Les Grèves patriotiques d'octobre 1942 en France, parties des ateliers de réparation des locomotives de la SNCF à Oullins, près de Lyon, se sont ensuite étendues à d'autres villes, peu avant l’occupation de la zone sud par les troupes allemandes et italiennes, qui dans certaines villes entraîne la perturbation du déroulement de l’action résistante.

Animée par la résistance intérieure française c'est aussi l'un des premiers actes de résistance collective à l'occupation nazie en France, un peu plus d'un an après la grande grève patriotique des cent mille mineurs du Nord-Pas-de-Calais en mai-juin 1941. La grève à Oullins est en particulier la première chez les salariés du rail depuis la capitulation. C'est aussi, en France, la première manifestation collective de refus du travail en Allemagne.

Ces grèves patriotiques d' en France ont selon les historiens contribué au développement de la résistance intérieure française. L'occupant nazi réagit par de nombreuses arrestations des grévistes.

Contexte Le service du travail obligatoire a été instauré en France par la loi du , faisant suite au relatif échec des politiques de volontariat et du système dit de Relève, suivi de réquisitions ciblées d'ouvriers qualifiés, comme en à Oullins, où le début de la grève est parfois confondu avec l'instauration du STO"Le jour où les cheminots d’Oullins ont résisté" par Iris Bronner, dans La Tribune de Lyon le 16 octobre 2022 .

Le travail obligatoire en Allemagne fut d'abord imposé aux Pays-Bas, le , puis en France le suivant et en Belgique le "Mémoires patriotiques et occupation nazie: résistants" par Pieter Lagrou en 2003, page 132, dans le cadre de mesures voulues par Fritz Sauckel, homme politique nazi surnommé le « négrier de l'Europe », car il a par la suite organisé les déportations de travailleurs des pays occupés vers l'Allemagne.

Parallèlement, l'année 1942 voit le développement et la généralisation des luttes contre l’occupant nazi dans les chemins de fer français, avec des actes de sabotage, dont 276 sur des voies ferrées mais aussi des dangers accrus pour les Résistants. Ainsi, le , le cheminot Pierre Semard est fusillé, en représailles"Le syndicalisme cheminot 1939-1944 « De la répression à la libération », par Patrick Chamaret, pour l'IHS CGT Cheminots au 3ème trimestre 2014 . Les deux tiers des sabotages concernent la ligne principale PLM (Paris-Lyon-Marseille) ayant un grand intérêt stratégique et économique pour l’occupant allemand.

Dans une lettre envoyée en au ministre allemand des Affaires étrangères, Pierre Laval avait d'abord créé la politique de "la relève", participation de la France à l’effort de guerre allemand contre le bolchevisme, , dont partant travailler pour le Troisième Reich.

Le , une directive de Fritz Sauckel constate que la Relève a été un échec, avec seulement français partis en Allemagne, et demande de passer au recrutement forcé mis avec un objectif prudent de . Ainsi, la loi française du Loi du 4 septembre 1942 relative à l’utilisation et à l’orientation de la main-d’œuvre (Journal Officiel de l'État français) sur Wikisource a imposé une "réquisition" de main-d'œuvre en France, concernant les hommes de 18 à 50 ans et les femmes de 21 à 35 ans, pour effectuer tous travaux que le gouvernement de Vichy, dirigé par le maréchal Pétain, jugera utiles "dans l'intérêt de la Nation""Transports dans la France en guerre, 1939-1945" par Marie-Noëlle Polino en 2007 aux Presses universitaires de Rouen et du Havre .

La grève de 1942, débutée à la SNCF, s'inscrit dans un contexte où "les cheminots résistent en nombre parce que la Résistance a besoin d'eux""Cheminots en grève, ou la construction d'une identité", par Christian Chevandier, aux Editions Maisoneuve et Larose en 2002, page 175 , selon l'historien Christian Chevandier, formé à l’école lyonnaise d’Yves Lequin, puis chercheur rattaché au Centre d’histoire sociale du (Paris I), a analysé les « batailles du rail » durant l’Occupation et la Libération"Cheminots en grève, ou la construction d'une identité", par Christian Chevandier, aux Editions Maisonneuve et Larose en 2002 , en particulier parce que leur savoir-faire permet "Cheminots en grève, ou la construction d'une identité", par Christian Chevandier, aux Editions Maisonneuve et Larose en 2002, page 176 et qui .

