Edward John Mostyn Bowlby est un médecin psychiatre et psychanalyste britannique, né à Londres le et mort sur l'île de Skye, en Écosse, le . Il s'est particulièrement attaché à trouver l'origine des troubles comportementaux des enfants et des adolescents londoniens juste avant, pendant et après la Seconde Guerre mondiale. En reconstituant l'histoire de l'environnement familial des enfants perturbés, il découvre que les troubles infantiles proviennent fréquemment de la rupture prolongée de la relation entre la mère et son enfant au cours des cinq premières années de vie. Sa méthode d'observation systémique est proche de celle des éthologues et tranche avec les méthodes et les concepts en usage chez les psychanalystes freudiens, qui n'ont pas manqué de le critiquer violemment. Cependant, sur la base de ses observations initiales et d'autres par la suite, il établit les bases de la Théorie de l'attachement. Avec Anna Freud, Donald Winnicott et René Spitz, il révolutionne la psychiatrie et la psychanalyse des enfants.

Biographie La famille Bowlby appartient à la classe aisée à Londres. Quatrième d’une fratrie de six enfants, John est élevé par une nourrice à la mode britannique de sa classe sociale. Il voit sa mère seulement une heure chaque jour après le « teatime » (collation de 16 heures), sauf pendant l'été où elle est davantage disponible. Comme beaucoup d'autres mères de l'époque, elle considère que l’attention et l'affection parentales sont néfastes pour les enfants. Bowlby a la chance de bénéficier d'une nourrice attentionnée et aimante qui est sa véritable mère. Malheureusement, cette femme quitte la maison quand John n'a que quatre ans, ce que l'enfant vit comme un véritable arrachement, d'autant plus qu'il est confié à une nouvelle nourrice beaucoup moins chaleureuse. À sept ans, il est mis en pension dans un internat comme c'est l'usage en Angleterre à cette époque. C'est le début de la Première Guerre mondiale. Son père, Anthony Bowlby, chirurgien de la King's Household, est mobilisé et se trouve éloigné de sa famille. Comme il le signale dans le volume 2 de son livre Attachement et Perte (1972), John Bowlby écrit que cette période a été terrible pour lui. Il dira plus tard . Cependant, il écrit aussi ailleurs que l'internat pouvait être bénéfique pour éloigner les enfants d'un milieu familial toxique.

Bowlby commence en 1924, à 17 ans, des études précliniques et en psychologie à Trinity College (Cambridge), en vue d'être médecin comme son père. À part les études sur le développement, les autres matières l'intéressent peu. À la fin des trois ans du premier cycle des études médicales qu'il réussit brillamment, il fait une coupure et enseigne pendant deux ans dans diverses institutions. En particulier, il rencontre John Alford, un enseignant à Priority Gates, une école pour enfant handicapés mentaux, qui l'a convaincu de venir y enseigner. Cette expérience est déterminante pour lui : . C'est dans cette école qu'il comprend que l'origine des problèmes des enfants et des adolescents doit être recherchée dans les traumatismes de la petite enfance et, spécialement, dans la rupture des liens d'affection et de confiance avec leur mère ou leur nourrice.

En 1929, Il reprend ses études de médecine à l'hôpital d'University College de Londres, tout en commençant une formation psychanalytique, d'abord avec Joan Riviere, puis, pendant sept ans, avec Melanie Klein, qui est arrivée à Londres, venant de Berlin, quelques années auparavant, et dont les idées sur les troubles de la petite enfance ne s'accordent pas du tout avec celles de Bowlby. Après avoir soutenu sa thèse de médecine en 1933, Bowlby se spécialise en psychiatrie à l'hôpital Maudsley.

En 1937, il a 30 ans. Il obtient la qualification de psychanalyste et rejoint l'équipe de la London Child Guidance Clinic. Cette clinique, située à Islington, un quartier de Londres au Nord de la Cité, est un centre de consultations psycho-sociales ouvertes aux enfants (surtout adolescents) et à leurs parents. Les principaux problèmes rencontrés sont le retard mental, la nervosité, l'insomnie, la délinquance, les enfants ingérables, etc. En 1938, Bowlby se marie avec Ursula Longstaff, fille de chirurgien, avec qui il a quatre enfants.

En 1940, il est mobilisé dans le service médical de l'armée (Royal Army Medical Corps) avec le grade de lieutenant-colonel. La Child Guidance Clinic est évacuée à Cambridge à cause des raids aériens sur Londres. Bowlby fait des aller-retour fréquents entre Londres et Cambridge où il continue de suivre les enfants qu'il a en charge. Il est en contact avec Anna Freud et Dorothy Burlingham qui hébergent quatre-vingts très jeunes orphelins dans une grande maison à Hampstead et qui étudient leur comportement, tout en prenant soin d'eux. Il connait aussi les recherches de René Spitz sur les jeunes enfants en orphelinats. C'est pendant cette période que Bowlby rédige les résultats de ses observations auprès de jeunes délinquants londoniens, qui sont publiés à la fin de la guerre.

En 1946, il est chargé de créer le service de psychothérapie infantile à la clinique Tavitstock. En 1950, il accueille dans son service une jeune américaine, Mary Ainsworth, qui a fait une thèse à Toronto sur la théorie de la sécurité de William Blatz, selon laquelle tout être humain, au cours de sa petite enfance et de son enfance, a besoin de développer une confiance fondamentale en une personne de référence pour braver l'insécurité et explorer le monde. C'est une idée essentielle qui est intégrée dans la théorie de l'attachement.

