Le musée colonial de Marseille est un musée consacré aux produits des anciennes colonies françaises, produits essentiellement botaniques. Créé par Édouard Heckel en 1893, c'est le premier musée purement colonial en France. Ses buts sont à la fois scientifiques, économiques et commerciaux. Il est fondé en même temps que l'Institut colonial de Marseille, lui aussi une création de Heckel.

Ses collections, longtemps négligées, ont été bien diminuées avec le temps et les aléas de la décolonisation. Elles incluent des pièces rares dont un échantillon unique au monde d'une espèce de palmier disparue. Elles forment un ensemble de grande valeur non seulement patrimoniale, mais toujours d'actualité dans plusieurs domaines d'études présents (environnement, écologie, biodiversité… et bien sûr histoire) Leur attractivité est renouvelée par le mouvement de revalorisation du patrimoine universitaire commencé en Europe au tournant du .

Inscrites comme monument historique avec leur mobilier d'origine, elles sont en cours de classement.

Le fondateur, Édouard Heckel

Son fondateur, le botaniste Édouard Heckel (1843-1916), est pharmacien militaire dans la marine (il a beaucoup voyagé pendant une dizaine d'années et surtout dans les colonies), médecin, botaniste enseignant et chercheur. Il est aussi un net adhérent aux idées de ce qui a été appelé le parti colonial — non pas un parti politique au sens propre du terme mais un courant de pensée — et à l'idéologie coloniale française de cette fin du .

Au début des années 1890, il décide que le moment est venu pour lui de « s'extérioriser », pour reprendre un mot qui lui est familier : il s'agit d'établir un contact plus direct avec le public afin d'éveiller l'intérêt général pour les produits coloniaux sur lesquels il a travaillé pendant de nombreuses années et qui restent encore essentiellement ignorés en France. C'est ce qu'il appelle lui-même « un moyen d'éducation coloniale par les yeux », qui participe d'« une école d'instruction coloniale » dispensant également des conférences et la publication d'une revue périodique.. Outre cette intention, il vise trois autres buts : intensifier les recherches sur ces produits mal connus, avec l'accent sur leur mise en valeur par leurs applications possibles à tous points de vue : médecine, alimentation mais aussi toute branche de l'industrie ; servir de centre d'information aux industriels souhaitant mettre en place une production basée sur un produit naturel colonial : où et comment exploiter quel produit ; et développer les échanges entre les diverses colonies. Il considère aussi que l'établissement de musées est indissociable de l'éducation du peuple en général et des futurs colons en particulier. ; qu'ils peuvent être une source de documentation pour informer les enseignants ; et qu'ils doivent, pour remplir efficacement ce rôle d'information et de formation, inclure une bibliothèque. Deux choses sont claires pour lui : il ne peut y avoir de cours sur les produits coloniaux sans le support de collections les plus complètes possibles ; et d'autre part la question pratique des résultats immédiats (s'entend l'aide au commerce et à l'industrie) prime sur les objectifs à plus long terme (s'entend la création de cours d'enseignement, qui viennent en complément et non en objet principal même s'il ne néglige pas leur importance). Le jardin botanique de Marseille, qu'il a créé en 1885 et qui porte son nom, est muni de serres chaudes dans le but originel d'étudier les plantes exotiques et devient lui aussi une espèce de musée vivant, un outil de démonstration.

Il obtient de Jamais (sous-secrétaire des Colonies 1892-1893), et du ministre de l'Instruction publique, la décision de créer un musée colonial et un institut de recherches colonial à Marseille..

Histoire thumb|Entrée de la salle du musée,bvd des Dames, 1900 thumb|Fond de la salle du musée thumb|Laboratoire du musée-institut,bvd des Dames, 1900

Il faut avant tout préciser que dans l'esprit d'Heckel il n'y a aucune séparation entre le musée colonial et l'institut colonial. En 1896, trois ans après l'ouverture du musée, il écrit : « J'ai créé, en 1893, à Marseille, un établissement public, unique en France jusqu'ici, sous le nom de Musée et Institut colonial » : ce alors que l'institut colonial de Marseille n'est officiellement fondé qu'en 1906.

Les débuts Boulevard des Dames

Fin 1893 Heckel crée donc un musée colonial à Marseille, sur le type du musée colonial de Haarlem qu'il est allé visiter. C'est le premier musée purement colonial en France. Il y apporte toutes ses collections privées — résultat de trente ans de travail —, recueillies soit par lui-même y compris pendant les dix années qu'il a passées sur mer ou aux colonies, soit par ses relations dans le monde entier ; il donne également sa bibliothèque coloniale et celle héritée de l'un de ses amis, M. Raoul.

