L'histoire du Haut-Altaï est l'histoire de la région de Sibérie méridionale devenue sujet de la Russie sous le nom de république de l'Altaï. La région, qui fut longtemps connue comme le Haut-Altaï, d'après les montagnes de l'Altaï, fut probablement peuplée par des peuples paléo-Sibériens au Paléolithique supérieur, mais sa préhistoire reste encore mal connue. Après les Scythes dès le , de nombreux royaumes mongols puis turcs se sont succédé sur ce territoire montagneux. Des conquêtes de Gengis Khan jusqu'au , le Haut-Altaï fut sous la domination de khanats mongols. Après la déroute du Khanat dzoungar face à la dynastie Qing lors des guerres Dzoungar-Qing, les chefs de tribu décidèrent de rejoindre l'empire russe, annexion faite le . Le Haut-Altaï est ainsi la seule région sibérienne à avoir rejoint volontairement la Russie. Elle possède le statut de république depuis le .
Préhistoire
Paléolithique vignette|Grotte d'Oust-Kan.
Les vallées de la république de l'Altaï sont occupées par le genre Homo depuis au moins . L'une des traces de ces populations est le site d'Oulala, à Gorno-Altaïsk, daté imprécisément entre et d'années selon les estimations. Ces hommes vivaient dans des grottes, fréquentes dans la région, mais aussi en plaine. Ils utilisaient divers outils en pierre et vivaient de chasse et de cueillette. Il y a environ , les vallées de l'Oursoul et de l'Anouï étaient occupées, comme l'attestent notamment la grotte de Denisova ou la grotte d'Oust-Kan. Cette dernière dominait la vallée de la Tcharych à de hauteur au-dessus de la vallée. Pendant les périodes interglaciaires, le climat pouvait être suffisamment chaud l'été et soutenir ainsi une faune abondante dans les forêts. La grotte d'Oust-Kan, tout comme d'autres de la région, a livré des vestiges moustériens, des pétroglyphes plus récents, et divers artéfacts. Cependant, ces grottes étaient des abris temporaires au cours d'une vie nomade. Au début du Paléolithique supérieur, il y a environ , cette région a vu l'arrivée dHomo sapiens, qui a remplacé l'Homme de Néandertal et l'Homme de Denisova.
Âge du bronze Au début de l'Âge du bronze, au , une nouvelle culture s'est installée dans la région de l'Altaï, la culture d'Afanasievo, principalement dans des vallées fluviales comme celles de la Biia et de la Katoun. Ils se sont installés sur des sites comme ceux des actuels villages d'Elo, ou encore en montagne, à Balyktouïoul. Ces populations vivaient de l'élevage et s'installaient sur des pâturages. Parmi les sites archéologiques de cette culture, on trouve la mine de Vladimirovka (raïon d'Oust-Kan), qui était exploitée pour son cuivre au , et qui est la plus ancienne mine découverte en Sibérie. Ils ont aussi laissé de nombreux kourganes avec des fosses funéraires à l'intérieur, contenant bijoux, céramiques et outils.
vignette|Pétroglyphes de la culture de Karakol.|216x216px
Vers le milieu de ce millénaire, cette culture a été remplacée par la , avec des vestiges trouvés à Karakol, Ozernoïe (raïon de Maïma) ou encore à Bech-Ozek. Ils ont laissé de nombreux kourganes, ornés de pétroglyphes d'animaux et de créatures mythiques. Ils ont aussi laissé des pétroglyphes d'humains, de guerriers, de chasseurs et, vers la fin de l'âge de bronze, des chars ont commencé à être dessinés, ce qui atteste la présence de la culture d'Andronovo.
Sous la culture d'Andronovo, les groupes d'éleveurs nomades apparaissent, et l'Altaï devient alors un carrefour entre différentes civilisations. Une branche septentrionale de la Route de la soie passe par ces montagnes. Les habitants de l'Altaï entretiennent de fortes relations commerciales avec l'Asie centrale et la Chine.
vignette|Tumulus pazyryk à Balyktouïoul.
