L’Union patriotique est un ancien parti politique espagnol fondé en par le dictateur Miguel Primo de Rivera et destiné à devenir le parti unique du régime, en lieu et place de tous les partis politiques existants.
Synthèse Au lendemain du coup d'État de Primo de Rivera de , le pouvoir militaire central gouverna, à titre transitoire, par l’intermédiaire des gouverneurs civils, assistés chacun de délégués gouvernementaux dépêchés par Primo de Rivera dans les villes et communes, avec l’objectif premier de mettre un terme au fléau du caciquisme.
Dans la suite, voulant associer les civils au nouveau régime, Primo de Rivera se proposa de doter la dictature d’un instrument citoyen qui, sans être habilité à définir les objectifs ni les politiques à appliquer, se chargerait de leur mise en œuvre et de l’administration de l’État, mettant ainsi en pratique le mot d’ordre régénérationniste « moins de politique, plus d’administration », en plus de lui fournir une caution publique constante et d’assurer sa mainmise sur l’État. Cette force politique, sous les espèces d’un parti unique officiel (quoiqu’aspirant à être un mouvement civique plutôt qu’un parti politique, dans un refus explicite de tout caractère de parti), aurait pour tâche de mobiliser la société civile, de construire et d’organiser une base sociale d’appui au régime, et de faire surgir une nouvelle classe dirigeante appelée à prendre en main les institutions politiques laissées vacantes. Il s’agirait d’unir, sans égard à la classe sociale, « tous les Espagnols de bonne volonté » et d’« idées saines » autour des principes de la « religion, de la patrie et de la monarchie » ; la dénomination d’« Union » devait symboliser l’unité de la patrie, en opposition aux caciques traditionnels et aux politiciens qui avaient conduit l’Espagne au désastre de 1898 et à une incessante conflictualité sociale.
Deux structures existantes s’offraient pour servir de soubassement au nouveau mouvement à créer : d’une part le groupe paramilitaire Somatén, ranimé par la dictature pour pouvoir remplir sa promesse de restauration de l’ordre public, mais bientôt écarté comme socle du nouveau parti en raison de son habillage fasciste, et d’autre part les militants laïcs catholiques de l’ACNdP, pour qui le processus engagé par le coup d’État offrait un champ propice à la réalisation des objectifs du catholicisme social, but ultime de leur activité publique et motif supérieur d’adhésion au nouveau régime ; ces propagandistas, issus de la droite catholique antilibérale et antidémocratique, dirigés par Ángel Herrera, allaient s’affairer dès 1923 à fonder des Unions patriotiques, d’abord en Vieille-Castille, puis ailleurs en Espagne, et constituer ainsi un faisceau d’organisations embryonnaires spontanées, bases du futur grand parti national de la droite catholique en Espagne. Le catholicisme social disposait de toutes les qualités souhaitables pour un dictateur avide de reconnaissance, à savoir : capacité éprouvée de propagande et de mobilisation de masse, implantation dans une grande partie de l’Espagne, positionnement pragmatique, et une doctrine s’accordant avec les principes du régime, dont en particulier une conception du parlementarisme à l’unisson avec une vision organique de la société et de la représentation politique — doctrine, du reste, conforme aux orientations pontificales.
En , l’UP fut officiellement instituée, tandis que sa structure de fonctionnement au niveau national ne devait voir le jour qu’en , lors d’une assemblée nationale à Madrid, avec adoption de statuts prévoyant une organisation rigidement hiérarchisée et strictement pyramidale. Les comités UP locaux, dans les provinces et dans les municipalités, ces dernières régies désormais par un nouveau statut, devaient servir de vivier pour suppléer aux postes rendus vacants par suite du coup d’État, toutefois sur nomination par les gouverneurs civils.
Les affiliés étaient des personnes issues de la droite traditionnelle catholique (antilibérale et antidémocratique), du maurisme et d’autres groupes conservateurs, ainsi que des apolitiques de tout bord et de simples opportunistes, mais aussi d’anciens caciques opportunément reconvertis. Outre les petits propriétaires agricoles de la Vieille-Castille, répondirent aussi à l’appel de l’UP la bourgeoisie rurale et les couches moyennes urbaines, attirées par la promesse d’ordre social et lassées des abus du régime antérieur.
Parti créé d’en haut, « à partir du pouvoir et par le pouvoir » (selon l’expression de Calvo Sotelo), l’UP, incrustée dans les organismes officiels, politiquement inefficace, docilement subordonnée à une politique dictatoriale brouillonne, allait de plus en plus figurer comme simple organe de propagande et de prosélytisme au service du nouveau régime, et ses membres se retrouver relégués au rang de simples exécutants de la politique gouvernementale, sans guère d’autonomie d’action de ses organes locaux. Au surplus, Primo de Rivera, entraîné dans une défense à outrance de son régime face aux oppositions croissantes, la transforma en en une organisation parapolicière, en l’investissant de missions d’enquête et de renseignement en association avec le Somatén.
Idéologiquement, le parti s’adossait aux courants les plus marquants de la droite radicale européenne et avait fait siens les lieux-communs du conservatisme traditionaliste espagnol, à savoir : identification de la nation espagnole à la monarchie et au catholicisme ; conception organiciste et inégalitaire de la société nationale ; antiparlementarisme et antipolitisme ; anticommunisme primaire ; centralisme ; soutien à la famille comme cellule principale de la nation ; et défense de la propriété privée comme institution de droit naturel — principes que venaient compléter les valeurs classiques de la pensée bureaucratique de l’armée : militarisme, ordre, discipline, hiérarchie et autorité. Toutefois, en dépit de quelques oripeaux fascistes, ni l’UP, ni sa section de jeunesse JUP ne présentaient de parenté effective avec les fasci italiens, plusieurs éléments traçant en effet une ligne de démarcation infranchissable entre l’expérience mussolinienne et la dictature primorivériste, dont notamment le poids décisif de l’Église, la référence à la Couronne, et le fait que le système socio-économique en vigueur, malgré quelques réformes dans le sens corporatiste et étatiste, ne fut jamais remis en cause.
