Le Litchi de Chine (Litchi chinensis), le Litchi de Madagascar, ou plus simplement Litchi, ou Letchi, est un arbre fruitier de la famille des Sapindaceae, qui produit le fruit comestible du même nom. Cet arbre tropical est la seule espèce du genre Litchi.
L'arbre est originaire des provinces du Guangdong, Fujian et du Yunnan de la Chine où sa culture est attestée depuis plus de FAO : d'après Xuming Huang in Lychee production in China, citant un registre royal de la dynastie Han en 111 av J.C.. La partie consommée est l'arille juteux qui entoure une graine unique. Le litchi ressemble, par sa structure, à d'autres fruits tropicaux de la même famille : le longane (ou longani), le ramboutan (ou « litchi chevelu »), le quenettier. Le litchi est le plus important sur le plan économique.
Originaire du sud-est de la Chine et d’Asie du Sud-Est, la sous-espèce chinensis a été introduite pour la production fruitière dans d'autres régions tropicales comme au Cambodge, en Inde, au Vietnam, à Madagascar, en Thaïlande, à Hawaii, à La Réunion (où le fruit est appelé letchi et l'arbre pied de letchi ou pied letchi), à Mayotte, à Maurice, aux Comores, en Nouvelle-Calédonie (réputée pour ses letchis de Houaïlou), en Martinique et en Guadeloupe, où il reste rare et où les difficultés d’acclimatation ne permettent qu’une maigre récolte à peu près tous les cinq ans, au Brésil dans l'État de São Paulo
La Chine est le principal pays producteur, suivie de loin par l'Inde, le Vietnam, Taïwan et Madagascar.
Dans l’hémisphère nord, les litchis sont consommés en Asie à la saison chaude, à leur époque de production en mai-juin-juillet, alors qu’en Europe, ils sont consommés à la saison froide au moment des fêtes de fin d’année, approvisionnées par des fruits importés de l’hémisphère sud.
Étymologie
Le mot français litchi est un emprunt au , par l’intermédiaire des récits de voyage portugais et espagnols où il est attesté sous la forme lechia, respectivement en 1541 et 1585. En français, on le relève d’abord en 1588 sous la forme lechia dans une traduction de l’espagnol, puis en 1665 sous la forme li-ci, dans une traduction du latin. (voir ci-dessous la planche de Flora Sinensis), et en 1696, sous la forme létchi et enfin litchi (1721).
Nomenclature
Le naturaliste Pierre Sonnerat, au retour d’un voyage en Asie de 1774 à 1781, publie un ouvrage où il rassemble toutes les observations qu’il a pu faire sur place. Le Voyage aux Indes orientales et à la Chine (1782) connaîtra un immense succès de librairie. Cet ouvrage offre la première description scientifique de nombreuses espèces animales et végétales dont celle d’un arbre fruitier qu’il nomme Litchi chinensis.
Synonymes
Selon Tropicos, les synonymes sont des descriptions postérieures à celle de Sonnerat : Dimocarpus lichi João de Loureiro, 1790 Litchi chinensis var. euspontanea H.H. Hsue, 1983 Nephelium chinense (Sonn.) Druce, 1917 Nephelium litchi Cambess., 1829 Scytalia chinensis (Sonn.) Gaertner, 1788
Dénominations Nom scientifique valide : Litchi chinensis Sonn. ; Nom vulgaire (vulgarisation scientifique) recommandé ou typique en français : LitchiLe Litchi dans Voyage aux Indes orientales et à la Chine... par Pierre Sonnerat, 1782. ou letchi; Autres noms vulgaires ou noms vernaculaires (langage courant) pouvant désigner éventuellement d'autres espèces : litchi de Chine Nom en français d'après l'Inventaire National du Patrimoine Naturel, sur le site Inventaire National du Patrimoine Naturel (INPN)Nom en français d'après Dictionary of Common (Vernacular) Names sur Nomen. , litchier (d’après wiktionnaire), cerisier de Chine (terme déconseilléNom en français d'après le Grand dictionnaire terminologique de l’Office québécois de la langue française.), noisetier de ChineMeyer C., ed. sc., 2015, Dictionnaire des Sciences Animales. . Montpellier, France, Cirad. [12/05/2015].Bernard Boullard, [Plantes médicinales du monde: croyances et réalités], ÉditeurDe Boeck Secundair, 2001, , 9782843711176. Page 319., létchi, litchee, lytchee Nom en français d’après Termium plus, la banque de données terminologiques et linguistiques du gouvernement du Canada, litchi ponceau, ponceau (ponceau est une nuance de rouge vif foncé).
