Rosemonde Gérard, née Louise Rose Étiennette le à Paris et morte le dans la même ville, est une écrivaine, poétesse et comédienne française, également connue sous le nom de Madame Edmond Rostand.

Biographie Enfance et origines Louise Rose Etiennette est née le à Paris, 21, rue Tronchet. Elle est déclarée trois jours plus tard à l’état-civil comme née de père et mère inconnus. Elle est ondoyée cinquante-quatre jours après sa naissance.

Le 8 janvier 1868, le comte Louis Maurice Fortuné Gérard, chef de corps du 1er régiment de chasseurs, reconnaît l’enfant comme sa fille devant un officier d’état-civil. Alors lieutenant-colonel en garnison au Mans, Louis Gérard, célibataire, y noue au milieu des années 1860 une relation amoureuse avec Sylvie Lee, dont Louise Rose Etiennette est le fruit. Mais, déjà mariée et mère de deux enfants, celle-ci, en raison de son statut marital, ne pourra jamais reconnaître légalement sa fille. Elle l'élèvera cependant, d’abord en tant que parente recueillie, puis en tant que pupille dont elle est la tutrice.

Le père de Rosemonde Gérard, Louis Maurice Fortuné Gérard, né en 1819, est le fils du comte maréchal Étienne Maurice Gérard, héros de la bataille de Wagram, et de Louise-Rose-Aimée de Timbrune-Thiembronne, fille de Jean-Baptiste Cyrus de Timbrune de Thiembronne, dite Rosemonde de Valence, dont Louise Etiennette adoptera également le prénom d’emprunt pour signer ses oeuvres littéraires. La comtesse de Genlis, femme de lettres française, est l'arrière grand-mère de Louis Maurice Fortuné Gérard. Rosemonde Gérard, qui possède en héritage des objets lui ayant appartenu, lui consacre plusieurs poèmes dont la Harpe de Madame de Genlis ainsi qu’ un ouvrage en prose en 1926 , « La vie amoureuse de Madame de Genlis ».

Sa mère, Sylvie Zénobie Perruche, née en le 29 mars 1833 à Ivory, près d'Arbois, est la fille de Claudine Lacroix et Charles Edouard Perruche, garde général des eaux et forêts à Pont Noir dans le Jura. Elle épouse le 25 mai 1861 à Paris, dans le 9e arrondissement, William Lee. Né le 15 janvier 1795 à Alton, dans le canton de Southampton en Angleterre, William Lee, rentier et de trente-huit ans l’aîné de Sylvie, est veuf d’une première union avec Élisabeth Knigtsthley. Lors de leur mariage, ils reconnaissent les deux fils qu’ils ont eu avant d’officialiser leur union, Edgar Henry, né à Paris le 10 novembre 1858, et William né à Paris le 31 octobre 1860.

En 1869, à la veille d’un voyage en Égypte pour l’inauguration du canal de Suez, Louis Maurice Fortuné Gérard rédige un testament en faveur de sa fille à laquelle il lègue la majeure partie de ses avoirs.

Formation En 1878, à l’âge de 12 ans, Louise Rose Étiennette intègre le pensionnat pour jeunes filles Sainte-Catherine, créé par les dominicaines de Nancy à Neuilly-sur-Seine, pour y être scolarisée. Elle est baptisée en avril 1879 avec pour parrain un neveu de son père, le comte d’Archiac, et pour marraine, son épouse, Aglaé Antonine de Gramont. Celle-ci est propriétaire du château de Mauvières et fait découvrir à sa filleule l’ancienne demeure d’Hercule Savinien de Cyrano, propriétaire des terres de Bergerac dans la vallée de la Chevreuse, à Saint-Forget.

