Le christianisme en Afrique du Nord s'est implanté vers le et a été supplanté par l'islam à partir de la fin du , jusqu'à sa disparition au .
De nombreuses personnalités historiques originaires d'Afrique romaine furent chrétiennes, telles que Tertullien, Sainte-Monique, Arius, Saint-Augustin, Marcellin d'Embrun, Victor , Donatus Magnus, Vincent de Digne, Cyprien de Carthage, ou encore le pape Miltiade.
De nos jours, l'islam est la religion d'État de tous les pays maghrébins. La liberté de religion est de ce fait limitée selon des degrés qui varient en fonction des législations nationales. Bien que la proportion de chrétiens soit faible au Maghreb, il s'y trouve des communautés chrétiennes de différentes confessions. vignette|Icône à l'Église orthodoxe russe de Rabat représentant Marie, la Mère de Dieu selon l'Église orthodoxe avec les Saints de l'Afrique du Nord : Marc, Epénète et Cyprien de Carthage, Perpétue et Félicité, Athanase et Cyrille d'Alexandrie, Marcel de Tanger.
Histoire En Afrique romaine
thumb|300px|Carte des évêchés africains en 256.
Selon l'historien Claude Lepelley, le christianisme occidental latin est né en Afrique du Nord. Au milieu du , les communautés chrétiennes y étaient déjà très nombreuses et dynamiques. Au , l'Afrique vit la naissance d'Augustin d'Hippone, (actuelle Annaba, Algérie) père de l'Église dont la pensée devait avoir une influence déterminante sur le christianisme au Moyen Âge et à l'époque moderneAlain Corbin, Histoire du christianisme, (Saint Augustin), Ed. Seuil, 2007..
Faute de documentation assez complète, il est difficile de reconstituer les étapes et les lieux de diffusion qui ont précédé la conversion des populations locales au christianisme dans les provinces africaines. De plus, ce sont essentiellement les sources chrétiennes qui permettent de retracer l’histoire de l'Église africaine au . Au-delà, la majorité de sources de l'époque sont carthaginoises.. Cependant, Paul-Albert Février a pu montrer, en s'appuyant sur les témoignages épigraphiques, le dynamisme du christianisme en Maurétanie..
On situe l’apparition en Afrique des premiers chrétiens avant l’an 180. Les Actes des martyrs scillitains sont le premier document qui nous permet d'appréhender le christianisme en Afrique. Il s'agit du procès-verbal de la comparution, le 17 juillet 180, d'une dizaine de chrétiens d'une bourgade d'Afrique proconsulaire non-localisée devant le proconsul d'Afrique..
L’histoire des débuts du christianisme en Afrique est étroitement liée à la personne de Tertullien. Né de parents païens, il entre dans la communauté chrétienne de Carthage vers 195 et devient proche de l’élite municipale, qui saura le protéger contre la répression des autorités. Ayant reçu la prêtrise, il s’emploie dans ses premiers écrits à lutter pour que l'Église chrétienne soit reconnue officiellement par l’Empire.
On peut parler, à la suite de Tertullien, de « christianisme africain » tant ce dernier adopte un caractère spécifique, se faisant remarquer par son intransigeance. Afin de progresser en nombre et de s’ancrer dans la vie populaire nord-africaine, la doctrine chrétienne à travers les écrits de Tertullien cherche à s’émanciper de toutes les institutions païennes qui structurent la société romaine de l’époque. Il faut voir dans ce travail d’écriture plus une transcription et une mise en valeur des problèmes spécifiques d’une nouvelle communauté que la volonté d’un homme d’imposer à de fervents croyants une doctrine.
Les chrétiens refusent donc de participer aux nombreuses cérémonies fondant la vie civique. Dans son œuvre De l’idolâtrie, Tertullien précise la nature des activités déconseillées aux chrétiens : ils doivent, pour les plus riches, refuser de participer à la vie politique de la cité en tenant un quelconque poste, refuser tout métier agricole qui pourrait fournir des produits et animaux aux séances de sacrifices. Les chrétiens ne doivent pas non plus exercer le professorat qui les obligerait à enseigner les mythes et cultes païensTertullien, De idololatria, De spectaculis..
thumb|Chapelle Santa Cruz, Oran.
