du Nouveau-Brunswick se subdivise généralement en trois périodes: la période précoce (-9000 à -4000), la période intermédiaire (-4000 à -500) et la période tardive (-500 à 1600)D'autres auteurs, notamment James A. Tuck, vont plutôt parler de la période paléoaméricaine (-9000 à -7000), du Grand hiatus (-8000 à -3000), de la période pré-céramique tardive (-3000 à -500) et de la période de la céramique (-500 à 1604)..
Les artéfacts les plus anciens, datant du , ont été découverts dans la paroisse de Pennfield en 2011..
Contact (1000 à 1604)
thumb|Reconstitution de L'Anse-aux-Meadows.
En 985 ou 986, le Viking Erik le Rouge explore le sud du Groenland. Bjarni Herjólfsson tente de le rejoindre mais est dirigé plus au sud, probablement à Terre-Neuve, devenant possiblement le premier Européen à explorer l'Amérique.. Vers l'an mille, Leif Ericson, le fils d'Erik le Rouge, explore les terres découvertes par Bjarni Herjolfsson. Il fonde Straumfjord, dans le Nord de la colonie du Vinland, correspondant à L'Anse aux Meadows, à Terre-Neuve-et-Labrador ; la colonie est abandonnée quelques années plus tard. La Saga d'Erik le Rouge mentionne aussi la fondation d'une autre colonie, Hop, une guerre avec la population locale, les Skrælings, et l'exploration d'autres terres mais aucune preuve concluante de leur présence ailleurs qu'à L'Anse-aux-Meadows n'a été trouvée jusqu'à ce jour. On sait toutefois que les Vikings ont continué de visiter occasionnellement l'Amérique du Nord pour se procurer du bois.
Entre 1075 et 1080, Adam de Brême est le premier à mentionner le Nord-est du continent, dans Gesta Hammaburgensis ecclesiae pontificum.
Dès le Au , les Islandais notent la présence d’une vingtaine de baleinières basques situées à 500 milles à l'ouest de Grundarfjörður. C'est un des premiers documents daté de 1412 qui note une présence basque en Atlantique nord. On peut présumer qu'ils viennent déjà depuis quelques décennies, mais aucune autre preuve n'a encore été découverte., des pêcheurs basques viennent régulièrement pêcher la baleine et la morue à Terre-Neuve. Au contact des Amérindiens, un pidgin basco-algonquin se développe entre les Basques et les Micmacs. Aux caraques basques, encore très majoritaires au , s'ajoutent quelques navires portugais, français, bretons et normands ainsi que des marchands de fourrures.
L'Amérique du Sud est colonisée par l'Espagne et le Portugal à la suite du voyage de Christophe Colomb, en 1492 ; le traité de Tordesillas, signé en 1494, concède tout le continent à ces deux puissances. L'Angleterre souhaite alors coloniser l'Amérique du Nord, aux environs du parallèle, tandis que la France s'intéresse au . Jean Cabot est probablement le premier à explorer l'Acadie pour le compte de l'Angleterre, en 1497. La France, constamment en conflit avec l'Espagne, s'intéresse tardivement à la colonisation des Amériques ; Giovanni da Verrazzano est toutefois envoyé pour explorer la côte de la Floride à l'île du Cap-Breton en 1524. Arrivé dans la région de l'actuelle ville de Washington, il utilise pour la première fois le nom « Acadie », sous la forme « Arcadie », en référence à cette région luxuriante de Grèce ; le terme est appliqué plus au nord dès le .
En juillet 1534, Jacques Cartier explore la côte entre la baie de Kouchibouguac et la baie des Chaleurs. Il rencontre des Micmacs à Gaspé, avec qui il fait du troc. Son voyage permet de mieux connaître la géographie et les cultures amérindiennes mais aussi de confirmer la possibilité d'un établissement permanent et l'abondance des ressources naturelles ; le passage tant recherché vers l'Asie n'est toutefois pas trouvé.
