Le cyberutopisme ou web-utopisme ou utopie digitale ou internet utopique est une sous-catégorie de l'utopie technologique et la croyance que les nouvelles technologies de l'information et de la communication pourront aider à faire émerger une démocratie plus décentralisée et une société libertaire. Les valeurs mises en avant sont basées sur l'anonymat, la vie privée, la liberté d'expression, l'égalité d'accès à la culture et à l'information ainsi que les idéaux socialistes qui amèneraient au socialisme digital.
Certaines formations populistes comme le M5S (Italie) utilisent ce terme et l'associent à une vision utopique de la technologie digitale afin de développer leur vision politique (2014).
Origine Le terme est issue de L'idéologie californienne qui cultive une attitude bohémienne et anti-autoritaire issue de la contre-culture des années 1960 mélangée à un utopisme technologique et un point de vue néolibéral des mécanismes économiques. Ces croyances sont caractéristiques de la culture technologique de la Silicon Valley et de la côte ouest des États-Unis durant l'essor d'Internet des années 1990.. Adam Curtis observe que cette philosophie se rapproche de l'Objectivisme d'Ayn Rand. L'idéologie d'une utopie digitale va marquer l'état d'esprit de la première génération des pionniers d'internetJ.M Reagle jr, Good Faith Collaboration (2010) p. 162.
Exemples Usage politique L'une des premières initiatives associant la technologie digitale et l'utopisme fut le projet chilien Cybersyn qui a tenté l'implémentation d'idées socialistes dans une gouvernance par algorithme. Le livre revient sur cette perception d'un socialisme digitalisé en tant qu'Utopie..
Le nom de cyber socialisme a été utilisé dans la pratique de partage de fichiers et de violation des droits de la propriété intellectuelle, vue comme un frein au partage de l'information et à l'accès à la culture pour tous.
Le cyberutopisme sert aussi de base au cyber-populisme, comme l'idée de Cyberdémocratie ou de e-démocratie telle que promue par le parti pirate. En Italie, le mouvement 5 étoil a réutilisé des rhétoriques cyberutopiste en utilisant les thèmes de la démocratie directe ou d'une meilleure régulation du Web.
Utopies proches Le Cyberutopisme a parfois été considéré comme un dérivé de l'extropianisme, dont le but serait de pouvoir télécharger la conscience humaine à l'intérieur d'internet. Raymond Kurzweil a écrit, notamment dans son livre (1999), les contours d'un cyberutopisme connu comme la Singularité : une ère dans laquelle les avancées technologiques seraient tellement rapides que la vie elle-même deviendrait une expérience complètement différente et incompréhensible par rapport à nos standards modernesKurzweil, R 1999, The age of spiritual machines : when computers exceed human intelligence, Allen & Unwin, St Leonards, N.S.W..
Réseaux d'échange d'hospitalité Un exemple courant de cyberutopisme sont les réseaux d'échange d'hospitalités. Ce sont des formes de réseautages sociaux où des voyageurs peuvent être hébergés gratuitement de façon altruiste ou par philosophie d'économie de don.
Critique L'existence de cette croyance a été documentée depuis les débuts d'internet. Toutefois l'explosion de la bulle internet au début des années 2000, a fait disparaître une partie du discours utopiste autour d'internet et du cyberspace pour faire place à une sorte de "cyber-scepticisme." De plus, la mainmise des états et des compagnies sur la censure de l'internet a modifié l'espoir de pouvoir obtenir un réseau libre et autogéré. En 2011, Evgeny Morozov, dans son livre The Net Delusion: The Dark Side of Internet Freedom, critique le rôle des cyberutopistes dans la politique globaleR. Sassower, Digital Exposure: Postmodern Capitalism (2013) p. ix and p. 16 estimant que leur idéal naïf et têtu n'a jamais abouti et a laissé l'opportunité d'un contrôle autoritaire et à une surveillance généralisée. Morozov note que les "anciens hippies" des années 1990 sont responsables de cette utopie déplacée "L'ambition des cyberutopistes visant à créer une forme nouvelle des nations unies, n'a abouti qu'à fonder une sorte de Cirque du Soleil digital."
De nombreuses critiques ont été émises à l'encontre d'une vision positiviste d'internet. En 2010, Malcolm Gladwell, a mis en doute le caractère émancipatoire et responsabilisant des réseaux sociaux dans un article du New Yorker. Dans celui-ci, Glawell critique le rôle de Clay Shirky dans la propagation des réseaux sociaux et la surestimation du potentiel révolutionnaire qui en découlait.
Le cyberutopisme a aussi été comparé à une religion séculaire issue du postmodernismeB. Neilson, Free Trade in the Bermuda Triangle (2004) p. 181 et en 2006, décrit le Web 2.0 comme "un mouvement utopiste" comparable à celui de la "société communiste" décrite à l'origine par Karl Marx.
Reférences
Voir aussi Articles connexes Utopie technologique Socialisme utopique Redécentralisation d'Internet
Bibliographie Dickel, Sascha, and Schrape, Jan-Felix (2017): The Logic of Digital Utopianism. Nano Ethics Flichy, Patrice. The internet imaginaire. Mit Press, 2007.
Lien externe Utopian Promises – Net Realities
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