La culture lesbienne est la culture partagée par les lesbiennes et les personnes dont les expériences de vie sont proches de celles des lesbiennes. Elle est caractérisée par un échappement au regard masculin, en particulier dans la littérature, à la lutte contre l'invisibilisation des lesbiennes et à des échanges avec la culture LGBT.

Périmètre Pour la chanteuse et compositrice lesbienne Ochy Curiel, ce qui définit l'art lesbien n'est pas un ensemble de caractéristiques typologiques, mais l'ensemble des productions de lesbiennes qui sont faites depuis un point de vue féministe et cherchant consciemment à produire un point de vue lesbien. Elle cite les œuvres qui rendent visible le lesbianisme, c'est-à-dire non seulement les relations amoureuses entre femmes, mais aussi lorsque des œuvres partent de sa position d'afro-descendante pour créer une sororité avec les femmes luttant contre leurs oppressions multiples dans le monde.

Pour certaines, la culture lesbienne est distincte de la culture bisexuelle féminine, mais ces deux cultures partagent de très nombreux éléments ; pour d'autres, il n'y a pas vraiment de frontière, le terme culture lesbienne se réfère à la culture des lesbiennes et des personnes qui ont une vie similaire à celle des lesbiennes. Ainsi, l'historienne Eleanor Medhurst définit la mode lesbienne comme l'ensemble des tenues reconnues comme lesbiennes par les intéressées ; elle y inclut ainsi les personnes bisexuelles proches de l'expérience lesbienne ou celles dont le style a servi d'inspiration ou résonne avec l'expérience lesbienne.

Productions

Littérature vignette|upright|Renée Vivien, l'une des figures de la littérature lesbienne, photographiée vers 1900 par Otto Wegener

Si le périmètre exact de la littérature lesbienne est sujet de débat, notamment en fonction de l'identité des auteurs, la réception des récits ou des thèmes abordés, deux constantes demeurent : l'exclusion des représentations lesbiennes fétichisantes écrites par et pour les hommes, et le placement des écrits qui structurent la construction de l'identité lesbienne comme centraux.

L'évolution de la littérature lesbienne suit celle de l'acceptation du lesbianisme en général : cachée, confidentielle, censurée au début du (l'œuvre mythique d'Eva Kotchever, Lesbian love, en fait notamment les frais à New York en 1926), les grands moments du mouvement LGBT et du féminisme en général et du lesbianisme en particulier s'accompagnent d'une évolution des thèmes abordés.

En particulier, le thème du lesbianisme comme damnation, où le récit se finit par la mort des héroïnes, s'efface pour des histoires heureuses (romances, littérature pour enfants et jeunes adultes), tout en gardant un fort lien avec la politisation du milieu lesbien.

Sarah Schulman critique cependant la volonté didactique des romans post-Stonewall, estimant qu'ils négligent les vies lesbiennes au profit d'une volonté de pédagogie et de montrer des personnages lesbiens lisses, respectables et donc forcément peu crédibles.

Musique gauche|vignette|220x220px|L'artiste Carmen Tórtola Valencia et sa compagne Àngels Vila-Magret, en 1946 à Barcelone. Carmen_Tórtola_Valencia_and_Àngels_Vila-Magret_(1946).jpg

L'opéra est considéré comme étant une scène depuis longtemps ouverte à la représentation de l'homosexualité, tant féminine que masculine, et donc aux gays et lesbiennes, dans la mesure notamment où certains rôles masculins sont écrits pour être interprétés par des femmes travesties (et vice-versa). Bien que rares, des personnages explicitement homosexuels existent aussi, telle la comtesse Geschwitz, qui est amoureuse du personnage éponyme dans Lulu, l'opéra d'Alban Berg composé dans les années 1930.

Dès le milieu des années 1970, en particulier aux États-Unis, la musique est un vecteur de la construction de la communauté lesbienne, en particulier du féminisme lesbien. En 1977 sort l'album Lesbian Concentrate, une compilation de women's music en réponse à la campagne homophobe Save Our Children.

