René Rivard est un muséologue québécois et canadien. En 1970, il est nommé surintendant du Service des lieux historiques nationaux pour l’Ontario et le Québec, puis en 1973, il est promu directeur du Service d’interprétation et réalisation d’expositions à Parcs Canada, au Québec. En 1980, il devient conseiller-consultant en conception et développement de musées et de lieux du patrimoine, d’abord sous la bannière Muséart, avant de créer en 1987 l’agence Cultura bureau d’études. Expert-conseil de l’Unesco dans plusieurs pays d’Afrique, de 1978 à 1985, il est souvent associé au développement de la nouvelle muséologie au Québec et à l’étranger. Sur les conseils de son mentor, l’éminent muséologue français Georges Henri Rivière, il participe à la fondation de plusieurs écomusées.
Biographie René Rivard naît à Victoriaville, petite ville ouvrière des Bois-Francs, au Québec, le . Il est l’aîné d’une famille de sept enfants. Après ses études primaires et secondaires, il termine un High School à Chicago, avant de naviguer vers l’Italie en 1958 où il complète son Liceo au Collegio degli Scozzezi, à Rome. Il se rend ensuite en Californie et fait un an d’études au Claretville College, en banlieue de Los Angeles. Revenu au Québec, il termine en 1963 son cours classique au Collège de Victoriaville, ce qui lui vaut un Baccalauréat des Arts de l’Université Laval, à Québec. Après avoir occupé quelques emplois dans sa région natale, il est nommé en 1968 directeur du Centre de main-d’œuvre du Canada à Chandler, en Gaspésie. Deux ans plus tard, il est promu directeur-surintendant des Lieux historiques nationaux du Canada au Québec et en Ontario. Ainsi s’amorce sa carrière en patrimoine.
En 1973, le Service des Lieux historiques nationaux est jumelé à celui des Parcs nationaux sous le nom de Parcs CanadaMinistère des Affaires indiennes et du Nord : Rapport annuel, Année financière 1973-1974. Information Canada, Ottawa, 1974. No de catalogue R1–1974. Publication AINC, No QS-3148-000-BB-A 1, page 6.. Il y est alors promu directeur du nouveau Service d’interprétation et réalisation d’expositions, pour le Québec. Il y développe avec son équipe de créateurs et de réalisateurs de nouvelles pratiques et productions d’interprétation, ce qu’il appellera par la suite la « muséologie des sujets »René Rivard, Paule Renaud : Objets et non-objets : nouvelle muséologie et développement culturel en action. 1994. Un communiqué lors du séminaire L'objet contemporain tenu au Musée de la civilisation, à Québec, les 14 et 15 mars 1994, et publié peu après dans Actes du séminaire L'objet contemporain.. Ainsi s’amorce sa carrière en muséologie car ces nouvelles méthodes donneront une forte impulsion à la « muséologie des objets » jusqu’alors pratiquée dans les musées québécois. En 1978, l’Unesco lui confie une première mission d’expertise-conseil au Cameroun pour l’établissement de son Musée national. Il en fera une dizaine d’autres jusqu’en 1985, travaillant au Niger, au Burkina Faso, en Ouganda, au Kenya, au Rwanda, en Égypte, en Algérie, à Kinshasa et en Tunisie. Il quitte Parcs Canada en 1980 pour devenir travailleur autonome et conseiller en patrimoine et en développement muséal. Il fonde une première agence nommée Muséart, puis une autre en 1985 avec quelques collègues, laquelle participera activement au développement de la méthodologie et de la programmation des expositions du futur Musée de la civilisation à Québec. En , il crée avec ses deux associées Paule Renaud et Joanne Blanchet, le bureau d’études Cultura, une agence toujours active aujourd’hui et dont il est le directeur général depuis ses tout débutsPaule Renaud, Cahier de réalisation de l’exposition « Un homme, une vision, des musées ». 2021. Écomusée du Fier monde, Montréal. 124 p..
