La maison de correction pour les femmes Andrew Mercer () est une ancienne maison de correction canadienne ainsi que la première prison pour femmes construite au Canada. Située à Toronto, dans la province de l'Ontario, elle a accueilli plus de en d'activité.

Située sur King Street West, elle ouvre ses portes en . Le complexe est alors composé de deux institutions : la maison pour les femmes adultes et le foyer pour les jeunes filles qui accueille les moins de . Il comprendra par la suite des services de traitement de la toxicomanie et des troubles psychiatriques. En , il est démoli et ses occupantes sont placées par d'autres institutions.

Construit à l'origine pour offrir des possibilités de réinsertion sociales aux délinquantes et aux femmes dont les mœurs ne correspondent pas à la bienséance, l'établissement a développé une réputation sulfureuse. Il y a eu des cas documentés de torture, de passages à tabac et de actes médicaux illégaux, dont l'expérimentation de drogues. Plusieurs émeutes ont émaillé la vie de l'établissement.

L'activiste canadienne , qui y fut incarcérée en , écrit à son sujet dans sa biographie .

Les bâtiments Situé à l'ouest du centre-ville de Toronto, le bâtiment principal, haut de quatre étages, orienté nord-sud mesure de long et de large avec une tour de de haut sur l'avant, qui sert d'entrée principale. À l'arrière se trouvent des bâtiments à deux étages abritant les chaudières et un atelier. Il y avait deux zones ouvertes affectées à la promenade des prisonnières. Le bâtiment était en brique rouge dans un style néo-gothique. Il a été conçu par l'architecte d'origine irlandaise employé par le ministère des Travaux publics de l'Ontario. Il renferment 147 cellules et 49 cellules d'isolement au sous-sol, utilisées pour punir les récalcitrantes. La population carcérale peut atteindre 250 détenues.

Les fonds utilisés pour bâtir l'immeuble proviennent de la succession d'un avocat dénommé Andrew Mercer, décédé ab intestat. L'unique vestige de la prison est la maison du Directeur encore visible au carrefour de Faser et de King Street. Aujourd'hui, le site abrite le stade Alan Lamport . vignette|La maison de la directrice de la maison de correction A. Mercer toujours visible à l'angle de Fraser et King street.

Objectifs de l'institution À l'origine, la maison de correction se concentre principalement sur le maintien des femmes alcooliques ou vivant une vie de vice hors de la rue pendant six mois. Il a une section spéciale (un «foyer») pour les filles de moins de , les séparant de la population plus âgée. Ce foyer est destiné aux orphelines, trouvées sans abri ou mendiantes, considérées comme incontrôlables par leurs parents ou devenues pupilles de la province en raison de parents alcooliques ou indignes.

L'un des principes majeurs de la maison de correction était d'inculquer les vertus victoriennes féminines telles que l'obéissance et la servilité. Le travail, comme la cuisine, la couture, la pâtisserie et le nettoyage, était également une partie importante de la vie en prison. Pour citer une surintendante de la maison de correction,

Malgré les bonnes attentions affichées, la maison de correction Andrew Mercer allait devenir le centre de la controverse avec des allégations de torture, de passages à tabac, de drogues expérimentales et de procédures médicales, le tout au nom de la réhabilitation des détenues. Au fil du temps, elle a évolué, devenant une prison pour femmes adultes où cohabitent des détenues violentes, des criminelles de droit commun comme la braqueuse de banque Kathleen Boyle , des personnes nécessitant un traitement pour l'alcoolisme et d'autres dépendances, ou des troubles psychiatriques, et des femmes n'ayant commis que des délits mineurs (tels que le vagabondage).

Celles-ci étaient connues sous le vocable d' , un mot d'origine française utilisé depuis le pour désigner des personnes dépravées, incapables de s'amender. Le vocable a été remis à l'honneur au début du , pour désigner les volontaires étrangers ayant pris le parti des Boers, faits prisonniers par les troupes britanniques et déportés à Ceylan.

Histoire En , le gouvernement de l'Ontario annonce la construction de la maison de correction Mercer à partir des fonds de la succession d'Andrew Mercer. Il prévoit son achèvement d'ici la fin de . En , l'Assemblée législative de l'Ontario adopte une loi concernant la maison de correction Andrew Mercer pour femmes (Statutes of Ontario 1879, chap. 38) pour régir la nouvelle institution. Cette maison de correction devait recevoir et réinsérer les femmes de plus de seize ans reconnues coupables d'une infraction pour laquelle une courte peine allant de à moins de deux ans moins un jour avait été prononcée. La maison a été achevée et ouverte le . Le même parlement a adopté en même temps une loi pour établir un foyer et centre de formation pour filles situé dans une section de la maison de correction Mercer.

Un rapport de de l'Inspecteur des prisons publiques et des organismes de bienfaisance de l'Ontario illustre la différence entre la maison de correction pour femmes et la prison centrale pour hommes située à proximité au cours de la période -. Plus de 78 % des détenues sont incarcérées pour des « crimes contre la moralité publique et la paix » (tels que la prostitution) alors que seulement 37 % des hommes étaient incarcérés pour des infractions similaires. Seule 22% des détenues sont incarcérées pour des « crimes contre la personne et contre les biens » alors que 63% des hommes étaient incarcérés pour ces délits. L'illettrisme concerne 52% des détenues (comparativement à 8 % des femmes de Toronto à l'époque). Une maladie courante parmi ces détenues est la syphilis, ce qui a conduit à créer une aile séparée pour les syphilitiques des d&tenues saines. Un rapport des années décrit « des détenus malades, des décès et des enfants mort-nés dans la crèche ».

