vignette|redresse|« CRS SS », affiche de l'Ateliers Beaux-Arts de Paris, pendant mai 68.

CRS = SS, également orthographié CRS SS, CRS-SS, CRS,SS, est un slogan employé en France lors de manifestations depuis la deuxième moitié du , parfois présenté comme un des slogans de Mai 68.

Il compare les méthodes répressives des CRS avec celles employées par les SS nazis. Le slogan nait pendant la grève des mineurs de 1948, mais a été essentiellement popularisé pendant les évènements de , jusqu'à leur être très fortement associé.

Historique

Années : contexte et genèse du slogan

: création des CRS Les Compagnies républicaines de sécurité ont été créées par un décret du à la suite de la dissolution des Groupes mobiles de réserve (GMR) qui furent créés en par le gouvernement de Vichy. Ce décret est confirmé par une ordonnance du signée par le général de Gaulle.

vignette|redresse|Emblème des Compagnies républicaines de sécurité (CRS).

: une image encore positive des CRS En , les CRS deviennent des forces de réserve nationales pour contrer les manifestations, grèves et émeutes. L'assimilation des CRS aux SS, si elle devient ., surtout en novembre, tranche avec la position des cadres communistes ou cégétistes beaucoup plus modérée en , selon la synthèse détaillée de l'historien Philippe Roger.

En , la polémique publique est inverse. Le PCF défend les CRS, en partie issus des milices patriotiques de la Résistance, tandis que le gouvernement voit dans les fraternisations entre grévistes et policiers, plus idéalisées que réelles selon les historiens, la preuve des visées insurrectionnelles du PCF.

Le slogan ne naît pas en , comme parfois avancé.. Le slogan naît en , selon une enquête de France Culture.

: répression des grèves de mineurs, guerre froide et naissance du slogan C'est dès le début de la grève que l'association « CRS = SS » était apparue, selon un article publié le lendemain par la journaliste Simone Téry dans L'Humanité.. Selon cet article, dès le premier jour de la grève le , les mineurs appellent les forces de l'ordre , puis après avoir appris la mort de Jersej Jamsek le à Merlebach lors d'une charge des CRS. Les autres premières violences et victimes n'étaient pas de la première région minière française, le Nord-Pas-de-Calais : le , jour où des mineurs prirent le contrôle complet de Montceau-les-Mines (Saône-et-Loire), faisant prisonniers les et conduits par leur colonel., non loin, à Firminy (Loire), Antonin Barbier et Marcel Goïoqui meurt de ses blessures le . sont les victimes de la répression de l'attaque d'un commando de francs-tireurs partisans (FTP) dirigé par Théo Vial-Massat, maire de la ville, suspendu peu après.

Durcissement des méthodes répressives vignette|Des armes saisies aux forces de l'ordre par les mineurs lors des affrontements du .

Dans un contexte de guerre froide naissante, Jules Moch, le ministre de l'Intérieur, socialiste, purge en les éléments communistes des rangs des CRS.. Il faudra attendre les grèves de pour la , confirmant leur .. Leur ténacité leur a permis de mais un , année qui marqué , notamment le fameux slogan « CRS = SS ».

gauche|vignette|Heurts avec la police lors de la grève des mines du Puits Villiers, à Saint-Étienne, le .

Grèves des mineurs ( à ) et le souvenir de C'est pendant cette grève, qui s'est étalé de à dans plusieurs régions de France, dont beaucoup de mineurs sont proches du parti communiste et de la CGT, que le slogan « CRS = SS » est né, pour dénoncer la dureté de la répression que les mineurs comparaient à celle qu'ils avaient subie lors de la grève de ..

Roger Pannequin, arrêté et torturé par la police française pendant la guerre, assimile totalement la police de Vichy et la police nationale d'après-guerre.

Le , deux semaines après le début de la grande grève des mineurs, réprimée sur ordre du ministre socialiste Jules Moch qui envoie des blindés en Lorraine, deux mineurs de Firminy sont abattus par l'armée. Le maire de la ville est suspendu en raison de ces évènements, révoqué puis réélu..

