Johann Gregor Mendel, né le à Hynčice (Bohême (Empire austro-hongrois)) et mort le à Brno (margraviat de Moravie), est un moine catholique, puis abbé mitré de l'abbaye Saint-Thomas de BrnoMichael L. Cain, Robert A. Lue, Hans Damman, Carol Kaesuk Yoon, Découvrir la biologie, , 2006, , généticien et botaniste germanophone de nationalité autrichienne, communément reconnu comme le père fondateur de la génétique. Il est à l'origine des lois de Mendel déterminant la transmission des gènes de génération en génération.

Biographie Johann Mendel naît en 1822A. Giannini, Le Rêve d'un jeune Tchèque, Les génies de la science, 2008;35:20-23 à (en tchèque Hynčice, non loin de Nový Jičín (Neutitschein), petit village de Silésie autrichienne (aujourd'hui en Moravie-Silésie tchèque). Il est le seul fils d'Anton et Rosina Mendel, qui sont également les parents de trois filles, Rosina (1825-1865), Veronika et Theresia (mortes en bas âge). La famille, paysanne, est de langue allemande. À son retour de l'armée, Anton, détenteur d'une ferme qui est dans la famille Mendel depuis 130 ans, a créé un verger amélioré par greffage grâce aux scions issus du domaine de la comtesse Maria Truchsess-Ziel (propriétaire des terres sur lesquelles était la ferme des Mendel) ; son fils Johann l'aide dans cette tâche minutieuse. Rosina Mendel était la fille de Martin Schwirtlich, un jardinier intervenant chez les grands propriétaires des alentours.

Johann Mendel reçoit un enseignement primaire à l'école du village qui avait été créée par un de ses oncles. L'instituteur et le curé du village remarquent ses dons pour les études et encouragent ses parents à l'engager dans cette voie : Johann, âgé de onze ans, est d'abord envoyé au collège des piaristes de Lipník (en allemand : Leipnik), dans un établissement offrant un enseignement professionnel d'ordre pratique ; l'année suivante, en 1834, il va au lycée de Troppau (aujourd'hui Opava). En 1838, le père de Johann a un grave accident qui lui interdit tout travail de force et tarit l'aide financière apportée à son fils. Johann arrive toutefois à finir ses études au lycée de Troppau (le ) avec les honneurs. En 1840, il rejoint l'Institut de philosophie d'Olomouc afin d'y suivre deux années préparatoires à l'entrée à l'Université qu'il achève avec les honneurs.

Faute de ressources suffisantes, et malgré l'aide de son beau-frère qui a repris la ferme de son père Anton, Johann doit renoncer aux études universitaires. Son professeur de physique, le Friedrich Frantz, un moine augustin (donc issu d'un ordre orienté vers l'enseignement), entretient des relations avec le monastère de BrnoCorcos, Allan and F. Monoghan, 1993, Gregor Mendel's Experiments on Plant Hybrids: A Guided Study, Rutgers University Press, Darden, Lindley, 1991. Mendel décide d'entrer à Saint-Thomas dans l'espoir qu'à l'instar d'autres moines il serait envoyé à l'université de Vienne aux frais du monastère, pour y acquérir les diplômes d'enseignantNivet C. 1848 : Gregor Mendel, le moine qui voulait être citoyen. Médecine/Sciences 22, 430-433, 2006. Sa candidature est acceptée à condition que Mendel apprenne le tchèque, langue utilisée pour les officesDan Graves, Scientists of Faith: Forty-Eight Biographies of Historic Scientists and Their Christian Faith, Kregel Publications, 1996.

Le , Mendel est reçu au noviciat de l'abbaye Saint-Thomas de Brno où il prend le prénom de Gregor. Brno est à l'époque une des principales villes commerciales de l'empire ; divers cercles et institutions y développent une vie intellectuelle. C'est aussi un des principaux centres de manufacture lainière de l'empire, où s'élabore une réflexion sur la sélection animale et l'hérédité. Le monastère lui-même est également un lieu de recherche et d'enseignement réputéEmpirical Genetic Laws Published in Brno Before Mendel Was Born. Dirigé par l'abbé Cyrill Franz Napp, qui avait un intérêt intellectuel et matériel (le monastère vit des ressources de son domaine où l'élevage ovin est important) pour l'hérédité et sa transmission à travers les deux sexesNapp apporta un plein soutien à Mendel. http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S076444690001266X, le monastère comporte, outre une bibliothèque fournie, un jardin botanique.

