vignette|Stand d'éditeur au festival international de la bande dessinée d'Angoulême, en 2013.
La bande dessinée franco-belge est une école de bande dessinée, essentiellement francophone, publiée par des éditeurs français ou belges.
Par extension, l'expression désigne l'ensemble des styles et des contextes éditoriaux communs aux bandes dessinées d'Europe francophone, après la Seconde Guerre mondiale.
Bien que la France et la Belgique aient chacune des auteurs reconnus de bande dessinée auparavant, la bande dessinée désignée sous le terme « belgo-française » éclot réellement dans l'immédiat après-guerre lorsque des périodiques édités en Belgique, dont les principaux sont Le Journal de Tintin fondé en 1946 par Raymond Leblanc et Le Journal de Spirou, conquièrent le marché français. La concurrence que se livrent ces journaux ainsi que le rythme de parution hebdomadaire va entraîner un bouillonnement créatif et plusieurs auteurs vont émerger à cette période. Les milieux et les marchés de la bande dessinée en France et en Belgique francophone deviennent dès lors indissociables : entre les bandes dessinées françaises, belges et suisses francophones, qui partagent le même contexte artistique et commercial, l'identité nationale est souvent floue. De nombreux auteurs français ou suisses travaillent pour des éditeurs belges, et les auteurs belges sont largement diffusés auprès du public francophone. Les spécialistes situent la fin de l'« âge d'or » de la bande dessinée franco-belge au début des années 1970 avec l'apparition de nouveaux magazines apportant de nouveaux styles graphiques à l'instar de L'Écho des savanes et Métal hurlant.
Plusieurs auteurs de bande dessinée franco-belge ont connu une renommée internationale et, au-delà de leurs spécificités locales, ont influencé des auteurs de divers pays, notamment en Italie, en Espagne, au Japon et en Amérique Latine, principalement en Argentine. La bande dessinée franco-belge a notamment des parentés avec la bande dessinée néerlandophone : de nombreux auteurs francophones sont en effet traduits en Flandre et aux Pays-Bas, tandis que des auteurs flamands et néerlandais publient chez des éditeurs francophones, ou sont influencés par les différentes écoles stylistiques franco-belges.
Concept de bande dessinée franco-belge Les prémices sont notables à l'aube de la Seconde Guerre mondiale et le média de référence est le magazine : alors qu'en France et en Belgique, dominent les adaptations de comic strips américains, qui réalisent à travers des périodiques des scores de ventes exceptionnels, certains éditeurs se décident à promouvoir autre chose. C'est par exemple le cas à Paris de la SPE et de Georges Ventillard (qui lance Jeudi en 1931 et Jean-Pierre en 1938), et à Bruxelles, de Jean Dupuis qui lance le Journal de Spirou en 1938Les grands auteurs de la bande dessinée européenne, quatrième chapitre. Américanisation à volonté et deuxième salve de périodiques pour enfants par Gilles Ratier, sur BDzoom, en ligne..
Même si en partie une certaine esthétique mais surtout un certain formalisme caractérisent la bande dessinée franco-belge, ce nom désigne avant tout un ensemble industriel et commercial qui a deux caractéristiques : la production d'une bande dessinée locale et, du fait d'une communauté de langue, la diffusion de cette bande dessinée dans ces deux pays, que ses éditeurs soient belges ou français. Cette diffusion s'étendra à la Suisse francophone et un peu plus tard au Québec.
Ce n'est qu'après la Seconde Guerre mondiale, avec la réapparition début 1946 du Journal de Spirou, puis la création du Journal de Tintin fin 1946, qu'est située la naissance de la bande dessinée « franco-belge ». Avant-guerre les revues de bande dessinée connaissaient une diffusion nationale et surtout, contenaient majoritairement des productions venant des États-Unis ou d'Italie.
