Manhwa (, prononciation: ) est le nom donné à la bande dessinée en Corée ; ce terme est aussi utilisé à l'étranger pour désigner la bande dessinée coréenne.

Part importante de la culture coréenne, le manhwa est un art populaire que l'on peut retrouver sur différents supports : papier, ordinateur et téléphone mobile. Cette extension lui permet de le rendre accessible à une plus grande partie de la population, augmentant ainsi sa popularité.

La Corée du Sud est aujourd'hui l'un des premiers pays producteurs de bandes dessinées du monde.

Un auteur de manhwa est appelé un manhwaga.

Histoire du manhwa

Les origines Comme le manga japonais et le manhua chinois, le manhwa est fortement influencé par l'art classique asiatique et plus particulièrement chinois. Les gravures anciennes (xylographie) du , très perfectionnées, servaient à diffuser les canons bouddhiques dans la population. Dans la gravure coréenne Bomyeongshibudo (보명십우도/普明十牛圖), une vache raconte une fable bouddhique. La page y est découpée en cases et l'image, au-dessus du texte, illustre celui-ci.

On retrouve l'art séquentiel propre à la bande dessinée.

Durant la période Joseon, l'art coréen s'affirme : Les portraits peints sont paisibles et non dépourvus d'humour. Cette tradition se retrouve dans les illustrations des couvertures des romans populaires, les affiches, et plus tard dans les premières bandes dessinées. La littérature s'épanouit. Les poèmes narratifs chantés (Kasa가사), les romans populaires (Japga 잡가), le pansori (판소리) mais aussi les spectacles de clown, donnent tous une place importante à la narration et n'hésitent pas à critiquer la société. On retrouve ces caractéristiques (l'importance de la narration, la critique de la société) dans le manhwa.

Le manhwa s'est donc développé sous une double influence : la tradition épique et l'art pictural oriental fondé sur la ligne.

Des débuts sous occupation japonaise (1909-1945) thumb|Caricature de Lee Do-yeong, 1909. Le , paraît le premier journal coréen: Hanseongsunbo 한성순보/漢城旬報. D'autres vont suivre, mais seront contrôlés par le gouvernement. Dans ces premiers journaux, on ne trouve pas de bandes dessinées mais de nombreuses illustrations aidant à la compréhension de l'actualité.

Le , avec la première apparition du Daehanminbo 대한민보/大韓民報, apparaît le premier manhwa. En première page, sous le titre Saphwa (삽화), les Coréens peuvent découvrir l'œuvre du caricaturiste Lee Do-yeong (이도영). Gravés sur bois, les manhwa de Lee Do-yeong cherchent à réveiller l'esprit du peuple coréen à travers une œuvre à la fois satirique (les fonctionnaires pro-japonais y sont représentés sous des traits de singes) et didactique.

La publication des manhwa de Lee Do-yeong n'a duré qu'un an. En effet, en août 1910, c'est le début de l'occupation japonaise et le Daehanminbo est supprimé. La presse, tout comme le pays, est contrôlée d'une main de fer. Mais à la suite du soulèvement du , le Japon relâche légèrement son emprise sur la presse et en 1920 de nouveaux titres sont publiés, dont des manhwa. Les caricatures y tiennent toujours une place de choix et connaissent une production importante grâce aux concours de bandes dessinées organisés par les journaux.

À partir de 1924, avec le manhwa Les vains efforts d'un idiot (Meongteongguri heonmulkyeogi 멍텅구리 헛물켜기) de Noh Su-hyeong (노수형), publié dans le Chosun Ilbo (조선일보/朝鮮日報), le manhwa commence à adopter les conventions de la bande dessinée occidentale (les cases et surtout les bulles). Les premiers recueils et journaux spécialisés sont publiés. Le manhwa s'affirme comme le média privilégié pour critiquer le joug de l'oppression japonaise. Parallèlement, le gouvernement japonais publie de nombreuses bandes dessinées de propagande, pour soutenir la production de riz ou en direction de la jeunesse afin de l'inciter à s'engager dans l'armée.

