L’abbaye de Fontfroide est une abbaye cistercienne située sur le territoire de la commune de Narbonne, dans le département de l'Aude en France. Initialement abbaye bénédictine (1093), elle est intégrée à l'ordre cistercien entre 1144 et 1145. Dans la seconde moitié du , elle reçoit d'importants dons en terres d'Ermengarde de Narbonne, puis au milieu du , d'importants dons en terres et en nature d'Olivier de Termes qui lui permettent de réaliser de nouvelles constructions. Pendant la croisade des Albigeois, elle fut le fer de lance de l'orthodoxie catholique. Au , l'un de ses abbés, Jacques Fournier, est élu pape sous le nom de . L'abbaye est classée à partir de 1862 au titre des monuments historiques.. Aujourd'hui, l'abbaye de Fontfroide est membre de la Charte des abbayes et sites cisterciens d'Europe.
L'abbaye de Fontfroide est depuis 1908 un monument privé détenu par les descendants de Gustave et Madeleine Fayet.
vignette|332x332px Historique Moyen Âge vignette|Groupe de moines dans le cloître entre 1858 et 1907. Photographie par Eugène Trutat conservée aux archives municipales de Toulouse.
Le vicomte de Narbonne, Aymeric , autorise une communauté de moines à se constituer sur ses terres de Fontfroide. L'abbaye, fondée en 1093, est située dans le massif des Corbières, près d'un torrent. C'est à cette source d'eau fraîche (fons frigida) qu'elle doit son nom.. Les armes de l'abbaye représentent d'ailleurs une fontaine.
Au , l'abbaye de Fontfroide se retrouve aux avant-postes dans la lutte contre l'hérésie cathare. En 1203, un moine de Fontfroide Pierre de Castelnau est nommé légat pontifical par le pape Innocent III.. L'assassinat de ce légat du pape, sur une route du Languedoc, en 1208, déclenche la croisade contre les Albigeois... Dans la seconde moitié du , l'abbaye reçoit de nombreux dons du chevalier Olivier de Termes désireux de réparer les torts qu'il avait commis envers l'Église catholique. Il finance notamment la chapelle des Morts.
Époque contemporaine Les moines sont dispersés par la Révolution française en 1791. Les cisterciens reviennent en 1848. Antoine-Marie Claret, ancien archevêque de Santiago de Cuba y trouve refuge quand il est pourchassé par le gouvernement anti-clérical espagnol, et y meurt le . Les moines sont à nouveau expulsés par les lois anti-congrégationnistes de la Troisième République au début du .
Gustave Fayet, peintre et conservateur du musée de Béziers, achète l’abbaye en 1908 avec son épouse Madeleine d’Andoque, et entreprend sa rénovation. Il accueille en résidence plusieurs artistes : des musiciens, son ami Odilon Redon, dont quelques toiles subsistent dans la bibliothèque, ou encore le verrier Richard Burgsthal, qui réalise des vitraux pour l’abbatiale.
Liste des abbés Abbés réguliersDictionnaire d'histoire et de géographie ecclésiastique.
Abbés commendataires
Personnalités et moines célèbres
1369 : Géraud Corrége, moine de l'abbaye que le pape Urbain V, nomme abbé de Franquevaux
Architecture de l'abbaye vignette|gauche|Vue générale.
La cour d'honneur et le bâtiment des convers vignette|Plan de l'abbaye.|alt=
Après avoir franchi le porche d'entrée aux lignes élégantes, bâti vers 1777-1778, l'hôte de droite découvre le long rectangle de la cour d'honneur. Un mur de gros appareil et, en terrasse, les jardins à l'italienne implantés sans doute ici par Constance de Frégose au temps de l’abbatiat commendataire de ses deux fils. À gauche, un grand bâtiment de structure médiévale fut d’abord occupé par les frères convers puis transformé et réaménagé, notamment par l’ouverture de larges fenêtres à meneaux, afin d’accueillir l’hôtellerie. Au fond, l’espace est limité par une vaste arcature à trois baies dont celle du milieu, fermée par une grille de fer forgé, s’orne d’un fronton triangulaire classique. Cet ensemble se colore de l’ocre, rose et incarnat de grès, du vert des feuillages, de l’azur du ciel.
Une porte permet l'accès au réfectoire des convers. Les dimensions imposantes de celui-ci, dont la longueur avoisine les cinquante mètres, amènent à imaginer une communauté de 180 à 200 frères. Ce vaisseau construit au début du se divise en cinq travées ouvertes de voûtes d’ogives étalées. Les arcs doubleaux de profil carré, les ogives et les nervures se fondent dans les murs. L’éclairage est apporté par des baies géminées vers l’ouest et en simple arc plein cintre à l’est. Les aménagements des ont percé les deux portes centrales ouvrant l’une sur la cour d’honneur, l’autre sur la cour dite « Louis XIV ». Des cloisonnements avaient divisé la pièce en plusieurs espaces et on devine ainsi dans la deuxième travée des croix marquant la chapelle des « Étrangers ».
La restauration de l'abbaye, depuis 1908 jusqu’à nos jours, a permis de retrouver le magnifique volume de la salle et d’ajouter divers éléments décoratifs en réemploi, telles les splendides grilles de fer forgé au motif de pampres et la grande cheminée Renaissance provenant vraisemblablement du château des ducs de Montmorency à Pézenas, détruit sur ordre de Richelieu après la révolte du dernier d’entre eux en 1632. Pouvant recevoir jusqu’à , cette salle à l’excellente acoustique sert de cadre à des concerts de musique de chambre et à des récitals d’artistes.
