Les Alains sont un ancien peuple de culture guerrière, nomades puis sédentarisés, largement établis en Ciscaucasie centrale (correspondant aux territoires des républiques caucasiennes du Nord).
Lors des grandes invasions, leur défaite devant les Huns en l’an 375 de notre ère inaugure une grande dispersion des populations alaniques, dont certaines rejoignent, comme alliés ou mercenaires, les royaumes germaniques d’Occident, tandis que d’autres se sédentarisent en Europe orientale, principalement au nord du Caucase où se développe une Alanie qui joue un rôle stratégique important, d’abord dans le conflit entre l’Empire sassanide et l’Empire romain d'Orient (s), puis entre l’Empire khazar et l’expansion arabe au Caucase (s).
Libérée de la tutelle khazare, l’Alanie caucasienne devient un grand royaume, christianisé au début du et marqué par l’influence culturelle byzantine. Dans les années 1220-1240, les Alains subissent le choc des invasions mongoles qui provoquent une seconde dispersion, et ils sont par la suite assimilés par d’autres peuples. Réfugiés dans les vallées de la Ciscaucasie centrale, les Ossètes sont les seuls Alains à avoir conservé leur langue et l’essentiel de leurs traditions culturelles.
L’Ossétie ou Alanie sont des entités politiques actuelles qui revendiquent leurs racines alanes : les Ossètes d’aujourd’hui, qui vivent de part et d’autre de la passe de Darial ou Dar-i-Alan, la « passe des Alains », se présentent comme les descendants directs des Alains, qui étaient des cavaliers nomades apparentés aux Sarmates et très proches des Iazyges et des Roxolans.
Tableau chronologique synoptique
Premières mentions et origines Des ethnonymes relatifs aux Alains sont mentionnés au premier siècle avant notre ère par des auteurs grecs et chinois.
Dans sa Géographie, Strabon (-63/+23), originaire du royaume du Pont, au sud de la mer Noire mentionne qu'à son époque le territoire occupé quelques années plus tard par les Alains (entre le Don et la Caspienne) appartenait aux « Aorses du Nord ». Il affirme que leur roi, Spadinès (vers -50), pouvait aligner quatre-vingt mille archers à chevalStrabon, Géographie, XI, 5..
Une compilation de l'historien chinois Fan Ye (398-445), le Livre des Han postérieurs, signale que vers cette époque un royaume appelé Yancai a pris le nom de AlanliaoThe Western Regions according to the Hou Hanshu.
Au siècle suivant, le Romain Sénèque les mentionne dans sa pièce Thyeste, écrite entre 40 et 45, parlant des « féroces Alains » (feroces Alani), ainsi que Pline l'Ancien dans son Histoire naturelleHistoire naturelle, 4, 80 (cité par le Gaffiot), p. 94..
Quand ils apparaissent dans l'Histoire, les Alains font partie du monde nomade iranophone qui domine les steppes euroasiatiques depuis au moins le premier millénaire , avec les Scythes, les Sarmates, les Sakas (Saces) et les Massagètes, dont ils partagent les traditions guerrières, religieuses et artistiquesVladimir Kouznetsov et Iaroslav Lebedynsky, Les Alains, Paris, Errance, 2005 (2e édition), p. 5.. Leur langue est de type iranien oriental, comme celles des Sarmates et des Scythes d’EuropeKouznetsov-Lebedynsky, ibid., 2005, p. 21..
Les Alains du au
Les Alains selon Flavius Josèphe La première mention de leurs campagnes militaires se trouve sous la plume de l’historien Flavius Josèphe (vers 37-100), juif et citoyen romain : « » (« Quant à la nation des Alains, qui habitent chez les Scythes près de Tanai et du lac Maiotin, (...)Extrait de la Guerre des Juifs , Livre 7, VII, 4. », c’est-à-dire entre le Don et la mer d'Azov). Il relate ensuite un raid des Alains en Transcaucasie, dans les territoires de , roi de Médie Atropatène, puis en Arménie, dont le roi Tiridate manque être capturé.
Les Alains en Iran À cette époque, les Alains apparaissent aux abords de l’Iran, où leurs incursions sont l’une des causes de la chute des Parthes, dont les successeurs Sassanides établissent en 226 un empire durable, refoulant les Alains aux confins du Don, de l’Oural et du Caucase, où ces derniers fondent un éphémère royaume.
