Introduction La Maison des Femmes est une association sans but lucratif bruxelloise et féministe fondée le 5 septembre 1974 par un groupe de femmes belges engagées dans la lutte pour l’égalité entre les femmes et les hommesStatuts de la Maison des Femmes, à Bruxelles, M.B., 5 septembre 1974, art. 1 et 2.. L’association ouvre ses portes le 11 novembre 1974 dans la commune de Saint-Josse-Ten-Noode au 79 Rue du Méridien à Bruxelles, avant de déménager en 1979, au 29 rue Blanche à Saint-Gilles. Son but principal est de favoriser la participation des femmes à la transformation de la société.
La création de cette maison s’inscrit dans le contexte de la deuxième vague féministe nommée le « néo-féminisme » qui se développe dans les années 1960-1970.
Aujourd’hui, la Maison des Femmes 79 rue du Méridien est considérée comme un symbole emblématique de l’histoire du féminisme belge. Son action a contribué à la visibilité des revendications féministes et au développement de réseaux de solidarité entre femmes.
Histoire Au début des années 1970, le mouvement féministe se démocratise et des vagues de ce dernier inondent l'Europe dans le but d'accroître la place de la femme dans la société en s’interrogeant sur la place et le rôle qu’occupe celle-ci. Par conséquent, des manifestations féministes arpentent les rues.
Les mouvements féministes belges vont être influencés par les initiatives étrangères, notamment françaises. En mai 1972, les Journées de dénonciations des crimes contre les femmes à Paris connaissent un grand succès et différents groupes féministes belges vont s’inspirer de celles-ci. Dans ce contexte, elles organisent alors la première Journée des femmes le 11 novembre 1972 à Bruxelles, au passage 44. L’événement rassemble plus de 8.000 participantes et marque une étape dans l’histoire du féminisme belge.
Le 11 novembre 1973 une nouvelle édition de la Journée des femmes dénommée « Journée F » est organisée. Plutôt que d’organiser une journée de mobilisation annuelle, les organisatrices souhaitent aller plus loin. Leur projet à ce moment : créer une organisation sans hiérarchie et un lieu ouvert à toutes les femmes.
Le mouvement des femmes est, comme l'écrivent Marie Denis et Suzanne Van Rokeghem, sans domicile fixe. Il n'existe aucun endroit fixe où les femmes peuvent se réunir alors elles se réunissent par petits groupes un peu partout à Bruxelles. Marie Denis et Rosa Yerganian se lancent à la recherche du local parfait pour accueillir leur projet. En mai 1974, elles trouvent un local à Saint-Josse-ten-Noode, situé au 79 Rue du Méridien. La Maison des femmes est officiellement constituée sous la forme d’une ASBL le 5 septembre 1974. Quelques mois plus tard, le 11 novembre 1974, la Maison des Femmes ouvre ses portes et accueille la troisième édition de la Journée des Femmes.
Après 5 ans d’activité et de multiples actes de vandalisme, l’association décide de déménage au 29 rue blanche à Saint-Gilles. À cette même période jusqu’en 1985, d’autres maisons voient le jour partout en Belgique (Anvers, Gand, Liège,…) s’inspirant des mêmes valeurs et objectifs que la Maison des Femmes.
De nos jours, la Maison des femmes de 1974 ne trouve plus sa place dans un bâtiment et seule une des maisons inspirées par cette dernière est encore d’actualité (Maison Sint-Niklaas), tandis que le féminisme s’intensifie de différentes façons dans la société.
Membres L’ASBL est fondée en 1974 par plusieurs militantes issues de différents horizons professionnels et intellectuels du mouvement féministe belge francophone. Denise Devos, Fanny Filosof, Nadine Plateau, Hedwige Poullet, Éliane Stas de Richelle, connue sous le nom de plume de Marie Denis, Suzanne Van Rokeghem et Rosa Yerganian sont les principales fondatrices de ce mouvement. Les fondatrices exercent des professions variées, kinésithérapeute, professeur, chercheur, écrivain, journaliste, ménagère ou encore femme au foyer, reflétant la diversité sociologique du mouvement féministe de l’époque.
Les membres fondatrices assurent collectivement la co-responsabilité de l’association durant les cinq années où la Maison des Femmes est installée au 79 rue du Méridien à Saint-Josse-ten-Noode. L’organisation interne de l’ASBL repose alors sur un fonctionnement volontairement horizontal, sans hiérarchie formelle, dans une volonté de rompre avec les modèles organisationnels traditionnels jugés patriarcaux par les militantes féministes de la seconde vague.
Parmi les figures les plus influentes de l’association figure notamment Marie Denis, écrivaine et militante féministe belge, qui participe activement au développement du féminisme en Belgique dans les années 1970. Elle est également cofondatrice des Cahiers du GRIF et du Petit Livre rouge des femmes, publié en 1972 avec Jeanne Vercheval et Suzanne Van Rokeghem. Suzanne Van Rokeghem, journaliste engagée dans plusieurs publications consacrées aux droits des femmes, joue également un rôle important dans la structuration du mouvement féministe belge francophoneC. WERNAERS, « 50 ans de la maison des femmes de Bruxelles : un lieu mythique qui a forgé les luttes féministes en Belgique », Bruxelles, RTBF, 11 mai 2024 consultable sur <https://www.rtbf.be/article/50-ans-de-la-maison-des-femmes-de-bruxelles-un-lieu-mythique-qui-a-forge-les-luttes-feministes-en-belgique-11462903> consulté le 11 mai 2026. .