Après la démission de Primo de Rivera en , l’UP, victime de défections massives et bientôt dissous, vit une partie de ses anciens membres rejoindre l’éphémère UMN, héritier supposé de l’UP, cependant que les autres, oublieux de leur ostensible apolitisme, renouaient avec la tant décriée politique de partis, si bien que l’UP finit par servir de vivier de futurs dirigeants pour les partis de droite sous la subséquente République.
Histoire Prémisses et fondation Quelques mois après l’instauration de la dictature de Primo de Rivera en , le dictateur commença à s’aviser qu’il ne suffisait pas, pour « régénérer » le pays, de mettre fin à l’« oligarchie » et d’« éradiquer le caciquisme », selon ce qu’il s’était proposé, mais qu’il était nécessaire également de mettre en place une « politique nouvelle », qui s’appuierait sur des « gens aux idées saines » et sur les hommes « de bonne foi » disposés à s’intégrer dans un « parti politique, mais apolitique, exerçant une action politico-administrative ». Il s’agirait d’une force politique qui, sans être habilitée à définir les objectifs ni les politiques à appliquer, se chargerait de l’administration de l’État, mettant ainsi en pratique le mot d’ordre régénérationniste « moins de politique, plus d’administration ».
Un décret royal d’ institua la figure du délégué gouvernemental (« Delegado Gubernativo »), situé à un échelon de pouvoir immédiatement inférieur à celui de gouverneur civil. Chaque gouverneur civil disposerait, pour chacune des circonscriptions judiciaires de sa juridiction, d’un tel délégué, selon le mode de fonctionnement très hiérarchisé caractéristique des forces armées. Ces délégués devaient nécessairement être des gradés (jefe ou capitaine) de l’armée espagnole, et avaient pour missions principales de faire rapport à leur supérieur de tout problème ou incident survenu dans les communes de sa circonscription judiciaire et d’inspecter et d’orienter les activités des municipalités jusqu’à la promulgation du décret régulant lesdites activités. Outre ce travail de surveillance, ils agissaient comme envoyés de Primo de Rivera dans les villes et communes, avec l’objectif premier d’affronter le caciquat, et comme agents de la future Union patriotique nationale.
Le , le Círculo Católico Agrario (Cercle politique agraire) de Valladolid publia le manifeste fondateur de l’Unión Patriótica Castellana (UPC), lequel comportait un appel aux citoyens à rejoindre massivement la nouvelle organisation. Selon Ramiro de Maeztu, les principaux points d’attrait du manifeste primorivériste étaient l’orientation patriotique, le sens de l’ordre, et l’esprit traditionaliste.. Le mois suivant venaient se joindre à l’UPC les « Unions patriotiques » d’Avila, de Burgos et de Palencia, et, en dehors de l’actuelle communauté autonome de Castille et Léon, celle de Séville. En , des Unions furent fondées à Ségovie, Logroño, Tolède et Cadix, suivies en avril par celles de Valence, Ciudad Real, Badajoz, Santander et Madrid. Son premier président était le professeur catholique Eduardo Callejo, fort proche d’Ángel Herrera Oria, le fondateur et promoteur de l’Asociación Católica Nacional de Propagandistas (ACNdP). Un catholicisme traditionaliste et corporatiste, s’érigeant en défense de la propriété et des valeurs agraires, en constituaient le noyau idéologique initial.
vignette|Le général Miguel Primo de Rivera, qui s’était emparé du pouvoir en Espagne par un coup d’État en 1923 et autour de la figure duquel s’articulait l’activité politique de l’Union patriotique.
Au printemps 1924, en dépit de la promesse faite à sa prise de pouvoir par Primo de Rivera et portant que sa dictature serait temporaire, c’est-à-dire aussi longtemps que durerait la phase dite « parenthèse constitutionnelle », il apparut bientôt que la dictature se prolongerait indéfiniment. Le voyage officiel de Primo de Rivera en Italie avait fini par le convaincre de la nécessité de faire perdurer la dictature et de la doter d’un instrument citoyen qui par le biais de manifestations, de plébiscites et d’actions de propagande, pourrait l’assister, en plus de lui fournir une caution publique constante. Il semble que ce fut début avril 1924 qu’à cette fin Primo de Rivera résolut de mettre la main sur l’UPC, afin de construire à partir d’elle le parti unique du nouveau régime.
La reconnaissance officielle de l’UP comme parti national n’intervint pas avant . Le gouvernement central adressa le une circulaire aux délégués gouvernementaux et aux gouverneurs civils par laquelle il les requit d’« unir et d’organiser tous les hommes de bonne volonté afin de les préparer pour le moment où le Directoire aurait achevé d’accomplir sa mission ». Cette missive fut la première d’une série d’instructions et de consignes adressées au gouverneurs civils et destinées à piloter, par le truchement des délégués de gouvernement, le processus de fondation de sections de l’UP dans les différentes communes. Cette structure simple et hiérarchisée, typiquement militaire, comprenant les gouverneurs civils et des délégués de gouvernement pour les assister, présentait l’avantage de pouvoir aisément être mise en place dans toutes les provinces d’Espagne.