En , une loi sur les maisons pour femmes vulnérables a été adoptée, elle régit l'incarcération dans la maison de correction. En , la loi est modifiée et élargit les cas pour lesquels une femme peut être enfermée à Andrew Mercer. Selon l'article 17 du Female Refuges Act, tout parent ou tuteur peut désormais amener devant un juge une femme âgée de moins de vingt et un ans décrite comme ingérable ou incorrigible par la personne majeure, afin que le juge puisse décider du sort de la femme. En vertu des articles 15 et 16 de la même loi, toute personne peut traduire devant un juge toute femme âgée de moins de trente-cinq ans, pour mendicité ou alcoolisme , et éventuellement de la faire interner.

En , Kay Sanford, journaliste au Globe and Mail, a produit un rapport en trois parties dans ce journal sur les conditions de détention à Andrew Mercer. La directrice Jean Milne aurait révélé que les détenues sont devenues accros au tabac. Les cigarettes sont utilisées, en effet, pour récompenser un bon comportement. Jean Milne lui explique comment la psychologie est mise en avant pour maintenir l'ordre, au lieu de «battre à l'ancienne les détenues indisciplinées».

Le , une centaine de femmes se révoltent à la maison de correction. Ce n'était pas la première émeute, on a noté qu'une émeute s'était produite auparavant. Les détenues ont été maîtrisés par 75 policiers des forces de police de Toronto et de l'Ontario. À l'époque, la maison de correction était le seul établissement pénitentiaire pour femmes en Ontario et abritait 159 détenues.

En , le journaliste Frank Tupane du Globe and Mail a visité la maison de correction avec le député provincial J. Stewart, en réponse à des allégations de violence physique. Il confirme l'existence du bloc d'isolement au sous-sol, mais soutient qu'il ne s'agit pas du « trou noir de Calcutta » comme on le prétend. Il pose des questions sur les allégations de violence physique et la surintendante de la maison de correction Jean Burrows déclare qu'il n'y avait pas eu de coups de fouet depuis . L'administration des châtiments corporels n'est plus effectuée parce que Burrows estime que ce n'est pas constructif, et qu'elle est tenue d'en référer au Service de la Réhabilitation chaque fois qu'elle en fait usage.

En , un Centre de traitement pour femmes de l'Ontario est créé sur place pour traiter l'alcoolisme, la toxicomanie et les troubles psychiatriques. Il est à Brampton en . En , le Centre d'orientation des femmes de l'Ontario a ouvert ses portes à Brampton et s'est concentré sur la formation scolaire et professionnelle. Avec la maison de correction, les institutions constituaient ce qu'on appelait alors le .

En , la même année où la loi sur les femmes vulnérables est abrogée, un grand jury a été convoqué pour enquêter sur la maison de correction et cette démarche est rendue publique sur la première page du Toronto Daily Star sous le titre Visite secrète dans les donjons de Toronto : la prison des filles choque la commission d'enquête. Ce grand jury arrivent à la conclusion que les soins médicaux y sont si mauvais que. Il estime également que le processus de réhabilitation est inexistant et que. Les cellules du sous-sol sont des oubliettes utilisées pour l'isolement. Elles mesurent par et n'ont ni fenêtre, ni lumière.

Bien que le rapport du Grand Jury ait été contesté à l'époque par le ministre ontarien des Maisons de corrections, , la journaliste du Toronto Star Lotta Dempsey écrit que les archives du journal sont

En , la maison de correction est le théâtre d'une autre émeute. Dans une chaleur torride, quinze détenues des 88 hébergés à l'époque se battent entre elles, tandis que les autres restent dans leur cellule. Soixante policiers de la région métropolitaine de Toronto ont réprimé l'émeute. Quatre femmes ont été transférées à la prison de Don et trois hospitalisées. Selon les policiers, la cause de cette émeute était « la jalousie chez les lesbiennes ». Toutefois, la directrice G.R. Thompson évoque comme cause première une tentative de suicide de l'une des détenues.

En , la maison de correction est fermée, officiellement remplacée par le centre de détention Vanier pour femmes situé à Brampton, qui fusionne les trois établissements du Complexe Mercer. Le bâtiment de la maison de correction a été démoli plus tard cette année-là, lorsque toutes les détenues ont été transférés au Centre Vanier pour les femmes.

Les abus constatés En vertu de la loi sur les femmes vulnérables, la province de l'Ontario de 1896 à 1964 a arrêté et emprisonné, sans procès ni appel, les femmes de 16 à que les magistrats soupçonnaient de comportements sociaux indésirables - c'est-à-dire d'être impliquées dans des relations interraciales ou d'avoir un enfant hors mariage. À la même époque, Les hommes n'étaient jugés incorrigibles que pour vol.

La juriste et historienne canadienne , spécialisée dans la discrimination sexuelle et raciale, a présenté des cas liés aux violences infligées aux femmes dans ces institutions dans de nombreux forums juridiques. Parmi ces cas se trouve ceux de l'activiste et de la danseuse classique Muriel Walker, deux des nombreuses femmes qui ont été soumises à plusieurs procédures médicales contre leur volonté, par un médecin de maison de correction, un éminent eugéniste à la recherche de preuves de déficiences physiques contribuant aux défauts moraux des « femmes ingérables ».