La cour du thumb|L'abbaye à travers ses grilles.|alt=
Cette cour est souvent dénommée « Louis XIV », à tort, car les documents attestent que sa configuration actuelle provient des travaux effectués à partir de 1775. Dans le monastère médiéval, sur un espace nettement plus restreint, s'ouvraient au nord les ateliers des frères convers : la menuiserie, la forge et la boulangerie au droit du moulin enjambant le torrent. À l’est se développait l’aile du noviciat tandis que vers le sud plusieurs bâtiments proprement conventuels débordaient largement dans cette cour.
thumb|left|Le cloître et la citerne.|alt=
Tout l’ensemble se trouvait centré autour du puits, véritable citerne aux moellons parfaitement assemblés et qui s’approfondit en un gouffre creusé dans les calcaires fracturés. C’est là que se trouve une eau très froide, une des raisons du choix de ce site pour la première installation monacale. Toute implantation de monastère nécessite en effet une triple proximité : celle de la pierre, celle du bois et celle de l’eau. Tous ces éléments se trouvent réunis à Fontfroide.
Quand l’abbaye, aux temps classiques, n’abrite plus ni convers, ni novices mais seulement un petit groupe de moines, ceux-ci détruisent les bâtiments devenus inutiles et modifient les constructions en les aménageant selon le goût de l’époque. Alors cette cour prend son aspect régulier, rectangulaire, par la réduction des surfaces de la cuisine, de la salle des moines (le scriptorium) et surtout du réfectoire. La surélévation du sol, de près de , correspond aux déblais retirés de ces démolitions. Quant au noviciat, il fait place au logis du prieur conventuel avec une orangerie et, à l’étage, des logements spacieux. La façade cependant n’est qu’un décor de théâtre, placage sur la structure du .
La ruelle des convers Dans les abbayes cisterciennes normalement orientées, comme c’est le cas de Fontfroide, le sanctuaire étant disposé vers l’est, le cloître contigu et les bâtiments adjacents occupent la partie orientale du monastère. Les frères convers se trouvent donc installés dans la partie occidentale, tournée vers l’extérieur. Là s’ouvre la porte principale par laquelle ces ouvriers peuvent sortir pour gagner le lieu de leur travail. C’est à partir de cette entrée que s’organise la distribution intérieure des bâtiments. Celle-ci doit faciliter et en même temps réglementer la communication entre les deux groupes de religieux. Il s’agit d’établir, tout en maintenant la séparation, des points de contact entre les lieux de vie. Par elle les frères convers avaient accès au cellier et au réfectoire, au passe-plat de la cuisine, commune aux profès et aux convers.
C’est en cheminant sous cette longue voûte en demi-berceau qu’ils se rendaient au fond de l’église, sans déranger l’office psalmodié par les moines installés, eux, dans la partie opposée de la nef. Au , les convers ayant disparu depuis longtemps, leur ancien dortoir, à l’étage, a été aménagé en spacieuses cellules pour des hôtes. Un grand escalier, que soutient un arc en anse de panier, conduit à l’entrée.
Le cloître thumb|left|Le cloître.|alt=
Galerie ouest Dans la ruelle des convers une porte de ferronnerie fait passer au cloître lumineux. La lumière y est diffusée par des arcatures et des oculi. Cette cour intérieure est le cœur même de l’abbaye. C’est par la galerie ouest longeant le bâtiment des convers qu’on aborde cet espace clos enserrant un petit jardin.
L’arc brisé ouvrant la première travée découvre la perspective des massifs fleuris qui entourent le puits devant l’angle des grandes arcades dominées par le clocher. Deux périodes de construction et deux styles différents se sont succédé. ici.
Un premier cloître, bâti de la fin du au début du , fut élevé selon les règles de l’art roman. L’ensemble des parties basses, notamment la double procession des colonnettes et leurs chapiteaux à décor de feuillages supportant des petits arcs plein cintre, appartient à cette époque, mais c’est alors une charpente de bois avec son toit en appentis qui couvrait les quatre galeries.
Dans la seconde moitié du , quand Fontfroide, riche de multiples donations, entame le temps de sa plus grande prospérité, un important remaniement est réalisé suivant le goût et les techniques nouvelles, celles de l’âge gothique. Dans chaque travée, les colonnettes romanes, toujours en place, sont désormais surmontées d’un haut tympan, percé d’oculi différemment répartis et qui s’inscrit lui-même dans un profond arc brisé. L’ancienne couverture de bois est remplacée par la pierre et, à l’intérieur des galeries, les voûtes d’ogives retombent le long des murs sur d’élégants culots, à deux mètres du sol. Il faut encore parcourir la galerie Sud pour atteindre le portail donnant accès à l’église abbatiale.
thumb|Le cloître vu de la salle du chapitre.|alt=
Galerie sud Elle jouxte le collatéral de l’abbatiale et fut bâtie la toute première, aussi bien lors de la construction romane que lors du remaniement ogival. Les colonnettes sont ici groupées, dans chaque travée, en cinq paires : leurs marbres alternent le rouge de Caunes, la griotte des Pyrénées, le blanc veiné de gris ou de vert ; leurs chapiteaux offrent les motifs végétaux les plus variés.
Au-dessus, les deux tympans centraux s’aèrent par trois oculi, au lieu de l’unique, présent partout ailleurs. Mais ce sont les voûtes qui recèlent les particularités les plus curieuses. La croisée d’ogives y est accompagnée d’un lierre longitudinal torique et les compartiments très bombés sont appareillés en lit concentrique comme à la voûte du carré du transept dans l’église.