Acadie française (1604-1713) Premières tentatives En raison des problèmes de territoire causés par la traite des fourrures, le roi de France Henri III accorde des monopoles de traite à des groupes de marchands à partir de 1588, dans le but de financer la colonisation ; en 1603, le marchand protestant Pierre Dugua de Mons obtient un monopole de dix ans à condition d'établir plusieurs colons. À la même époque, des écrivains font miroiter une vision idyllique de l'Amérique.
Troilus de Mesgouez fonde une colonie à l'île de Sable en 1598 mais celle-ci est abandonnée en 1603, douze hommes seulement ayant survécu. Aymar de Chaste obtient le monopole commercial de la Nouvelle-France la même année ; il envoie en expédition François Gravé, accompagné entre autres de Samuel de Champlain, mais aucun établissement n'est fondé.
En 1604, De Mons part en expédition, accompagné d'environ 80 personnes dont Samuel de Champlain et Jean de Poutrincourt. De Mons choisit de s'établir à la baie française, appelée baie de Fundy de nos jours, à la suggestion de Champlain ; la colonie est fondée à l'île Sainte-Croix, sur la rive nord, mais environ la moitié des colons meurent du scorbut lors du premier hiver. La colonie est déplacée l'année suivante à Port-Royal, sur la rive sud ; douze personnes meurent tout de même du scorbut mais la colonie reçoit l'aide des Micmacs. Champlain explore toute la côte jusqu'au cap Cod. La colonie coûte cher à entretenir et il est presque impossible d'empêcher la contrebande d'autres marchands. Le monopole commercial de De Mons est révoqué avant échéance en 1607 et il ramène tous les colons en France.
Poutrincourt obtient une concession et revient s'établir à Port-Royal en 1610, accompagné de quelques personnes dont Claude et Charles de Saint-Étienne de La Tour. Le commerce de fourrures ne parvient pas à combler les coûts de la colonie et Poutrincourt demande l'aide financière des Jésuites ; il leur demande aussi d'envoyer deux des leurs pour seconder le prêtre Jessé Fleché. À leur arrivée, ils accusent ce dernier d'avoir baptisé les Micmacs sans leur avoir donné l'instruction religieuse nécessaire ; l'affaire divise la colonie en deux camps et prend une telle proportion qu'elle est présentée à la cour et à la Sorbonne. Les Jésuites fondent en 1613 une colonie rivale sur l'île des Monts Déserts. Peu après l'arrivée de Poutrincourt, des Malouins sous le commandement du capitaine Merville fondent une autre colonie rivale sur l'île Emenenic, désormais l'île Caton, dans le fleuve Saint-Jean.
Colonisation écossaise
thumb|Attaque de Port-Royal par Samuel Argall.
Les zones d'influence française et anglaise sont trop rapprochées et l'Acadie, située entre les deux, ne peut pas échapper à un conflit. En 1613, Samuel Argall, de Virginie, détruit les établissements et en chasse les habitants mais certains, dont Charles de Biencourt, le fils de Poutrincourt, décident de rester sur place.
La période qui s'ensuit n'est pas bien connue mais l'on sait que les Français habitent parmi les indigènes et font venir annuellement des vivres de La Rochelle tandis que leur isolement jette les bases de l'identité acadienne. Robert Gravé du Pont, fils de François, enlève vraisemblablement une Malécite, envenimant les relations avec Port-Royal. Biencourt envoie alors des troupes au fleuve Saint-Jean et la colonie rend les armes après une faible résistance. L'île Emenenic est vraisemblablement abandonnée dans les années suivantes.
En 1621, le gouvernement anglais change le nom de la colonie en Nouvelle-Écosse mais ne s'y intéresse réellement qu'à partir de 1629 lorsqu'il fait venir les colons écossais de William Alexander ; Claude de la Tour est alors fait baronnet et reçoit une grande terre. La France s'intéresse à nouveau à l'Acadie à la même époque ; le gouvernement abandonne les compagnies privées alors que Richelieu fonde la Compagnie des Cent-Associés en 1627, à laquelle l'État participe et dont l'un des objectifs est de faire venir un grand nombre de colons. En 1631, Charles de la Tour est nommé lieutenant général de l'Acadie par la France ; grâce à l'aide gouvernementale, il construit en 1632 un fort au cap Sable et un autre à Saint-Jean. Jusqu'à cette époque, l'Acadie entretient surtout des liens avec l'Aunis et la Saintonge.
