Paul Bureau, né le à Elbeuf et mort le à Paris , est un juriste et sociologue français, vulgarisateur et rénovateur de l’école de la science sociale née des travaux de Frédéric Le Play.

Biographie Paul Émile Bureau naît à Elbeuf le , au domicile de ses parents, 28 rue de la Barrière. Son père, Louis Émile Bureau (1830-1898), y tenant un magasin important de nouveautésÀ Elbeuf, on appelait nouveautés les étoffes de laine fantaisies, aux couleurs et motifs très variés, tissées sur des métiers de type Jacquard, qui avaient fait la renommée de la ville dans les années 1840-1880. (5 employées), est alors âgé d’environ 35 ans ; sa mère Eugénie Caruette (1832-1907), sans profession, a presque 33 ans. Ils se sont mariés à Dieppe, le . Les deux témoins de la naissance sont des amis, l’un âgé de 72 ans, habitant Dieppe et l’autre, un armurier de 43 ans, domicilié également rue de la BarrièreRegistres d’état civil, Elbeuf, Centre d’archives patrimoniales.. Le milieu d’origine semble donc s’ancrer dans la bourgeoisie commerçante.

Il n’a qu’une sœur aînée, Marie, qui entra plus tard dans la congrégation des Filles de la Charité. Souffrant d’une scoliose prononcée, dès l’âge de 2 ans et ½, il endure avec courage les divers équipements censés redresser sa colonne vertébrale. On le maintient souvent couché ; à l’école, il a plus tard un pupitre spécial, pour le maintenir au contraire en position verticale. Ses parents quittent Elbeuf, alors qu’il a environ 10 ans, pour s’installer à Rouen. On a écrit qu’Émile Bureau avait fait failliteMorisset (Maurice), Paris-Normandie, 25 avril 1970. , mais il semblerait plutôt que ce soit l’acheteur de son magasin d’Elbeuf qui ait fait faillite.

Son handicap ne l’empêche pas de faire des études, de plus en plus brillantes, payées par sa famille, qui doit donc avoir une certaine aisance. Il est inscrit à la célèbre institution Join-Lambert, établissement catholique rouennais dont l’internat est situé à cette époque à Bois-Guillaume. Il devient bachelier ès lettres mais obtient aussi le baccalauréat ès sciences en candidat libre. Il poursuit des études de droit à l’Université de Caen (Rouen n’étant pas encore, à cette époque, une ville universitaire), puis à partir de 1886, à la Faculté libre de droit de Paris, où deux prix (droit civil et droit administratif) lui sont décernés en 1890. Il obtient la même année son doctorat en droitAvec pour sujet : Droit romain : De la renonciation par la femme mariée aux sûretés et aux garanties légales ou conventionnelles qui assurent la conservation de ses biens paraphernaux et la restitution de sa dot. Droit français : De la renonciation à l'hypothèque légale par la femme du vendeur. Loi des 13-15 février 1889, thèse pour le doctorat soutenue à Paris le 12 juin 1890, Paris, A. Giard, 1890, 127 p..

Il est exempté de service militaire « pour cause d’inaptitude physique » ; il souffre en effet toujours de sa « scoliose syphose »Base Léonore. Dossier de la Légion d’honneur, LH//394/12, doc. ..

Il voyage cependant beaucoup : en 1889, il part perfectionner son anglais et étudier les pratiques éducatives Outre-manche. Plus tard, il s’embarque pour les États-Unis et visite l’Exposition universelle de Chicago (1893). Il voyage en Belgique, Italie, Allemagne (dont il a appris la langue), en NorvègeDe ce voyage, il tirera un livre : Le paysan des fjords de Norvège. Étude de science sociale, Paris, Bureaux de la Science Sociale, 1906. , mais aussi en Tunisie.

À 25 ans, il s’inscrit au Barreau de Dieppe, sans doute parce qu’entretemps sa famille y a déménagé : son père y est devenu entrepreneur de carrière de marneMorisset (Maurice), Paris-Normandie, 25 avril 1970..Il plaidera rarement, mais restera inscrit au Barreau jusqu’à sa mort. Il est d’ailleurs élu à trois reprises membre du Conseil de l’ordre, la dernière fois en 1913.

