Le lac d'Ohrid (en macédonien , ; en albanais ) est un lac sur la frontière entre l'Albanie et la Macédoine du Nord. Il a une superficie de . C'est le lac le plus profond des Balkans () mais aussi un des plus vieux du monde, avec le Titicaca et le Baïkal.

Alimenté par le lac Prespa, situé au sud-est, grâce à des infiltrations, il s'évacue au nord par le Drin noir, qui se jette dans la mer Adriatique. Il est connu pour son eau claire, qui est quelquefois transparente jusqu'à une profondeur de , et pour sa faune riche et variée, qui comprend des espèces endémiques.

Son nom vient de la ville d'Ohrid, la capitale touristique de la Macédoine du Nord.

Le lac, entouré par quelques plages et des monastères byzantins, est une des plus grandes attractions du pays. Il a par ailleurs été classé au patrimoine mondial de l'UNESCO pour son caractère naturel exceptionnel en 1979, puis, en 1980, le label a été étendu afin de classer également des lieux historiques et culturels.

Toponymie Le nom du lac vient de la ville d'Ohrid, sur la rive orientale du lac. Ohrid vient du mot slave hrid qui signifie « colline » The arrival of the Slavs - History of Ohrid. La vieille ville est en effet construite sur les pentes d'une colline, coiffée par la forteresse de Samuel.

Le lac a donné son nom à Ohrid Lacus, un lac de méthane situé sur Titan.

Géographie Topographie

Le lac d'Ohrid se situe dans le centre-ouest de la péninsule des Balkans, en Europe du Sud-Est. Il est partagé par l'Albanie, à l'ouest, et par la Macédoine du Nord, qui en possède les deux tiers, à l'est Global environmental facility, World Bank - Lake Ohrid conservation project. Il est environné par plusieurs autres lacs d'envergure, le plus proche est le lac Prespa, à quelques kilomètres au sud, partagé entre la Macédoine du Nord, la Grèce et l'Albanie. En Grèce se trouvent également les lacs Orestiada et Vegoritida, cependant beaucoup plus petits.

Le lac d'Ohrid est profond, avec un maximum de 288,70 mètres sur sa rive orientale et une moyenne de 151 mètres. Il est à 693 mètres d'altitude et se trouve sur la zone d'orogenèse des plaques eurasienne et africaine. Il a donc a été formé par une activité tectonique intense, qui a entraîné un enfoncement vertical du sol il y a quatre millions d'années. Le lac se trouve dans une zone de moyenne montagne, les sommets environnants culminent à d'altitude environ. Son origine a été occasionnée par un phénomène géologique rare et son ancienneté n'est comparable qu'à celle de quelques grands lacs, comme les lacs Titicaca et Baïkal.

Il forme un ovale allongé, orienté sur un axe nord-sud, avec 30 kilomètres de longueur et de 14,5 à 11 kilomètres de largeur. Le lac possède des côtes plutôt droites, longues de 87,5 kilomètres UNESCO - Report about the Lake Ohrid watershed region, et ne compte aucune île.

Géologie et hydrologie

Le lac d'Ohrid s'est formé dans une roche calcaire dense, qui l'empêche de se vider. À l'inverse, le lac Prespa, à 855 mètres d'altitude, possède un fond karstique et se déverse lentement dans celui d'Ohrid., via un réseau de galeries souterraines naturelles, situées sous les monts Galitchitsa. L'eau du Prespa émerge ensuite par de nombreuses sources, souvent situées au fond-même du lac. Les sources de Saint-Naum.T. Anovski, J. Naumovski, D. Kačurkov, P. Kirkov, A study of the origin of water of St. Naum Springs, Lake Ohrid, Fizika 12, 76–86 (1980) (in Macedo¬nian)., sur la frontière albano-macédonienne, sont les plus connues et fournissent plus de la moitié de l'eau du lac. Le lac, grâce à et torrents, draine également une aire de 1 487 km. Avant le détournement de la rivière Sateska en 1962, cette zone était restreinte à . La profondeur ainsi que l'arrivée diffuse de l'eau donnent au lac une longue durée de rétention, l'eau met en effet environ à se renouveler, alors que le lac Prespa se renouvelle en seulement 11 ans. Le lac possède des berges plutôt linéaires, longues de .