Le 7 août 1880, le comte Gérard meurt. L’annonce est faite par le comte d’Archiac mais Louise Rose Étiennette n’est pas citée dans la liste des membres de la famille. Un conseil de famille se réunit pour éxécuter le testament. Louise Rose hérite du mobilier et des trois quarts de la fortune de son père, soit près d’un million de francs or, un montant dont elle ne disposera qu’à sa majorité. Son parrain le comte d’Archiac hérite du quart restant. Le comte Legrand est nommé comme tuteur de la jeune fille. En décembre 1882, à seize ans, elle quitte le pensionnat des dominicaines et rejoint le foyer de son tuteur. En avril 1886, le comte Legrand décède. Un nouveau conseil de famille la confie à Sylvie Lee, sa mère, qui en obtient la tutelle. Elle s’établit 66 boulevard Malesherbes où elle tient salon avec de nombreuses personnalités du monde de l’art comme Leconte de Lisle, Sully Prudhomme, Emmanuel Chabrier ou Jules Massenet. Alors que Leconte de Lisle, un ami de la famille, l’avait déjà emmenée enfant dans des salons littéraires pour déclamer des vers, c’est maintenant Maurice de Féraudy, de la Comédie Française, qui donne des cours de diction à Louise Rose. Le 5 avril 1887, elle devient majeure et peut disposer de sa fortune.

Vie professionnelle et privée Louise Rose Étiennette signe de son nom de plume, Rosemonde Gérard, le recueil de poème Les Pipeaux, qui paraît en 1889 et pour lequel elle reçoit l’année suivante le prix Archon-Despérouses, de l’Académie française, un prix qu'elle recevra à nouveau en 1926 pour le recueil ’'L’arc-en-ciel .. vignette|left|La Robe à ramage, portrait de Rosemonde Gérard par Eugène Pascau (musée d'Orsay) en dépôt au musée Edmond Rostand.

Le , elle épouse Edmond Rostand à Paris à l'église Saint-Augustin, avec le compositeur Jules Massenet comme témoin.

Le jeune ménage habite tout d'abord au 107, boulevard Malesherbes dans l’appartement dont Rosemonde Gérard est propriétaire et où vit sa mèrePoètes et écrivains du arrondissement de Paris, Jean Rimeize, Presses de Valmy, 2002, et s'installe, peu après, au 2, rue Fortuny où naissent leurs fils Maurice Rostand en 1891, puis Jean Rostand en 1894. À la naissance de ses petits-enfants, Madame Lee s’installe chez sa fille. Elle se montre très attentive et s’emploie à la soulager. En 1897, les Rostand achètent un petit hôtel particulier au 29, rue Alphonse-de-Neuville (aujourd'hui 1, rue Alfred Roll, démoli depuis). En-dehors des mondanités qu'il supporte mal, Edmond Rostand vit une vie austère et subit de nombreux moments de dépression et de maladie qui impactent sa famille. En 1902, après plusieurs séjours dans la région, les Rostand s'installent à Cambo-les-Bains, dans le pays basque, où Edmond projette d'édifier une demeure originale, la luxueuse Villa Arnaga, aujourd'hui Musée Edmond Rostand. Madame Lee suit la famille à Cambo. Rosemonde Gérard supporte mal l'isolement du lieu, loin de la capitale. Le 11 novembre 1903, Sylvie Lee, sa mère, qui l'a accompagnée partout jusqu'ici et s'est occupée de ses enfants meurt à l'âge de 70 ans. Elle est enterrée dans le cimetière de Cambo, laissant sa fille inconsolable.

En 1906, pour des raisons de santé, Rosemonde se rend pour la première fois seule à Paris avec son fils Maurice et renoue avec le plaisir des mondanités et des spectacles. Edmond Rostand, toujours en proie à son anxiété, reste à Cambo et peine à écrire Chantecler qui ne sera terminé et joué qu'en 1910 avec un succès relatif.

En 1913, Rosemonde écrit La petite marchande d’allumettes et en confie la composition de la musique à Tiarko Richepin, un ami de la famille qui fréquente la villa Arnaga à Cambo. L’opéra est joué avec succès en 1914 au théâtre de l’Opéra-Comique. Elle entame une liaison avec le jeune compositeur.

En 1913, Rosemonde et Edmond Rostand se séparent, sans pour autant divorcer. Pendant une partie de la Première Guerre mondiale, la famille Rostand se retrouve cependant à Cambo où ils se réfugient avec Anna de Noailles, un temps la maîtresse d’Edmond Rostand. En 1915, Tiarko Richepin est mobilisé et blessé et Rosemonde se rend à son chevet avec son fils aîné Maurice. Edmond Rostand reste à Arnaga et s’éprend de la jeune comédienne Mary Marquet.. Il envisage de refaire sa vie avec elle et de l’épouser, mais il meurt à Paris de la grippe espagnole le 2 décembre 1918. Rosemonde est présente au chevet de son époux lorsqu’il meurt.

