vignette|Le monument aux morts d'Armentières, œuvre de l'architecte Cordonnier et du sculpteur Boutry : la pyramide surmontée d'un acrotère et d'une urne funéraire, repose sur un piédestal. Comme beaucoup de ces monuments, il offre une symbolique riche avec une multiplicité de représentations et de messagesLes trois bas-reliefs du piédestal représentent la mobilisation, la bataille et le retour des soldats. Un groupe sculpté représente un Poilu qui écrasait de son pied un aigle germanique (l'aigle aurait été volontairement abîmé en 1940, le maire anticipant la réaction d’un officier allemand). À ses pieds, une allégorie de la ville d'Armentières lui tend une couronne de laurier et dépose une palme. À droite, un génie acclame le poilu, prêt à emboucher les Trompettes de la renommée (détruites par les Nazis). Cf A la rencontre des poilus de 14-18 : Témoignages de pierres. Dossier de l’enseignant, Service éducatif des Archives départementales du Nord, p.14-17. vignette|Certains de ces ouvrages patrimoniaux perdent en monumentalité, souffrent de l'usure du regard et de leur banalisation dans le paysage urbain qui les rend presque invisibles. Mais ils demeurent encore aujourd’hui un lieu majeur de commémorations pluriannuelles, ce qui invite à s'interroger sur l'attachement qui les lie aux citoyens.
Un monument aux morts est un monument destiné à commémorer, voire honorer, des personnes de façon collective. Ces personnes peuvent être commémorées de façon anonyme ou nominative. Le monument peut faire référence à un évènement ponctuel ou une période étendue dans le temps. Il est dans la majorité des cas dédié aux militaires morts ou disparus au cours d'une bataille ou d'une guerreCependant, au cimetière du Père-Lachaise à Paris, un imposant monument aux morts a été érigé en 1899, destiné à honorer tous les morts sans distinction d'état ou d'époque, c'est un cas isolé.. La notion de monument aux morts s'est progressivement étendue aux victimes civiles : otages exécutés, déportés, massacres, tués par les bombardements... Un monument aux morts peut également être dédié à des personnes tuées en dehors de situation de guerre : mortes ou disparues lors d'une catastrophe (naturelle, liée aux transports, industrielle...), acte terroriste.
Il en existe de plusieurs types : les cénotaphes (monuments mortuaires n’abritant aucun corps), généralement dans le centre d'une ville ou d'un village, mais qui ont aussi été, après la Première Guerre mondiale, élevés dans les entreprises, les écoles, les foyers fréquentés par les disparus de leur vivant ; les mémoriaux, il s'agit dans ce cas d'un anglicisme, monuments nationaux élevés sur les champs de bataille (par exemple, à Douaumont, en France) où les cimetières militaires abritent les tombes de soldats, parfois de centaines de milliers d'entre eux.
Historique vignette|150px|Athènes, stèle portant les noms de 180 citoyens morts au champ d'honneur (fin du ). Les monuments aux morts n’existent quasiment pas avant le : les monuments commémorent les victoires militaires et portent rarement les noms des soldats morts, à moins qu'il ne s'agisse de personnalités.
Grèce antique À Athènes, au , des stèles commémoratives portaient les noms de citoyens morts au combat, classés par tribuLouvre, notice d'information, salle des Inscriptions grecques. Voir la notice abrégée et la notice complète sur le site du Louvre..
Jusqu’au début du En Allemagne Des monuments sont érigés pour commémorer les soldats qui sont morts lors des guerres d’unification allemandes (guerre austro-prussienne et guerre franco-prussienne de 1870).
Les monuments édifiés à cette époque se soucient plus d'honorer les combattants (même les vivants) que les morts. Dans tout le pays, les mairies, les écoles, les places et les jardins publics voient fleurir plaques et monuments financés par les associations d'anciens combattants et les communes.
Les motifs les plus fréquemment employés y sont la victoire, Germania, l’aigle aux ailes déployées, ou l’obélisque, emblèmes traditionnels des vainqueurs. Les monuments en l’honneur des morts proprement dits sont des représentations baroques de sarcophages, d’urnes ou de gisants.
Cette prolifération de monuments est favorisée par une loi de 1890 qui confie la responsabilité de leur érection aux communes. À partir de cette date en effet on voit se multiplier les nouveaux monuments à la guerre de 1870, en particulier lors du jour de la victoire, ou pour le et le en 1896 et en 1911. Les communes s’étaient enrichies grâce aux retombées de la révolution industrielle, et les anciens combattants, ayant atteint l’âge mûr, n’hésitent pas non plus à se faire construire un monument. De nombreux monuments à la guerre de 1870 érigés après 1900 sont également un signe de la remilitarisation de la société sous Guillaume II.
Aux États-Unis Les premiers monuments à la mémoire des combattants apparaissent après la guerre de Sécession aux États-UnisFrançois Reynaert, « La leçon des monuments », L'Obs , semaine du , pages 26-27.. Il s'agit par exemple du Memorial Shaw, à Boston inauguré en 1897 et commémorant les soldats du d'infanterie des volontaires du Massachusetts, monument d'autant plus remarquable que ce régiment était composé de soldats afro-américains qui figurent ainsi pour la première fois sur un monument civique.
