Des élections législatives partielles se tiennent au Vanuatu le et le pour pourvoir vingt-trois sièges vacants, dont vingt-deux rendus vacants par une crise politique.
Contexte Les élections législatives de novembre 1987 sont remportées par le Vanua'aku Pati au pouvoir, qui remporte vingt-six des quarante-six sièges au Parlement de Vanuatu. Walter Lini, Premier ministre de Vanuatu depuis l'indépendance du pays en 1980, demeure ainsi chef du gouvernement. L'Union des partis modérés, menée par Vincent Boulekone, remporte les vingt autres sièges et demeure l'opposition parlementaire. Maxime Carlot remplace Vincent Boulekone comme chef de l'UPM et donc comme chef de l'opposition peu aprèsVanuatu : élections du 30 novembre 1987, Union interparlementaire MILES, William F.S., Bridging Mental Boundaries in a Postcolonial Microcosm: Identity and Development in Vanuatu, Honolulu : University of Hawaii Press, 1998, , p.24.
En 1988, cinq députés emmenés par Barak Sopé quittent le Vanua'aku Pati et créent le Parti progressiste mélanésien. Ces cinq députés sont expulsés du Parlement le par le président du Parlement, Onneyn Tahi, à la demande du gouvernement Lini, invoquant une loi de 1983 qui rend vacants les sièges de députés qui changent de parti politique en cours de législature. Barak Sopé ainsi que Maxime Carlot qualifient alors Walter Lini de « dictateur », et dix-huit des vingt députés de l'UPM boycottent le Parlement. Le , ayant été absents du Parlement trois jours consécutifs, ces dix-huit députés sont expulsés à leur tour par Onneyn Tahi, qui considère qu'ils ont démissionné de leur mandat. En septembre, la Cour suprême confirme la légalité de la destitution de ces vingt-trois députés, ouvrant la voie à la tenue d'élections partielles "Sope's desperate gamble falters", Pacific Islands Monthly, septembre 1988, p.10. Les deux seuls députés UPM qui ne sont pas expulsés sont Vincent Boulekone et Gaetano Bulewak, qui ont refusé la stratégie de boycott de l'UPM. Exclus par contre du parti, ils re-fondent l'Union tanVincent Boulekone, « La politique du Tan-Union » dans Howard Van Trease et Michelle Craw (dir.), La politique mélanesienne: Stael Blong Vanuatu, université du Pacifique Sud, 1995, pp.207 et suivantes Roland Rich, Luke Hambly et Michael G. Morgan, Political Parties in the Pacific Islands, Australian National University Press, 2008, p.123.
Tenue des élections partielles Les élections partielles pour les dix-huit sièges rendus vacants par l'expulsion des députés de l'Union des partis modérés se tiennent le , l'expulsion des cinq députés dissidents du Vanua'aku Pati ayant été suspendue par décision de justice. L'UPM et le Parti progressiste mélanésien (PPM) les boycottent. Seuls le Vanua'aku Pati et l'Union tan présentent des candidats. Pour neuf des sièges, il n'y a qu'un seul candidat "Political crisis in Vanuatu", Australian Foreign Affairs Record, décembre 1988, pp.541-542 "Poll will set Vanuatu's power base", The Canberra Times, 12 décembre 1988, p.6. Le taux de participation dans les circonscriptions où il y a des candidats à départager n'est que de 40 % environ, les partisans de l'opposition suivant la consigne du boycott "Sope, Sokomanu guilty of mutiny and sedition", Pacific Islands Monthly, mars 1989, p.10.
L'expulsion de Barak Sopé et de ses quatre collègues députés ayant finalement été confirmée par la justice, des élections partielles pour ces cinq sièges vacants se tiennent le . Là aussi, seuls le Vanua'aku Pati et l'Union tan y participent, ces élections étant boycottées par l'UPM et le PPMRésultats des élections partielles de 1989, Journal officiel de la République de Vanuatu, 18 décembre 1989, pp.1-2.
Résultats À l'issue de ces scrutins, le gouvernement de Walter Lini dispose d'une majorité écrasante des sièges au Parlement. Le seul parti d'opposition présent est l'Union tan de Vincent Boulekone. Les résultats sont les suivantsRésultats des élections partielles de 1988, Journal officiel de la République de Vanuatu, 19 décembre 1988, pp.1-2.
Par parti PartiDirigeantSièges remportés en 1988-1989Total des sièges au ParlementChangement par rapport à 1987 Vanua'aku PatiWalter Lini1940+14 Union tanVincent Boulekone46+6 Union des Partis modérésMaxime Carlot0 (boycott)0-20
Par circonscription Ambae
: un siège à pourvoir député sortant : Samson Bue (UPM)
CandidatParti Voix % Résultat Tarisevuti Wilson VP 1368 Vira Jeremiah Lingi Union tan 228
Ambrym
: un siège à pourvoir député sortant : Amos Andeng (UPM)
CandidatParti Voix % Résultat Andrew Welwel VP 1311 Talsil Olsen Kai Union tan 479
Îles Banks et Torres
: un siège à pourvoir député sortant : Luke Dini (UPM)
CandidatParti Voix % Résultat George Baet VP 1342 80,8 % Francis Din Union tan 318 19,2 %
: un siège à pourvoir député sortant : Charles Godden (PPN)
CandidatParti Voix % Résultat Cecil Sinker VP 1473 Gorqon Ben Union tan 302
Éfaté
: deux sièges à pourvoir députés sortants : Andes Jacques Carlot (UPM) et Joel Mansale (UPM)
CandidatParti Voix % Résultat Tele Taun VP 771 Thomas David Tanarango VP 474 Andes Carlot sans étiquette 110
Espiritu Santo / Malo / Aore
: quatre sièges à pourvoir députés sortants : Harry Karaeru (UPM), René Luc (UPM), Andrew Molieno (UPM), Serge Vohor
Il n'y a que trois candidats, qui sont donc tous déclarés élus sans vote.
