La Semaine sanglante, du dimanche au dimanche , est la période la plus meurtrière et l'épisode final de la Commune de Paris, au cours duquel l'insurrection est écrasée et ses membres exécutés en masse. Elle s'inscrit dans le cadre de la campagne de 1871 à l'intérieur menée par le gouvernement de Versailles contre les communes insurrectionnelles établies ou en projet que connaissent plusieurs grandes villes françaises.
Depuis le soulèvement du , les fédérés contrôlent l'administration municipale de la capitale tandis que l'armée régulière réorganise ses forces sous les ordres du chef du pouvoir exécutif Adolphe Thiers et du maréchal Patrice de Mac Mahon. En avril, les Versaillais entreprennent le bombardement des forts et des quartiers de l'Ouest parisien. Le dimanche dans l'après-midi, forts de cinq corps d'armée et de à , ils donnent l'assaut et franchissent l'enceinte de la capitale au Point-du-Jour qui n'est pas défendu. Les combats se poursuivent pendant sept jours et les Versaillais se heurtent à une défense de plus en plus acharnée, mais les incendies de Paris ne peuvent interrompre l'avancée des troupes régulières, et le massacre de au mur des Fédérés marque la fin de la reconquête de la capitale. La dernière barricade tombe dans l'après-midi du .
Le bilan humain de la Semaine sanglante est lourd, mais il n'est pas établi précisément. Les historiens du début du s'accordent à reconnaître les massacres systématiques commis par les Versaillais et évaluent les pertes des insurgés à entre à , tandis que ces derniers se livrent à environ une centaine d'exécutions d'otages. Les incendies et l'emploi massif de l'artillerie pour tourner les barricades entraînent des destructions massives dans toute la capitale et touchent la plupart des grands monuments de la ville.
Dès la fin de la Semaine sanglante, le gouvernement mène une répression judiciaire de grande ampleur : plusieurs dizaines de milliers d'individus sont arrêtés et jugés, sont prononcées contradictoirement et par contumace, que ce soit à la peine de mort, à la déportation, à la détention ou au bannissement. Plusieurs milliers d'insurgés parviennent à s'exiler et le combat pour l'amnistie des communards, porté par de grandes figures républicaines comme Victor Hugo ou Georges Clemenceau, prend fin entre 1879 et 1880 par l'adoption de deux lois votées dans un vœu de réconciliation nationale.
La Semaine sanglante constitue un des épisodes de guerre civile majeurs de l'histoire de France, dont le souvenir s'inscrit dans la culture du mouvement ouvrier international, de la gauche française, du mouvement anarchiste et plus largement chez les partisans de la démocratie directe.
Origines Du siège de Paris à la capitulation française gauche|vignette|alt=Dessin montrant des soldats prussiens tirant au canon.|Bombardement de Paris par l'artillerie allemande lors du siège de la capitale. Le , la France déclare la guerre à la Prusse. Après la capitulation de l'armée de Napoléon III à Sedan, les députés parisiens proclament la République le , mais la guerre se poursuit et Paris est assiégé dès le ..
Isolée du reste de la France, la capitale livre une résistance acharnée. Des centaines de milliers d'hommes rejoignent les rangs de la Garde nationale et l'exaltation révolutionnaire donne lieu à plusieurs soulèvements populaires qui exigent l'instauration d'une Commune. L'annonce de la signature de l'armistice le est vécue comme une trahison par une grande partie de la population parisienne qui a consenti de nombreux sacrifices et subi les affres des bombardements prussiens au cœur d'un hiver des plus rigoureux pour empêcher l'ennemi de pénétrer dans ses murs..
Soulèvement parisien et réaction versaillaise Les élections législatives du portent à la Chambre une majorité monarchiste et réactionnaire, ce qui accélère la rupture entre les départements ruraux partisans d'une paix sans honneur et le peuple parisien résolument hostile à l'armistice. L'opération de police entreprise par le gouvernement le pour récupérer les canons de la Garde nationale parisienne entraîne un nouveau soulèvement populaire. La France se retrouve alors dans une situation de guerre civile entre d'un côté le gouvernement d'Adolphe Thiers, qui a fui à Versailles, où siège aussi l'Assemblée nationale qui le soutient, et de l'autre la Commune de Paris, élue le et installée deux jours plus tard.
alt=Carte montrant les mouvements des versaillais et des communards dans la banlieue Ouest de Paris|vignette|Second siège de Paris au . Carte de Charles Prolès et Rougeron-Vignerot, 1892. BNF. Le gouvernement entend endiguer l'insurrection et, dès le , l'armée versaillaise occupe le fort du Mont-Valérien. Le , à la tête d'une brigade de cavalerie, le général de Galliffet lance des patrouilles contre les forts et les avant-postes parisiens. Le , lors d'une reconnaissance offensive vers Courbevoie, les Versaillais capturent des insurgés dont cinq sont fusillés sur ordre du général Vinoy. Ils installent également une batterie qui leur permet de bombarder le pont de Neuilly et une partie des remparts.
En réponse, les fédérés tentent une sortie le lendemain mais l'offensive échoue. Ils arrêtent à leur tour des otages : comme le souligne l'historien Xavier Boniface, ..
L'armée versaillaise entreprend un second siège de Paris du au et cherche à empêcher les communards d'organiser une sortie : les Allemands étant stationnés au nord et à l'est de la capitale, leur action se concentre au sud et à l'ouest. La capitale étant solidement protégée par son enceinte, le gouvernement adopte une stratégie prudente d'investissement progressif de la capitale. Il craint notamment que l'armée se débande, que l'Assemblée le renverse, que les grandes villes rejoignent le soulèvement parisien ou que les Prussiens, qui occupent encore le territoire, interviennent. Dès lors, les Versaillais bombardent régulièrement les alentours de Paris, en particulier les forts qui protègent la ville dont ceux d'Issy et de Vanves.
