Libérer et Féderer est un mouvement de la Résistance intérieure française, actif de 1942 à 1944. Il est fondé en 1942 autour de Silvio Trentin, homme politique italien antifasciste exilé et devenu libraire à Toulouse. Le mouvement rassemble des personnalités pour la plupart issues du monde syndical et politique, de tendance socialiste ou catholique. Le mouvement est actif à Toulouse et mène principalement une activité de diffusion écrite, notamment par la publication d'un journal clandestin, Libérer et Fédérer.
Histoire Origines En 1926, Silvio Trentin, député socialiste (PSI) à Venise, après avoir refusé de prêter serment au régime de Benito Mussolini, s'exile en France. En 1935, il s'installe à Toulouse et il ouvre une librairie (actuel rue du Languedoc)Arrighi 2007, .. En , il est choqué par l'armistice et s'oppose au régime mis en place par le maréchal Philippe Pétain. Le , il ouvre sa librairie aux premiers résistants toulousains, parmi lesquels Achille Auban, employé municipal et responsable fédéral des Jeunesses socialistes, Camille Soula, médecin et poète, Paul Descours, instituteur socialiste, et Julien Forgues, syndicaliste. Ils sont rejoints par d'autres personnalités, tels Pierre Bertaux, professeur d'allemand, Jean Cassou, poète et conservateur de musée, et Francesco Nitti, antifasciste italien et ancien brigadiste.
En 1941, Pierre Bertaux prend la tête d'un réseau de la Résistance qui prend son nom. Il participe à des parachutages d'armes et de personnalité sur le terrain de Lamartinette, à Fonsorbes : Pierre Périou le , Yvon Morandat le . Mais, le réseau est démantelé en par la police française : plusieurs membres sont arrêtés, Pierre Bertaux et Jean Cassou sont condamnés à plusieurs mois de prison et enfermés à la prison militaire de FurgoleLecuir 2013, ..
En , dans une arrière salle de sa librairie sise 46 rue du Languedoc, Silvio Trentin réunit autour de lui des socialistes toulousainsArrighi 2007, et 128-129.Toulouse Résistante, circuit de mémoire, rejoints par les membres du réseau Bertaux qui n'ont pas été arrêtés. Il prend également contact avec des syndicalistes, tel Fernand Coll, et des personnalités de la démocratie catholique, tels l'ancien avocat de Pierre Bertaux et Jean Cassou, Robert CazenaveLecuir 2013, .. Le mouvement se donne pour responsables Gilbert Zaksas, étudiant en droit, et Paul DescoursArrighi 2007, ..
Actions Le mouvement se consacre à la réflexion philosophique et politique et à la production d'un programme qui doit servir la lutte contre l'Occupation, dans la perspective de la LibérationArrighi 2007, . : c'est là que l'influence de Silvio Trentin se fait sentirArrighi 2007, .Michel Goubet, « La résistance étrangère à Toulouse (1940-1944) », Bulletin de l'Institut d'Histoire du Temps Présent, supplément , 1995, La Résistance et les Français. Villes, centres et logiques de décision, ..
Le mouvement édite, à partir du , un journal clandestin imprimé et tiré à plus de exemplaires dans l'imprimerie des frères Henri Lion (actuel rue Croix-Baragnon) et Raoul Lion (actuel rue Jean-Antoine-Romiguières)Guillaume Davranche, Rolf Dupuy et Marie-Cécile Bouju, « notice LION Antonin [dit Henri [LION Antonin, Henri] »], sur le site du Maitron en ligne, mis en ligne le 21 avril 2014 (modifié le 22 décembre 2020).Chauvet 1978, .. Il imprime également des tracts et fabrique des faux papiers dans son atelier d'imprimerie de Raymond Castellvi (actuel rue Tripière)Marie-Cécile Bouju, « notice CASTELLVI Raymond », sur le site du Maitron en ligne, mis en ligne le 25 novembre 2018 (modifié le 25 février 2019).Chauvet 1978, ..
Le mouvement est en contact avec plusieurs mouvements et réseaux de la Résistance toulousaine. La plupart des membres de Libérer et Fédérer ont d'ailleurs des activités dans d'autres réseaux. En , Gilbert Zaksas est actif au sein du réseau Buckmaster et du sous-réseau Pimento, animé par le major Anthony Brooks du Special Operations ExecutiveLecuir 2013, ..
En , à la suite de l'armistice italien, Silvio Trentin quitte Toulouse et retourne en Italie, afin de poursuivre la lutte contre le régime fasciste de la République de Salo. Franca Trentin, la fille de Silvio Trentin, reste active en tant qu'agent de liaison. En , le mouvement se rapproche du mouvement L'Insurgé, fondé à Lyon par Marcel Fugères (en fait Marie-Gabriel Fugère)Arrighi 2007, .. Il reste cependant un mouvement relativement isolé, dont les idées politiques originales l'éloignent en partie du processus d'unification de la Résistance qui se mène au même moment.
Disparition Le , la Gestapo arrête les frères Lion avec tout leur personnel, dont Georges Séguy, et plusieurs membres du mouvement Libérer et Fédérer, dont Adolphe Coll.