Les Alains et les Huns (fin du ) En 375, lorsque les Huns de Balamber apparaissent dans la région de la mer Noire, ce qui va provoquer de grandes migrations chez les peuples germaniques d'Europe, une partie d’entre eux prend la fuite et se dirige vers l'ouest de l'Europe. D'autres se rallient aux Huns et entrent dans la confédération hunnique.
Il en va de même pour les Goths, dont certains se réfugient dans l'Empire romain (les Wisigoths) tandis que d'autres se rallient (les Ostrogoths).
Les Alains en Europe occidentale L'invasion de la Gaule (407-411)
Durant la nuit du 31 décembre 406, plusieurs groupes germains ainsi que des Alains de Germanie franchissent le Rhin près de Mayence : des QuadesCes derniers ont pendant longtemps été confondus à tort avec les Suèves, en raison d’une mauvaise traduction de Souabe. et des Vandales (Hasdings et Sillings, conduits par deux rois différents).
Selon Grégoire de ToursGrégoire de Tours, Histoire des Francs, 2, 9., des Alains alliés aux Vandales et aux Quades, et emmenés par leur chef RespendialUn autre de leurs chefs nommé Goar (qu'il ne faut pas confondre avec saint Goar étant passé dans le camp romain., participent à l’écrasement des auxiliaires francs conduits par le duc de Mayence. Les Alains sauvent ainsi également les Vandales, qui viennent de perdre leur roi Godigisel, d’un énorme massacre.
Aux côtés des envahisseurs germaniques, ils dévastent la Gaule romaine de 407 à 409 : les villes de Worms, Mayence, Strasbourg, Tournai, Arras, Amiens, Reims sont prises et mises à sac. Paris et Tours sont menacés.
Les envahisseurs franchissent la Loire en 408, incendiant au passage le fort romain de Meung-sur-Loire. Contrairement à leurs compagnons d’armes, les Alains se divisent en divers clans et bandes armées, plusieurs historiens donnant une évaluation d’environ par clan.
En 411, à la suite du schisme du christianisme jovinien, advient l'intronisation de Jovin comme empereur, à Mayence. Goar, chef alain et Gunther, chef burgonde, assurent la protection de Jovin et de son frère Sébastien contre Honorius, empereur délégitimé par quelques années auparavant, dont le pouvoir a été repris par Jovin. Honorius ne reconnaît pas alors Jovin comme son alter ego. Trahi par les Wisigoths qu'il a contribué à installer sur la Garonne, Jovin et son frère sont assiégés à Valence (sur le Rhône), et décapités à Narbonne par Dardannus.
Les Alains en Gaule à l'époque d'Aetius (440-451) Selon la Chronica Gallica, en 440, le patrice Aetius accorde des terres abandonnées dans la région de Valence (d'où la possible origine du toponyme Allan) à un groupe d'Alains commandés par un certain Sambida, dont il n'existe pas d'autre mention. Leurs relations avec leurs voisins sont aussi difficiles que celles qu'entretiennent leurs cousins installés sur les bords de la Loire.
Toujours selon la Chronica Gallica, en 442, des Alains placés sous l’autorité d’un certain Eochar (il s’agit probablement de Goar, dont le nom a été déformé par les copistes) obtiennent un traité (fœdus) avec l’Empire romain : Aetius leur permet de s’installer sur la Loire, à Orléans et ses environs, mais les Alains, turbulents, sont très mal perçus par les habitants (Gaulois ou autres devenus citoyens romains). Un jour, estimant ne pas être payés assez vite ou suffisamment, des Alains n’hésitent pas à tuer des sénateurs d’Orléans. Le nom du village d’Allaines (Alena vers 1130) évoque probablement un poste des Alains dans cette région.
thumb|left|St-Germain barrant la route à Eochar, roi des Alains - vue d'artiste (1836) (Sélestat, Église Saint-Georges)
En 445–448, les Alains d'EocharSelon Constance de Lyon, auteur de la Vie de Saint Germain d’Auxerre (§ 28). répriment une révolte de bagaudes en Armorique pour le compte d'Aetius. S'il faut en croire la Vita Germani, l'évêque Germain d'Auxerre se serait placé sur leur route, saisissant même la bride du cheval d'Eochar pour l'empêcher d'avancer. Subjugués, les Alains se seraient alors retirés.
