Confiance d'Alexandre de Macédoine en son médecin Philippe (en ) est un tableau du peintre polonais et russe de style académique Henryk Siemiradzki (1843-1902), réalisé en 1870. Il est conservé au musée national des Beaux-Arts de Biélorussie, à Minsk. Il y est repris à l'inventaire sous le n° РЖ-712. Ses dimensions sont . La toile représente Alexandre le Grand, sur le point de boire une potion préparée par son médecin Philippe d'Acarnanie, qui se tient à côté de son lit.

Le tableau a été créé sur un thème proposé dans le cadre d'un concours de l'Académie russe des beaux-arts au début de l'année 1870 . Á l'automne de la même année, la toile de Siemiradzki et celles de ses concurrents étaient prêtes et exposées à l'exposition académique à Saint-Pétersbourg. Les résultats du concours ont été proclamés en novembre 1870, et par décision unanime des membres du Conseil de l'Académie, c'est Siemiradzki qui l'a emporté et a reçu la grande médaille d'or de premier rang , lui ouvrant l'accès pendant six ans à un voyage d'étude à l'étranger aux frais de l'Académie russe des beaux-arts .

Le critique d'art Vladimir Stassov étudie la toile Confiance d'Alexandre le Grand en son médecin Philippe et constate la force, le goût, la maîtrise qui s'en dégage, tout en remarquant l'étude consciencieuse faite par Siemiradzki des découvertes de l'histoire et de l'archéologie moderne , qui lui annonçait un brillant avenir . La critique d'art Tatiana Karpova attribue les mérites de la toile à « l'élégance de ses lignes, la clarté des silhouettes des personnages, l'harmonie des couleurs ». Selon le critique Pavel Klimov, avec ce travail, l'artiste a « montré à lui-même et à son entourage, qu'il maitrisait parfaitement la technique et qu'il était prêt à prendre une voie artistique indépendante ».

Histoire vignette|gauche|Médaille d'or de l'Académie des beaux-arts. thumb|Bas-relief du sculpteur français André-Joseph Allar : Alexandre buvant tandis que son médecin Philippe lit la lettre de Parménion (1869). Évènements antérieurs et concours académique

De 1864 à 1870, Siemiradzki étudie à l'Académie impériale des beaux-arts, à Saint-Pétersbourg, d'abord comme auditeur libre jusqu'en avril 1866, puis comme étudiant ordinaire. Ses mentors étaient Carl Wenig et Bogdan Willewalde . En 1866-1867, Siemiradzki obtient une petite médaille d'argent et deux grandes pour des dessins et une étude sur la nature. En 1868, pour son tableau sur l'anecdote de Diogène et l'écuelle superflue(Diogène Laerce,Vies, doctrines et sentences des philosophes illustres VI, 37), dont l'intrigue est basée sur l'un des épisodes de la vie de ce philosophe grec ancien, il reçoit une petite médaille d'or de l'Académie des Beaux-Arts qui lui donne le droit de participer au concours de l'Académie russe des Beaux-Arts dont le prix est une grande médaille d'or.

Le thème du concours pour la grande médaille d'or a été annoncé au début de l'année 1870 : Confiance d'Alexandre le Grand en son médecin Philippe. Ce n'était pas le premier concours académique sur ce sujet. En 1830, les peintres historiques s'étaient vu proposer de : « Représenter Alexandre le Grand au moment où, étant malade et ayant reçu une lettre de dénonciation suivant laquelle son médecin Philippe voulait l'empoisonner, il ne croit pas en cette dénonciation et prend le médicament, tout en donnant à Philippe la lettre de dénonciation pour qu'il la lise ». C'est le peintre Jan Ksawery Kaniewski qui se voit attribuer la médaille d'or de second rang lors du concours de l'année 1830 pour son tableau Confiance d'Alexandre en son médecin Philippe. Par ailleurs, en 1836, un dessin sur le même thème d'Alexandre et Philippe est réalisé par Taras Chevtchenko alors qu'il est encore étudiant à Saint-Pétersbourg.

vignette|gauche|250px|Vassili Petrovitch Verechtchaguine Confiance d'Alexandre de Macédoine en son médecin Philippe alors qu'il est gravement malade (1870, Musée russe). vignette|Alexandre le Grand montre sa confiance en son médecin Philippe Taras Chevtchenko.

