Mary MacSwiney (), née le , morte le , est une militante indépendantiste, femme politique républicaine irlandaise, féministe, trois fois élue députée, vice-présidente du Sinn Féin et enseignante.

Très connue lorsque son frère Terence MacSwiney, alors lord-maire de Cork, fait la grève de la faim pour protester contre la politique britannique en Irlande, Mary MacSwiney, en compagnie de sa belle-sœur Muriel MacSwiney, veille sur son frère et devient la porte-parole de sa lutte. Terence MacSwiney meurt finalement en , et Mary MacSwiney se met à agir comme la gardienne officieuse de son héritage.

Elle devient une avocate déterminée de la cause républicaine irlandaise. Elle part en 1921 aux États-Unis avec sa belle-sœur pour une campagne de sensibilisation de sept mois au profit du mouvement indépendantiste irlandais. Elle est élue au Dáil Eireann, le parlement irlandais, pendant la guerre d'indépendance irlandaise. Au cours des débats sur le traité anglo-irlandais, Mary MacSwiney est une des opposantes les plus virulentes à l'accord de paix proposé entre les Britanniques et les Irlandais. Au cours de la guerre civile irlandaise qui s'ensuit, elle soutient l'IRA anti-traité, est emprisonnée et participe à deux grèves de la faim.

Après la scission du Sinn Féin et de Fianna Fáil en 1926, elle devient vice-présidente du Sinn Féin en 1927The Times, "Southern Irish Elections", 6 June 1927.. Le Sinn Féin et les républicains extrémistes sont de plus en plus isolés politiquement dans la décennie après la scission, mais Mary MacSwiney approuve la violence menée par l'IRA. Vers la fin de sa vie, elle approuve officiellement la direction de l'IRA pendant la Seconde Guerre mondiale sous Seán Russell, qui mène le "S-Plan", une campagne de pose de bombes et de sabotages en Irlande du Nord et en Angleterre en 1938-1939.

Biographie Mary MacSwiney naît à Londres d'un père irlandais et d'une mère anglaise. Elle retourne à six ans en Irlande avec sa famille, et va en classe à la St Angela's School de Cork. Son père est un fervent nationaliste irlandais et transmet ces valeurs à tous ses enfants, y compris à sa fille Mary.

Pendant son enfance, une grave infection à la jambe provoque la perte d'un de ses pieds, qui doit être amputé, ce qui retarde son éducation.

Enseignante Elle obtient à vingt ans un poste d'enseignante dans une école privée en Angleterre. Elle bénéficie d'un prêt de la Students' Aid Society en Irlande, puis étudie à l'Université de CambridgeMaria Luddy: "MacSwiney, Mary Margaret (1872–1942)", in: Oxford Dictionary of National Biography (Oxford University Press, 2004)., qui était normalement réservée aux hommes. Elle enseigne l'anglais dans des écoles tenues par des religieuses, à Hillside près de Farnborough puis à Ventnor dans l'île de Wight. Elle envisage de devenir religieuse, et commence alors un noviciat d'un an chez les Oblates de Saint Benoît, à Ventnor..

Après la mort de sa mère en 1904, elle retourne à Cork pour s'occuper de ses plus jeunes frères et sœurs de sa famille et prend un poste à St Angela's où elle avait été élève.

Militantisme pour le droit de vote féminin et la République Mary MacSwiney participe à la première réunion de la Munster Women's Franchise League, et devient membre du comité de la ligue. Elle s'oppose aux autres membres à propos du suffrage féminin irlandais, et ses opinions nationalistes les irritent.

Son jeune frère Terence MacSwiney l'influençant fortement, elle rejoint la Ligue gaélique et l'association féministe irlandaise radicale Inghinidhe na hÉireann.

Après que son frère Terence et Tomás MacCurtain aient fondé à Cork une branche des Irish Volunteers, Mary à son tour fonde en 1914 dans la même ville une branche de Cumann na mBan ; catte décision qui l'amène à quitter la Munster Women's Franchise League. À la fin de la même année, Mary MacSwiney dénonce la domination britannique lors de la convention générale, en .