À Genève, un « bal des chattes sauvages » est organisé chaque premier samedi du mois dans les années 1980. Ces bals ont lieu dans le Centre femmes du boulevard Saint-Georges et permettent aux femmes qui s'y rendent de danser entre elles. Dans la mesure où ils contribuent à créer du lien entre des femmes qui ne se croiseraient pas autrement, et donc à renforcer les réseaux lesbiens, ces bals (et les évènements festifs en général) sont investis d'un sens politique que le collectif Vanille Fraise se charge d'expliciter lors des premiers bals. Les 11 et , ce même collectif organise par ailleurs le Tortilla Sax Festival au centre de loisirs de Carouge. Y prennent part près de 250 femmes, venues de toute l'Europe écouter, entre autres, les Miami Beach Girls d'Amsterdam.

Les années 1980 et 1990 sont marquées par une dualité de la musique lesbienne. D'un côté, les artistes connues du grand public, telles que k.d. lang, Tracy Chapman et Melissa Etheridge, que la critique Jodie Taylor résume par . De l'autre, le queercore, bien plus marginal, mais permettant aux lesbiennes d'exprimer plus vocalement leur sexualité.

En 1988, la chanson du groupe Mecano, adaptée en français en 1990 sous le titre Une femme avec une femme et qui relate une relation lesbienne, rencontre un très vif succès en Espagne et en France.

vignette|Beth Ditto aux Eurockéennes de Belfort 2011

Le groupe T.A.T.u., et plus particulièrement sa chanson All the Things She Said, devient un phénomène lesbien à sa sortie en 2002 : bien que l'homosexualité des deux chanteuses soit feinte, une technique marketing permettant d'augmenter les ventes de la chanson, la représentation qu'elle offre aux femmes queers a pris le pas sur son aspect faux et appropriatif, permettant à de nombreuses lesbiennes et bisexuelles de réaliser leur coming in. L'équilibre entre représentation et appropriation s'inverse au cours des années 2010 : ainsi, en 2018, Rita Ora, qui n'a alors pas encore fait son coming out bisexuel, est fortement critiquée par la communauté lesbienne pour sa représentation lesbophobe des relations entre femmes dans la chanson Girls, limitées à une technique d'aguichage des hommes.

Si la visibilité d'artistes queers, telles que la lesbienne Beth Ditto ou la bisexuelle Peaches, augmente dans les années 2000, la musique qu'écoutent les lesbiennes comprend encore de nombreuses personnalités hétérosexuelles : ainsi, les artistes TLC, Missy Elliott et Lil' Kim font partie des références musicales des lesbiennes Noires d'alors. De plus, les fans lesbiennes recherchent activement des artistes auxquelles s'identifier : le forum internet consacré à devient ainsi le lieu où trouver d'autres chanteuses lesbiennes.

Cette visibilité n'est pas sans challenges : ainsi, le clip d'All the Things She Said est censuré sur la télévision britannique, et les producteurs demandent à l'artiste Ladyhawke de cacher son lesbianisme.

Théâtre Dans les années 1980 et 1990, met en scène des relations lesbiennes butch/fem où l'imagerie criminelle sert à représenter la répression pesant sur les représentations LGBT..

Cinéma vignette|Céline Sciamma, réalisatrice du film Portrait de la jeune fille en feu (2019).

Télévision

vignette|upright|left|Les épouses Portia de Rossi et Ellen DeGeneres en 2012, lorsque cette dernière reçoit une étoile sur Hollywood Boulevard. Contrairement à la littérature lesbienne, la télévision lesbienne se confond avec la représentation des lesbiennes à la télévision. Cette représentation est primordiale pour la construction identitaire des lesbiennes, en particulier les plus jeunes, pour qui l'ensemble des lesbiennes qu'elles connaissent sont souvent des personnages avant d'être des personnes.