Mais ce qui sépare et oppose le plus les autorités romaines et la communauté de chrétiens, c’est sans aucun doute le fait que ces derniers refusent de servir l’armée de l’Empire. Tertullien souligne la difficulté de concilier le serment militaire avec celui prononcé lors du baptême.. Outre l’omniprésence des rites païens dans la vie militaire, le plus grand dilemme pour les chrétiens est la probabilité de tuer des adversaires pendant les combats, chose incompatible avec le message de la vie du Christ : c’est une transgression du sixième commandement.
thumb|Chapelle Santa Cruz, Oran.
Ce choix politico-religieux a été à l’origine de persécutions parfois violentes ; les chrétiens étant accusés de mettre en péril la cité quand leur refus de service militaire se faisait pendant une période qui nécessitait un besoin accru de soldats. Il a amené des sanctions qui ont parfois été jusqu’à la mise à mort, créant la situation de martyr très spécifique à la religion chrétienne. La multiplication des martyrs, de leurs cultes et de leurs récits, comme le martyre de Perpétue et Félicité, fut l'un des traits marquants du christianisme africain..
Tertullien lui-même parle de la souffrance et du martyre comme issue vers le salut.. Le martyre devenait un acte de résistance et de mémoire, inscrit dans un calendrier commémoratif, base du calendrier chrétien.
thumb|300px|Mosaïque chrétienne au musée national du Bardo.
À travers cette base doctrinale stricte et parfois difficile à vivre au milieu d'une population qui ne comprend pas la plupart du temps les choix des chrétiens, Tertullien cherche à éviter à sa communauté de se mélanger aux rites et coutumes païens afin de garder toute sa spécificité. Pour autant, il ne veut pas s’éloigner de la vie de la cité, encore moins de celle de l’Empire.. Il aime l’Empire et est convaincu de ses bienfaits dans les provinces africaines.
La doctrine chrétienne qui a pris pied en premier lieu sur les côtes africaines s’est développée par la suite à l’intérieur des terres. Si l'on ne situe pas précisément la ville dont sont originaires les martyrs scillitains (Scillium, Scillitium, dans la région de Carthage, aujourd'hui Kasserine), ceux de M'daourouch (Madaure), Miggin et Namphamon, sont attestés à la même époque : les chrétiens connaissent leurs premiers martyrs dans un contexte politico-religieux en constante évolution.
Le connaît une fragilisation importante des fondements religieux du pouvoir impérial. Censé être protégé des dieux, le mythe de l’empereur qui se situe au-dessus des hommes est remis en doute par les païens, en particulier après la mort de Dèce au combat, en 251. Les coupables sont vite trouvés : par leur impiété, les chrétiens sont accusés d’avoir provoqué la colère des dieux.
Dèce lui-même avait déjà instauré cette notion de « bouc émissaire » pendant ce qu’on appelle la « persécution de Dèce », de 249 à 251. La persécution romaine, la première attaque officielle contre l'Église africaine, est entérinée par un édit promulgué dès 249 qui oblige les chrétiens à prier pour le salut de l’empereur, et à offrir des sacrifices ou des libations.
Cette nouvelle donne met les chrétiens devant un choix crucial. Plusieurs attitudes sont relevées : si certains et se plient à l’édit de l'Empereur, allant jusqu’à offrir des sacrifices aux idoles ; d’autres pour qui il est inconcevable de renier l’Évangile préfèrent fuir ; d’autres encore choisissent de résister ouvertement, mettant alors leur vie en péril.
