L’ordre des Vierges (en latin : Ordo Virginum) est composé des femmes ayant reçu la consécration des vierges selon le rite liturgique approuvé par l’Église catholique. Cette consécration peut être donnée à des femmes vivant dans le monde aussi bien qu’à des moniales. L’article qui suit s’intéresse uniquement aux femmes vivant dans le monde.

Par ce rite, celle qui a choisi de vivre dans la virginité « est constituée comme une personne consacrée, signe transcendant de l'amour de l'Église pour le Christ son Époux, image eschatologique de la vie à venir »Rituel, praenotanda 1..

Les Vierges consacrées appartiennent à la vie consacrée, mais ne sont pas religieuses : elles ne prononcent pas de vœux religieux, ne vivent pas en communauté, ne suivent pas de règle commune et n’ont pas de structure hiérarchique. Toutefois, cette forme de vie obéit à un certain nombre de critères définis par l’Église, et est scellée par une consécration publique et définitive. Sa vocation revêt une dimension prophétique et eschatologique majeure.

== Histoire de l'Ordo Virginum == L’ordre des Vierges a été restauré à la suite du concile Vatican II, mais son origine remonte au tout début du christianisme. Il s’agit d’une des premières formes de vie consacrée dans l’ÉgliseTout ce chapitre sur l’histoire des vierges chrétiennes et de la consécration des vierges s’inspire largement du Père René Metz (1919-2006), professeur à la faculté de théologie catholique de l’Université de Strasbourg, qui a écrit un volumineux ouvrage (thèse) sur La consécration des vierges dans l'Église romaine. Étude d’histoire de la liturgie, PUF 1954 (504 pages). Ouvrage condensé et actualisé en 2001 : ..

Les vierges avant le

Dès les temps apostoliques, des femmes choisissent de vivre dans la virginité « à cause du Royaume des cieux », selon l’invitation du Christ« Il y a des gens qui ont choisi de ne pas se marier à cause du Royaume des cieux. Celui qui peut comprendre, qu’il comprenne ! » (Mt 19, 10-12). et les conseils de saint Paul1 Co 7, 27 ; 34-36.. Dans les Actes des Apôtres on lit : « Descendus chez Philippe l’évangélisateur, qui était un des Sept, nous demeurâmes chez lui. Il avait quatre filles vierges qui prophétisaient » (21, 8-9). Mais rares sont les témoignages et les documents de cette époque.

À partir du , on commence à avoir davantage de renseignements. Tertullien et saint Cyprien consacrent une partie de leur œuvre aux vierges chrétiennes. Quant à la façon de les désigner, ces auteurs ne connaissent que le terme général de « vierges » (virgines en latin, parthenoi en grec). Elles vivent dans leur famille et se mêlent à la vie des fidèles. Rien ne permet de les distinguer, elles ne portent pas d’habit spécialLa grande indépendance dont jouissent les vierges présente des dangers. Des abus apparaissent dès le , notamment avec les virgines subintroductae, ces femmes vouées à la virginité qui partagent la demeure d’ascètes ; ceux-ci leur servent de conseillers et de protecteurs. L’institution fut de courte durée. Très vite l’Église la combattit. Cf. .. Comment entrent-elles dans cet état ? Aucune indication ne nous est parvenue.

Les vierges dans l'Église de Rome du Il faut attendre le pour avoir des informations précises et détaillées : les documents abondent.

Vie dans le monde et vie en communauté Les vierges chrétiennes deviennent de plus en plus nombreuses. À la fin du , elles commencent à se réunir en communauté, renonçant à leur indépendance pour mener la vie commune en groupes plus ou moins importants. Ces communautés de vierges sont répandues un peu partout en Orient, en Asie Mineure, et dans l’Europe entière.

À partir du , les communautés de vierges sont en plein essor. Saint Ambroise parle de « monastèresÀ ne pas confondre avec les grands monastères de type bénédictin, qui apparurent au , et sous des modalités différentes. Ici, il s’agit de monastères réunissant des Vierges consacrées dans une vie commune, mais on n’en connaît pas le contenu. » de vierges à Milan, Vérone, Bologne. En Arles, deux cent vierges vivent dans un couvent fondé par saint Césaire, qui les dota d’une règle. Mais c’est surtout à Rome que les communautés se multiplient. À l’époque de l’invasion des Lombards (), la ville compte jusqu’à trois mille vierges réparties en de nombreux monastères. Le pape Grégoire le Grand les considère comme les protectrices des Romains, lors des incursions barbares. À côté des vierges réunies en communauté, celles qui vivent dans le monde sont tout aussi nombreuses.

Ces deux catégories continuent de coexister jusqu’au . L’évolution vers la vie commune se fait plus rapidement en Occident qu’en Orient.

Émission du vœu de virginité Le second changement important que l’on constate au , c’est l’émission du vœu de virginité au cours d’une cérémonie liturgique. En effet, toute femme qui fait profession de virginité ne reçoit pas systématiquement la consécration, mais peut faire vœu de virginité en privé. Ainsi, du , il existe deux catégories de vierges chrétiennes : celles qui émettent un simple vœu (propositum), et celles qui sollicitent de l’Église la reconnaissance officielle de leur vœu de virginité par une consécration.

Le terme virgines sacrae est employé fréquemment ; désormais, il exprime une réalité connue de tous. On rencontre très souvent aussi l’expression « vierge consacrée à Dieu » (virgo sacrata Deo) ou « consacrée » (sacrata) tout court. Ou encore : « vierge du Christ » (virgo Christi), et même « épouse du Christ » (sponsa Christi)On ne trouve pas le terme religiosa (religieuse) dans les documents romains des .. Aucun terme spécial ne différencie celles qui vivent dans le monde et celles qui se sont regroupées ; non plus celles qui ont reçu la consécration et celles qui ont émis un simple propositum (propos).