: la presse communiste popularise le slogan Le , des blindés CRS ouvrent le feu à Liévin, blessant plusieurs grévistesquotidien régional communiste Liberté le 3 novembre 1948.. La journaliste Simone Téry titre un billet « CRSS » dans l'édition du de L'Humanité... Elle y oppose le courage des mineurs et de leurs familles, à ceux que

Jusque-là l'insulte visait seulement le ministre de l'intérieur, Jules Moch., en réaction aux cinq mineurs morts de la seconde quinzaine d', dont 2 à Firminy, un à Alès et 2 dans le Nord. Dès le , l'hebdomadaire communiste France nouvelle avait écrit que , puis le , dans un article en première page de L'Humanité intitulé , le secrétaire de la Fédération du sous-sol CGT, Henri Martel, le qualifiait de .

Une caricature de Jules Moch en première page de Clarté, le , le présente comme . Les et dans ce journal, des textes anonymes comparent la grève à la situation sous l'occupation : .

Années 1950 : le slogan délaissé En , François Mitterrand juge ainsi le slogan :

vignette|Manifestation contre l'OAS à Toulouse, le .

Années 1960 : retour en force du slogan

Début des années 1960 et contexte de la guerre d'Algérie : le slogan revient Le slogan se diffuse lors des manifestations et dans les milieux de contestation sociale, notamment dans le contexte de la guerre d'Algérie.. Il est notamment entendu en , lorsque des Algériens sont jetés à la Seine par des membres des forces de l'ordre et après le massacre de Charonne, en . Les répressions sanglantes opérées choquent une partie de la population et remettent au goût du jour le slogan.

On trouve également à cette époque le slogan « OAS = SS » à l'endroit de l'Organisation de l'armée secrète.., groupe terroriste d'extrême droite opposé à l'indépendance algérienne.

Deuxième moitié des années 1960 et tensions sociales Le slogan est scandé dans de nombreuses manifestations, à Paris et en province, dans un contexte de tensions sociales annonçant ..

: consécration du slogan

vignette|gauche|upright=0.9|L'école des Beaux-Arts de Paris dans l'ancien hôtel de Chimay, où l'Atelier populaire a sérigraphié différentes.

Les CRS sont particulièrement visés par les slogans des évènements de , étant l'objet d'au moins onze d'entre eux.. Le slogan , scandé dès le , se répand ensuite massivement, au fur et à mesure des affrontements avec les forces de l'ordre, et devient une référence du mouvement. Il est également affiché dans Paris à partir du ., notamment par le biais de « l'Atelier populaire » de l'atelier des Beaux-Arts de Paris et devient un des slogans les plus marquants..

Jacques Carelman était un militant de l'atelier de l'École des beaux-arts de Paris. Après avoir vu des CRS réprimer une manifestation., il y conçoit l'affiche « CRS SS » représentant un policier brandissant une matraque derrière un bouclier. Son tirage initial remonte au et la version originale n'avait pas l'insigne de la SS sur le bouclier.

Beaucoup ont cru à tort que le slogan était né pendant ces évènements.

Depuis les années 1970 : analyses postérieures et continuation du slogan

Analyses Le slogan, associé aux évènements de , a souvent paru excessif à de nombreux observateurs. Ainsi, Pierre Goldman déclare en :

En , Daniel Cohn-Bendit, un des principaux protagonistes de Mai 68, déclare que le slogan s'est imposé dans .

En , Claude Askolovitch synthétise :

Condamnations pour utilisation du slogan Le slogan continue d'être utilisé, et donne parfois lieu à des condamnations.

En , deux personnes sont jugées pour outrage en raison d'une banderole brandie à une manifestation contre la réforme des retraites à Lyon ; la nullité de la procédure est constatée s'agissant de la banderole, mais ils sont condamnés pour s'être rebellé lors de leur interpellation..

En , un délégué CGT est condamné pour avoir dit au Premier ministre, Manuel Valls, lors d'un de ses déplacements à Mulhouse ; il avait par ailleurs scandé « CRS SS »..

En , une personne est condamnée pour avoir crié aux forces de l'ordre lors d'une manifestation de Gilets jaunes à Bar-le-Duc..

En , un militant est relaxé pour une banderole avec les slogans et , lors d'une manifestation l'année précédente à Nantes contre la précarité..

Notes et références Notes

Références

Voir aussi

Bibliographie . .

Articles connexes

Mai 68#Quelques slogans soixante-huitards, écrits et peints Slogans de Mai 68 Daniel Cohn-Bendit

Liens externes

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