Au , des tribus nomades Scythes appartenant à la culture Pazyryk sont attestées dans l'Altaï, aux alentours du L'origine de ces tribus indo-européennes, composées d'éleveurs nomades, est mal cernée, mais les traces qu'ils ont laissées à travers toute la république de l'Altaï sont bien visibles. Leurs œuvres sont composées de pétroglyphes, représentant cerfs, animaux fantastiques, aigles, panthères des neiges. Ils ont aussi laissé de nombreux tumulus, de toutes tailles, souvent réservés à la noblesse, et dont l'intérieur est riche de différents artéfacts, dont des matériaux organiques conservés dans le pergélisol. On trouve de tels tumulus à Bolchoï Oulagan, Balyktouïoul, Katanda, Chibe, Kouraï, Tuyekta, ou encore vers Oust-Koksa.
Les scythes travaillaient l'or, commerçaient les fourrures d'animaux, et vivaient de l'élevage, principalement de chevaux et de moutons. Ce mode de vie se voit sur les pétroglyphes laissés, comme ceux du site de Kalbak-Tash. Une de leurs traces majeures est la tombe d'une jeune femme noble pazyryk embaumée, trouvée en 1993 sur le kourgane d'Ak-Alaha, au plateau de l'Oukok. Quelques menhirs ont aussi été trouvés dans la région. Au , les Pazyryk entrèrent en contact avec les Samoyèdes vivant dans le sud de la Sibérie, notamment dans les plaines de l'Ob. Ils échangèrent plats ou céramiques, et cohabitèrent un temps pacifiquement. Mais la situation dégénéra rapidement, les Samoyèdes attaquant les contreforts nord-est de l'Altaï, en incendiant les villages et en asservissant les peuples locaux. Cette invasion se serait déroulée aux alentours de , comme l'attestent des vestiges d'habitations carbonisées.
Véronique Schiltz, spécialiste des Scythes et des cultures nomades dans l'Antiquité, suggère que les Altaïens d'alors peuvent être rapprochés aux Argippéens évoqués dans les Histoires'' d'Hérodote, historien grec de l'Antiquité.
Des Xiongnu aux Mongols
Domination Xiongnu
Au siècle av J.-C., l'union des Xiongnu, une confédération de tribus mongols, possibles ascendants des Huns, conquit la région vers 209 avant J.-C., avec Modu Chanyu comme chef. Cette conquête provoque le départ massif de population pazyryks, qui fuient l'avancée des troupes. Ces peuples migrant s'établirent dans l'Asie centrale et dans le sud de la Sibérie occidentale, sur les terres des Samoyèdes, et les peuples indo-iraniens disparurent ainsi de la région. En même temps, des populations, outre les Xiongnu, se sont installés dans l'Altaï. La population la plus importante étaient les , venant de la vallée du Ienisseï et de culture de Tagar, qui furent défaits en 203 ou 202 av J.-C., et devinrent des sujets des Xiongnu. Les Xiongnu déplacèrent cette population vers le bassin de l'Ob, dont les vallées de l'Altaï. Ces conquêtes des Xiongnu furent autorisés grâce à l'instabilité en Chine, leur ennemi, avec la guerre Chu-Han, et les victoires gagnées sur les Yuezhi.
L'Altaï, avec ces changements ethniques entre alors dans la culture Boulan-Koba, et elle le restera jusqu'au milieu du Ier millénaire. La culture fut nommée d'après le nom d'un site funéraire de cette culture dans le raïon d'Ongoudaï, et elle laisse tout comme ses prédécesseuses des kourganes et des pétroglyphes, avec au total plus de 40 sites archéologiques dénombrés. La population vivait dans des villages, sur les territoires actuels de la rivière Youstyd, à Bertek sur l'Oukok, à Maïma, vers le lac Koutcherla, et surtout danns le raïon d'Ongoudaï. Leurs cimetières ont aussi été retrouvés au Bely-Bom, passage étroit de la voie de la Tchouïa, à Tchender, à Oust-Edigan ou aussi dans la steppe d'Ouïmon. La guerre pendant cette époque était courante, et les hommes, mort souvent de guerres, étaient enterrés avec leurs armes. La principale activité à cette époque était l'agriculture, avec des cultures de blé, d'orge et de mil. Ils vivaient aussi de l'élevage d'animaux, de la chasse, de la cueillette et de l'artisanat, avec des arcs, ceintures, flèches, instruments musicaux, sacs ou des selles. La métallurgie était pratiquée, principalement avec le fer. vignette|L'Asie en l'an 1. Cette culture se divisa en trois périodes, dont la première est celle d'Oust-Edigan, qui dura du au , et qui vit un essor dans un premier temps, grâce à l'épanouissement de la confédération. Cet épanouissement est dû à un traité de paix avec la dynastie Han en 198 av. J.-C., à la victoire finale des Xiongnu sur les Yuezhi en -123, mais l'essor est ralenti lorsque la guerre Han-Xiongnu éclate en 133 , avec la bataille avortée de Mayi, où les Xiongnu fuient. La stabilité revient en 53 av. J.-C., quand Hu Hanye, chanyu, décide de devenir vassal de la Chine. Mais cette stabilité n'est pas de longue durée, son frère Zhizhi se révolte, ce qui conduit en -36 à la bataille de Zhizhi au Kazakhstan, où les Hans sortent vainqueurs. La stabilité devient même à nouveau un essor pendant la courte période de la dynastie Xin en Chine, où le pays est plongé dans une guerre civile.