Au fil de ses et plus de carrière en patrimoine et en muséologie, René Rivard participe à la création, au développement ou à la rénovation de quelque 270 musées, centres d’interprétation et lieux historiques et patrimoniaux. Il réalise plus de 75 expositions thématiques, surtout permanentes, donne près d’une centaine de conférences et d’ateliers, et publie une dizaine de livres et plus de , la plupart dans des revues spécialisées. D’autre part, il dispense de nombreuses formations au niveau universitaire, collégial et professionnel, en plus de s’impliquer dans plus d’une dizaine d’associations et d’organismes, nationaux et internationauxPaule Renaud, ibidem.
Reconnaissances
En , René Rivard reçoit l’Ordre du Fier monde pour services rendus à l’Écomusée du fier monde, musée citoyen de Montréal. En 2003, il est décoré de la médaille du Jubilé d’or de la Reine Elizabeth II pour son apport au monde muséal canadien. En 2012, il reçoit pour la même raison la médaille de son Jubilé de diamant. En 2002, ses pairs de l’Association des musées canadiens (CMA-AMC) le reconnaissent comme Fellow en muséologie. En 2000, le prix Carrière internationale lui est décerné par ICOM-Canada, le chapitre canadien du Conseil international des musées. En 1996, la Société des musées du Québec (SMQ) l’honore de son prix Carrière. En 1990, l’Association québécoise des interprètes du patrimoine (AQIP), dont il est membre-fondateur, lui décerne son prix Mérite.
Divers honneurs lui sont aussi conférés par le Conseil international des monuments et sites (ICOMOS-Canada) en 1996, le Gouvernement brésilien lors du Sommet de la Terre en 1992, le Mouvement international pour la nouvelle muséologie (MINOM) dont il est l’un des fondateurs et la Première Nation Ak-Chin de l’Arizona en 2001 pour l’aide apportée à la création de son écomusée Him Dak.
La nouvelle muséologie Dans sa carrière de muséologue, René Rivard assiste à l’évolution de la muséologie et visite plusieurs institutions culturelles à travers le monde où la nouvelle muséologie prend forme. Il participe également à de nombreux projets où les pratiques néo-muséologique sont mises en œuvre, où les démarches sont expérimentées et parfois avalisées.
Il faut dire qu’au début des années 1970, face à de nombreuses critiques qualifiées de crise par certains muséologuesBazin Germain, « crise de l’institution muséologique », dans Germain Bazin, André Desvallées, Raymonde Moulin, « Muséologie », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 13 mai, 2023., le monde muséal explore de nouvelles avenues de redressement et ce, à plusieurs endroits dans le monde. Des expériences innovantes sont tentées simultanément en France avec le développement des écomusées sous l’impulsion de Georges Henri Rivière (GHR) et de Hugues de Varine, et aux États-Unis avec les neighborhood museums tels ceux d’Anacostia à Washington, fondé par John Kinard, et d’El Museo del Barrio à New York. D’autres expériences écomuséales comme la Casa del museo initiée dans les banlieues de Mexico donneront à partir des années 1980 des centaines, voire des milliers de museos comunitarios et de museos escolares aujourd’hui dispersés dans tous les États du MexiqueEn 1979, Hugues de Varine définit la différence entre le musée traditionnel et le musée communautaire [ou écomusée...] par l'opposition de trois termes : « Le musée, au-delà des définitions savantes, c'était et c'est encore : un bâtiment plus une collection plus un public. Qu'en est-il en réalité de ces trois éléments et surtout qu'adviendra-t-il du musée dans les décennies à venir ? [...] Le bâtiment est remplacé par un territoire, qui est celui, bien délimité, d'une communauté. [...] La collection se compose de tout ce que comporte ce territoire et de tout ce qui appartient à ses habitants, immobilier comme mobilier, matériel ou immatériel. C'est un patrimoine vivant, en changement et en création constante. [...] Le public est la population du territoire concerné, tout entière, à laquelle peuvent venir s'ajouter, accessoirement et secondairement, des visiteurs extérieurs à la communauté. » dans Techniques + ARCHITECTURE, septembre 1979, no 326, , consulté le 14 mai 2023.