S'il y eut d'autres publications, parfois éphémères, dans le domaine de la bande dessinée franco-belge, les quatre principales revues de ce domaine par leur diffusion et leur empreinte sur la production de bandes dessinées furent les deux hebdomadaires belges Le Journal de Spirou, créé par l'éditeur Dupuis, et Le Journal de Tintin créé par Le Lombard, l'hebdomadaire français Vaillant, créé en 1945, puis à partir de 1959 l'hebdomadaire français Pilote racheté par l'éditeur Dargaud en 1960. Cette situation perdure jusqu'à la fin de la période de la bande dessinée franco-belge, au début des années 1970Thierry Groensteen, dir., Les Maîtres de la bande dessinée européenne, Paris, Bibliothèque nationale de France, 2000, 207 p..
L'autre périodique destiné à la jeunesse le plus diffusé en France et en Belgique à cette époque, Le Journal de Mickey, n'appartient pas à ce domaine de la bande dessinée franco-belge du fait que, contrairement aux autres revues, il diffuse essentiellement des bandes dessinées produites aux États-Unis ou, pour les productions locales, mettant en scène des personnages principaux créés par la Walt Disney Company, au départ le plus souvent dans des dessins animés.
Histoire Prémices
Dès 1880, le journal Saint-Nicolas propose des histoires en images pour jeunes issus de milieu aisés, dont certaines sont signées par de futurs grands dessinateurs du milieu, et publiera les premières bulles de la BD française avec les aventures de Sam et Sap dessinées par Rose Candide, en 1908.
Puis, en 1881, Hachette réagit en créant Mon Journal, disparu en 1925, et qui publia, en 1887, les premières histoires signées Christophe, malgré ses rares illustrations. Et c'est en 1889, que l'on retrouve ce même auteur dans Le Petit Français illustré d'Armand Colin.
Et, en 1898, les éditeurs Rueff, puis Tallandier, publient l'hebdomadaire dominical L'Illustré national, qui disparaîtra en 1923.
En 1903, l'éditeur Arthème Fayard lance La Jeunesse illustrée qui cessera de paraître en 1936, avec le , absorbé par Les Belles Images. Ce magazine lancé en 1904 par la même maison, et qui prit fin en 1936 au bout de .
En 1905, les éditions Henri Gautier, devenues Gautier-Languereau, présentent La Semaine de Suzette, où débuta la Bretonne Bécassine sous le crayon de Joseph Pinchon, et qui disparaîtra en 1960.
Mais tous ces illustrés ne sont pas aisément accessibles pour les classes populaires, en raison de leurs prix trop élevésGuide de la bande dessinée pour la jeunesse, Henri Filippini, Bordas, 2006, ., et ce jusqu'à l'arrivée des frères Offenstadt sur le marché de la presse pour jeunes.
En 1903, les frères Charles, Georges, Maurice, Nathan et Villefranche Offenstadt, éditeurs de romans égrillards et de revues militaires, publient L'Illustré, vendu cinq centimes, à l'époque. Le journal devient Le Petit Illustré en 1906, puis disparaît en 1937.
Entraînés par le succès de ce dernier hebdomadaire, les Offenstadt créent plusieurs autres journaux pour la jeunesse, dont le plus connu fut L'Épatant, sorti dès 1908, journal qui proposait, entre autres, les aventures des Pieds Nickelés de Louis Forton, déjà présentes lors du deuxième numéro. Il disparaît lors du , en 1939, avec le début de la Seconde Guerre mondialePlusieurs tentatives de reprise du titre seront faites, sans succès..
Comme le lectorat des jeunes garçons avait plébiscité L'Épatant, les Offenstadt sortent, dès l'année suivante de la création de ce dernier, l'hebdomadaire Fillette, destiné donc aux jeunes filles, qui sortira bientôt deux fois par semaine jusqu'en 1914, et qui disparaîtra une première fois en 1942 pour revenir dès 1946, pour une nouvelle carrière. C'est d'ailleurs dans le premier numéro du journal que paraît pour la première fois la bande dessinée L'Espiègle Lili créée par Jo Valle (scénario) et André Vallet (dessins).