Celle période finit en l'an 48, quand la confédération éclate sur fond de querelles d'héritier du trône. Le nouvel État qui en prend la place est celui des Xiongnu du Nord, et la nouvelle période qui s'établit dans l'Altaï est celle du Bely-Bom. Les populations sont alors prises dans un État en déclin, avec deux grandes batailles perdues ; en 73 et en 89. La première, la , dans le Xianjang, entraîne la perte de celui-ci au profit de la Chine. La seconde est la bataille des monts Altai, qui opposent les Xiongnu du Nord aux Han avec leurs alliés ; les Xiongnu du Sud. La bataille se solde par troupes du Nord tuées, et redditions de la part de 81 tribus. La région n'est cependant pas prise par les Hans, et la confédération du Nord continue encore d'exister, avec à sa tête le , qui règne depuis 88. Mais en 91, , le général victorieux de la seconde bataille, part avec ses troupes pour capturer les Xiongnu du Nord qui ne sont pas rendus en 89, dont le chanyu du Nord, et les inflige une défaite importante, le chanyu du nord fuyant. Un autre chanyu succède entre 91 et 93 à la tête de confédération, mais il est tué par les Xianbei lors d'une bataille.
Succession d'empires La confédération est alors désintégrée, et ce sont les Xianbei qui fondent leur confédération sur les ruines de l'ancienne. Ils incorporent alors cent mille Xiongnu dans leurs rangs. Pendant ce nouvel État, la culture Boulan-Koba continue, et ils, les Xianbei, ont laissé des traces avec leurs nombreuses armes comme les flèches. La culture Boulan-Koba s'éteint avec l'arrivée des Ruanruan au pouvoir du .vignette|Ancien emplacement du fort de Ialoman datant du Moyen Âge.En 552, le Khaganat turc de Tukue, dirigé par le clan Ashina s'établit en partie sur les terres de l'Altaï. Ces Türks adoptent le bouddhisme et une écriture ruique, l'alphabet de l'Orkhon. Une instabilité politique du khaganat permet à la dynastie Tang de défaire le khaganat.
En 745, les Ouïghours, venus d'Asie centrale, prennent le territoire, fondant le Khaganat ouïgour. Ces derniers érigeng des villes fortifiées et des routes. En 763, le manichéisme devient religion d’État.
En 840, les Kirghizes du Iénisseï s'emparent de l'ancien Khaganat ouïgour, y compris de l'Altaï. Mais au début du , les tensions permettent aux Kidan de prendre le cotrôle de l'Altaï. Ils sont remplacés par les Najman, qui domine l'Altaï jusqu'à l'arrivée des Mongols au . Les Najman auraient par ailleurs adopté le nestorianisme.
États mongols En 1204, l'Empire mongol conquit les terres des Najman. En 1207, sur la demande de Gengis Khan, son fils Djötchi prend possession des territoires des Oïrats, Télés, Bouriates et autres populations de l'Altaï. La religion à cette époque dans l'Altaï est le chamanisme pour le peuple, tandis que l'aristocratie hésite entre les différentes religions présentes, avec le manichéisme, le nestorianisme et le bouddhisme.
Au début du , l'empire de Djötchi se divise en deux. La Horde Blanche récupère les terres de l'Altaï à la Volga, et conserve l'Altaï jusqu'au début du . À ce moment-là, les Oïrats s'emparent du territoire, et gardent en place le système militaro-administratif hérité de l'Empire de Gengis Khan.