La formation religieuse d'une durée de quatre ans prévoit l'apprentissage du grec, du latin, de l'hébreu et de la théologie. À l'issue de la deuxième année, Mendel prononce ses vœux monastiques.

Dès son arrivée au monastère, Mendel sent tout ce qu'un milieu culturel particulièrement stimulant peut apporter à ses aspirations. Il consacre tout son temps libre à l'étude des sciences naturelles. Parallèlement, il assure des enseignements scientifiques dans les collèges et lycées des environs, mais rechigne aux tâches pastorales.

En 1846, il suit un cursus en agriculture et en viticulture. Le il est ordonné prêtre. Poursuivant sa formation religieuse, il compte toujours entrer à l'Université, une espérance réduite à néant à la suite de sa nomination comme curé de le Nivet C. 1848 : Gregor Mendel, le moine qui voulait être citoyen. Médecine /Sciences 22, 430-433, 2006. Dans le contexte de la révolution autrichienne de 1848, et peu après l'ouverture de l'Assemblée impériale constituante, Mendel, avec d'autres moines, signe une pétition demandant l'octroi aux moines de la pleine citoyenneté. Cette pétition ne devint publique et officiellement connue de l'évêque de Brno que début 1849. En , il tombe gravement malade probablement à la suite d'une infection contractée soit au chevet des malades, soit lors des autopsies auxquelles il participait.

En , il est nommé professeur adjoint à Znojmo. En 1849, il accepte un poste d'enseignant dans une ville voisine mais échoue à deux reprises aux épreuves de l'examen d'aptitude à l'enseignement. Andreas Baumgartner fait en sorte que Mendel puisse suivre une formation à Vienne.

En 1851, Mendel part à Vienne pour suivre les cours, en tant qu'auditeur libre, de l'Institut de physique de Christian Doppler ; il y étudie, en plus des matières obligatoires - les mathématiques et la physique -, la botanique, la physiologie végétale, l'entomologie, la paléontologie. Durant deux années, il acquiert toutes les bases méthodologiques qui lui permettront de réaliser plus tard ses expériences. Son intérêt pour le problème de la fécondation naît à VienneJean Deutsch, Le gène - Un concept en évolution, Le Seuil, coll. Science ouverte, octobre 2012. Au cours de son séjour il est amené à s'intéresser aux théories de Franz Unger, professeur de physiologie végétale. Celui-ci préconise l'étude expérimentale pour comprendre l'apparition des caractères nouveaux chez les végétaux au cours de générations successives. Il espère ainsi résoudre le problème que pose l'hybridation chez les végétaux.

Il suit les séminaires de Franz Diebl à BrnoEssence and origin of Mendel's discovery.. Mendel retourne à son monastère de Brno en 1854 où il restera tout le restant de sa vie. En 1854, il devient professeur de physique et de sciences naturelles au lycée de Brno. Dès l'été 1854, il installe un jardin expérimental dans la cour et dans la serre, et met sur pied un plan d'expériences visant à comprendre les lois de l'origine et de la formation des hybrides. Il choisit pour cela le pois qui a l'avantage d'être facilement cultivé avec de nombreuses variétés décrites.

En 1854, à la demande de l'évêque - qui tente par ailleurs une reprise en main de l'abbé -, Mendel doit cesser l'étude de l'hybridation chez les souris : il menait en effet un élevage dans sa chambreRobin Marantz Henig, The Monk in the Garden : The Lost and Found Genius of Gregor Mendal, the Father of Genetics, Houghton Mifflin Harcourt, 2000, page 15. Cinquante ans plus tard, la redécouverte de l'intérêt de Mendel pour les souris par Clarence C. Little incitera celui-ci à élever des souris pour ses propres recherchesPaula Stephan, How Economics Shapes Science, Harvard University Press, 15 janvier 2012, page 100. En 1856, il commence ses expériences d'hybridation avec les pois. En 1861 est créée la Société des sciences naturelles de Brno ; Mendel en est un des cofondateurs ; Franz Unger en est membre d'honneurGregor Mendel and the scientific milieu of his discovery.

