Farhat Hached (), né le à El Abassia (Kerkennah) et assassiné le près de Radès, est un dirigeant syndical et nationaliste tunisien.

En 1946, à 32 ans, il a unifié le syndicalisme de son pays sous la bannière de l'Union générale tunisienne du travail, dont il est élu secrétaire général à l'unanimité, puis lui a donné une notoriété internationale pour renforcer la cause de l'indépendance face au pouvoir colonial français. Avec Habib Bourguiba et Salah Ben Youssef, il est l'un des principaux chefs de file du mouvement national tunisien.

Alors que le premier est arrêté et le second recherché, la nouvelle de son assassinat en , après des menaces par voie de presse, déclenche des grèves et manifestations dans une quinzaine de pays, qui dégénèrent au Maroc par les émeutes des 7 et 8 décembre à Casablanca.

Selon les historiens, il a été assassiné par la Main rouge, une organisation armée défendant la présence française en Tunisie., qui servait de paravent au SDECE, le service de renseignement placé sous l'autorité directe du président du Conseil français., Antoine Pinay., qui avait consulté le résident général Jean de Hauteclocque.

Jeunesse Formation Fils de Mohamed Hached, un pêcheur, et de Hana Ben Romdhane, il reste huit ans à l'école franco-arabe du village de Kellabine. Il y obtient en 1929 le certificat d'études primaires., mais la mort de son père l'oblige à interrompre ses études et à entrer dans la vie professionnelle.

Expériences professionnelles En 1930, il devient employé à la Société tunisienne des transports automobiles du Sahel basée à Sousse. Adhérant de la Confédération générale du travail (CGT) dès 1936, il devient rapidement secrétaire du syndicat, puis accède à des responsabilités aux niveaux local et départemental, avant d'être soutenu dans l'accession aux responsabilités nationales par les dirigeants de la CGT, dont le secrétaire général Albert Bouzanquet. Il semble être renvoyé de son entreprise en 1939 pour avoir présenter des revendications syndicales dans Tunis socialiste.

Alors que les syndicats sont dissous par le régime de Vichy en , il prépare un concours d'entrée aux travaux publics et se marie. Affecté à Sfax, il participe à la reconstitution de son syndicat après la libération de la Tunisie, en .

Dirigeant syndical Délégué au congrès départemental de la CGT, tenu en , il est écarté par la nouvelle direction communiste à qui il reproche un comportement antidémocratique et sectaire, puis démissionne de son poste en en entraînant de nombreux syndicalistes tunisiens. Dès le mois de , Hached prend l'initiative, avec d'autres syndicalistes tunisiens, de fonder un syndicat autonome. Il commence par l'Union des syndicats libres du Sud à Sfax, fixant comme priorité la justice sociale, l'égalité entre les travailleurs tunisiens et leurs homologues français et l'indépendance nationale. À Tunis, il crée, en 1945, l'Union des syndicats indépendants du Nord.

Fondateur de l'UGTT Le , le congrès constitutif d'une organisation commune regroupant les syndicats autonomes du Nord et du Sud et la Fédération générale tunisienne du travail fondée en 1936, crée l'Union générale tunisienne du travail (UGTT). Hached est élu à l'unanimité comme le premier secrétaire général de la nouvelle centrale, à l'âge de trente-deux ans. Jean Lacouture le décrit dans ces termes quelques années plus tard. : Je ne crois pas qu'aucun de ses adversaires les plus acharnés lui ait jamais dénié la force de sympathie : C'est un homme trapu qui vous accueille, la main tendue, le regard bleu et rieur dans un visage rond au teint clair. La voix aigüe surprend chez cet homme vigoureux à l'encolure de lutteur. Une petite moustache rousse, coupée court, accentue le type occidental du leader syndicaliste.