En 1950, Ronald Hargreaves, psychiatre anglais, qui a brièvement travaillé à la clinique Tavitstock, et qui est le premier directeur de la section "Santé mentale" de l'Organisation Mondiale de la Santé, demande à Bowlby un rapport sur la manière de faire face aux 15 à 16 millions d'enfants orphelins européens qui souffrent de graves troubles du comportement. Le rapport de Bowlby est publié en 1951 et traduit en 14 langues. Il remporte un énorme succès : 400.000 exemplaires sont écoulés.

En 1952, John Bowlby et son confrère James Robertson produisent un film documentaire intitulé "Une enfant de deux ans va à l'hôpital" dans lequel on suit pas à pas l'évolution de la détresse d'une enfant normale au cours d'une hospitalisation banale de huit jours. Le film est violemment critiqué par les psychanalystes, notamment par Mélanie Klein. Mais il a un gros impact sur les soignants et le grand public si bien que l'idée s'impose de permettre aux mères de passer la nuit à l'hôpital avec leurs enfants hospitalisés pour diminuer le stress des enfants dû à la séparation.

En 1969, Bowlby publie le premier volume de son ouvrage majeur "Attachement et Perte" qui rencontre immédiatement l'hostilité du milieu psychanalytique qui contrôle aussi bien les nominations aux postes de psychiatrie dans les hôpitaux que les comités de lecture chez les éditeurs. Il faudra neuf ans pour que l'ouvrage soit traduit et publié en français.

John Bowlby meurt le dans sa maison de campagne sur l'Île de Skye en Écosse.

Travaux

Méthode : éthologie humaine Il faut considérer que jusque dans les années 1940, il est entendu que la délinquance juvénile est due à des instincts d'immoralité et de perversion et que le traitement normal des enfants déviants est de les enfermer dans des bagnes ou des maisons de correction. La psychanalyse propose une prise en charge personnelle pour les enfants de classes aisées mais elle opère sur la base des idées de Sigmund Freud sur la sexualité infantile. De plus, il est admis que les facteurs héréditaires (génétiques) constituent la base de la personnalité humaine.

L'approche de Bowlby est révolutionnaire. Son expérience avec les enfants de l'école Priority Gates l'a convaincu que les évènements réels de leur vie sont à l'origine de leur comportement perturbé. Quand il arrive à la London Child Guidance Clinic, il s'emploie à reconstituer l'histoire de chaque enfant, de ses relations, ou de son absence de relations, avec ses proches. Adepte du Darwinisme, il est persuadé que l'état psychique présent d'un individu est le résultat d'une évolution et dont il importe de reconstituer les évènements significatifs pour espérer en corriger les effets. Il adopte donc une démarche d'observation des comportements des enfants, en accord avec la démarche que Charles Darwin expose dans L'Expression des émotions chez l'homme et les animaux. En fait, l'éthologie humaine, initiée par John Bowlby, Anna Freud et René Spitz, précède de quelques années l'éthologie animale moderne, développée dans les années 1940-1950 avec les études de Konrad Lorenz sur les oies et celles de Harry Harlow sur les bébés singes.

Quarante-quatre jeunes voleurs C'est à la London Child Guidance Clinic que Bowlby réalise son premier travail scientifique sous la direction de Cyril Burt, professeur de psychologie à University College Medical School. Il constitue au fil des ans deux cohortes de quarante-quatre jeunes avec des difficultés relationnelles, voleurs d'un côté et non délinquants de l'autre. Pour chacun, il consigne son histoire et l'histoire de son environnement familial et scolaire. Il ne se contente pas d'analyser les dires ou les souvenirs des jeunes, comme c'est la coutume des psychanalystes à l'époque, en cherchant l'origine de leur problèmes dans leurs fantasmes et les conflits internes à leur subconscient. Il cherche d'emblée la source de leurs troubles dans les interactions, ou l'absence d'interactions, avec les personnes de leur entourage. Il remarque d'abord que ce qui différenciait les deux groupes, est l'indifférence affective des voleurs: ils ne paraissent affectés ni par leurs actes ni par les punitions qu'ils entrainent. Les parents des deux cohortes ont tous rencontré des difficultés sociales et affectives. Bowlby remarque que, dans le groupe des voleurs, dix-sept jeunes ont été soumis à une période de séparation prolongée de leur mère pendant leur petite enfance, alors que, dans le groupe des enfants non délinquants, il n'y avait eu que deux séparations précoces. Cette observation conduit Bowlby à accorder une importance primordiale au lien établi entre une mère et son enfant, et à attribuer l'origine des troubles à long terme du comportement à la rupture prolongée de ce lien au cours des cinq premières années de vie. Cette étude fait l'objet d'une publication. qui a un grand retentissement malgré la critique des psychanalystes qui considère la thèse de Bowlby comme une hérésie par rapport à l'orthodoxie freudienne. Certains allant jusqu'à parler de et à déconseiller de faire une psychanalyse avec lui.

Soins maternels et santé mentale - Rapport pour l'OMS En 1950, le Conseil Économique et Social des Nations-Unies décide d'entreprendre une étude sur . L'OMS propose de se charger de la partie de l'étude qui concerne la santé mentale et confie la tâche à John Bowlby. À cette fin, Bowlby visite ses confrères en France, en Suède, en Suisse, aux Pays-bas, aux États-Unis et, bien sûr, en Grande Bretagne. Il constate un large consensus pour reconnaitre que la carence d'affection maternelle dans la petite enfance est une des causes primordiales des troubles infantiles du comportement.

John Bowlby fustige particulièrement les orphelinats dans lesquels il n'existe aucune personne déterminée, chargée de s'occuper individuellement de chaque enfant et susceptible de faire naître chez lui un sentiment de sécurité.

Documentaires filmés avec James Robertson