Histoire Prémices et début Cinq semaines après la promulgation de la loi du , la grève démarre le aux ateliers de réparation des locomotives de la SNCF à Oullins, près de LyonChristian Chevandier, « Oullins 1942 : les cheminots en grève contre la collaboration », Correspondances, n° 11 (février 2004), p. 42-47.. Les ateliers comprennent deux grandes usines au bord du Rhône, sur la rive droite, actives depuis un siècle. Le Parti communiste y compte 60 militants fin 1940, qui sont ensuite 90 militants en fin 1941.

Les ouvriers protestent à la Reichsbahn, la SNCF allemandeMusée de la Résistance en ligne . Depuis plusieurs semaines, les militants communistes diffusent des tracts contre le risque d'envoi de salariés en Allemagne, qui recherche des ouvriers qualifiés dans le domaine de la métallurgie. Parmi les contestataires, l'outilleur Marius Bonazzi, militant communiste expérimenté, travaille dans ces ateliers et fait partie du triangle de direction des Résistants, avec Marius Poncet et Pierre CourbonBiographie Le Maitron de Marius Bonazzi . Ex-outilleur aux dépôts de Vénissieux et de Vaise, il était affecté aux ateliers d’Oullins et sera désigné lors de la grève suivante, en , pour aller négocier auprès de la direction de la SNCF à Paris. Le premier militant à se manifester est Jean Enjolvy, lui aussi responsable communiste, qui travaille à la chaudronnerie fer et a été prévenu la veille que quelque chose allait se passer. Il descend en courant à la forge pour actionner la sirène d'alerte peu après que la liste des réquisitions ait été publiée à huit heures du matinBiographie Le Maitron de Jean Enjolvy .

En quelques minutes les qui travaillent sur ce site de la SNCF se retrouvent dans l'allée centrale puis plusieurs centaines de femmes se massent devant les portes du site. Tout proche, le bureau de l'ingénieur en chef, qui en sort, tempête, menace, mais sans parvenir à faire stopper la grève. Autre figure de la grève mais plus discrèteBiographie Le Maitron de Marius Chardon , Marius Chardon, nommé sous-chef de brigade d’ouvriers en 1942, puis visiteur au service des méthodes, pouvait se déplacer facilement dans l’enceinte ferroviaire et sera recruté début 1943 au sein d’un groupe FTP des ateliers d’Oullins. Certains syndicalistes partent faire débrayer les dépôts de Vaise et Grenoble.

Le mouvement se poursuit par une manifestation dans les rues de la cité cheminote jusqu’à la Mairie et prend très vite de l’ampleur. Le lendemain, on comptabilise dans 30 usines de la région, de Saint-Étienne à Clermont-Ferrand jusqu’à Marseille.

La grève est précédée par des actions dès le puis des incidents en Auvergne, comme à Cusset (Allier), où le , François Chasseigne, responsable national de la "propagande ouvrière" pour Vichy, ex cadre de la SFIO rallié en au maréchal Pétain, se fait huer, puis un peu plus loin, dans le même département, bousculer et frapper à la Société d’applications générales d’électricité et de mécanique (SAGEM) de Montluçon. Il va se plaindre au sous-préfet, qui préfère éviter de le recevoir, pour tenter d'apaiser. Dans l'entreprise Ollier, à Clermont-Ferrand, société métallurgique créée en 1898 et spécialisée dans la fabrication de machines pour le traitement des huiles, "les ouvrières chassent l’inspecteur du travail sous les huées, après lui avoir enfoncé le chapeau sur les yeux".

En Picardie, le préfet de la Somme, prudent aussi, prend acte de l'hostilité patronale et ouvrière aux mesures de réquisition: il décide de suspendre les visites de propagandistes cherchant à les préparer"La première ère de la résistance civile aux départs" par Raphaël Spina l, dans Histoire du STO, en 2017, passage ???.