En 451, alors que leur chef est désormais Sangiban, les Alains forment le centre du dispositif tactique mis en place contre les forces d'Attila lors de la bataille des champs Catalauniques (451 (dans la région de Troyes), en raison de la puissance de leur cavalerie lourde : les Cataphractaires.
À la fin du , les Alains cessent d'être une entité tribale identifiable en Gaule.
Témoignages toponymiques des Alains en Gaule Comme pour la plupart des peuples barbares en migration, les Alains n’ont laissé que très peu de traces de leur présence sur le sol gaulois, hispanique et africain.
Les « Alains de la Loire » sont présents dans la Beauce au nord d'Orléans comme peuple fédéré sous la direction de Sangiban, à la suite du fœdus que le général romain Aetius avait conclu avec leur chef Goar en l'an 442, comme en témoignerait le toponyme local Allaines (Eure-et-Loir). Par contre, les noms de lieux du type sont des formations médiévales probablement pas antérieures au , étant donné les attestations tardives de ce type toponymique. Il s'agit peut-être d'un témoignage indirect, la mode du nom de personne Alain dans la région pouvant perpétuer le souvenir de ce peuple. En outre, les formes anciennes d’Alainville (Yvelines, villa Alleni , Alenvilla, sans date) et Allainville (Loiret, Alleinvilla 1236) ne sont pas du type Alanus « Alain », mais Allenus, c'est pourquoi ce type toponymiques , ainsi qu’ sont exclus de cette série par les toponymistes : ils peuvent être composés du nom de personne germanique Allin[us]Ernest Nègre, Toponymie générale de la France (lire en ligne) . Les types antiques Al[l]one[s] (, , etc.) sont aussi exclus de cette série par les toponymistes et les linguistes, quand ils remontent à Alauna bien attesté, probable dérivé en *-mno- (suffixe d'agent en celtique) d'une racine indo-européenne *alXavier Delamarre, Dictionnaire de la langue gauloise, éditions errance 2003, ..
Comme référence probable au peuple des Alains, on note par ailleurs Allain (Meurthe-et-Moselle), Allamont (Meurthe-et-Moselle, de Alani monte 1194), (Somme, Alincourt à Parnes dans l'Oise, Alania en 1095), Alaigne (Aude, de Alaniano en 1129), Alanum ? en 836, (Haute Garonne), peut-être Allan (Drôme, Alon 1138), etc.Courrier international Kostiantyn Rakhno, Paris, 29 novembre 2012-, hebdomadaire . Le nom Alanus « Alain » est en effet bien assuré par les formes anciennes.
En Normandie, dans le département du Calvados, la présence alaine est peut-être attestée (mais pas dans la toponymie, ni dans l'onomastique en général) par un important mobilier funéraire daté du début du : « le trésor d’Airan ». Mais il s’agit plutôt d’un groupe de lètes sarmates ou gothiques. Trouvé par hasard à Moult en 1876, ce trésor contient un certain nombre de pièces d’orfèvrerie polychrome attribuées soit aux Alains, soit aux Huns. La tombe, située à proximité de deux stations romaines du Bas Empire faisant partie de la ligne de défense dressée contre les pirates frisons et saxons, a pu être celle d’une princesse barbare, qui a accompagné là son époux, un fédéré de Rome. Néanmoins, la présence d’éléments germaniques orientaux (fibule, chaîne) et romains (plaque-boucle de ceinture) aux côtés des éléments alano-sarmates rend l’origine ethnique de cette femme impossible à déterminer. Cette sépulture est classée par les archéologues dans le groupe dit d'« Untersiebenbrunn », du nom de l’endroit, situé en Autriche, où a été trouvée une tombe contenant également un mobilier de provenances diverses. Il en existe plusieurs autres : Balleure (Étrigny, Bourgogne), Hochfelden (Bas-Rhin), Fürst (Bavière), Altlußheim (Bade-Wurtenberg), Beja (Portugal), etc.