Le lac perd 28 % de son eau par évaporation, le reste s'écoule à l'extrémité nord du lac et forme le Drin noir, qui traverse le nord de l'Albanie et se jette dans l'Adriatique, après avoir rencontré le Drin blanc.

La transparence de l'eau est due à la quantité très faible de phosphore (oligotrophie). Le lac d'Ohrid ne contient que de phosphore par litre ASLO - Eutrophication of ancient Lake Ohrid, alors que le lac Léman, par comparaison, lorsqu'il n'était pas pollué par les rejets de phosphates, en contenait par litre (µg/l) Aqueduc.info - Encore trop de phosphore dans le Léman, 24 février 2004, lettre de décembre 2008.

Climat thumb|Un arc-en-ciel au-dessus du lac, côté macédonien. En second plan se trouve le massif de la Galitchitsa. Le lac d'Ohrid connaît un climat continental local. Les étés sont chauds, avec une moyenne de 21,2 °C et un maximum de 34,4 °C en août et des hivers assez froids, avec 1,5 °C en moyenne en janvier et un minimum de -17,2 °C. Les précipitations apportent chaque année environ 759 mm d'eau. Le vent du nord domine en automne et hiver, tandis que ceux qui viennent du sud et du sud-est dominent au printemps et en été. Les vents sont généralement faibles, avec une moyenne de 3,4 mètres par seconde Site de la municipalité d'Ohrid - Géographie du lac.

L'eau qui se trouve au plus profond du lac a une température moyenne de 6 °C, lorsque celle de la surface atteint de 24 à 26 °C.

Espèces végétales et animales Le lac d'Ohrid est le refuge de très nombreuses espèces animales et végétales, parmi lesquelles plus de 200 sont endémiques. Certaines espèces sont très anciennes, les plus vieilles sont apparues durant l'ère tertiaire, et donnent parfois au lac le surnom de « musée de fossiles vivants » Site de la municipalité d'Ohrid - Faune et flore du lac.

Faune La faune du lac d'Ohrid se caractérise par une forte diversité et un taux d'endémisme exceptionnel. Environ 1 200 espèces indigènes y sont connues, dont au moins 212 espèces endémiques, principalement parmi les invertébrés aquatiques.

Le lac est particulièrement important pour les mollusques, les crustacés, les éponges, les vers plats, les ostracodes et les autres organismes benthiques. Dans plusieurs de ces groupes, l'endémisme est très élevé, ce qui signifie que de nombreuses espèces ne sont connues que du lac d'Ohrid et de ses environs immédiats.

Poissons

Le lac compte 17 espèces originales de poissons, appartenant à 4 familles, les salmonidae, les cyprinidae, les cobitidae et les anguillidae. Les espèces les plus emblématiques du lac sont la truite d'Ohrid et la belvica, poissons à nageoires rayonnées, abondamment pêchées et commercialisées dans la région. Une étude faite en 1929 démontre que ces deux espèces totalisent 45,6 % des prises mais aussi qu'il n'y a que 9 kilogrammes de poisson par hectare dans la partie macédonienne, élément caractéristique de la très faible teneur de l'eau en nutriments.

L'anguille européenne est une autre espèce caractéristique du lac. Elle naît dans la mer des Sargasses puis rejoint la mer Méditerranée et remonte le Drin noir pour vivre une dizaine d'années dans le lac d'Ohrid. À maturité, l'anguille retourne sur son lieu de naissance, où elle fraie et meurt, et sa progéniture, instinctivement, retrouve ce lac, pour que le cycle continue..

Le lac abrite aussi notamment des chevesnes, des carpes, des barbeaux et des corégones. Les écailles de la plašica, poisson proche de l'ablette, permettent de fabriquer les perles filigranées d'Ohrid, monument de l'artisanat macédonien.