L’autorité romaine en formulant cet édit a divisé la communauté chrétienne. Ceux qui ont cédé aux demandes de Dèce et ont participé aux supplications se voient très mal accueillis par les « résistants » quand vient l’heure de leur réintégration. Les évêques qui ont « péché » sont pour la plupart pardonnés mais se voient refuser le retour à leur fonction. La persécution a engendré une telle crise au sein de l'Église africaine que le concile de Carthage propose, en 256, de rebaptiser les fauteurs. Il se heurte là à l’évêque de Rome pour qui ce double baptême est inconcevable. (Voir aussi donatisme)
Après une brève période de calme, les persécutions des chrétiens recommencent en 257 sous l’impulsion de Valérien. Ce sénateur romain, proche des élites hostiles au christianisme, emploie une nouvelle tactique pour affaiblir les chrétiens. Il décide de couper l’élite chrétienne de sa base. Les gouverneurs de province ont pour ordre d’exiler tout évêque ou clerc qui refuserait de s’adonner aux rites sacrificatoires. Ainsi saint Cyprien, évêque de Carthage et grande figure du christianisme africain, est mis en exil ; d’autres sont condamnés aux mines. La persécution devient sanglante un an plus tard quand Cyprien et d’autres clercs, victimes des nouvelles mesures romaines, sont condamnés à mort et décapités.
Il faut attendre la mort de Valérien en 260 pour que le calme règne à nouveau en Afrique. Son fils Gallien se montre beaucoup plus tolérant : il arrête les poursuites contre les chrétiens et promulgue un édit de tolérance qui débute la période de la Petite paix de l'Église. Cette cohabitation pacifique permet à l’Église africaine de se développer dans les provinces et d’augmenter le nombre de ses fidèles.
Royaume berbère chrétien Le royaume d'Altava était un royaume berbère chrétien indépendant situé sur l'ancienne province de Maurétanie césarienne qui a existé du à la conquête de la région par les musulmans vers 708Charles Diehl, L'Afrique Byzantine. Histoire de la Domination Byzantine en Afrique (533–709), ..
Les vestiges de la cité romaine d’Altava se trouvent à une trentaine de kilomètres à l’est de Tlemcen. La route nationale (de Relizane à la frontière du Maroc) passe au nord de son enceinte en écornant légèrement son angle nord-est ; la voie ferrée d’Oran au Maroc passe exactement au milieu des ruines, où la gare est bâtie, ce qui interdit des fouilles éventuelles en cet endroit.
Le Royaume d'Altava connut divers royaumes et principautés berbères, numides puis maures qui se succédèrent au cours des siècles. En 40 de l’ère chrétienne la Maurétanie est, en principe, annexée à l’Empire romain mais l’occupation n’est pas totale et ne le sera jamais..
Conquête musulmane
À la suite de la conquête de toute l'Afrique du Nord par les Omeyyades, à la fin du , l'islam prend peu à peu la place du christianisme. Dans le nouvel ordre musulman, les chrétiens et les juifs ont un rang de dhimmi. Selon les dynasties, certains les poussent à se convertir à l'islam, à émigrer ou à mourir. D'après Richard W. Bulliet, la grande période des conversions s'étendrait entre 800 et 1000 en Ifriqiya.. Cette estimation est à relativiser d'après d'autres historiens car elle n'est représentative que d'une partie de l'élite, à savoir celle parvenue à la postérité, et non de l'ensemble de la société..
Le christianisme semble s'être maintenu jusqu'au , comme en témoignent les historiens arabes Ibn 'Abd al-Hakam, au , Al-Bakri, qui mentionne l'existence au , d'une église à Tlemcen et les ruines d'une autre à Alger, et plus tard Ibn Khaldoun attestent la présence de chrétiens parmi les Berbères. La présence d'un nombre important de stèles funéraires chrétiennes datés du , comme à Kairouan, l'existence d'une basilique consacrée à saint Pierre à Sicca Veneria, l'usage par les Berbères d'un dialecte roman (al latini al afariqui) à la même époque, la persistance des pèlerinages sur le tombeau de saint Cyprien corroborent leur témoignage.