En France Les premiers monuments aux morts vignette|Nancy, Porte Désilles. Le premier exemple français de monument portant les noms de combattants morts est le cas de la porte Désilles à Nancy, édifiée entre 1782 et 1784 pour commémorer l'indépendance des États-Unis et qui rend également hommage aux Nancéiens morts durant la bataille de Yorktown.
Le consul Napoléon Bonaparte prévoit, au moment de son départ pour la campagne de Marengo, de laisser à la postérité le nom des hommes morts en combattant pour la France. L'arrêté consulaire du 29 ventôse an VIII () ordonne d'élever des Colonnes départementales « à la mémoire des braves du département morts pour la défense de la patrie et de la liberté » et d'y graver les noms de « tous les militaires domiciliés dans les départements qui, après s'être distingués par des actions d'éclats, seraient morts sur le champ de bataille. » L’arc de triomphe de l'Étoile, dont la construction débute en 1806, porte seulement le nom d'officiers supérieurs, qui ne moururent pas forcément au combat, et parfois encore vivants lors de la construction du monument. Cet arrêté n'a eu qu'un semblant d'exécution..
Guerre de 1870-1871 Des monuments sont également érigés pour commémorer les soldats morts lors de la guerre franco-prussienne de 1870 et des guerres coloniales.
Par leur nombre, leur présence sur tout le territoire, le cérémonial lié à leur inauguration, les célébrations patriotiques et scolaires qui ont lieu à leurs abords ainsi que la propagande républicaine et revancharde les entourant, ces monuments constituent la matrice de ceux qui suivront la Première Guerre mondialeRémi Dalisson, « Les racines d’une commémoration : les fêtes de la Revanche et les inaugurations de monuments aux morts de 1870 en France (1871-1914) », Revue historique des armées, 274, p. 23-37..
En 1899 à Albertville (Savoie) est construit, à la suite d'une initiative locale de survivants de la guerre de 1870 un « monument aux mobiles » en hommage au deuxième bataillon de volontaires de Savoie dirigé par le commandant Dubois et composé de soldats de Tarentaise, de Maurienne et de la région d'Albertville (environ 1200 hommes). Ces hommes, Français depuis peu (1860), se sont battus pour la France à l'Est (surtout à Beaune-la-Rolande). On estime qu'il y a eu environ 200 morts. Il s'agit d'une sculpture en bronze édifiée par un marbrier sculpteur ayant son atelier à Albertville : Jean-Baptiste Weitmen. La statue - imposante - représente un soldat à terre (évocation directe de la défaite contre les Prussiens), blessé (bandage sur la tête) avec l'équipement militaire d'époque. Malgré sa blessure (et la souffrance de la défaite visible sur son visage), il lève le drapeau et regarde vers le haut pour peut-être exprimer une idée de revanche très présente dans les mentalités en ce début de siècle. Le monument ne comporte aucun nom mais uniquement une plaque commémorative : « Aux enfants de l'arrondissement d'Albertville morts pour la Patrie ». Ce monument est aujourd'hui visible place du commandant Bulle.
En 1889, Vic-en-Bigorre vote une subvention de pour un monument en l'honneur des morts de la guerre de 1870. Exécuté par le sculpteur vicquois Edmond Desca, et inauguré en 1894, La Revanche représente un guerrier farouche armé d'un gourdin. En 1895, la ville de Montauban commande au sculpteur Antoine Bourdelle un Monument aux Combattants et Défenseurs du Tarn-et-Garonne de 1870-71. La ville de Vernon (Eure) a un monument aux Mobiles de l'ArdècheVernon, l'Ardèche et la guerre de 1870 document sur le site vernon-visite.org. La ville de Taninges (Haute-Savoie), un monument aux morts de la Guerre franco-prussienne de 1870. À Aurillac (Cantal), plus précisément sur la place de la Préfecture, le est inauguré le monument à la mémoire des enfants du Cantal morts pour la défense de la Patrie lors de la guerre face aux Prussiens. Avec l'aide d'une souscription publique et le soutien du Souvenir Français, la statue de bronze est l'œuvre du sculpteur Jean-Baptiste Champeil, originaire du Cantal et grand prix de Rome en 1896. Cette sculpture représente et célèbre le patriotisme d'un soldat tombant sous les tirs ennemis tout en tenant contre sa poitrine le drapeau tricoloreSouvenir des fêtes républicaines à Aurillac (1889-1903) document sur le site Photosapiens.
Au Royaume-Uni La colonne Nelson, à Londres, n'est associée qu'au nom du héros vainqueur de Trafalgar, l'amiral Nelson.
Il existe quelques monuments en Angleterre à la mémoire des combattants et morts des Guerres des Boers (1880-1881 et 1899-1902), qui ont impliqué les soldats de toute l'Angleterre combattant les Boers de l'actuelle Afrique du Sud.
Après la Première Guerre mondiale La Première Guerre mondiale qui se déroula de 1914 à 1918 est la principale guerre commémorée par les monuments aux morts. Cette guerre a mis en jeu plus de soldats, provoqué plus de décès et causé plus de destructions matérielles que toute guerre antérieure. Plus de 60 millions de soldats y ont pris part. Pendant cette guerre, environ 9 millions de personnes sont décédées et environ 8 millions sont devenues invalides.
Le , en France et au Royaume-Uni, sont créées des Tombes du Soldat inconnu, exemple suivi ensuite par de nombreux pays.
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