Dans une lettre du calendrier julien, Henryk Siemiradzki écrit à sa famille: « Finalement on nous a communiqué le thème de la médaille d'or et il est meilleur que celui de Diogène; c'est un épisode de la vie d'Alexandre de Macédoine ». Un des artistes qui a peint un tableau sur le même sujet était l'étudiant de l'Académie Mitrophane Verechtchaguine . Il y avait d'autres participants au concours, en tout cinq ou six tableaux ont été réalisés. On sait également que des sculpteurs ont présenté des reliefs, parmi lesquels Alexandre Sniguirevsky et Piotr Dyliov .

Après l'annonce du thème du concours, les participants devaient soumettre une esquisse de leur future composition. Ils travaillaient sur ces esquisses dans l'isolement total, ils n'étaient pas autorisés à quitter leur lieu de travail, leur nourriture et leur thé leur étaient apportés sur place. Quand l'esquisse était prête, elle était soumise à la direction de l'Académie et conservée par elle sans pouvoir encore être modifiée. Elle devait être réalisée dans des ateliers spécialement aménagés à cet effet, dans la stricte confidentialité, comme dans une résidence surveillée. Les étrangers n'étaient pas admis dans ces ateliers, seuls les enseignants en service y avaient accès, ainsi que les modèles qui y avaient été invités pour la pose à telle ou telle heure du jour.

En mars 1870, le grand-prince Vladimir Alexandrovitch de Russie visite l'atelier de Siemiradzki . Il occupait depuis 1869 le poste de vice-président de l'Académie dont il devint président en 1876. Dans une lettre à sa famille du Siemiradski écrit que deux semaines plus tôt, Vladimir Alexandrovitch « avait posé quelques questions sur le travail commencé, demandé dans quel local se trouverait Alexandre de Macédoine, puis avait examiné les esquisses, regardé quelques ouvrages sur la table, et était sorti en me souhaitant la fin réussie de mon travail ». Durant cette période de réalisation de la toile, la situation financière de Siemiradzki s'est détériorée du fait qu'il a dû refuser des commandes de particuliers qui représentaient auparavant une source substantielle de ses revenus. Pour pouvoir rembourser ses dettes, le le peintre a introduit une demande d'allocation à la direction de l'Académie. Sa demande a été satisfaite et il a reçu .

vignette|droite|250px|Lavrenti Seriakov Confiance d'Alexandre de Macédoine en son médecin Philippe (gravure d'après le tableau de Siemiradzki, 1870). Á l'automne 1870, d'autres peintres ont présenté leur toile de participation au concours lors d'une exposition de l'Académie ensemble avec d'autres œuvres. Dans une lettre à ses parents datée du Siemiradzki explique que deux jours plus tôt il avait déjà installé sa toile dans la salle où l'exposition devait avoir lieu, « dans un cadre doré sur un mur de couleur sombre qui le mettait en valeur ». Il écrit aussi qu'il continue à peaufiner sa toile, debout dans l'escalier ». Selon lui, l'exposition devait ouvrir à la fin du mois de septembre. Au cours de l'exposition, une gravure réalisée par la graveur Lavrenti Seriakov, reproduisant le tableau a été publiée dans la revue Vsemirnaïa IllioustratsiaVsemirnaïa Illioustratsia, périodique page 809 en 1870. Le critique Vladimir Stassov écrit un article de synthèse sur l'exposition académique dans lequel il souligne le potentiel de Siemiradzki et sa toile destinée au concours: « Il me semble qu'il faut lui donner la médaille d'or avant tout le monde et envoyer cet artiste à l'étranger le plus rapidement possible. Pour de nombreuses raisons il semble qu'il est promis à un brillant avenir ». Dans l'ensemble, les autres critiques appréciaient le tableau de Siemiradzki, en particulier Pavel Kovalevski.