C’est aussi le cas en Suède où, grâce notamment au Riksutställningar (Centre national des expositions), est apparue une muséologie communautaire développant une muséographie d’avant-garde et une panoplie d’expositions thématiques interactives ou itinérantes portant sur des sujets de société révélateurs et engageants. Dans la péninsule ibérique se sont aussi développés divers musées et interventions patrimoniales d’avant-garde, comme à Molinos, dans le Teruel en Espagne, et à Portimao, Mertola et Alcobaças, au Portugal.
En Amérique du Sud, le Brésil se démarque avec plusieurs initiatives muséales menées dans les favelas de Rio et autres, ou avec le Musée des images de l’inconscientMoro. Fernanda de Camargo e Almeida, dans Museum, XXVIII, 1, , illus.: voir https://unesdoc.unesco.org/ark:/48223/pf0000022061_fre dans des hôpitaux psychiatriques. En Afrique, plus spécifiquement au Niger, où dès les années 1960, sous l’impulsion de l’épouse du président Boubou Hama, une disciple de GHR, la nouvelle muséologie s’affirmait déjà avec le développement à la fois polyforme, identitaire et inclusif du Musée national du Niger, à Niamey.
Toutes ces expériences affirment de plus en plus que le musée peut et doit non seulement jouer un rôle de conservation et présentation des témoins matériels du patrimoine artistique, historique et naturel, mais aussi être actif au niveau social, allant de la quête identitaire au développement de la société qu’il dessert. Ces démarches muséales sont souvent issues de mouvements sociaux ou coopératifs alliant la volonté de certains conservateurs de rendre leurs musées plus utiles socialement, de satisfaire le désir de certains individus et groupes soucieux d’en savoir plus sur leur patrimoine et leur environnement, et de participer à leur développement collectif. Ce contexte a permis la mise en place d’initiatives et d’outils de « nouvelle muséologie », une approche muséale qui se veut capable de faciliter les rapports entre musée et société.
Dès les années 1980, le Québec devient un haut-lieu de la nouvelle muséologie avec la création d’une dizaine d’écomusées, dont ceux de la Haute-Beauce et du Fier monde, à Montréal, qui se sont révélés des expériences qui suscitent encore aujourd’hui l’attention des muséologues. Voici « Le chant du pays » alors rédigé par les créateurs de l’Écomusée de la Haute-Beauce : « Le chant du pays est comme paroles d’amour. Il n’est pas donné à tous de se libérer afin d’exprimer pleinement ce qu’ils ressentent face à l’autre. L’«écomusée organique» possède cette vertu rare de permettre à la pudeur et aux inhibitions d’être transgressées. L’apprentissage affectueux du pays et des gens qui l’habitent par différentes formes d’interprétation se traduit par l’évocation poétique de sentiments sublimes, de silences qui parlent. Le chant du pays, reflétant une profonde connaissance du terroir, est l’une des quintessences de l’écomusée, trop souvent jugé par le succès de ses formules. »
C’est dans cette veine que René Rivard publie en 1984 son premier essai : Que le musée s’ouvre… vers une nouvelle muséologie : les écomusées et les musées "ouverts", fruit d’une recherche menée au Québec et au Canada, dans plusieurs pays européens, aux États-Unis, en Amérique latine et en Afrique, plus particulièrement au Niger. Ce livre sera publié en anglais dès l’année suivante sous le titre Opening up the Museum…Towards a new museology: ecomuseums and "open" museums, et il sera distribué dans toutes les communautés autochtones du Canada par le ministère des Affaires indiennes et du Nord canadien, et ailleurs dans le monde.