Les termes roumanophobie, anti-roumanisme ou sentiment anti-roumain se réfèrent à toutes les idées, émotions et attitudes hostiles envers le peuple et la culture roumaine et / ou moldave. Comme tous les stéréotypes existent envers d'autres groupes ethniques, ceux concernant les Roumains sont des croyances leur attribuant des caractères en tant que membres de leur groupe et généralisant des traits négatifs à l'ensemble de ce groupe. Les stéréotypes péjoratifs, les discriminations et les ségrégations ethniques à l'encontre des Roumains et des personnes d'origine roumaine en diaspora, ont historiquement pu aller des sentiments négatifs individuels à la persécution institutionnelle.

Substrat Au début du , la renaissance culturelle roumaine suscite des réactions hostiles aux Roumains dans les Empires voisins austro-hongrois, russe et turc dont elle met en cause la dominationDavid Prodan, Supplex Libellus Valachorum, lucrare fundamentală, ed. Didactică și Pedagogică, Bucarest 1948.. À partir de là des stéréotypes se diffusent : ainsi la réputation des « Valaques fourbes, voleurs et cruels », commune aux trois Empires, transparaît dans l'œuvre de Sophie RostopchineSophie Rostopchine décrit des « Écossais avares et sordides, Arabes méchants et sabreurs, Polonais buveurs et crasseux, Valaques et Tsiganes voleurs et fourbes, Russes violents knoutant leurs femmes, serfs et bonnes », et ainsi de suite : . tandis qu'en Autriche, publie les Histoires de la Moldavie et de la Valachie qui présentent les valaques comme un peuple primitif et fruste, et leurs anciens voïvodes comme des monstres assoiffés de sang (ce qu’Ármin Vámbéry, professeur à l’université de Budapest, transmet à Bram StokerMarinella Lörinczi, « Transylvania and the Balkans as Multiethnic regions in the Works of Bram Stoker » in Europaea, Univ. de Cagliari, 1996, II-1 , pp. 121-137.). Pour délégitimer les revendications austroslavistes et roumaines, d'autres auteurs autrichiens comme ou synthétisés par , diffusent la thèse du selon laquelle le bassin du moyen Danube était vide d'habitants sédentaires à l'arrivée des Magyars et vide aussi politiquement depuis les défaites des Avars face aux Carolingiens en 805. : cette thèse nie l'existence du droit valaque et présente les Roumains d'Autriche-Hongrie comme des dans leurs habitats historiques traditionnels, les « valachies »Milton G. Lehrer, Ardealul, pământ Românesc, Editura științifică & enciclopedică, Bucarest 1989, p. 13..

Quatre phases de l'histoire de la Roumanie au ont contribué à générer des stéréotypes roumanophobes d'époques et d'origines différentes, mais attribuant au peuple roumain dans son ensemble l'extrémisme et la violence de certains dirigeants et de leurs exécutantsNeagu Djuvara, Există istorie adevărată ? (Existe-t-il une « Histoire vraie »?), Humanitas, Bucarest 2004, . : les brutalités des insurgés et des forces de l'ordre pendant la jacquerie de 1907 durement réprimée Răscoala de la 1907, atrocități și manipulare - .; les atrocités de la Seconde Guerre mondiale, notamment la Shoah en Roumanie et les proclamations haineusesCertains historiens attribuent les motivations haineuses à l'ensemble des intellectuels non-juifs : lire Leon Volovici, Nationalist Ideology and Antisemitism: the case of Romanian Intellectuals in the 1930s, éd. Pergamon Press, Oxford 1991, , ouvrage qui ne mentionne pas les intellectuels antifascistes comme Tudor Arghezi ou Mihail Sadoveanu. D’autres, comme Catherine Durandin (Histoire des Roumains, Fayard, 1995) ou Lilly Marcou (Le roi trahi, Carol II de Roumanie, Pygmalion, 2002), récusent ce point de vue. de la Garde de fer, de la dictature fasciste et du régime pro-nazi du maréchal Antonescu contre les minorités juive et tsigane. Alors que le récit de la Shoah en Roumanie par Matatias Carp, témoin contemporain des faits, rédigé en roumain et hébreu et publié en Roumanie et en Israël, se garde de tout amalgame globalisant, l'article français « L'Horreur est roumaine » de Libération du commente la sortie de la traduction française du récit de Carp en attribuant les crimes à un Marc Semo, « L'Horreur est roumaine ». ; la volte-face de 1944 quand les Roumains sortirent de l'Axe pour se joindre aux Alliés, ce qui fut décrit en Allemagne après la guerre comme une « trahison »Johannes Frießner, Verratene Schlachten, die Tragödie der deutschen Wehrmacht in Rumänien (« Batailles trahies, la tragédie de la Wehrmacht en Roumanie »), éd. Holsten-Verlag, Leinen 1956.; le totalitarisme « national-communiste » des années 1945-1989., son effondrement chaotiqueRadu Portocală, Autopsie du coup d'État roumain : au pays du mensonge triomphant, Calmann-Lévy 1994, et la découverte par les médias internationaux de ses aspects les plus sombresRadu Preda & Ion Vicovan, « Martiriu și memorie din România comunistă » in Acta Simpozionului Internațional Dumitru Stăniloae, éd. Polirom 2017, .