À Oullins le , le début de la grève s'effectue dans un esprit "d'unité syndicale""Les Cheminots dans la bataille du rail" par l'historien Maurice Choury, en 1970, page 213 .

Propagation Le mouvement se propage le jour même à plusieurs sites ferroviaires de la région lyonnaise, de Chambéry et de Saint-Étienne. La grève est citée sur les ondes de Radio-Londres le Oullins 1942 . Il touche aussi des usines du département du Rhône, avant d’essaimer vers Marseille, Ambérieu, Roanne, Clermont-Ferrand, Béziers. Ensuite, le mouvement s'étend les jours suivant à Limoges, Lorient, Dinan, touchées, tour à tour, par des manifestations parfois associées à des grèves"Les manifestations de rue en France, 1918-1968" par Danielle Tartakowsky en 1998 aux Éditions de la Sorbonne. En Bretagne, ce sont des rafles de main-d’œuvre" qui provoquent des manifestations à Rennes, Saint-Brieuc, Saint-Nazaire ou LorientArticle dans Le Télégramme de Brest par Erwan Chartier-Le Floch le 12 février 2023 .

Le mouvement, qualifié de "patriotique" , s'est "propagé à l'échelle nationale", même s'il n'a touché que quelques régions. Il s'étend à d'autres secteurs professionnels, comme les "manuchards" qui y participent à la manufacture d'armes et cycles de Saint-Étienne, ville industrielle située à une cinquantaine de kilomètres, à "Travailler dans les entreprises sous l'Occupation": actes du Ve colloque du GDR du CNRS, sous la direction de Christian Chevandier et Jean-Claude Daumas, aux Presses Univeristaires de France-Comté .

Les manifestations débutent dès septembre à Saint-Étienne et se développent, le , à Oullins, où la grève aux ateliers s’accompagne de manifestations de femmes devant la mairie. Le lendemain, de nouvelles manifestations sont observées, qui se prolongent le par des revendications relatives au ravitaillement.

Manifestations du Dans la région de Montpellier, dans l'Hérault, la préparation du est l'occasion de tracts massivement diffusés. À la même époque, sur les murs de Grenoble sont collés environ 500 tracts ronéotypés dans la nuit, reproduisant le texte du discours prononcé par le général De Gaulle le . Le monument aux morts accueille de manière imprévue une gerbe tricolore portant l’inscription "Combat" orne, au matin.

Les grèves sont plus fréquentes dans les grands ateliers comme Oullins que dans les gares ou les dépôts, leurs ouvriers étant nombreux et concentrés en un même lieu et plus visés par les tentatives de leur imposer le travail en Allemagne. De plus, la forte implantation communiste dans ce milieu avant guerre en fait un vivier plus sensibles aux appels à la résistance de la presse syndicale clandestineFondation de la Résistance, exposition "Les Cheminots dans la Résistance" .

À Grenoble, le franchissement de la ligne de démarcation et l’occupation de la zone sud par les troupes allemandes et italiennes perturbe le déroulement de l’action prévue. Les manifestations, perturbées un temps par la nouvelle donne politique, ont ensuite repris fin décembre pour se prolonger jusqu’en avril. Selon un rapport du comité central du parti communiste adressé à Fernand Grenier, elles ont alors "un caractère de masse".

Entretemps, finalement, le voit 39 cortèges au total et même 4 en zone occupée, qui se déroulent, dans 23 départements, avec à Saint-Étienne ou dans le Var une forte participation des jeunes remarquée. Le autorités utilisent des subterfuges pour tenter de démobiliser, car elles semblent sur la défensive

Suites À Oullins, les grèves des cheminots, un semestre plus tard, se succèdent avec un mouvement le contre , puis un autre le et à nouveau le , sans mot d'ordre mais avec des dizaines de petits drapeaux français, et le de 11 h à midi s'effectuent un rassemblement et une minute de silence. L'agitation reprend les et , dans le sillage d'un bombardement allié afin de protester contre .