Hommages Plusieurs voies de Toulouse portent le nom de membres du mouvement.
Principaux membres
Comité directeur Achille Auban (1912-1973) : employé municipal, responsable des Jeunesses socialistesMorin 2008. ; Adolphe Coll (1912-1945) : artisan peintre, membre des Jeunesses socialistes, déporté et mort au camp de FlossenbürgPortalès, « Coll », 2014. ; Paul Descours (1909-1992) : instituteur, membre des Jeunesses socialistes ; Maurice Fonvieille (1896-1945) : instituteur, militant à la SFIO, conseiller municipal, déporté et mort au camp de Gusen ; Clément Laurent (1900-), alias « Pato » : directeur de la coopérative de Saint-Papoul, membre des réseaux Bertaux et Buckmaster ; Gilbert Zaksas (1910-1978), alias « Gilbert », « Alexandre » : étudiant en droit.
Autres membres Yves Berducou (1915-2009) : employé de la SNCF, syndicaliste à la CGT ; Robert Borios (1919-1944), alias « Blanchard » : capitaine de gendarmerie, exécuté au camp de SougePortalès, « Borios », 2014-2022. ; Robert Cazenave (1913-2014) : avocat ; Fernand Coll (1907-1981) : ouvrier à la Cartoucherie, membre des Jeunesses socialistes, secrétaire adjoint de la SFIO de la Haute-Garonne, syndicaliste à la CGTMorin et Portalès, « Coll Fernand », 2014-2018. ; Jean Coste (1910-1985) : ouvrier à l'ONIA, syndicaliste à la CGT ; Paul Debauges (1903-2002) : professeur de mathématiques au lycée de garçons et à l'école régionale d’architecture ; André Etcheverlepo (1912-1944), alias « Rollin » : ajusteur chez Latécoère, syndicaliste à la CFTC, agent du SOE, membre de l'AS, assassiné par la Milice à Montauban ; Georges Ferriès (né en 1923) : ouvrier de la Société des pétroles du Languedoc ; Jacques Furet, alias « Mercier » ; Théophile Luce (1907-1992) : inspecteur des PTT, responsable du mouvement à Mauguio et dans sa région ; André Montané (1908-1978) : ouvrier à la SNCASE, membre du PSOP, syndicaliste à la CGT ; Eugène Montel (1885-1966) : instituteur et homme politique, membre de la SFIO de l'Aude, conseiller général ; René de Naurois (1906-2006) : prêtre et professeur à l'Institut catholique de Toulouse, Français libre, aumônier du Commandos Kieffer, Compagnon de la Libération et Juste parmi les nations. Élie Ousteau (1909-1984) : syndicaliste et socialiste ; Luigi Pavan (1913-1944), alias « Loup » : artisan à Salies-du-Salat, membre de l'AS, exécuté par erreur par les FTPF à Saleich ; Jean Rous (1908-1985), alias « Clart » : avocat, membre du mouvement trotskyste et du POI, délégué à la Internationale, responsable de Libérer et Fédérer à Lyon ; Francesca Trentin (1919-2010) : fille de Silvio Trentin, étudiante ; Silvio Trentin (1885-1944) : professeur de droit à l'université de Pise, député de Venise pour le PSI, responsable du mouvement antifasciste Giustizia e Libertà, mort à TrévisePortalès, « Trentin », 2013-2021..
Notes et références
Voir aussi Bibliographie Jean-Pierre Pignot, Libérer et Fédérer. Aspects de la Résistance à Toulouse et sa région, Conseil général de la Haute-Garonne, 1994. Paul Arrighi, « Silvio Trentin et le mouvement de Résistance Libérer et Fédérer : « de la Résistance vers la Révolution » », Guerres Mondiales et Conflits Contemporains, , , . Paul Arrighi, Silvio Trentin, un Européen en résistance. 1919-1943, éd. Loubatières, 2007 . Paul Chauvet, La Résistance chez les fils de Gutenberg dans la Seconde Guerre mondiale, Paris, 1978. Marie-France Lecuir, « La double vie de l'avocat Robert Cazenave, 1940-1944 », Vivre et mourir en temps de guerre de la préhistoire à nos jours : Quercy et régions voisines, Presses universitaires du Midi, Toulouse, 2013, . .
Articles connexes Histoire de Toulouse pendant la Seconde Guerre mondiale Liste des réseaux et mouvements de la Résistance intérieure française Journaux clandestins de la Résistance en France
Liens externes Gilles Morin, « notice AUBAN Achille, Joseph », sur le site du Maitron en ligne, , modifié le . Gilles Morin et Georges Portalès, « notice COLL Fernand, Adolphe », sur le site du Maitron en ligne, , modifié le . Georges Portalès, « notice BORIOS Robert, Pierre, Léon pseudonyme Blanchard », sur le site du Maitron en ligne, , modifié le . Georges Portalès, « notice COLL Adolphe », sur le site du Maitron en ligne, , modifié le . Georges Portalès, « notice TRENTIN Silvio », sur le site du Maitron en ligne, , modifié le .
Catégorie:Organisation disparue Catégorie:Résistance à Toulouse Catégorie:Réseau ou mouvement de la Résistance française