Au , les vierges forment un corps constitué comme les veuves et les diaconesses. Saint Basile parle de l’Ordo virginum. Les vierges occupent une place dans la hiérarchie. Leurs noms sont inscrits dans les registres de l’Église.

À partir des , un déclin s’opère. Les femmes consacrées vivant dans le monde deviennent de moins en moins nombreuses, en raison notamment de l’insécurité de l’époque. Les autorités religieuses favorisent surtout la vie cloîtrée en communauté. Après le , les Vierges consacrées vivant dans le monde sont des cas très rares, à Rome du moins.

Évolution du rituel à partir du

Termes employés pour désigner cette cérémonie et conditions demandées Diverses expressions désignent la cérémonie : « consécration d’une vierge » (consecratio virginis) dès la fin du (chez saint Jérôme notamment) ; « bénédiction d’une vierge » (benedictio virginis), « consécration d’une vierge sacrée » (consecratio sacrae virginis) terme familier au pape Grégoire le Grand. Le pape Léon le Grand utilise simplement le mot « consécration ».

Souvent la cérémonie est désignée par le rite le plus représentatif : celui de la velatio. Aussi bien le verbe velare (voiler) est-il considéré comme synonyme de consecrare. À partir du , velatio n’est plus utilisé, car la remise du voile n’est plus l’unique rite de la consécration, comme auparavant.

Dès son apparition, la cérémonie de consécration se présente comme un droit exclusif de l’évêque. À Rome, le pape se fait un devoir de consacrer lui-même les viergesAinsi, Marcelline, la sœur de St Ambroise, est consacrée par le pape Libère vers 353 dans la basilique Saint-Pierre de Rome.. Cette prérogative de l’évêque s’est maintenue jusqu’à nos jours.

Quant à la jeune femme, diverses conditions sont requises pour son admission à la consécration, dont :

L’âge : pas de règle uniforme. On s’en remet au jugement de l’évêque mais il y a une forte tendance à élever la limite d’âge comme pour les veuves et les diaconesses. Sous l’influence de saint Ambroise, l'Église accepte la consécration à partir de .

Un temps de probation : la jeune femme doit faire la preuve du sérieux et de la fermeté de sa résolution, et donc persévérer un certain temps dans son propositum (engagement de garder la virginité). La consécration en deux étapes est nettement affirmée dès la seconde moitié du . Le voile n’est donc donné qu’après un certain temps de probation, dont la durée dépend sans doute du jugement de l’évêque.

Le symbolisme de la consécration La liturgie de la consécration s’inspire de l’idée que la vierge est l’épouse du Christ. Le symbole de la sponsa Christi constitue le fil d’Ariane de cette liturgie.

Le thème remonte à l’Ancien Testament. Dans la Bible, les relations de Dieu avec son peuple sont présentées comme des relations d’époux et d’épouse (cf. Cantique des cantiques). Dans le Nouveau Testament, Paul l’applique au Christ et à l’Église. Très vite, le thème de l’épouse est transposé de l’Église à la vierge chrétienne.

La cérémonie par laquelle la vierge entre dans son état d’épouse du Christ est considérée comme une cérémonie de mariage. Pour bien souligner la similitude entre les deux états, on emprunte au mariage ses rites et on les applique à la consécration des vierges. Ainsi la cérémonie par laquelle les vierges embrassent leur nouvel état finit par prendre l’aspect d’un mariage. La consécration des vierges imite les épousailles humainesDe fait, les premières ébauches d’une cérémonie de consécration que l’on rencontre au répondent à cette conception. À l’époque, le sacrement de mariage se ramène à une prière de bénédiction, suivie de l’imposition du voile à la jeune mariée, rite que l’Église de Rome a emprunté au mariage païen et qu’elle adopta pour le mariage chrétien. La consécration des vierges se fera de la même manière : elle consistera en une prière de bénédiction et dans la remise du voile. D’ailleurs le même terme, velatio, sert à désigner aussi bien le mariage chrétien que la consécration des vierges. Il y a la virgo velata et celle qui a fait le propositum virginitatis et qui n’a pas reçu le voile. St Cyprien qualifie d’« adultère du Christ » les vierges qui faillissent à leur vœu.. Par la suite, dès que le mariage s'enrichit de nouveaux éléments, la consécration des vierges les adopte également. Ainsi le développement des deux rituels se poursuit de façon parallèle.

La cérémonie de consécration des vierges () Comment se déroule la cérémonie de consécration ? On ne possède pas de description officielleLe récit de la consécration de Marcelline, la sœur de saint Ambroise, faite par le pape Libère à Saint-Pierre de Rome en 352-353, permet de s’en faire une idée.. L’essentiel consiste en une longue prière de bénédiction et la remise du voileCe voile est semblable à celui des femmes mariées, pour la forme et la couleur.. Cette prière, attribuée au pape saint Léon le Grand, est celle dont se sert aujourd'hui encore l’évêque pour consacrer les vierges. La cérémonie ne subira guère de changement au cours des trois ou quatre siècles suivants. Les vierges ne portent pas d’habits spéciaux. Le voile est le seul signe d’appartenance à Dieu. Cette manière de consacrer se perpétue du à Rome. À partir du , les renseignements que nous avons proviennent surtout des pays germano-francs.

La consécration des vierges dans le pontifical romano-germanique (milieu du )