Les premiers personnages lesbiens et identifiés comme tels arrivent sur la télévision américaine à la fin des années 1980, dans la série Hill Street Blues. La visibilité du lesbianisme se poursuit dans les années suivantes, avec Golden Girls, , et L.A. Law. Si L.A. Law est saluée car elle est la première série américaine à montrer un baiser entre deux femmes, les producteurs de la série avaient en réalité inclus cette scène dans le but d'obtenir de meilleures audiences, sans chercher à développer la relation entre ces femmes par ailleurs .

Ce baiser ouvre une décennie où de nombreuses séries créent un épisode où deux femmes s'embrassent, sans qu'aucun développement n'en découle par la suite : Picket Fences en 1993, Star Treck: Deep Space 9 en 1995, Party of Five et Ally McBeal en 1999.

La série Xena, la guerrière cristallise un rapport plus complexe entre représentation et réception, typique de la culture LGBT : celui du choix actif d'interprétation des sous-entendus, plus ou moins volontaires, dans la série, afin d'y voir une relation entre les deux héroïnes.

Le , la sitcom Ellen diffuse The Puppy Episode, dans lequel son personnage principal, Ellen, réalise un coming-out lesbien. Cette diffusion s'accompagne en parallèle du coming-out réel de l'actrice qui l'incarne, Ellen DeGeneres, qui devient alors « la lesbienne la plus visible des États-Unis ».

La fin des années 1990 et le début des années 2000 correspondent a un essor de la visibilité lesbienne à la télévision, avec les séries Xena la guerrière. ou Buffy contre les vampires.

La série The L Word apparaît en 2004 ; si elle est saluée pour être la seule série lesbienne d'alors, elle est aussi critiquée pour n'avoir montré que des lesbiennes riches et glamours plutôt que d'avoir été un miroir fidèle de la communauté lesbienne américaine .

La sortie de A League of Their Own marque un tournant dans la télévision, puisqu'elle est la première a à la fois représenter un ensemble large de personnages lesbiens tout en étant destinée au grand public.

Peinture vignette|Louise Catherine Breslau, Gamines (1890). La peintre Louise Catherine Breslau (1856-1927), représente sa compagne Madeleine Zillhardt (1863-1950) dans l'intimité, comme dans Contre-jour (1883).; son cercle amical féminin, comme dans Portrait des amies (1881), avec Sophie Schaeppi et Maria Feller; et peint des tableaux de couples féminins, comme Gamines (1890)..

Photographie

De la correspondance privée à l'art L'artiste lesbienne Claude Cahun réalise une série d'autoportraits ; ne les diffusant pas de son vivant, mais les réservant à l'échange avec sa compagne Suzanne Malherbe, ce n'est que vers les années 1990 que ses photographies rencontrent leur public, devenant ainsi support d'identification aux lesbiennes, en particulier non-binaires et butchs..

Montrer la marginalité vignette|Zanele Muholi exposant au festival international de cinéma LGBT de Saint-Pétersbourg. La photographie est un média privilégié permettant de donner à voir les existences queers marginalisées, dans leur complexité et diversité ; c'est aussi une manière de revaloriser ces identités, par exemple avec des choix esthétisants tels que l'utilisation du noir et blanc, afin de sortir de la représentation sensationnaliste telle qu'elle peut exister dans la presse.. En particulier, le choix d'avoir des modèles posant en regardant directement l'objectif permet de mettre le public de l'exposition et les modèles au même niveau. C'est notamment le cas de Zanele Muholi, qui photographie dans Faces and Phases, en 2006, des lesbiennes Noires d'Afrique du Sud ; elle fait le choix de représenter les professions de ses sujets, afin de montrer leur intégration dans la société sud-africaine. Cette tradition est très ancienne, puisque c'est déjà ce qu'avait produit Brassaï dans sa série Paris la nuit de 1933, qui montre couples de femmes et lieux de sociabilité homosexuels..

Drag upright|alt=Femme noire en smoking blanc|vignette|Gladys Bentley autour de 1930.