Les résultats du concours ont été proclamés le et par décision unanime des membres du conseil de l'académie le premier prix a été attribué à Siemiradzki, à qui a été offerte la grande médaille d'or de premier rang. L'artiste était très heureux de son succès et écrivit: « Ce fut l'un des jours les plus glorieux de ma vie. L'examen a été très rigoureux, et parmi les participants il n'y a que moi qui ai obtenu une médaille d'or ». Le fait que Siemiradzki était le favori du concours était connu avant la fin et le peintre écrit à ses parents à la fin du mois d'octobre: « Dans quelques jours, c'est-à-dire le 4 novembre, aura lieu la distribution des prix et je recevrai une médaille, cela ne fait aucun doute, et bien que rien ne soit encore officiel, tout le monde le sait. ». Ensemble avec la médaille, Siemiradzki a reçu le titre d'artiste classique du premier degré et le droit à six années comme boursier de l'Académie des beaux-arts à l'étranger . Mitrophane Verechtchaguine a obtenu la médaille d'or du second degré. Sa toile Confiance d'Alexandre de Macédoine en son médecin Philippe durant une grave maladie est conservée au Musée russe à Saint-Pétersbourg (toile, huile, , inventaire Ж-9149 .

Évènements ultérieurs

Siemiradzki a commencé sa carrière comme pensionnaire de l'académie des beaux-arts en août 1871, et à partir de mai 1872 il vit et travaille à Rome. En 1873, il termine le travail sur le grand tableau intitulé La Pécheresse, et en 1876 celui sur la grande toile Les Torches de Néron. Jusqu'en 1877, il résidait en Italie en qualité de pensionnaire de l'académie, mais ensuite il a décidé de rester à Rome plutôt que de retourner en Russie.

En 1881, sa toile Confiance d'Alexandre de Macédoine en son médecin Philippe est présenté à l'exposition de sculpture et de peinture qui se tient dans les salles de l'Académie des beaux-arts de Saint-Pétersbourg. En 1882, la toile est exposée lors de , qui se tient à Moscou. Ce sont de Siemiradzki qui sont présentées lors de l'exposition : Confiance d'Alexandre de Macédoine, La Pécheresse, , Une orgie à Capri sous Tibère et une copie réduite de Les Torches de Néron (ou Lumières du christianisme).

Pendant longtemps le tableau Confiance d'Alexandre de Macédoine en son médecin Philippe est resté la propriété de l'Académie des beaux-arts. C'est sous ce nom qu'il figure dans le catalogue de peinture russe de cette académie dans lequel elle est inventoriée sous le numéro 186. Selon ce catalogue, le musée possédait également sept autres croquis de Siemiradzki, mais réalisés pour d'autres tableaux.

vignette|gauche|250px|Vassili Sourikov. L'apôtre Paul explique les dogmes de la foi en présence du roi Agrippa, de sa sœur Véronique et du proconsul Festa (1875, Galerie Tretiakov). À la suite des modifications qui ont suivi la révolution, à partir de 1918, au début des années 1920, la toile, tout en restant au musée de l'académie, a été attribuée à l'Institut technique et artistique supérieur de Leningrad. En 1923, il est transféré au Musée russe, mais sept ans plus tard il retourne au musée de l'Académie des beaux-arts, qui faisait alors partie de l'Institut Répine. En 1931, le musée a été dissous et la toile transmise à la Galerie Tretiakov, où elle est conservée jusqu'en 1957 . Le numéro d'inventaire attribué à la toile à la Galerie Tretiakov est 20803. Dans le coin inférieur droit de la toile figure un autre numéro, le 2355, (probablement le n° attribué par le Musée russe) .