Le ciblage de la masse monétaire est une politique économique par laquelle une banque centrale rend public un objectif de croissance de la masse monétaire dans le système économique et met en œuvre des outils pour l'atteindre. Le ciblage de la masse monétaire vise à faire croître la quantité de monnaie dans l'économie à un rythme similaire à la croissance économique afin d'éviter des épisodes d'inflation.
Son inefficacité et les difficultés de pilotage qu'ils génèrent conduisent à l'abandon du ciblage de la masse monétaire dans les années 1980 et 1990 au profit du ciblage d'inflation.
Concept La banque centrale est, dans la plupart des mandats qui lui sont confiés, chargée de la stabilité du niveau des prix. Elle doit donc lutter contre les tensions inflationnistes qui, par une augmentation du niveau des prix, réduisent la valeur de la monnaie (le pouvoir d'achat), et provoquent des distorsions du signal-prix. Dès lors qu'il est considéré que l'inflation est due à l'augmentation de la masse monétaire (théorie quantitative de la monnaie), le contrôle de l'inflation peut passer par un contrôle de la masse monétaire.
La masse monétaire est en partie produite par la banque centrale, car elle est la seule à imprimer la monnaie banque centrale (agrégat M0). En modulant ses taux directeurs, la banque centrale incite les banques à octroyer des prêts (activité par laquelle elles créent de la monnaie scripturale), et peuvent ainsi guider la croissance de la masse monétaire totale. Ainsi, la banque centrale utilise la masse monétaire comme un objectif intermédiaire conduisant à une stabilité du taux d'inflation.
Le ciblage de la masse monétaire recoupe deux pratiques différentes. Dans sa forme stricte, inspirée des écrits de Milton Friedman, le ciblage doit passer par une règle d'or d'accroissement de la masse monétaire : la banque centrale doit cibler une croissance toujours identique et régulière de la masse monétaire. Dans sa forme relâchée, qui est celle qui a été adoptée par les banques centrales, le ciblage de la masse monétaire ne répond pas nécessairement à une exigence de croissance régulière de la masse monétaire.
Histoire
Théorisation (1963-1973) Le ciblage de la masse monétaire est proposé par l'école monétariste, et notamment par Milton Friedman. Il soutient avec Anna Schwartz, dans Une histoire monétaire des États-Unis, 1867-1960, que le niveau d'inflation est déterminé par la masse monétaire en circulation.
Mise en application à l'issue du choc pétrolier (1974-1980) Certaines banques centrales adoptent ainsi dans les années 1970 des politiques de ciblage de la masse monétaire pour briser les tensions inflationnistes liées au premier et au deuxième chocs pétroliers. C'est notamment le cas de la Suisse et de l'Allemagne. La Banque fédérale d'Allemagne est la première banque centrale à mettre en place un ciblage de masse monétaire en 1974 ; elle cible alors l'évolution de la monnaie banque centrale, et non de la monnaie au sens large qui comprend la création des banques commerciales. La cause de ce tournant, toutefois, n'est pas tant l'adoption de la pensée monétariste que la fin du système de Bretton Woods, qui rend le change flottant.
Dans la pratique, si une banque centrale estimait un taux d'inflation voulu à 2 %, et un taux de croissance à 3 %, elle fixait un objectif de croissance de la masse monétaire pour l'année à 5 %. Cette cible monétaire était annoncée au grand public pour ancrer les anticipations.
Abandon au profit du ciblage d'inflation (années 1980) Le ciblage de la masse monétaire ne donne toutefois pas les effets escomptés. La financiarisation des économies conduit à modifier la vitesse de circulation de la monnaie et ainsi à atténuer la relation causale entre augmentation de la masse monétaire et inflation sur laquelle se basait la théorie quantitative de la monnaie. En plus de cela, l'application de l'objectif a été souvent peu rigoureux, avec une multiplication des agrégats ciblés (M0, M1, M2...), par la modification des cibles en cours d'année en cas de perturbation macroéconomique, et à cause de la difficile justification des dépassements des cibles. Ainsi, sur la période 1975-1979, la banque centrale allemande n'atteint pas une seule fois son objectif de ciblage.
Dès 1979, la Bundesbank allemande admet des critiques sur le choix du ciblage de la masse monétaire à partir de l'agrégat représenté par la monnaie banque centrale, notamment liées à (Charlotte Bellon). Elle finit par abandonner ce ciblage. Michel Aglietta souligne ainsi que, dans les années 1990, le caractère des variations de la masse monétaire M3 a conduit l'Allemagne à ne plus se fier à ses évolutions, d'autant qu'elles auraient pu mener à des contresens de politique monétaire. Par exemple, dès , conduisant la Bundesbank à .
Alan Greenspan déclare ainsi en 2005 que si , il a été rendu obsolète par la recherche académique et l'expérience.
Notes et références
Catégorie:Politique économique