Pendant l'insurrection de Pâques 1916, la confusion est grande à Cork pour savoir si les Volontaires doivent se mobiliser ou pas, à cause d'ordres contradictoires. Ne sachant que faire, Terence MacSwiney et d'autres volontaires se rendent au Volunteers Hall de la ville, où ils sont arrêtés par les autorités britanniques. Mary MacSwiney, qui avait diffusé des messages pour les volontaires, essaye de reprendre l'enseignement à St Angela, mais est arrêtée peu après en plein coursLetter from Gen. Maxwell to the Secretary of War, 30 May 1916. Class WO141/19/, PRO, (TNA).. En conséquence, elle est renvoyée de son poste d'enseignante à cause de ses activités républicaines. À sa sortie de prison plusieurs mois après, elle refonde avec sa sœur Annie l'école Scoil Íte, une école liée à l'école St. Enda de Patrick Pearse, une Gaelscoil où elle va s'impliquer pour le reste de sa vie.

Mary MacSwiney est élue en 1917 au bureau exécutif national de Cumann na mBan réorganisé. Cette élection marque son influence croissante dans la branche féminine du mouvement républicain.

Décès de Terence MacSwiney, elle devient députée droite|vignette|200x200px| Terence MacSwiney meurt d'une grève de la faim en 1920, protestant contre le mauvais traitement des républicains irlandais Pendant l'été 1920, plusieurs républicains irlandais emprisonnés entament une grève de la faim, notamment le lord-maire de Cork, Terence MacSwiney, le frère de Mary. Le gouvernement britannique décide de ne pas céder aux revendications des grévistes, craignant que cela ne contribue à une révolution généralisée en Irlande. Terence MacSwiney commence sa grève de la faim le , cette grève devient rapidement une cause célèbre internationale, faisant l'objet de reportages dans le monde entier. Terence MacSwiney meurt finalement le ; il est considéré comme un martyr par le mouvement nationaliste irlandais revigoré.

Tout au long de la grève de Terence MacSwiney, ses sœurs Mary et Annie, ainsi que Muriel l'épouse de Terence, veillent sur lui, le visitent chaque jour, et sont amenées à prendre un plus grand rôle comme militantes républicaines. Elles sont toutes les trois profondément traumatisées par la mort de Terence, et deviennent ensuite des extrémistes du républicanisme irlandais, Mary étant peut-être la plus extrémiste.

vignette| Mary (à gauche) et Muriel MacSwiney lors d'une campagne aux États-Unis en 1920 À la suite de la mort de Terance, Mary et Muriel MacSwiney partent pour une tournée de sept mois aux États-Unis, destinée à sensibiliser le public américain à la cause irlandaise. Pendant cette tournée, elle témoigne notamment à Washington, devant la Commission américaine, sur les conditions en Irlande.

Aux élections irlandaises de 1921, Mary MacSwiney est élue au parlement irlandais (le Dáil Éireann) pour le Sinn Féin dans la circonscription de Cork Borough, prenant le siège qu'avait autrefois occupé son frère Un autre frère, Seán, est également été élu au Dáil dans une autre circonscription de Cork.

Opposition au traité anglo-irlandais À la fin de 1921, les Irlandais et les Britanniques entament à Londres des discussions sur des conditions de paix. En , une deuxième délégation doit être envoyée à Londres, qui doit inclure Michael Collins. Mary MacSwiney, qui lui est implacablement opposée, supplie Éamon de Valera d'être autorisée à partir. Éamon de Valera refuse car il la trouve « trop extrémiste ».

Après la signature du traité anglo-irlandais, Mary MacSwiney exprime clairement son opposition radicale lors des débats au Dáil entre et , déclarant qu'elle préfère reprendre la guerre :

Le , Mary MacSwiney parle contre le traité pendant et . C'est le plus long discours de tous ces débats ; elle critique l'accord sous tous les angles. Le discours de Mary MacSwiney provoque la colère de nombreux députés pro-traités, dont Arthur Griffith et Ernest Blythe. Finalement, les députés votent pour l'approbation du traité, par contre 57. Le résultat est désastreux pour Mary MacSwiney, qui approuve ensuite publiquement les menaces de violence de l'armée républicaine irlandaise contre les députés favorables au traité.

