vignette|Village de Saint-Chinian, vue sur le vignoble. Un saint-chinian est un vin français d'appellation d'origine contrôlée produit autour de Saint-Chinian, dans l'Hérault. Il s'agit de la quatrième appellation en volume du vignoble du Languedoc-Roussillon.

Histoire Origine du vignoble On considère que le vignoble languedocien est l'un des plus anciens de France après celui de la Provence car la vigne y est cultivée depuis l'Antiquité. Le vignoble se développe avec la présence romaine, notamment lors de l'aménagement de la via Domitia. Les vins produits alors sont exportés, dans des amphores, dans tout le bassin méditerranéen et sont très appréciés à Rome. Ils sont mentionnés par Cicéron ou Pline le Jeune dans leurs récits.

Durant le Moyen Âge, ce sont les moines qui sauvent une partie du vignoble. Le vin est alors produit par des abbayes ou des monastères. Vers le , des moines bénédictins développent la vigne dans la vallée du Vernazobres, un affluent de l'Orb, à proximité de Saint-Chinian.

Le vignoble languedocien connaît un nouvel essor lors de l'ouverture du canal du Midi à la fin du . Le vin commence ainsi à être exporté vers le Nord de la France et le reste de l'Europe. Dans la région de Saint-Chinian, le déclin des petites industries textiles va favoriser la viticulture. Les capitaux sont transférés sur cette activité, la main d'œuvre aussi.

Au , c'est l'apogée du vignoble du Languedoc, appelé alors « vignoble du Midi ». Grâce au développement du transport ferroviaire et la construction de la gare de Béziers en 1857, le vin de l'Hérault est rapidement expédié en gros volume (en wagon-foudre) vers le Nord de la France et le reste de l'Europe, où la consommation de vin se généralise. De grands domaines « pinardiers », souvent agrémentés de superbes châteaux viticoles appelés « folies », se constituent dans la plaine, produisant avec de très importants rendements du vin rouge de basse qualité (le « kil de rouge », vendu au poidsLe Petit Larousse 2008, éd. Larousse, Paris , 569.). Béziers se targue d'être la « capitale mondiale du vin ». On prête de nombreuses vertus hygiéniques au vin, notamment Louis Pasteur : « le vin est la plus saine et la plus hygiénique des boissons ». Cette production de masse concerne principalement la plaine, les vignobles des coteaux sont peu à peu abandonnés car moins rentables (la plaine est fertile, facile à irriguer, proche des moyens de transport) ; l'arrivée de l'oïdium, du phylloxéra et du mildiou achève ce processus, car on ne replante que les parcelles rentables.

Période contemporaine vignette|Bouteille de saint-chinian rouge. Après la Seconde Guerre mondiale, et surtout à partir des années 1970, le vignoble du Languedoc est régulièrement marqué par des crises de surproduction, causées par la baisse de la consommation du vin en France. Il faut donc changer de politique viticole : la qualité doit être améliorée et la quantité diminuée. On baisse les rendements, on commence à replanter sur les coteaux et on introduit des cépages « améliorateurs » empruntés aux autres vignobles français, notamment la syrah.

Par l'arrêté du , l'appellation d'origine (AO) obtient le label « vin délimité de qualité supérieure » (VDQS) pour des vins rouges de 11° d'alcool produits sur quinze communes (Assignan, Babeau-Bouldoux, Berlou, Causses-et-Veyran, Cazedarnes, Cébazan, Cessenon, Cruzy, Pierrerue, Prades-sur-Vernazobre, Quarante, Roquebrun, Saint-Chinian, Saint-Nazaire-de-Ladarez et Villespassans) à partir des cépages grenache, carignan et cinsault dans la limite de , publié au JORF du .. En 1960, treize AO dont le saint-chinian sont regroupés pour formé le VDQS coteaux-du-languedoc, avec la possibilité de rajouter le nom d'une des AO (d'où le coteaux-du-langedoc Saint-Chinian), publié au JORF du .. En 1980, sont autorisés les dénominations et , y compris en rosé ; les cépages lledoner pelut, mourvèdre et syrah sont autorisés, le carignan doit être progressivement remplacé pour descendre sous les 50 % de l'encépagement ; l'aire passe à (rajout de Creissan, Murviel-lès-Béziers et Puisserguier), publié au JORF du numéro complémentaire..