En 1863, il publie son premier article de météorologieGregor Mendel and urban environment. En 1863, une épidémie dévaste ses cultures et Mendel se tourne alors vers d'autres espèces. En 1865, il tient deux conférences (le et le ) à la Société des sciences naturelles de Brno () et publie en 1866 les résultats de ses études Gregor Mendel (1866), "Versuche über Pflanzenhybriden", Verhandlungen des naturforschenden Vereins in Brno, Bd. IV für das Jahr 1865, Abhandlungen, 3–47 dans un article intitulé : / Recherches sur des hybrides végétaux.. Après dix années de travaux minutieux, Mendel a ainsi posé dans ce mémoire princeps les bases théoriques de la génétique et de l'hérédité moderne.

En 1866, il commence une correspondance avec Nägeli. En 1868, Mendel est élu supérieur de son couvent à la mort de l'abbé Napp et est libéré de ses fonctions d'enseignementHistorical study: Johann Gregor Mendel 1822-1884.

En , lors d'une séance de la Société des sciences naturelles de Brno, il rapporte les expériences conduites sur l'épervière/Hieracium qu'il a entreprises à la suite d'une correspondance avec Karl Wilhelm von Nägeli ; ces expériences ne donnèrent pas les résultats obtenus par celles conduites avec les pois ; ce travail sera publié l'année suivanteThe « Rediscovery » of Mendel's Work. Il ne poursuivra plus ensuite de recherches sur l'hybridation. Pour expliquer ce fait, les biographes avancent généralement le manque de temps consécutif aux nouvelles responsabilités incombant à Mendel du fait de sa fonction de supérieur du couvent ; ainsi à compter de 1875, il doit développer une opposition farouche à un projet gouvernemental de taxation des biens monastiques. Jean Deutsch avance l'hypothèse que les résultats décevants des expériences faites avec l'Hieracium ont également pu causer l'abandon de ces recherches sur l'hérédité.

Mendel s'investit alors dans des domaines plus compatibles avec ses obligations, notamment l'horticulture et l'apiculture. Il se passionne également pour la météorologie qui sera le domaine qu'il aura le plus longtemps étudié, de 1856 jusqu'à sa mort en 1884, faisant des relevés systématiques sur une longue durée et colligeant l'ensemble des résultats des stations météorologiques de son pays. Il sera d'ailleurs plus connu par ses contemporains pour son apport à cette matière que pour sa contribution à la génétique naissante.

En 1883, il commence à souffrir d'une probable insuffisance rénale qui va l'emporter un an plus tard, le au matin. Il est enterré trois jours plus tard au cimetière central de Brno ; une longue procession lui fait honneurThe life of Gregor Mendel, tragic or not ?.

L'ensemble des archives de Mendel est brûlé par l'abbé Anselm Rambousek, le successeur de Mendel au monastère, quelques jours à peine après sa mort.

Décoration 50px Commandeur de l'ordre de François-Joseph (1872)

Historiographie La vie privée de Gregor Johann Mendel est mal connue car on ne dispose pas de ses papiers personnels, détruits après son décès. Elle a été reconstituée à partir de documents officiels, conservés soit dans l'abbaye Saint-Thomas de Brno, soit dans les archives de l'Administration impériale viennoise ou dans celles de l'Administration locale de Moravie.

Les lois de Mendel

Carl Correns est le premier à parler des « lois de Mendel » en 1900. Elles sont au nombre de trois : La loi d'uniformité des hybrides de première génération : aucune forme intermédiaire n'apparaît en F1 quand les parents sont de souches pures. Le concept de l'hérédité par mélange est réfuté ; La loi de pureté des gamètes : les facteurs héréditaires se séparent dans les gamètes. Un gamète ne contient qu'un facteur de chaque caractère ;