Guerre civile irlandaise et grèves de la faim Malgré le vote du Dáil approuvant le traité, les antagonismes ne sont pas aplanis et se manifestent violemment au cours de la guerre civile irlandaise, avec la scission de l'armée républicaine irlandaise entre armée nationale irlandaise soutenant le nouvel État libre d'Irlande et l'IRA Anti-Traité qui s'y oppose. Mary MacSwiney soutient l'IRA anti-traité.

Grève de la faim en novembre 1922 Mary MacSwiney est arrêtée au domicile de Nell Ryan (une maison sécurisée) à Ballsbridge le , après que la maison ait été perquisitionnée par des soldats de l'État libre. Elle est emmenée à la prison de Mountjoy, où elle est incarcérée. Elle commence aussitôt une grève de la faim. Cumann na mBan organise des veillées autour de la prison, en protestation contre l'internement de Mary MacSwiney et d'autres détenues. La Women's Prisoner's Defence League est créée en pour protéger leurs droits. Pendant la grève de la faim, elle refuse les visites médicales. Elle se résigne à sa mort ; les détenues signent en commun un « message de Mountjoy ». Son état étant critique, elle reçoit les derniers sacrements, administrés un prêtre catholique. Le gouvernement ne voulant pas laisser mourir des grévistes, elle est libérée.

Grève de la faim d'avril 1923 Elle est de nouveau arrêtée lorsqu'elle se rend aux obsèques de Liam Lynch. Elle est alors emmenée avec Kathleen O'Callaghan à Kilmainham Gaol. Elle commence une autre grève de la faim en . Après dix-neuf jours de grève de la faim, elle devait être libérée le , mais seule Kathleen O'Callaghan a été libérée, le gouverneur ayant suspendu la décision de libération de Mary MacSwiney. La plupart des femmes en grève de la faim sont alors envoyées au North Dublin UnionLily O'Brennan Diary, 1 May 1923, O'Brennan Papers, UCDAD, P13/1..

Elle conserve son siège en étant réélue aux élections générales de 1923 ; mais, comme d'autres membres du Sinn Féin, elle refuse d'entrer au parlement.

Vice-présidente du Sinn Féin Le Sinn Féin tient en son Ard Fheis annuel ; le sujet à l'ordre du jour est de savoir si le parti doit accepter la légitimité du Dáil et y entrer. Éamon de Valera en est venu à croire que l'abstentionnisme n'est pas une tactique viable et admet maintenant la nécessité de devenir le gouvernement élu du Dáil. Il propose donc une motion pour accepter la Constitution de l'État libre, sous réserve de l'abolition du serment d'allégeance, mais cette motion est rejetée de peu par un vote de contre 218, avec Mary MacSwiney parmi ceux qui s'y sont vivement opposésThe Times, "Irish Republican Split: Search For Basis of Cooperation", 13 March 1926.. Éamon de Valera démissionne immédiatement du parti et le quitte en emportant avec lui la grande majorité du soutien au Sinn Féin, et fonde aussitôt un nouveau parti républicain irlandais, Fianna Fáil. À la suite de la scission, Mary MacSwiney devient vice-présidente du Sinn Féin. Elle n'avait pas pensé qu'Éamon de Valera quitterait le parti, croyant qu'il accepterait le vote contre sa motion ; très amère, elle condamne son départ.

Aux élections générales de juin 1927, Mary MacSwiney perd son siège au Dáil, comme tous les autres députés restants du Sinn Féin, ce parti étant complètement éclipsé par le Fianna Fáil. Lorsqu'une deuxième élection générale est organisée la même année, le Sinn Féin n'a pas la possibilité de contester la suprématie du parti rival, car ses fonds sont complètement épuisés. Mary MacSwiney appelle alors au boycott de l'élection, déclarant que The Times, "Mr. Cosgrave and the Oath", 30 August 1927..