À partir des années 1920, Rosemonde Gérard vit une seconde vie de femme de lettres. Elle fréquente les théâtres, la plupart du temps avec son fils Maurice avec lequel elle reste liée jusqu’à sa propre mort, tient salon et siège au jury du prix Fémina. Mais elle produit également une œuvre littéraire, publie dans des revues, donne des conférences, crée des pièces de théâtre, renoue avec la poésie, écrit des hommages à son ancêtre, Madame de Genlis, à Edmond Rostand, à des poétesses d’hier et d’aujourd’hui.

Elle collectionne les critiques élogieuses et fait l’objet de reportages. Elle est reconnue au niveau national et décorée de la Légion d’Honneur.

La médaille d’amour De l’oeuvre de Rosemonde Gérard restent deux vers célèbres issus d’un de ses poèmes, « Lorsque tu seras vieux », publié dans Les Pipeaux en 1889 au chapitre IX de L’éternelle chanson : . En 1907, le joailler Alphonse Augis de Lyon, obtient de Rosemonde Gérard le droit d’utiliser ce texte pour le graver sur des médailles. Il crée au fil des années de nombreux modèles de ce bijou, appelé la « médaille d’amour », en épurant la phrase et en utilisant les graphies « + » et « - » pour reproduire l’ellipse : « + qu’hier - que demain ». Rosemonde Gérard n’a jamais demandé de droits pour l’utilisation de ses vers sur ces bijoux, déclinés en médailles et en bagues, qui connaissent un succès populaire et s’écoulent à plus d’un million d’exemplaires. thumb|Tombe de Rosemonde Gérard et Maurice Rostand au cimetière de Passy (division 10).

Mort Rosemonde Gérard meurt le à son domicile, 17 chaussée de la Muette, dans le . Dans l’acte de décès, elle est décrite comme « Femme de lettres »Archives de Paris , acte de décès , année 1953 (vue 14/20).. Elle est inhumée au cimetière de Passy à ParisJacques Hillairet, Dictionnaire historique des rues de Paris, Les Éditions de minuit, septième édition, 1963, (« L-Z »), « Rue des Réservoirs », . ( division) où son fils Maurice Rostand sera inhumé à ses côtés 15 ans plus tard.

Oeuvres La création littéraire de Rosemonde Gérard est riche et diverse et s'étend sur une longue période d'une soixantaine d'années. Après le succès de sa première publication de poésie, Les pipeaux, elle entame avec son mariage avec Edmond Rostand une longue période d'une vingtaine d'années où elle s'efface dans l'anonymat pour collaborer d'une manière quasi professionnelle mais sans reconnaissance publique, à la carrière littéraire de son mari, Edmond Rostand. Elle collabore ensuite à des oeuvres théâtrales avec son fils Maurice Rostand, mais publie également du théâtre, des poésies ainsi que des ouvrages en prose. Elle donne de nombreuses conférences en France et participe au jury Femina.

Première publication, Les Pipeaux Adolescente, encouragée par Leconte de Lisle, elle déclame de la poésie dans les cercles littéraires. Son goût pour la poésie peut s'exprimer dans le salon littéraire de sa mère, Sylvie Lee, et éveille l'attention de la presse.

La publication en juin 1889 de son premier recueil de poèmes, Les pipeaux, est saluée par la critique et lui vaut un premier prix Archon-Despérouses.

Association avec Edmond Rostand En décembre 1890, Rosemonde Gérard finance la publication des Musardises, le premier recueil de poèmes d'Edmond Rostand, mais, contrairement aux Pipeaux, l'ouvrage passe inaperçu. Son mariage le 5 avril 1890 avec Edmond Rostand l'engage dans une longue période de collaboration littéraire unilatérale où Rosemonde Gérard met en veille sa carrière pour soutenir celle de son époux.

Mère de deux enfants, Maurice, né en 1891 et Jean, né en 1894, elle se voue également, sans compter au soutien sans faille de la carrière de son mari. Elle oeuvre sur plusieurs plans, à la fois comme associée littéraire à la demande de son mari, en multipliant les recherches de nouveaux sujets, la documentation, les relectures, les copies de texte et les négociations avec les éditeurs et les théâtres, et comme soutien moral et financier d'Edmond Rostand, en proie à de fréquentes périodes de doutes, de dépression et de maladies.