Paul Bureau épouse le , à Prissé-la-Charrière (Deux-Sèvres), à l’âge de 31 ans, Marie Ernestine "Thérèse" Bastard (1870-1943), fille d’un polytechnicien, Louis Joseph "Maxime" Émé Bastard (1821-1907), capitaine de frégate à la retraite, officier de la Légion d’honneur et de Marie-Thérèse Le Roux de Bretagne (1844-1925). Dix enfants naissent mais le couple aura la douleur de vivre le décès de deux d’entre eux : Jean (1896-1981), Élisabeth (1897-1993), Jacques (1899-1899), Marie Monique Eugénie (1900-1971), Monique (1901-1911), Bernard (1903-1977), Félix (1905-1972), Robert (1907-1983), Édith (1909-1995), Rémy (1912-1972).

Le couple habite à Paris où enseigne Paul Bureau, mais revient très fréquemment à Dieppe où il possède la villa Les Semailles, qui a été bâtie selon ses plans (et qui existe toujours), 24 rue de Rouen (aujourd’hui avenue Gambetta).

Juriste de formation (il est titulaire d’un doctorat et avocat inscrit au barreau de Dieppe), Paul Bureau enseigne à l’Institut catholique de Paris, fondé en 1875 (à la Faculté Libre de droit). Selon le cursus habituel, il y est d’abord chargé de conférences à partir de 1891, puis professeur suppléant (au moins dès 1893), professeur-adjoint en 1896 et titulaire en 1902. Dès 1899, il signe néanmoins un ouvrage en tant que « professeur de Droit international public à l’Institut catholique de Paris ». Il y enseigne jusqu’à son décès. Il donne également des conférences à l’École des Hautes Études SocialesL’E.H.E.S. avait ouvert ses portes le 12 novembre 1900. à partir de 1900, à la demande d’Alfred Croisset, membre de l’Institut et Doyen de la faculté des lettres de Paris. Plus tard, en 1921 et 1922, la Sorbonne lui permet de donner un cours libre en sciences sociales. Il participe également à l’expérience des premières universités populaires.

Auteur de nombreuses publications, professeur donnant de multiples cours, Paul Bureau fut aussi un conférencier actif avant la guerre, notamment en Seine-Maritime, à Dieppe, Rouen, Le Havre, ainsi qu’à Elbeuf, où l’invite par exemple l’abbé Charles Alleaume, supérieur de l’École Fénelon, pour un exposé sur les questions syndicalesNadine-Josette Chaline, Des catholiques normands sous la Troisième République. Crise, combats, Renouveaux, Le Coteau, Éditions Horvath, 1985, ..

Consécration sans doute pour lui, il est nommé chevalier de la Légion d’honneur, par décret du , sur rapport du ministre de l’Hygiène. Celui-ci déclare que Paul Bureau « a marqué sa place au rang parmi les promoteurs des œuvres poursuivant le relèvement de la natalité française et a redoublé d’efforts pendant la guerre. » Le ministre certifie en outre « qu’il résulte de l’enquête que la moralité de M. Bureau permet son admission dans l’ordre de la Légion d’honneur »Archives nationales, site de Pierrefitte-sur-Seine, dossier LH//394/12, document (base Léonore).. La remise de la décoration a lieu à Paris, le , par l’intermédiaire de l’homme qu’il a lui-même choisi (ainsi que le veut la coutume) : son ami Henry JandonHenry Jandon, conseiller à la Cour de cassation de Paris, était vice-président de la ligue Pour la Vie que présidait P. Bureau., officier de la Légion d’honneurDossier de la Légion d’honneur, base Léonore, LH//394/12, doc. ..

Dans les années 1920, Paul Bureau est domicilié dans le VIe arrondissement de Paris, au 83 rue du Cherche-Midi. Mais la préface de son dernier ouvrage publié en 1923, peu avant sa mort, a été écrite à Dieppe, dans sa villa Les Semailles. Il était resté très attaché à cette ville. Elle est signée du . Sentant sans doute sa fin proche, il y retrace et explique son parcours de juriste et de sociologue, depuis 1885 et ses études à Rouen.

Paul Bureau meurt dans son domicile parisien, le Acte de décès (avec date et lieu de naissance) à Paris , n° 1032, vue 2/31., âgé de seulement 57 ans. Ses obsèques sont célébrées en la chapelle de l’Institut catholiqueLe Figaro, 12 juin 1923, . et il est inhumé le au cimetière de Montrouge.