Accompagner des temps difficiles (1945-1980) Avec la Libération, le pays est sous administration américaine et soviétique. Les organes de presse retrouvent en partie leurs libertés et les manhwa satiriques y font une réapparition. Le premier personnage populaire, Le Professeur Kojubu de Kim Yong-hwan (김영환), fait son apparition dans le Seoul Times. De nouvelles revues sont créées et des revues de manhwas pour adultes voient le jour. Le , Kim Yong-hwan fonde le Manhwa Haengjin (만화행진/漫畵行進) (le manhwa en marche), qui est la première revue entièrement consacrée à la BD. Celle-ci doit cependant cesser sa parution dès le deuxième numéro, victime d'une censure toujours forte. Cependant l'année suivante, le , Manhwas news commence sa parution hebdomadaire avec beaucoup de succès, elle continuera pendant un an. Cette revue publie les meilleurs dessinateurs de l'époque : Kim Seong-hwan (김성환), Kim Yong-hwan (김영환), Shing Dong-heon (신동헌), Kim Eu-hwan (김의환) ou encore Lee Yong-chun (이영천). Au Japon à la même époque, la bande-dessinée s'émancipe des quotidiens d'information et devient un genre populaire autonome.

Avec la guerre de Corée, le manhwa retrouve une place centrale dans la propagande des deux côtés du conflit. Les dessinateurs sont mobilisés et produisent de nombreux tracts, particulièrement au sud. Le soldat Todori de Kim Yong-hwan, qui exalte le courage des soldats, rencontre un énorme succès. La censure se durcit à nouveau et les caricaturistes trop critiques sont sévèrement condamnés. Cependant, pour accompagner une société durement touchée par la guerre et la misère, et notamment les enfants, les revues de manhwa multiplient les récits d'aventure et fantaisistes comme Le docteur Hendel de Choi Sang-gwon (최상권). Ces récits sont publiés dans des revues à petit prix, sur un papier de très mauvaise qualité et dont aujourd'hui il ne reste que très peu d'exemplaires. Ces revues, appelées les takji manhwa. (딱지만화) et sont publiées à Pusan permettant à de jeunes auteurs de se lancer. Avec les takji, le manhwa et la BD commence à se diversifier pour s'adapter aux goûts des lecteurs de plus en plus nombreux et divers. Par ailleurs, c'est avec eux que le manhwa a pris sa forme contemporaine, avec des cases et des bulles.

La fin de la guerre de Corée marque le début d'une période prolifique pour le manhwa. Et se prolonge jusqu'au milieu des années 1960 et est accompagnée par l'ouverture et le succès très rapide des premières librairies de prêt qui permettent de louer et lire des bandes-dessinées : les manhwabangs 만화방/漫畵房.. Le marché commence à se structurer, des maisons d'éditions spécialisées sont créés comme Manhwa Segyesa 만화세계사 et de nombreux éditeurs indépendants se lancent dans l'aventure et de nouvelles revues arrivent sur le marché comme la très populaire Arirang 아리랑. On commence à publier des albums de 200 pages avec des récits complets, favorisant l'éclosion de longs récits dramatiques dans lesquels excellent par exemple Park Ki-jeong (박기정) ou Kim Jong-rae (김정래). Mais cette expérience d'une bande dessinée en album sera de courte durée. En effet, le succès des manhwabangs qui favorisent la rencontre entre manhwas et public, y met rapidement un terme au profit de nombreuses revues. Cet engouement pour le manhwa permet aux auteurs de vivre plus confortablement, mais aussi aux maisons d'éditions de lancer et révéler de nouveaux dessinateurs. Chacun apportant leur nouvelle forme de manhwa.