Puis, en 1910, les Offenstadt récidivent en créant le journal L'Intrépide, d'aventures et de voyages, en partie pour contrer le succès du Journal des voyagesDeux siècles de paralittératures, 1996, ., ainsi que pour conquérir un nouveau public. En 1937, au bout de , le journal change de nom et devient Hardi avant de fusionner avec L'Épatant. Le journal réapparaîtra, après la guerre, édité par la maison italienne de Cino Del Duca.
En 1925, Alain Saint-Ogan crée Zig et Puce pour l'Excelsior. En 1929, en Belgique, dans le journal le Petit Vingtième paraissent Les Aventures de Tintin, le célèbre reporter à la culotte de golf. En 1938, les éditions Dupuis lancent Le journal de Spirou, dont le personnage-titre, créé par Rob-Vel, est bientôt repris par Jijé.
Années d'après-guerre Au début de la seconde moitié des années 1940, de nombreux périodiques de bande dessinée pour jeunes voient le jour. En lançant Le Journal de Tintin (en 1946), l'éditeur Raymond Leblanc remporte un grand succès éditorial et contribue à faire de la Belgique le centre de gravité de la bande dessinée francophone. Le journal de Spirou, relancé après la guerre, lui apporte une concurrence sérieuse, ainsi que l'hebdomadaire Bravo !. Le terme de bande dessinée franco-belge prend alors tout son sens, du fait de l'imbrication des univers professionnels de ces deux pays. À la grande époque du Journal de Tintin, des auteurs comme Jacques Martin, Tibet ou Jean Graton, viennent travailler en Belgique et sont, bien que français, associés à la bande dessinée belge. Pilote, publication française viendra progressivement concurrencer ses deux aînés (à partir de 1959) et attirer à son tour chez des éditeurs français des auteurs belges comme, entre autres : Morris, Maurice Tillieux, Hubinon, Jean-Michel Charlier, Mitacq et Greg.
Alors que la bande dessinée francophone belge (bande dessinée wallonne et bruxelloise) accède au marché français dans les années 1950, les auteurs renoncent à tout référent belge trop visible pour proposer à leur lecteur des histoires plus universelles. « Les différentes maisons d'édition wallonnes et bruxelloises imposent aux auteurs dès les années cinquante un standard français pour des raisons commerciales (…) les uniformes et les panneaux de signalisation adoptent des critères hexagonaux.… ». Toutes les références à la Belgique disparaissent, par exemple, des rééditions en couleur des premiers albums de Tintin.
Vaillant, devenu ensuite Pif Gadget, diffuse en France une bande dessinée tout aussi populaire, bien que les éditions en albums de ses séries soient plus rares. Ces publications permettent à la bande dessinée de rencontrer le grand public, surtout la jeunesse de cette époque. Jusqu'aux années 1960, la bande dessinée restera pour beaucoup associée à un public jeune ou enfantin et sera l'objet de peu d'études sérieuses. Cependant, cette jeunesse bercée par la bande dessinée sera celle qui fera évoluer la bande dessinée franco-belge vers des récits plus adultes en même temps que cette génération avança elle-même dans les âges.
Parmi les dates importantes, les professionnels s'accordent à dire qu'il y a un avant et un après Pilote. Astérix, notamment, est considéré à bien des égards comme ayant provoqué un intérêt du grand public pour la bande dessinée en France et en Belgique francophone.
Plusieurs grandes séries prennent alors toute leur ampleur à partir des années 1950-60 : Les Pieds Nickelés créés par Forton et repris par Pellos ; Tintin de Hergé ; Blake et Mortimer de Jacobs ; Astérix de Goscinny et Uderzo ; Spirou et Fantasio créé par Rob-Vel et repris par Jijé puis Franquin ; Modeste et Pompon et Gaston Lagaffe d'André Franquin ; Les Schtroumpfs de Peyo ; Lucky Luke de Morris ; Félix puis Gil Jourdan de Tillieux ; Achille Talon de Greg ; Blueberry de Charlier et Giraud ; Michel Vaillant de Jean Graton ; Buck Danny de Charlier et Hubinon.
Années 1970 et 1980