Forces en présence L'armée versaillaise
vignette|alt=Photographie en noir et blanc montrant des soldats au repos.|Bivouac de soldats versaillais sur la terrasse du bord de l'eau des Tuileries. Après le soulèvement du , l'armée régulière se replie à Versailles où siègent l'Assemblée nationale et le gouvernement dirigé par Adolphe Thiers. Ce dernier entreprend de réorganiser les troupes dans le but de reprendre au plus vite la capitale. La nouvelle armée, formée par décret le et dont le commandement est confié au maréchal de Mac Mahon., est constituée d'éléments d'origines diverses : lignards, chasseurs à pied, soldats de l'infanterie de marine, de la légion étrangère et fusiliers marins.
Des prisonniers de retour d'Allemagne sont progressivement intégrés aux régiments provisoires et pour assurer l'union des troupes, le gouvernement : les promotions sont nombreuses, le ravitaillement est particulièrement soigné et les uniformes sont renouvelés. Des gratifications incitatives en nourriture, vin ou argent sont accordées aux meilleurs éléments. Par ailleurs, la discipline est renforcée : afin d'éviter la contagion politique et d'endiguer le risque de fraternisation avec les insurgés, des unités compromises lors des émeutes à Montmartre le sont dissoutes et certains de leurs membres sont envoyés en Afrique du Nord, cependant que les actes d'insubordination sont punis sévèrement.. La résistance des fédérés et certains actes symboliques comme la destruction de la colonne Vendôme tendent à renforcer la détermination des soldats de l'armée régulière. Exploitant cette soif de revanche, la propagande du gouvernement relaie auprès des troupes des représentations péjoratives des communards.
vignette|gauche|redresse|alt=Portrait photographique d'un officier militaire.|Le général Clinchant. Avant l'assaut de la capitale, l'armée versaillaise regroupée au camp de Satory est divisée en cinq corps dont un seul est confié à un général républicain, Justin Clinchant. Les effectifs sont nombreux, évalués entre à . Le plan d'attaque est adapté au combat de rues et l'accent est mis sur la mobilité et la rapidité des troupes. Les unités de pointe se déplacent sans leurs sacs et le paquetage est réduit au minimum. Des compagnies de sont constituées dans chaque régiment et l'attaque des barricades se fait systématiquement en utilisant l'artillerie pour limiter les pertes et faciliter la progression des hommes à pied.
La défense de la Commune Comme l'affirme l'historien Olivier Peynot, . De fait, la défense de Paris est assurée par mais leur action n'est ni coordonnée ni efficace.. Nommé délégué à la Guerre de la Commune le , Gustave Paul Cluseret tente d'organiser l'armée fédérée, mais après l'échec de la tentative de sortie ce même jour, il opte pour une stratégie défensive. Une commission des barricades est constituée pour superviser leur érection, mais les travaux sont lents. Par ailleurs, les réformes qu'il entreprend pour améliorer la discipline, l'administration et l'encadrement de la Garde nationale ont des résultats limités, tant son mode de fonctionnement, basé sur l'élection des officiers et des délégués, renforce les contestataires. Le , Cluseret est remplacé par un autre militaire de formation, Louis Rossel, qui démissionne dix jours plus tard. Charles Delescluze, un journaliste, lui succède.
vignette|alt=Soldats posant avec leur arme pour une photographie devant un monument.|Gardes nationaux devant les ruines de la colonne Vendôme en . Au début de la Semaine sanglante, la Garde nationale estime disposer de en armes, dont dans les compagnies de combat, en garnison dans les forts au sud et plusieurs milliers de réservistes dans les casernes. Cependant, pour l'historien Robert Tombs, , et si la Garde nationale compte dans ses rangs des soldats compétents, expérimentés et déterminés, d'autres font preuve de tiédeur, n'étant . Elle souffre également d'indiscipline, avec notamment quelques cas spectaculaires d'ivrognerie. L'état-major se rend aussi compte que de nombreux bataillons exagèrent leurs effectifs, parfois pour percevoir des soldes, des équipements ou des rations supplémentaires, dont les surplus sont revendus. D'après le communard Gaston Da Costa, la Commune ne pouvait compter que sur actifs, ce qui semble assez crédible pour Robert Tombs, .
Les communards disposent pourtant d'importantes réserves d'armes et de cartouches, cependant que les arsenaux continuent de fonctionner, mais toutes ne sont pas utilisées. D'après Olivier Peynot, sur les disponibles, moins de sont utilisés, et sur les d'artillerie, seules 300 sont mises en action par les insurgés. Les quatre locomotives blindées dont le général Jarosław Dąbrowski s'était emparé à Asnières ne sont utilisées qu'à poste fixe et les douze canonnières dont dispose la flottille de la Commune sont désarmées et leur équipage est envoyé sur d'autres points de défense.
Déroulement centré|vignette|alt=Plan de Paris où les parties de la ville sont coloriées avec une couleur par jour, du 21 mai au 27 mai|Paris en mai 1871 - Plan indiquant les opérations de l'Armée contre l'insurrection. Dimanche : entrée des Versaillais dans Paris gauche|vignette|alt=Carte montrant l'avancement des troupes versaillaises dans Paris.|Du au . vignette|alt=Dessin montrant un homme agitant un mouchoir blanc du haut d'un rempart en direction d'un soldat.|Jules Ducatel avertit les troupes versaillaises que la porte de Saint-Cloud n'est plus gardée.Dessin d'Henri Riballier.