Par le décret du , le saint-chinian est reconnu comme une appellation d'origine contrôlée (AOC), publié au JORF du numéro complémentaire.. La candidature à l'appellation a été soutenue par Raoul Bayou, député de l'Hérault, ancien maire de Cessenon. En , nouvel encadrement de l'encépagement, publié au JORF du ., puis de nouveau en , publié au JORF du .. En , le degré d'alcool minimum est porté à 12°, publié au JORF du .. Au tournant des années 2000, le vignoble languedocien traverse encore une fois une grave crise viticole : surproduction, mévente, concurrence avec les vins du Nouveau Monde et de l'hémisphère Sud sur le marché international. De nombreux viticulteurs coopérateurs se retrouvent en grande difficulté financière et réclament des aides de l'État ou de l'Union européenne. Plusieurs manifestations (parfois violentes) ont lieu dans la région, avec le soutien plus ou moins affiché des élus locaux, souvent issus de communes viticoles. Certains vignerons sont contraints à l'arrachage de leurs vignes. En 2004, l'INAO reconnaît l'existence de deux dénominations géographiques, officialisés en , uniquement en rouge : le saint-chinian Berlou et le saint-chinian Roquebrun ; c'est aussi la reconnaissance au sein de l'appellation du saint-chinian blanc, publié au JORF du .. Le cahier des charges de l’appellation est publié en , publié au JORF du ., puis modifié en , homologué par l'arrêté du publié au JORF du ..

Étymologie La forme la plus ancienne est monasterium S. Aniani, attestée dès 826. Elle dérive ensuite en occitan en Sanch Inhan puis avec mécoupure en San Chinian. Ce toponyme reprend le nom de Anianus, évêque d'Orléans au . À la mi-juin 451, les Huns ayant assiégé Orléans, l’évêque Anianus (Aignan), originaire de la vallée du Rhône, leur opposa une farouche résistance. Sa tactique était de faire passer une procession sur le chemin de ronde des fortifications. Au troisième assaut, le , Ætius et ses légions arrivèrent et les assaillants se replièrent. En souvenir de cet exploit, trente-deux communes françaises prirent le nom de Saint-AignanAlbert Dauzat et Charles Rostaing, Dictionnaire étymologique des noms de lieux en France, Éd. Larousse, 1968, p. 1902..

Vignoble gauche|vignette|Les vignes de la partie schistes avec la vue sur le mont Caroux.

Aire d'appellation

Le vignoble est situé dans le département de l'Hérault, à une vingtaine de kilomètres à l'ouest de Béziers, au pied des confins du Massif central et plus précisément dans le massif de l'Espinouse qui prend place entre Béziers et Saint-Pons-de-Thomières. Il est exposé vers la mer Méditerranée. Au nord, il est limité par la garrigue. Au sud, il se prolonge par la plaine viticole biterroise. Il est traversé par l'Orb, fleuve héraultais, et deux affluents, le Vernazobres, qui arrose Saint-Chinian, et le Lirou, qui arrose Puisserguier.

L'aire d'appellation s'étend sur les communes de : Assignan, Babeau-Bouldoux Berlou, Causses-et-Veyran, Cazedarnes, Cébazan, Cessenon-sur-Orb, Creissan, Cruzy, Ferrières-Poussarou, Murviel-lès-Béziers, Pierrerue, Prades-sur-Vernazobre, Puisserguier, Quarante, Roquebrun, Saint-Chinian, Saint-Nazaire-de-Ladarez, Vieussan et Villespassans.

Géologie et orographie Le terroir de l'appellation saint-chinian est scindé en deux aires géologiques distinctes. Au nord de l'appellation, le sol est composé de schistes, comme dans le vignoble de Faugères. Les vins produits sur les schistes sont de robe profonde, très expressifs en bouche, fruités et peu acides avec des notes grillées. Ce sont des vins qui rappellent les parfums du maquis. Ils sont assez rapidement prêts à boire. Au sud de l'appellation, au-delà du village de Saint-Chinian, les sols sont argilo-calcaires. Le terroir est encore plus calcaire vers les villages d'Assignan et Villespassans, tandis que les marnes argilo-calcaires dominent vers Cazedarnes, Puisserguier, Creissan et Quarante. Les vins produits sur ce type de sol sont frais en bouche avec des parfums de garrigue et de fruits rouges, les vins issus des terroirs calcaires ont un grand potentiel de garde. vignette|Chainon calcaires de l'AOP saint-chinian.

