Alice Arteil, née Poyet le à Saint-Romain-d’Urfé (Loire) et morte le à Boën (Loire), est une résistante française.

Biographie Issue d'une famille nombreuse (septième sur une fratrie de douze enfants), de parents boulangers qu’elle adore et qui lui inculquent l’honnêteté, l’amour de la patrie, l’intégrité, elle passe son certificat d'études en 1925. En 1936, elle épouse Raymond Arteil, commerçant en tissus à Saint-Just-en-Chevalet (Loire).

Années 1940-1942 vignette|Parents POYET devant leur boulangerie, Saint-Romain-d'Urfé (Loire). Le couple a une petite fille, Marinette, le , année où Raymond, mobilisé dès le , participe à la campagne de France avec le régiment d’artilleriehttps://www.resistance60.fr/1940-bombardements consulté le 2 novembre 2023. Le RA, incorporé à la DI, participe à des combats violents et très meurtriers entre le 4 et le au sud d’Amiens en s’opposant à l’avancée de la Panzerkorps du général von Wietersheim. L’avancée allemande sera pour un court moment stoppée mais la DI perdra 70 % de ses effectifs. Raymond est fait prisonnier le à Breteuil (Oise), mais sans nouvelles de son mari car porté disparu, Alice entreprend dès des recherches assidues afin de le retrouver. Ce n’est que courant 1941, qu’elle retrouve sa trace dans un camp de prisonniers, aux confins de la Prusse Orientale, le Stalag I A. Dès lors, elle s’engage dans la lutte contre l’envahisseur allemand et commence à distribuer des tracts et des journaux opposés à la propagande de Vichy. Bien que personne ne la contacte dans le secteur de Saint-Just-en Chevalet, elle réussit à se mettre en contact avec des résistants locaux et rejoint le groupe Franc-Tireur en . Elle prend pour pseudonyme «Sylva»Mémoire de proposition pour le grade d'officier de la Légion d'honneur d'Alice Arteil, archives personnelles d'Alice ArteilLe Bulletin du cercle , avril 2010, page 10..

Année 1943 Alice est nommée responsable des Mouvements Unis de la Résistance (MUR) pour son canton en par Pierre Bernheim, responsable MUR pour la région roannaise. Elle camoufle des parachutistes, des réfractaires du Service du Travail Obligatoire (STO), recrute de petits groupes de résistants, cache des postes émetteurs. Sa parfaite connaissance de cette région montagneuse, boisée et difficile d’accès qui fut de tout temps une terre d’asile pour les réfractaires permet à cette petite femme d’1 m 52, sans qualification particulière mais pleine de courage et de témérité, de devenir une recrue de premier plan qui consacre son temps et son énergie pour la Résistance.

« Ses convictions patriotiques sont éprouvées. Elle ne ménage ni son temps, ni son argent. Elle s'engagera corps et âme dans les tribulations du maquis au cours du dernier trimestre de 1943 ».