Description L'arbre left|thumb|200px|Feuille pennée caractéristique. thumb|right|200px|Silhouette ronde de l'arbre. left|200px|thumb|Inflorescences de litchi. right|thumb|200px|Écorce lisse mais de surface très irrégulière au niveau du tronc.
Litchi chinensis est un arbre à feuilles persistantes, de taille moyenne qui peut atteindre une hauteur de Jean-Max Hoarau, Mireille Burglin, Guide des fruits tropicaux, pp.96-97, Azalées Éditions, Sainte-Marie, 2002 voire 30 m. La silhouette générale est assez ronde, le feuillage est dense et bien couvrant. Le tronc est souvent ramifié à faible hauteur du sol. L'écorce est grisâtre, lisse mais la surface du tronc est très irrégulière, côtelée ou cannelée.
Il possède des feuilles composées, alternes, de de long. Elles sont paripennées, ce qui signifie qu'elles sont formées d'un nombre pair de folioles et qu'il n'y en a pas une en position terminale. Les folioles, au nombre de deux à huit par feuille, mesurent chacune de de longueur sur de large. Le limbe est lancéolés ou ovales-lancéolés. Le dessus du limbe est d'un vert assez foncé et d'aspect vernissé, le dessous est plutôt grisâtre et d'aspect mat. Avant d'atteindre cette coloration à plein développement, les jeunes feuilles présentent une teinte rouge cuivré brillant puis vert tendre.
Les inflorescences terminales sont des thyrses (grappes de cymes), dressés pouvant atteindre de long, très ramifiées. Les fleurs sont de petite taille ( de diamètre chacune) et de couleur blanc rosâtre à blanc verdâtre, sans pétale. L’espèce est monoïque : les fleurs sont unisexuées soit mâles et comportant de 6 à entourant un carpelle stérile, soit femelles et formées d’un ovaire courtement pétiolé, à 2 (ou 3) loges, avec un ovule par loge, et 6 staminodes (étamines atrophiées). La fécondation est assurée par les insectes, principalement par les abeilles (Apis mellifera, A. dorsata, A. cerana indica, A. florea), les mouches et les guêpes. La pollinisation par les abeilles domestiques est un moyen efficace pour améliorer le rendement et la qualité des fruits. Le fruit Le fruit est globuleux - une sphère ou sphéroïde - de de diamètre, parfois un peu en forme de cœur, entourée d'une enveloppe assez coriace d'aspect écailleux qui prend une couleur rose à rouge à maturité. Il est profondément divisé en 2 ou 3 schizocarpes, généralement seulement 1 ou 2 développés, ovoïdes ou subglobuleux.
Sur la photo du centre, ci-dessous, on voit 3 schizocarpes différents : 1) avec 2 méricarpes bien développés, 2) avec un des deux méricarpes atrophié 3) ou disparu. Généralement, sur les deux ovules présents dans l’ovaire, un seul est fonctionnel, l’autre dégénère plus ou moins.
Les fruits sont portés par des grappes pendantes. Chaque grappe compte de quelques unités à quelques dizaines de litchis. Après cueillette, la coque brunit assez rapidement mais la saveur et la qualité du fruit se maintiennent au-delà de ce brunissement.
L'intérieur du fruit contient une partie pulpeuse, de couleur blanc vitreux, parfumée et juteuse, riche en vitamine C, qui est en fait un arille, une excroissance produite au niveau de la bordure du hile, la cicatrice nourricière de la graine.
Bien qu'il lui ressemble, le litchi n'est donc pas une drupe car le mésocarpe, au lieu d'être développé et charnu, ne forme que la mince pellicule médiane de la coque.
Au centre du fruit se trouve la graine unique, de forme oblongue, de couleur brun vernissé, qui ressemble à un petit marron d'Inde allongé. Cette graine est toxique et ne doit pas être consommée.