Mammifères Les environs du lac sont peuplés de plusieurs espèces rares, dont certaines sont éteintes ou en voie d'extinction dans le reste de l'Europe. Les animaux sauvages sont surtout présents dans les monts Galitchitsa, situés entre le lac d'Ohrid et le lac Prespa et qui forment un des trois parcs naturels de la Macédoine du Nord. On y trouve des lynx, des ours, des cerfs, des sangliers, des renards et des loups Ohrid Info - National Park Galicica.

Oiseaux Sur les rivages du lac vivent plusieurs espèces d'oiseaux, pour la plupart aquatiques, comme le pélican frisé, le fuligule nyroca, l'aigle criard et l'aigle impérial.

Les rives du lac et les zones humides voisines accueillent de nombreuses espèces d'oiseaux aquatiques et migrateurs. Le pélican frisé (''Pelecanus crispus'') est l'une des espèces les plus remarquables de la région. D'autres oiseaux associés aux milieux lacustres et aux habitats environnants comprennent notamment le fuligule nyroca (''Aythya nyroca''), l'aigle impérial (''Aquila heliaca'') et l'aigle criard (''Clanga clanga'').

Invertébrés vignette|Une éponge d'Ohrid. Le lac est le lieu unique de présence au monde d'un gastéropode âgé de trente millions d'années, Gocea ohridana, en danger extrême d'extinction. Il fait partie de la liste des 100 espèces les plus menacées au monde établie par l'UICN en 2012.

Parmi les espèces aquatiques, on trouve également des coquillages, des crabes, des éponges... L'éponge d'Ohrid (), endémique, vit entre 40 et 50 mètres de profondeur. Le plancton comprend lui aussi des espèces particulières au lac.

Flore Ce paragraphe ne citera pas la liste exhaustive des espèces présentes autour et dans le lac d'Ohrid mais ne présentera que quelques familles, genres et espèces marquantes de la flore sauvage.

Jusqu'à une certaine profondeur, les fonds du lac sont tapissés d'algues. L'espèce la plus remarquable est l'algue hara, qui ne pousse qu'entre 6 et 15 mètres de profondeur et forme un cercle qui suit les berges du lac. Dans les environs, poussent des arbres comme le châtaignier, le sapin de Céphalonie, le noisetier, le buis et le chêne.

Économie Société thumb|La plage de Pogradec. thumb|L'église Saint-Jean de Kaneo, l'un des sites les plus célèbres de Macédoine du Nord. Le lac a livré aux archéologues suisses et albanais, les vestiges d'une cité datée entre 6000 et 5800 avant notre ère bien antérieure aux sites palafittiques alpins connus (5000-4000) en faisant la plus ancienne cité lacustre connue à ce jour en Europe.

Ce sont quelque qui sont plantés sur les rives immergées du lac. Des graines, des plantes et ossements retrouvés suggèrent la pratique de l'agriculture et de l'élevageArchéologia, n°624, p.17..

Trois villes sont construites sur les rives du lac, Ohrid et Struga côté macédonien, Pogradec côté albanais. Ohrid, la plus peuplée, comptait en 2002. Entre ces villes existent plusieurs villages, qui vivent principalement de la pêche. Il y a environ dans la partie macédonienne du bassin versant, et dans la partie albanaise. En 2001, selon la Banque mondiale, le produit intérieur brut par habitant s'élevait à dans la région macédonienne et à dans la région albanaise. Ces chiffres sont largement plus faibles que les moyennes nationales, respectivement 8 400 $ et 5 800 $ en 2007CIA - The World Factbook, 2007, même si le produit intérieur brut de la région du lac d'Ohrid augmente depuis plusieurs années.

Le chômage est très important dans la région ; en 1998, l'Institut national des statistiques albanais avançait un taux de chômage entre 26 et 48 % dans le bassin d'Ohrid. En 1994, l'Institut macédonien estimait que plus de la moitié de la population active des municipalités macédoniennes environnantes était au chômage ou occupait des emplois saisonniers, sans bénéfices.

Activités thumb|Le port de plaisance d'Ohrid.