Le manhwa de la fin des années 1950 et du début des années 1960 est très diversifié. Si le genre dominant est le myeongrang manhwa (명랑 만화/明朗 漫畵) (manhwa humoristique pour adulte de 3 ou 4 pages), la BD coréenne de narration se développe et s'épanouit et avec elle une nouvelle génération de manhwaga (만화가/漫畵家). Shin Dong-u (신동우), Kim San-ho (김산호) et Park Ki-dang (박기당) créent le manhwa de science fiction et le manhwa fantastique tandis que Park Ki-jeong (박기정) développe le manhwa historique et revient sur l'époque de l'occupation japonaise dans Poktana (폭탄아/爆彈兒) (La Bombe) qui raconte les aventures d'un jeune coréen qui se bat contre les japonais en Mandchourie. Les sunjeong manhwa (순정만화/純情漫畵) deviennent un genre à part entière avec Kwon Yeong-seop (권영섭), Choi Sang-rok (최상록), Jo Won-ki (조원기) ou Jang Eun-ju (장은주). Mais cette période d'euphorie est de courte durée. Après le coup d'État du , le manhwa va décliner sous les assauts de la censure qui mine la créativité des auteurs. Le distributeur et maison d'édition Habdong Munwhasa (합동문화사) prend le contrôle de la distribution des manhwas et rachète les éditeurs de manhwa. En 1966 il instaure le monopole sur l'édition et la distribution des manhwas. Bien que la BD coréenne se retrouve prisonnière à la fois de la censure de l'État et du monopole de Habdong Munwhasa, elle continue à travers des aventures comiques pour les enfants et des récits dramatiques pour adultes à réconforter les coréens. Les sujets contemporains sont délaissés au profit des longs romans graphiques historiques, emblématiques du manhwa des années 1970 permettant de critiquer discrètement le pouvoir en place. Les Coréens se reconnaissent dans les luttes contre le féodalisme à la fin de la Période Joseon ou les mésaventures de leurs ancêtres. Ces manhawas permettent aux Coréens d'apporter du divertissement et de réconfort dans une période difficile, de se réapproprier leur histoire après les censures de l'occupation japonaise et les longues années de guerre.

La première longue série historique, est publiée par le quotidien Ilgan Sports en 1972 : Im Keog-jeong (임꺽정) de Go U-yeong (고우영) qui est l'un des auteurs phares de cette période avec les autres séries tels que Suhoji (수호지/水滸志), Samgukji (삼국지/三國志) adaptation de l' Histoire des Trois Royaumes qui fut son plus grand succès, Chohanji (초한지/楚漢志), Seoyuki (서유기/西遊記) ou Garujikijeon (가루지기전). Ces longs récits historiques n'étaient pas dépourvus d'humour et de situations dramatiques. C'est également dans l'Ilgan Sports qu'est publiée à partir de 1974, la série Goindol (고인돌) de Park Su-dong (박수동). Cette série paraît pendant 18 ans. Avec un trait très original soutenu par un ton direct et humoristique. Park Su-dong, traite des rapports hommes/femmes tout en y introduisant discrètement un érotisme alors interdit. L'hebdomadaire Sunday Seoul domine le marché du manhwa dans les années 1970, grâce aux drames historiques de Bang Hak-ki (방학기) qui se distinguent du reste de la production par la qualité de leurs scénarios et le naturalisme des dialogues. Mais ces premiers succès importants des manhwas pour adultes n'éclipsent pas pour autant le manhwa pour la jeunesse dont les revues sont florissantes. Ces bandes-dessinées sont optimistes et joyeuses. Parmi les auteurs, les plus sollicités et plébiscités, on compte Kil Chang-deok (길창덕), Yun Seung-hun (윤승훈), Park Su-dong (박수동) et Shin Mun-su (신문수).

Renaissance et dynamiques du manhwa dans les années 1980 En 1981, Kim Su-jeong (김수정) s'inspire du manhwa pour enfants des années 1970 pour réaliser Dooly le petit dinosaure (아기공룡 둘리) qui sera le premier manhwa à être adapté en dessin-animé et à être l'objet de nombreux produits dérivés. C'est aussi le premier héros de manhwa antipathique. Cette réussite spectaculaire marque les débuts du renouveau du manhwa.