Caractérisé par le surplomb du massif granitique du Caroux, les villages de l'AOP saint-chinian sont répartis sur des sols divers. En partant du nord sous le Caroux, les pentes abruptes bordant l'Orb sont de nature schisteuses, de Olargues jusqu'à Roquebrun. Ensuite le paysage laisse place à des concrétions calcaires mêlant sol de galets le long des cours d'eau et roches fragmentées sur les hauteurs. Des argiles dites truffières enrobent souvent les roches-mères et leur substrat érodé.

Climatologie

Le climat de ce terroir viticole est typiquement méditerranéen. Il se caractérise par des hivers doux, des étés chauds et secs et des précipitations rares et concentrées notamment en automne de septembre à décembre. Au contraire, l'été est souvent très sec, voire aride dans l'arrière pays des garrigues, avec seulement quelques précipitations en août liées aux orages. Les vents dominants sont la tramontane, vent sec et froid qui chasse les nuages, et le marin, vent humide qui au contraire amène les nuages. Il peut parfois être très violent. Le taux d'ensoleillement journalier moyen est de , largement supérieur à la moyenne française de La population et la géographie de Montpellier - Portail Ville de Montpellier., avec un ensoleillement annuel moyen (1991-2020) de ..

La station météorologique de Berlou (au Burguet, à d'altitude : ). est sur l'aire d'appellation.

Encépagement Les cépages du saint-chinian sont le carignan NLe code international d'écriture des cépages mentionne de signaler la couleur du raisin : B = blanc, N = noir, Rg = rouge, Rs = rose, G = gris. Cf. ., cinsault, grenache, lledoner pelut, mourvèdre et syrah. La syrah (cépage dit améliorateur), mourvèdre et grenache représentent approximativement 70 % de l'encépagement du terroir.

Le carignan rentre dans la composition de vins rouges, alors que le cinsault est plus adapté à la confection de vins rosés fruités. Certains vignerons proposent des vins 100 % carignan, mais en « vins de table » car ces produits, non assemblés, ne peuvent être commercialisés sous l'appellation saint-chinian.

Méthodes culturales Les vignes ont été « montées sur fil de fer » et palissées surtout dans la partie méridionale du vignoble alors que les « vignes en gobelets » sont majoritaires sur les coteaux de la partie septentrionale du vignoble.

Vins vignette|La hiérarchisation des AOC languedociennes. Le saint-chinian est une « appellation sous-régionale » du vignoble du Languedoc-Roussillon (selon la hiérarchie mise en place par le CIVL)., produite en rouge, rosé et blanc. Sur son aire de production, les vignerons peuvent aussi fabriquer deux dénominations géographiques complémentaires (DGC) que sont le saint-chinian Roquebrun et le saint-chinian Berlou, de l'« appellation régionale » languedoc (dans les trois couleurs), plusieurs IGP (pays-d'oc, terres-du-midi, pays-d'hérault et haute-vallée-de-l'orb en partie) et du vin sans indication géographique (VSIG, sous le nom de « Vin de France »).

Volumes Selon le service des Douanes, les données de production des années récentes sont. :

Année saint-chinian rouge (hors ) saint-chinian rosé saint-chinian blanc superficie (ha) production (hl) rendement (hl/ha)superficie (ha) production (hl) rendement (hl/ha)superficie (ha) production (hl) rendement (hl/ha)2022 34 292 45 155 412023 28 356 34 151 362024 29 274 37 158 37

Année saint-chinian Roquebrun saint-chinian Berlou superficie (ha) production (hl) rendement (hl/ha)superficie (ha) production (hl) rendement (hl/ha)2022 176 32 30,6 362023 171 35 28,9 743 262024 170 32 29,3 773 26

Vinification et élevage vignette|Foudre du château Coujan à Murviel-les-Béziers.

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