Retour à la France L'Acadie est cédée à la France en 1632 par la signature du traité de Saint-Germain-en-Laye, qui met aussi fin à la colonisation écossaise. Le gouvernement français tente de transformer l'Acadie en un « rempart » entre le CanadaLe Canada est la principale colonie de la Nouvelle-France. La province de Québec est créée en 1763 à partir de celle-ci. Elle est séparée en deux parties, le Haut-Canada et le Bas-Canada, en 1791. Ces deux parties sont fusionnées à nouveau en 1841 pour former la Province du Canada, ou Canada-Uni. Lors de la Confédération canadienne, en 1867, le Haut-Canada devient l'Ontario et le Bas-Canada devient le Québec. et la Nouvelle-Angleterre et pour cette raison implante le système seigneurial puis nomme Isaac de Razilly au poste de gouverneur. Le régime seigneurial est en grande partie un échec, dû notamment à la grande liberté de la population, au faible contrôle du gouvernement et à l'étendue du territoire.
L'Acadie est à nouveau délaissée pendant plusieurs années car la guerre franco-espagnole se déroule entre 1636 et 1659 tandis que la première Révolution anglaise dure de 1642 à 1660. Entretemps, Razilly déplace la capitale à La Hève ; il s'intéresse plus au commerce maritime qu'à l'agriculture, ce qui explique ses choix d'établissements.
Guerre civile thumb|Françoise-Marie Jacquelin défendant le fort Saint-Jean contre D'Aulnay, par Charles William Jefferys. La mort de Razilly, survenue en 1636, provoque une dispute entre Charles de Menou d'Aulnay de Charnizay et Charles de Saint-Étienne de la Tour. D'Aulnay ramène la capitale à Port-Royal et déclenche une guerre civile contre La Tour. Tous deux s'adressent au roi à plusieurs reprises pour faire trancher les limites de leurs territoires respectifs ; la décision rendue confond les deux territoires — preuve de la faible connaissance géographique de l'Acadie — et ne règle pas leur querelle. D'Aulnay et La Tour concluent des ententes avec le Massachusetts mais les Anglais évitent d'être trop impliqués dans le conflit. Ils en profitent toutefois pour ramener le premier chargement de charbon de la mine de Minto, la première en Amérique du Nord, en 1643.
D'Aulnay de Charnizay meurt accidentellement en 1650, causant une guerre de succession entre Emmanuel Le Borgne, Charles de Saint-Étienne de la Tour et Nicolas Denys ; Le Borgne était le principal créancier de la famille D'Aulnay mais n'arrive pas à s'entendre sur la succession. En 1652, il s'empare de Port-Royal, où se trouvent les intérêts de la famille D'Aulnay, et attaque les établissements de ses rivaux, dont La Hève, Pentagouët et Havre-Saint-Pierre. La Tour épouse la veuve de D'Aulnay à la fois pour tenter de réconcilier les deux familles, de rétablir la paix et pour reprendre ses possessions. En 1654, Denys obtient une concession comprenant le golfe du Saint-Laurent entre le Canceaux et Gaspé.
Contrôle anglais
Robert Sedgwick, qui a pour mission d'attaquer la Nouvelle-Néerlande, attaque aussi l'Acadie sur son passage en 1654. Durant les années suivantes, la France, malgré la perte de l'Acadie, continue d'accorder des concessions ainsi que des permis de chasse et de pêche. Le Royaume-Uni renomme la colonie Nouvelle-Écosse et la concède à William Crowne, Charles de Saint-Étienne de la Tour et Thomas Temple. La Tour profite peu de cette concession, alors que Temple, devenu plus tard gouverneur, fait peu d'efforts pour mettre en valeur son territoire alors qu'il est continuellement opposé à ses rivaux comme Emmanuel Le Borgne. Il construit toutefois le premier fort anglais à Jemseg en 1659.
Domaine royal