Son décès donna lieu à la parution de très nombreuses notices nécrologiques dans la presse régionale et nationalePar exemple dans L’Ouest-Éclair, 8, 9 et 12 juin 1923 ; L’Écho de Rive-de-Gier, 17 juin 1923, ;Le Courrier de la Saône-et-Loire, 30 juillet 1923, ; Le Figaro, 8 juin 1923, p. 3 ; La libre Parole, 8 juin 1923, ; L’Action française, 8 juin 1923, p. 2 ; Le journal des débats politiques et littéraires, 8 juin 1923, p. 4 ; La Croix, 9 juin 1923, p. 2 ; L’Information financière, économique et politique, 9 juin 1923, p. 2 ; L’Information sociale, 21 juin 1923 ; La Jeune République, 22 juin 1923, p. 2 ; au moment de son décès. Rien dans l'Elbeuvien. En revanche un autre journal elbeuvien, L'Impartial écrit : « Il y a peu, M. Paul Bureau était venu ici donner une remarquable conférence sous l'égide du Cercle Montalembert. Profondément chrétien, mais très libre dans ses jugements sur les hommes, il disait crânement et sans détour ce qu'il croyait être le bien »L'Impartial, 9 juin 1923, .. Parmi les nombreux jugements énoncés dans ces articles, on peut retenir notamment celui-ci : « âme droite jusqu’à la raideur, cœur énergique jusqu’à la rudesse » (…) l’éducation morale, le relèvement de la natalité, la paix religieuse perdent en lui un de leurs plus surs défenseurs. »L’Écho de Paris, 10 juin 1923, .

Une rue de Rouen porte son nom.

Le centenaire de sa mort a été célébré à l'hôtel de ville d'Elbeuf en 2023, en présence de quelques-uns de ses descendants et du maire d'Elbeuf Djoudé MérabetParis-Normandie, 30 mai 2023..

Paul Bureau avait acquis une réelle notoriété de son vivant, notamment du fait des nombreuses polémiques intellectuelles dans lesquelles il s’engagea et des nombreuses associations auxquelles il participa activement. Durant l’entre-deux-guerres, ses écrits sont encore souvent cités et influencent toujours la mouvance du catholicisme social. Néanmoins, force est de constater qu’il fut très vite critiqué par les sociologues. Après 1945, son œuvre subit le même sort que celle du mouvement leplaysien dans son ensemble : oubli, voire mépris. Seuls les partisans de Durkheim, dont il s’était un peu rapproché vers la fin de sa vie, continuent à voir en lui « le meilleur représentant de la science sociale leplaysienne »Naïm (Mustapha), Archives de sciences sociales des religions (revue en ligne), , octobre-décembre 2007..

Juriste mais aussi sociologue Paul Bureau fut un fervent disciple de Le Play, à la suite d'une rencontre décisive avec deux de ses disciples : l’abbé Henri de Tourville et Edmond de Demolins, qui avaient fondé en 1886 la revue La science sociale suivant la méthode d’observation. Il y publie en 1893, une étude remarquée sur la baisse du revenu, qui sera ensuite publié en librairie. Frédéric Le Play (1806-1882), ingénieur, économiste et sociologue fut le fondateur de « l’économie sociale ». Sa méthode était basée notamment sur la rédaction d’études de cas, de monographies très détaillées. Il s’agit, à partir d’enquêtes sur le terrain et d’interviews, de décrire très soigneusement les modes de vie (habitat, condition familiale, revenus) et les comportements. Pareillement, Paul Bureau manifestera constamment le goût de l’expérience vécue et de l’enquête sur le vifGemähling (P.), « Paul Bureau », Revue d’économie politique, vol. 37, , 1923, ., que ce soit dans l’analyse des grèves d’Elbeuf, des situations anglaises ou l’étude des paysans de Norvège.

Homme de débats et de combats

« Cette personnalité attachante et complexe s’engage avec pugnacité (un trait de son caractère bourru) » dans les grands débats de la IIIe République : les rapports patrons-ouvriers et la question syndicale, la séparation des Églises et de l’État, l’expulsion des congrégations religieuses, la lutte contre la dénatalité et la dépopulation. Un de ses biographes le qualifie « d’Alceste catholique », en référence au Misanthrope de Molière.