En se forme sur la commune d’Arfeuilles (Allier) un maquis initié sous l’égide des MUR dont la responsabilité est confiée à l’adjudant-chef roannais d’origine corse Jacques Dom Tomasini dit «Spada» ou «Albert». Rapidement ce groupe comprend une cinquantaine d’individus motivés mais très faiblement armés (trois mitraillettes, une dizaine de révolvers). Ils se répartissent en trois groupes : l’un dit des «aviateurs» composé d’une douzaine de jeunes provenant de l’École de sécurité aérienne publique de Clermont-Ferrand, un autre groupe de la filière roannaise et le dernier de Saint-Just-en-Chevalet grâce au travail de recrutement d’Alice. Peu à peu une instruction militaire leur est donnée mais les conditions de vie sont difficiles et le ravitaillement irrégulier. L’ambiance se détériore dans le camp. Lors d’une réunion assez houleuse, certains vont jusqu’à demander la pendaison de Tomasini sans autre forme de procès. Il n’y échappe que grâce à l’intervention d’Alice qui calme les esprits. Elle prend les choses en main avec l’aide du sergent Antoine Ramage. Le , par prudence, elle décide de déplacer le maquis trente kilomètres plus au sud, dans les Bois Noirs, près de la commune de Lavoine (Allier)René Gentgen, FeniXX réédition numérique (Esperluette), 15 juin 2016, , .. Ainsi en , Alice se retrouve chef co-responsable du maquis de Lavoine, avec Antoine Ramage et deux autres résistants dits «Gueule en or» et «Ernest». C’est alors qu’arrive à Lavoine le Emile Geneste dit «Jack Lambert», ouvrier de l’Arsenal de Roanne, militant syndicaliste et communiste très actif. Meneur d’hommes, il va occuper par la suite une place prépondérante dans le groupe qui comprend déjà des sympathisants communistes comme lui. Le , à la suite d'une dénonciation, le maquis de Lavoine est attaqué par une force GMR de 400 hommes : grâce à l’action courageuse de Geneste et Ramage, la plupart des maquisards réussissent à s’enfuir et passent à travers les mailles du filet mais quatre résistants sont arrêtés et transférés à la prison de Riom. Ramage est parmi eux. Déporté au camp de Dachau, il ne reviendra pas. Alice n’est pas présente ce jour-là et rejoint les rescapés le dans les bois alentour. À partir de cet évènement, Alice et ses hommes sont très activement recherchés par la Gestapo de Clermont-Ferrand et de Vichy. Dénoncée, elle doit quitter son domicile et entre dans la clandestinité. Des tentatives d’arrestations à son encontre sont lancées à Saint-Just-en-Chevalet. Traqués et livrés à eux-mêmes dans le froid et la neige qui vient de tomber en abondance, ils trouvent refuge et ravitaillement grâce à l’aide des paysans de la région. Elle confie sa fille de trois ans à des membres de sa famille qui veilleront sur elle jusqu’à la fin de la guerre. Agissant également comme agent de liaison, elle voyage avec de faux papiers, doit se teindre les cheveux en blond lors de certaines missions, vit constamment sous la menace d’une arrestation, d’une dénonciationLa Montagne du .. Alice décide la dissolution du maquis de Lavoine le : le maquis se scinde alors en deux : un groupe d’une quinzaine d’hommes comprenant «Ernest» et «Gueule en or» part à Hormières, commune de Saint-Nicolas-des-Biefs, pour former un nouveau maquis sous les ordres du capitaine Henri Fradin. Les autres, comprenant Alice et Emile Geneste, se réfugient tout près du Col de la Loge, à plus de 1300 m d’altitude où se cache déjà un autre maquis. Émile Geneste prend rapidement le titre de chef de camp et fin le groupe s’affilie aux Francs-Tireurs et Partisans français (F.T.P ou F.T.P.F) d’obédience communiste après un vote démocratiqueAuguste Roche. "Des Roannais dans la Résistance et les camps de concentration 1939-1945", Témoignage de José Lopez, Tapuscrit à la Médiathèque de Roanne., , page 188 et devient le groupe "Paul Vaillant Couturier". En accord avec lui et parce qu’Alice n’adhère pas à cette sensibilité politique, elle quitte rapidement les F.T.P. pour rejoindre, avec plusieurs de ses anciens volontaires, Marcel Colliou dit "Roussel"», ex-chef du bataillon du Régiment d'Infanterie stationné à Lapalisse de à fin 1942Vanessa Pouzerat et Nicolas Magnet, Concours national de la Résistance 2000-2001, collège Jules Verne, Le Mayet de Montagne, Allier, page 19.. L’Armée d’Armistice ayant été dissoute en , Colliou devient commandant de l’Organisation de Résistance de l’Armée (O.R.A) pour l’Allier et se cache «Aux Archers», commune d’Arfeuilles. Alice se laisse séduire par sa proposition de constituer une «garde personnelle» avec des individualités possédant des rudiments de formation militaire qu'il placera sous son autorité.

Année 1944 Ainsi va naître le groupe franc estampillé Armée Secrète (A.S) «Alice» le . Elle devient l’une des rares femmes en France, si ce n'est la seule, à commander un groupe franc dans la Résistance. À partir de ce moment, «Sylva» redevient «Alice» et retourne sur le secteur d’Arfeuilles.

Le groupe Alice comprend cinq ex "aviateurs" : Louis Groslier alias "Pierrot" de Luzillat (Puy-de-Dôme), Louis Pers alias "Popeye" de Royat (Puy-de-Dôme), Joannès Bardet alias "Guy" ou "Target" d’Arfeuilles (Allier), Jean-Marie Carrier alias "Saxet" ou "Jimmy" de Thiel-sur-Acolin (Allier), René Ehrhard alias "Ehrhard" d’Alsace , ainsi que Jean Carrier alias "Boby", frère de Jean-Marie, Louis Brandon alias "Georges" ou "Scout" de Feurs (Loire) et Joseph Ronkar alias "Roger" du Luxembourg.