Selon plusieurs témoignages d’anciennes participantes, la Maison des Femmes fonctionne davantage comme un espace collectif militant que comme une association traditionnelle. Les décisions y sont prises de manière collégiale et les responsabilités sont partagées entre les différents membres et groupes accueillis au sein de la Maison. Cette organisation favorise la coopération entre associations féministes, collectifs militants et groupes de réflexion actifs à Bruxelles durant les années 1970N. PLATEAU, « un printemps soudain - La maison des femmes à Bruxelles ( 1974-1979) », Bruxelles, revue politique : revue belge d’analyse et de débat, 2021 ( en ligne ) .
Missions La Maison des Femmes se présente comme un espace collectif fondé sur l’entraide et la solidarité entre femmes. L’association fonctionne sous la forme d’une maison ouverte au sein de laquelle les participantes mettent en commun différents services, compétences et savoirs pratiques. Une cotisation ainsi qu’une participation financière aux activités et services proposés sont demandées afin d’assurer l’autonomie économique de la structure et de permettre l’organisation des différentes initiatives développées par l’ASBL. Le fonctionnement de la Maison repose sur une volonté affirmée d’éviter toute hiérarchisation des tâches et de privilégier des rapports égalitaires entre les participantes.
L’association adopte également un principe de non-mixité, considéré par les fondatrices comme une condition nécessaire à la libre parole des femmes et au développement d’un espace de discussion affranchi du regard masculinN. PLATEAU, A. PERZYNA, A. FLOUR, C’était quoi la maison des femmes du Bruxelles ? 79, rue du Méridien entre rêve et réalité, AVG-CARHIF, Bruxelles, 2024.. Cette approche s’inscrit dans le contexte des mouvements féministes des années 1970, qui revendiquent la création de lieux autonomes destinés à favoriser la prise de conscience collective des expériences vécues par les femmes.
La maison des Femmes poursuivra les objectifs suivants :
- Elle entend regrouper les différentes activités féministes existantes, les rendre accessibles à un plus large public féminin et favoriser la mutualisation des expériences ainsi que la transmission des savoirs entre participantes. Dans cette perspective, l’association prévoit également la création d’une bibliothèque et d’un centre de documentation consacrés aux problématiques féminines, accessibles librement aux femmes fréquentant la MaisonN. PLATEAU, A. PERZYNA, A. FLOUR, C’était quoi la maison des femmes du Bruxelles ? 79, rue du Méridien entre rêve et réalité, AVG-CARHIF, Bruxelles, 2024, p. 14 à 21. .
- Elle souhaite également mettre à disposition un espace permettant aux femmes de travailler collectivement et d’acquérir de nouvelles compétences pratiques. Les activités proposées concernent aussi bien des tâches considérées comme traditionnellement féminines que des domaines alors majoritairement occupés par des hommes, tels que la plomberie, l’électricité ou la mécanique. L’ASBL encourage ainsi l’échange de savoir-faire et l’autonomie pratique des participantes. Des activités artistiques et culturelles, notamment liées à la musique, à la danse ou au dessin, sont également envisagées dans une perspective d’expression créative et de partage collectif.
- Enfin, elle prévoit l’organisation de plusieurs services destinés à faciliter la participation des femmes aux différentes activités proposées. Parmi ceux-ci figurent notamment une garderie ainsi que, éventuellement, un restaurant ou espace de restauration. Au-delà de leur fonction pratique, ces services sont pensés comme des lieux favorisant les rencontres, les échanges et le développement d’un travail collectif entre les participantesX., projet: la maison des femmes, centre d’archive du CARHIF, Bruxelles, 1974..
Activités Afin de réaliser les objectifs qu’elle poursuit, l’ASBL développe différentes activités à caractère social, culturel et éducatif. Ces initiatives visent à la fois à soutenir les femmes dans leur vie quotidienne, à favoriser les échanges entre mouvements féministes et à assurer le financement de certaines actions de l’association.
Entre 1973 et 1979, la Maison des Femmes constitue un important lieu de rencontre pour de nombreux groupes féministes actifs en Belgique. Elle accueille régulièrement des réunions, conférences, débats et ateliers organisés par diverses associations engagées dans la défense des droits des femmes et l’émancipation féminine. Ces activités permettent la diffusion des idées féministes ainsi que la mise en commun d’expériences militantes et de savoirs pratiques.
L’association met également en place plusieurs services destinés à répondre aux besoins concrets des femmes. Un bistrot, ouvert les mardis et jeudis de 11 heures à 21 heures, sert notamment d’espace de convivialité et de rencontre avant les conférences ou activités organisées au sein de la Maison des Femmes. Une crèche temporaire est également instaurée afin de permettre aux participantes de prendre part aux activités militantes et culturelles tout en bénéficiant d’une solution de garde pour leurs enfants.
Par ailleurs, la Maison des Femmes organise différents ateliers pratiques et formations, notamment dans les domaines de la couture, de la plomberie ou encore de l’électricité, dans une volonté de promouvoir l’autonomie des femmes dans des secteurs traditionnellement masculins. Des consultations psychologiques y sont également proposées, de même que des séances d’information relatives à la contraception, à la sexualité et à l’avortement, dans le contexte des luttes féministes pour les droits reproductifs durant les années 1970.
L’ASBL participe en outre à la production et à la diffusion de publications féministes, parmi lesquelles la revue Le Grif (« Groupe de recherche et d'information féministes »), fondée en 1973 par Françoise Collin. Cette revue joue un rôle important dans la diffusion des réflexions féministes en Belgique francophone.