CandidatParti Voix % Résultat Keith Daniel Union tan - - (sans vote) Sarki Robert VP - - (sans vote) James Vuti VP - - (sans vote)
: un siège restant à pourvoir
Un siège n'ayant pas été pourvu en décembre 1988, une nouvelle élection partielle est organisée. Il y a un seul candidat, qui est donc déclaré élu sans vote.
CandidatParti Voix % Résultat Vatou Louis Union tan - - (sans vote)
Epi
: un siège à pourvoir député sortant : Jimmy Simon (PPM)
Il y a un seul candidat, qui est donc déclaré élu sans vote.
CandidatParti Voix % Résultat Tangat Yapet VP - - (sans vote)
Luganville
: un siège à pourvoir député sortant : Alfred Maseng (UPM)
CandidatParti Voix % Résultat Kalo Nial VP 647 Vatou Louis Union tan 201 Norman Roslyn sans étiquette 43
: un siège à pourvoir député sortant : William Edgell (PPN)
CandidatParti Voix % Résultat Russon Seth VP 545 Tamos Petro Union tan 170
Malekula
: deux sièges à pourvoir députés sortants : Adrien Malere (UPM) et Paul Telukluk (UPM)
CandidatParti Voix % Résultat Daniel Nato VP 2414 Tawi John Wesley VP 1191 Liatlatmal Ignace Union tan 228
: un siège à pourvoir députés sortants : Lingtamat Anatole (PPM)
CandidatParti Voix % Résultat Waniel Emile VP 2985 Liatlatmal Ignace Union tan 126
Port-Vila
: trois sièges à pourvoir députés sortants : Maxime Carlot (UPM), Maria Crowby (UPM) et Willie Jimmy (UPM)
Il n'y a que trois candidats, qui sont donc tous déclarés élus sans vote.
CandidatParti Voix % Résultat Joseph Jacobé Union tan - - (sans vote) Kalkot Mataskelekele VP - - (sans vote) Kalanga Sawia VP - - (sans vote)
: un siège à pourvoir député sortant : Barak Sopé (UPM)
CandidatParti Voix % Résultat Brothy Thomas Faratia VP 757 Haul Gilbert Union tan 184
Tanna
: trois sièges à pourvoir députés sortants : Iaris Naunun (UPM), Keasipai Song (UPM) et Kawai Thompson (UPM)
Il n'y a que trois candidats, qui sont donc tous déclarés élus sans vote.
CandidatParti Voix % Résultat Jack Iauko VP - - (sans vote) Noanikam Jimmy Union tan - - (sans vote) Gideon Kota VP - - (sans vote)
Tongoa / îles Shepherd
: un siège à pourvoir député sortant : Fred Timakata (Vanua'aku Pati)
Ce siège est vacant en raison de l'élection du député Fred Timakata comme président de la République.
CandidatParti Voix % Résultat Etchin Shem Masoerangi VP 731 Pakoa Ezekiel Union tan 33
Suites Le , quatre jours après les élections partielles, le président de la République George Sokomanu déclare le Parlement dissous et annonce que des élections anticipées se tiendront en . Le gouvernement Lini considère cette dissolution comme étant anticonstitutionnelle et n'en tient pas compte. Le , le président Sokomanu nomme un « gouvernement par intérim » mené par son neveu Barak Sopé. Le même jour, le gouvernement Lini ordonne et obtient l'arrestation de Sokomanu, de Sopé et d'autres membres de ce prétendu gouvernement. Le , la déclare anticonstitutionnelles les actions du président Sokomanu, la Constitution de Vanuatu ne permettant pas au président de la République de dissoudre le Parlement de sa propre initiative, ni de nommer un gouvernement qui n'aurait pas la confiance du Parlement.
En février 1989, la justice condamne le président Sokomanu à six ans de prison pour incitation à la mutinerie et pour conspiration séditieuse. Barak Sopé et Maxime Carlot sont chacun condamnés à cinq ans de prison, et Willie Jimmy à trois ans de prison.
En , le Premier ministre Lini est contraint de démissionner à la suite d'une fronde interne à son parti, et à une motion de censure à son encontre au Parlement. Donald Kalpokas, nouveau chef du Vanua'aku Pati, devient Premier ministre en amont des élections de décembre« Vanuatu : élections du 2 décembre 1991 », Union interparlementaire.
Références
Vanuatu Vanuatu 1988 Catégorie:1988 au Vanuatu Catégorie:1989 au Vanuatu