Soutien au mouvement national Dès le départ, Hached inscrit le mouvement syndical dans la lutte pour l'indépendance. Autonome et indépendant, il est un appui important et fidèle pour le mouvement national animé et dirigé par le Néo-Destour. Les grèves, les mouvements de protestations et les manifestations de rue se multiplient pour réclamer l'indépendance et l'amélioration des conditions de vie et de travail des Tunisiens. L'UGTT, sous la direction de Hached, joue un rôle primordial dans le déclenchement, l'encadrement des mouvements et la radicalisation des revendications populaires.

de l'UGTT : une force d'initiative Le quatrième congrès de l'UGTT, en , voit Hached dresser son bilan : après cinq ans à sa tête, elle compte désormais , de toutes catégories et de toutes les régions du pays.

L'UGTT constitue une force d'initiative pour structurer la société autour de composantes de la société civile dans les domaines politiques (avec les comités de garanties constitutionnelles) ou sociaux (avec les comités de la cherté de la vie).

Avec son programme économique et social et les chapitres sur les libertés, l'UGTT dote le mouvement national d'un agenda national pour l'après-indépendance. Une vraie guérilla sociale est alors menée de façon organisée et systématique contre les autorités du protectorat français.

Soutien international L'adhésion de l'UGTT en 1949 à la Fédération syndicale mondiale lui garantit une représentation internationale. Désormais, la création d'une union syndicale nord-africaine devient une priorité pour Hached qui encourage les syndicalistes marocains et algériens à créer des syndicats autonomes et les Libyens à mettre en place des structures syndicales.

Son adhésion à la Confédération internationale des syndicats libres (CISL) en 1951 mène Hached, à se faire élire au comité exécutif, où il tisse des liens de solidarité, de réunion en réunion (Afrique du Nord, Milan, etc.).

Leader national en 1952 Dès le , un communiqué officiel français avait accepté le premier vrai gouvernement tunisien, présidé par M'hamed Chenik avec la participation du Néo-Destour, chargé de négocier l'autonomie interne.. Le , Chenik soumet à Paris un mémorandum pour une nouvelle étape vers l'autonomie interne, auquel répond une note du , évoquant des négociations. Mais le , Jean de Hauteclocque arrive à Tunis à bord du croiseur Le Mercure. puis remplace, le résident général de France, Louis Périllier. Il juge le second gouvernement Chenik coupable d'avoir porté plainte à l'ONU contre la France, requête déposée au même moment, et demande sans succès son retrait puis instaure le couvre-feu et l'état d'urgence, interdit toute activité politique, fait ratisser le cap Bon par la Légion étrangère et arrêter Habib Bourguiba avec d'autres leaders nationalistes.. Autre leader important, Salah Ben Youssef est en mission auprès de l'ONU.

À la mi-mars, Antoine Pinay devient président du Conseil en France. Dès son élection, il écarte les projets de souveraineté interne de la Tunisie., que Bourguiba considérait comme mais qui pour lui Jean de Hauteclocque.

Deux semaines après, le , ce dernier demande cette fois le départ du chef du gouvernement tunisien, Chenik, via un ..

Lamine Bey témoigne alors et refuse. Le , De Hauteclocque fait déporter dans le Sud tunisien, à Kébili, quatre ministres — Mahmoud El Materi, Mohamed Salah Mzali, Mohamed Ben Salem — et Chenik lui-même, suscitant à Paris. C'est un coup de force, lui-même, quand toutes les relations avec l'extérieur sont coupées et que les troupes investissent Tunis. pour assiéger son palais.. De Hauteclocque dans la Dépêche tunisienne du .. Deux jours seulement après ce coup de force à Tunis, appelé en consultation par la CISL, il arrive à Bruxelles le pour y avec le secrétaire général Jacobus Hendrik Oldenbroek.. Dans la foulée, il repart en mission aux États-Unis pour une deuxième mission, du au .

Le gouvernement français n'est pas unanime sur ce coup de force.. Le ministre de la Défense René Pleven reproche à Vincent Auriol d'avoir laissé faire, sans destituer De Hautecloque. Dans ses mémoires, Auriol décrit même un ..