Sous-espèces et variétés
Il existe trois sous-espèces de Litchi chinensis : Litchi chinensis subsp. chinensis, originaire du Sud de la Chine et de l’Indochine ; c’est le litchi commun cultivé ; feuilles à (rarement 2), rameaux minces, fruits lisses ou avec des tubercules de ; Litchi chinensis subsp. philippinensis (Radlk.) Leenh., originaire des Philippines (où elle est commune mais rarement cultivée) et de Papouasie-Nouvelle-Guinée (Indonésie) ; les feuilles ont (rarement 6), les rameaux sont plus minces, les fleurs ont parfois 6, les fruits sont allongés munis de tubercules atteignant ; Litchi chinensis subsp. javensis Leenh., originaire de l’île de Java, à fruits presque lisses et arille plus fin, et rameaux plus épais ; elle est cultivée dans l’ouest de Java et le sud de l’Indochine. Divers cultivars ont été développés. Ils sont généralement multipliés par marcottage. Les cultivars ont été sélectionnés pour la petitesse de leur noyau, l’abondance et la douceur de leur pulpe comestible.
Les Chinois qui cultivent le litchi depuis des siècles, possèdent une dizaine de cultivars importants. Parmi ceux-ci, les meilleurs sont 桂味 guìwèi , , et 糯米糍 nuòmǐcí , cultivés dans les environs de Canton, à maturité début juillet. La variété la plus précoce est 三月红 sanyuehong , à maturité le troisième mois lunaire (sanyue). Sans oublier 妃子笑 Fēizixiào , un clin d’œil aux vers célèbres de Du Mu 骑红尘妃子笑,无人知是荔枝来 (voir ci-dessous la section histoire).
Distribution
L’espèce est originaire de la Chine du Sud-Est, du Laos, de la Malaisie, de la Thaïlande, du Vietnam, de Java, des Philippines et de Nouvelle Guinée.
Elle a été introduite dans les territoires suivants : Bangladesh, Cambodge, Himalaya oriental, Inde, île Maurice, La Réunion, etc.
Histoire culturelle Par des Chinois vignette|redresse=0.6|left|Yang Guifei,la Beauté sublime.
La première mention textuelle du litchi se trouve dans une œuvre poétique de Sima Xiangru 司马相如 (-179 ; -117) intitulée Shanglin fu 上林賦 portant sur la réserve impériale de chasse de l’empereur Han Wudi. L’arbre est désigné par les deux caractères 离支 lízhī, homophone du terme moderne 荔枝 lìzhī (sauf pour le ton de la première syllabe). La morphologie de 离支 est « laisser.rameau » parce que les anciens récoltaient le fruit avec le rameau qui le porte, afin de prolonger sa période de fraîcheur. Sinon dira le poète Bai Juyi.
Pour les Chinois, le litchi évoque aussitôt le cliché de , associé à des poèmes de Du Mu 杜牧 et de Su Shi 苏轼. L’extraordinaire beauté de Yang Guifei 杨贵妃 (), la concubine favorite de l'empereur Xuanzong de la dynastie Tang, ne pouvait venir que par des litchis qu’elle adorait manger. En effet, en s’en régalant, sa peau allait garder le parfum et la fraîcheur des fruits et son teint devenir semblable à la blancheur translucide de la pulpeDans la première pharmacopée chinoise, le Shennong bencao jing, le principe de magie sympathique, permet d’expliquer l’efficacité de nombreux remèdes, cf. Histoire de l'utilisation du musc.. Les fruits ne poussaient que dans le sud de la Chine, et disait-on, étaient livrés par les messagers impériaux qui se relayaient à cheval jour et nuit pour apporter la précieuse denrée à la capitale Chang'an. Le poète Du Mu () a évoqué cette histoire dans les vers célèbres 一骑红尘妃子笑,无人知是荔枝来.
Sous les Song du Nord, le poète Su Shi (1037-1101), qui vivait plus de trois siècles après Yang Guifei, fut exilé à , un pays reculé à l'extrême sud-est de la Chine, considéré par la cour impériale comme une terre barbare tropicale. Fin gourmet, Su Shi lorsqu'il mangea des litchis pour la première fois, connut comme une révélation. Il produisit sur le champ un poème pour célébrer les litchis, avec deux vers très célèbres, devenus une référence littéraire toujours citée 日啖荔枝三百顆,不辭長作嶺南人, Rì dàn lìzhī sānbǎi kē, bùcí zhǎng zuò lǐngnán rén ; voir Poème de Su Shi 《惠州一絕》. Dans le poème « Lamentation des litchis » 荔枝叹, Su Shi dénonce la cruauté du pouvoir, prêt à sacrifier des vies humaines pour satisfaire les caprices de la concubine favorite.: {| style="border:0px solid #7ba05b;" cellspacing="2" cellpadding="2" align="center" |-- style="text-align: left;"