Durant la Seconde Guerre mondiale et après la guerre, c'est par ces préjugés que se sont « justifiés » des massacres et des déportations de Roumains, notamment en Transylvanie du Nord par les Croix fléchées, en Bucovine du Nord et en Bessarabie par l'armée soviétique et les troupes du NKVD.

En Moldavie et en Ukraine soviétiques, durant les années 1950, le NKVD a mis en œuvre plusieurs phases de persécutions et de déportations ciblées contre la population roumaine moldave, elle aussi suspectée d'avoir approuvé le fascismeNikolaï Théodorovitch Bougaï Déportation des peuples de Biélorussie, Ukraine et Moldavie, éd. Dittmar Dahlmann et Gerhard Hirschfeld, Essen, Allemagne, 1999, p. 567-581 et Informations des rapports de Béria et de Krouglov à Staline, éd. de l’Acad. de sciences de Moldavie nr. 1, Chișinău, 1991.. Enfin, la résistance anti-totalitaire roumaine a également été accusée de fascismeFlorica Dobre (dir.), Florian Banu, Camelia Duică, Silviu B. Moldovan, Elis Neagoe et Liviu Țăranu, Consiliul Național pentru Studierea Arhivelor Securității (CNSAS), Bande, bandiți și eroi : Grupurile de rezistență și Securitatea (1948-1968) [« Bandes, bandits et héros - Les groupes de résistance et la Securitate (1948-1968) »], Editura Enciclopedică, Bucarest 2003, , )., alors que les archives de la Securitate montrent que 65 % des résistants étaient des paysans pauvres sans étiquette, 15 % provenaient des partis communiste et socialiste, 11 % des partis démocratiques de centre-droit d'avant-guerre et 9 % seulement de la mouvance fasciste et nationalisteGeorges Diener 2001, article « Résistance populaire et maquis en Roumanie (1945-1965) » in Guerres mondiales et conflits contemporains n° 204, Presses Universitaires de France 2001 sur Cairn.info : , p. 137.Vladimir Tismăneanu, Dorin Dobrincu, « The discovery of a historiographical subject: anti-communist armed resistance in Romania », p. 334-335, in : Stalinism Revisited. The Establishment of Communist Regimes in East-Central Europe (« Le stalinisme revisité : l’instauration d’un régime communiste en Europe centrale et orientale »), Central European University Press, New-York 2009, ..

Au c'est la criminalité basée en Roumanie qui produit de nouveaux stéréotypes, moins empreints du fascisme que de la pègre roumaine. Le pourcentage de délinquants parmi les Roumains équivaut à celui des autres pays de niveau socio-économique comparableSelon l'Office des Nations unies contre les drogues et le crime sur [httl://www.unodc.org] ou of world by intentional homicide rate.svg, mais les citoyens roumains en général et les Roms de Roumanie en particulier sont l'objet de phobies racistes, comme en témoignent les déclarations contraires à la réalitéSelon Nicolae Păun, député et porte-parole du parti des Roms Partida le Romenge sur Nicolae Păun's page at the Romanian Chamber of Deputies. et violant la Convention européenne des droits de l'hommeSelon Viviane Reding, commissaire européenne à la Justice, aux Droits fondamentaux et à la Citoyenneté sur « Roms : Bruxelles va déclencher deux procédures d'infraction contre la France » dans Le Monde du . de certains dirigeants français (voir plus bas « par pays »).

Manifestations par pays France En France aucune loi n'interdit les propos, dessins ou sketches roumanophobes : le cinéaste Cristian Mungiu a pu être représenté par Les Guignols de l'info en mendiant harcelant Steven Spielberg ; le Petit Journal de Canal + a affirmé que Mungiu . ; Charlie hebdo a représenté la tenniswoman Simona Halep en ferrailleuse prête à recycler sa coupe gagnée à Roland-Garroshttps://www.leparisien.fr/societe/roumanie-emoi-apres-une-caricature-de-simona-halep-dans-charlie-hebdo-15-06-2018-7774503.phphttps://www.lequipe.fr/Tennis/Actualites/Une-caricature-de-simona-halep-fait-polemique-en-roumanie/911773 ; la gendarmerie nationale a titré une parodie d'Astérix et Obélix pour se féliciter d'avoir arrêté deux délinquants venus de Roumanie. ; des hommes politiques en cours de mandat comme Nicolas Sarkozy président de la République« Expulsions des Roms : que dit le droit ? », Manuel Valls ministre et dans Le Point sur , Éric Ciotti députéVar-Matin du , page 3, rubrique « Le fait du jour ». ou Claude Guéant ministre de l'intérieur ont plusieurs fois accusé les Roumains d'augmenter la délinquance en FranceClaude Guéant en 2010 : . Les statistiques ethniques étant interdites en France par l'article 8 de la loi « Informatique et libertés » de 1978 , Guéant appuie son affirmation sur une donnée partielle et approximative que Libération rectifie, en précisant que la source ne concerne que l'agglomération parisienne, qu'elle incrimine des sans prouver leur appartenance ethnique ni préciser de quel pays ils sont issus, et qu'une augmentation de 259 % équivaut à une multiplication par 3,5 : voir Cédric Mathiot, liberation.fr, 9 septembre 2010 : Délinquance: tous les chiffres mènent aux Roms..

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