Lucien Rideau alias "Lulu" de Scorbé-Clairvaux (Vienne) assure liaison et ravitaillement.

Joseph Besch alias "Jean" (cousin de Joseph Ronkar) du Luxembourg et le sergent de réserve des Chasseurs alpins Henri Gouby de Roanne rejoindront le groupe en Le bulletin du Cercle, , avril 2010, page 19.. vignette|Alice et son groupe franc, septembre 1944. À présent, le petit groupe franc Alice vit souvent dispersé en plusieurs lieux différents pour éviter le risque d’une prise en totalité du groupe. «Nous n’avons jamais été très nombreux et n’avons jamais opéré groupé en totalité avant les combats de la Libération, c’est-à-dire avant août 44. De même, nous n’étions jamais camouflés au même endroit mais dispersés en deux ou trois caches éloignées de plusieurs kilomètres l’une de l’autre»Louis Brandon, « », Le Résistant de la Loire , 1992, ..

Le , à la suite d'une dénonciation, la Gestapo et la Milice lancent une opération de ratissage à Saint-Bonnet-des-Quarts. Alice échappe de peu à l’arrestation mais deux compagnons d’Alice, Jean-Marie Carrier et René Ehrhard, hébergés à l’hôtel Monin des Biefs, sont capturés et déportés au camp de concentration de Neuengamme. L’hôtel est entièrement brûlé et Mme Monin, la propriétaire, déportée à Ravensbrück. Jean-Marie Carrier succombera du typhus quelques jours avant la Libération« Un groupe franc dans la Résistance et la libération du Bourbonnais », Bulletin de la Société d'émulation du Bourbonnais, page 542..

Devant l’échec du coup de filet du , l’occupant tente à nouveau de mettre la main sur Alice et son groupe. Dans la nuit du 23 au , c’est au tour du « Moulin Mailland » et la ferme du « Cardoux » d’être détruits par la Milice. Trois membres de la famille Rouchon, le père et ses deux fils, seront arrêtés et déportés au camp de Neuengamme. Les deux fils reviendront mais l’un des deux ne survivra qu’un an à cause des mauvais traitements subis pendant sa captivité« Un groupe franc dans la Résistance et la libération du Bourbonnais », Bulletin de la Société d'émulation du Bourbonnais, page 543..

À la suite de ces actions violentes de police, le groupe se disperse et décide de se faire oublier. Mais Alice, infatigable agent de liaison, à pied, en vélo ou en train, continue ses nombreuses missions en se rendant à Lyon, Clermont-Ferrand, Saint-Étienne, Roanne, Moulins et Montluçon dans des conditions dangereuses car sa tête est mise à prix« Un groupe franc dans la Résistance et la libération du Bourbonnais », Bulletin de la Société d'émulation du Bourbonnais, tome 68, trimestre 1996, page 543.L'Est Républicain" du 10 juin 1981.La Montagne du 20 juillet 1978. vignette|Cartes d'identité d'Alice , mars et avril 1943. «Elle circulait dans le train Lyon-Clermont, aux côtés des Allemands qui lui faisaient des courbettes… Aux contrôles elle exhibait l’une de ses 5 ou six fausses cartes d’identité…».

Elle rencontre sur Roanne, outre le capitaine Pierre Bernheim, Georges Plasse, Robert Lyon, le docteur Ernest Replat (chirurgien-dentiste, responsable OAR), un certain Hubert (sans doute John Hind Farmer agent du SOE) et un monsieur « Lamarque » (qu'Alice qualifie de délégué politique) à Montluçon, le Commandant Ernest Franck (alias "Fabre") à Moulins, des émissaires du Colonel Roger Fayard dit Mortier à Clermont-Ferrand.

Dans la nuit du 18 au , une partie du groupe sous le commandement du capitaine Robert Lyon sabote la voie ferrée et provoque le déraillement d’un train de ravitaillement de l'armée allemande dans le tunnel de Crozet (ligne Roanne-Lapalisse).. Cette opération entraîne la destruction de 23 wagons et interrompt la circulation ferroviaire pendant 11 joursCitation à l'ordre du groupement Roussel du 6 septembre 1946..