Dans ce contexte, l'UGTT se retrouve en première ligne en assumant la responsabilité de diriger la résistance politique et armée contre les autorités du protectorat. En effet, elle reste protégée par la loi sur les libertés syndicales et le soutien de la CISL, des syndicalistes américains ainsi que des démocrates qui sont alors au pouvoir aux États-Unis.

Chef de file du mouvement national et chef de la résistance, Hached organise secrètement les groupes d'activistes dans les locaux de l'UGTT pour mener des attaques armées contre les symboles de l'autorité française. Il mène également des actions de grèves et de mobilisations malgré l'arrestation de plus de .

Hached repart en voyage en avril auprès de la CISL à Bruxelles puis aux États-Unis (Washington et New York) pour porter la voix de la Tunisie au moment où les questions tunisiennes et marocaines sont débattues au Conseil de sécurité de l'ONU. Le gouvernement d'Antoine Pinay se trouve alors acculé à présenter un nouveau plan de réformes, qui est cependant jugé en trompe-l'œil et inadapté. Hached suggère au bey de Tunis de réunir un conseil de quarante personnalités représentatives de l'opinion tunisienne afin d'étudier ce plan et de lui présenter leur avis le . Lamine Bey suit son conseil, puis annonce son rejet, dûment circonstancié, de l'annonce de Pinay.

Assassinat Menaces Il devient alors l'homme à abattre en raison du danger qu'il représente pour les intérêts de la colonisation en Tunisie et en Afrique du Nord en général. Dès le mois d'octobre, des officines diverses au sein des services secrets français commencent à étudier divers plans : son éloignement du territoire tunisien, son emprisonnement, sa mise en résidence surveillée voire son assassinat. Pendant ce temps, il fait l'objet d'une surveillance permanente et les menaces se multiplient à travers des tracts signés de la Main rouge. Des actes de sabotage et de plastiquage de sa maison et des menaces contre sa famille se multiplient..

Les appels au meurtre se font insistants une semaine seulement avant l'assassinat.. On peut notamment lire dans le petit hebdomadaire nord-africain Paris, proche des colons français. et dirigé par Camille Aymard : Avec Ferhat Hached et Bourguiba, nous vous avons présenté deux des principaux coupables. Nous en démasquerons d'autres, s'il est nécessaire, tous les autres, si haut placés soient-ils. Il faut, en effet, en finir avec ce jeu ridicule qui consiste à ne parler que des exécutants, à ne châtier que les du crime, alors que les vrais coupables sont connus et que leurs noms sont sur toutes les lèvres. Oui, il faut en finir, car il y va de la vie des Français, de l'honneur et du prestige de la France. dit un proverbe syrien. C'est là qu'il faut frapper aujourd'hui. Tant que vous n'aurez pas accompli ce geste viril, ce geste libérateur, vous n'aurez pas rempli votre devoir et, devant Dieu qui vous regarde, le sang des innocents retombera sur vousL'Observateur, , 11 décembre 1952, ..

Guet-apens

vignette|Photo prise après son assassinat.

Au matin du , un guet-apens est réalisé pour éliminer Hached. Une première voiture le suit, à la sortie de Radès, ville de la banlieue sud de Tunis où il habite. Des rafales de mitraillettes sont tirées de la voiture qui s'enfuit à toute allure. Blessé à l'épaule et à la main, Hached trouve la force de quitter sa voiture. Le chauffeur d'une camionnette circulant en sens inverse le recueille. Toutefois, une autre voiture arrive en direction de Tunis. Pensant arriver plus vite à l'hôpital, Hached quitte le camionneur pour monter dans l'autre voiture. On retrouve son cadavre une heure et demie plus tard, une balle dans la tête..

À midi, la radio annonce sa mort qui provoque un soulèvement dans tout le pays ainsi que des manifestations à Casablanca., au Caire, à Damas, à Beyrouth, à Karachi, à Jakarta, à Milan, à Bruxelles et à Stockholm.