Le musée colonial est d'abord situé dans un local au deuxième étage de l'immeuble affecté au service colonial (63 boulevard des Dames), mis à sa disposition par le ministre des colonies auprès du service colonial. Heckel organise une souscription qui recueille francs, ce qui permet d'acheter le mobilier (vitrines, bibliothèques, équipement de laboratoire). Le musée comprend une grande pièce qui sert de salle d'exposition, une bibliothèque et un laboratoire de recherche avec ses dépendances. Le loyer, environ , est payé par l'État qui paie aussi le salaire du garçon de laboratoire et gardien (). Le ministère des Colonies (créé à part entière seulement en 1894) donne une subvention de pour les charges courantes (nettoyage, chauffage, éclairage, frais de correspondance…). Heckel se charge de la correspondance et de l'envoi d'échantillons d'étude en France et à l'étranger ; ses quatre collègues bénévoles assurent l'entretien du laboratoire et la détermination des échantillons (botanique, minéraux et produits) reçus de toutes parts. Les très nombreux correspondants étrangers sont « des fonctionnaires, médecins, officiers, pharmaciens, administrateurs, quelques rares colons libres, et surtout des missionnaires, excellents récolteurs, mais pas un agent consulaire » ; Heckel leur rembourse leurs dépenses et paie les frais de transport. Chaque année, une exposition consacrée à un produit colonial est organisée.

Le musée (opérant depuis 1893) est officiellement inauguré en par le ministre du commerce. Heckel en est bien sûr le premier directeur. Ouvert tous les jours sauf le lundi (jour de nettoyage), en 1898 il reçoit visiteurs et en 1899. Une partie de ces visiteurs sont les étudiants des cours de l'Institut colonial, dont les cinq chaires sont créées en 1899.

Rôle du musée dans le commerce et l'administration

Dès ses débuts, le musée joue un rôle important à Marseille ; en , Le Figaro publie ses louanges et ajoute : « Il s'agit d'un musée pratique, rendant des services pratiques. Il est à peine fondé depuis trois ans que Marseille ne saurait plus s'en passer ».. Bien qu'il ne s'occupe pas de questions à proprement parler commerciales, ses échantillons servent de types dans l'arbitrage des litiges devant le tribunal de commerce ou d'autres instances. De plus, la Douane se sert journellement de ses collections pour l'assise des droits fiscaux sur les matières nouvelles. La chambre de commerce transmet aussi au musée toutes les demandes qu'elle reçoit des chambres des colonies ou de l'étranger pour ce qui concerne les produits coloniaux commerciaux, leur valeur vénale, leur potentiel de vente, etc.

En sus de la création d'une sorte de banque de données de tout produit colonial, et des recherches menées dans son laboratoire, le musée a donc une importante activité de bureau d'information et de renseignements. Et dès sa création en 1893 il a sa revue. En réalité c'est déjà l'institut colonial à tous points de vue sauf pour l'aspect de sa création purement administrative.

thumb|Projet pour le nouveau musée-institut colonial du bvd de la Paix, 1900 thumb|Laboratoire de recherches botaniques, jardin des plantesdu parc Borély, 1900 Boulevard de la Paix

Avec l'accroissement rapide des collections, le local devient vite trop petit. Et surtout, le conseil municipal reconnaît l'importance des résultats ainsi obtenus. Ardemment poussé par le Garnier, adjoint du maire délégué à l'instruction publique, il vote le un crédit de pour la construction d'un musée-institut colonial avec laboratoire, salles de cours et de conférences, quatre grandes salles d'exposition des produits coloniaux (Afrique, Amérique, Asie, Océanie), et bibliothèque. Les crédits en question concernent un « musée » : à cette date il n'y a pas encore d'institut officiel.. Le musée-institut colonial est à bâtir sur un terrain de même valeur (offert par la ville) dans le quartier de l'ancien cimetière Saint-Charles, sur le boulevard de la Paix au voisinage de la place d'Aix. L'endroit est destiné à rassembler l'ensemble des facultés de Marseille. En 1900 la liste des donateurs est déjà longue : pour les sommes d'argent, leur liste sur quatre pages inclut négociants, industriels, banques, personnes politiques et membres du corps enseignant. Les donateurs d'objets divers sont encore plus nombreux ; si la majorité de ces dons est orientée sur la botanique, le musée reçoit aussi des artéfacts très diversifiés.

Il existe aussi un laboratoire de recherches botaniques dans le jardin botanique (créé par Heckel en 1880.) du parc Borély. Cet établissement, dirigé par Heckel, appartient à la municipalité de Marseille et est doublé de serres chaudes réservées aux plantes coloniales. Il est utilisé pour identifier si nécessaire, et pour expérimenter sur les graines et plantes fraîches envoyées par les nombreux correspondants de Heckel et de l'institut. Quoique petites, c'est de ces serres que sont sortis tous les plants dAraucaria bidwillii introduits dans les colonies d'Afrique et d'Océanie ; les pieds de kola introduits dans toutes les colonies françaises tropicales (Antilles, Guyane, Madagascar, Indochine, la Réunion) ; le Kinkélibah, contre la fièvre bilieuse hématurique ; le Maloukang ou Ankalaki (Polygala butyracea..), pour son beurre.Une version un peu plus courte paraît dans le Journal de pharmacie et de chimie : . ; et d'autres. C'est aussi dans ces serres qu'ont été déterminées nombre de plantes, par exemple le Dadigogo ( Heckel), taenifuge de la Guinée. Toutefois, ces serres sont bien petites pour le travail qui s'y effectue. Le la municipalité vote un crédit de (d'autres disent .) pour la construction, dans la section coloniale du jardin, de serres chaudes réservées aux plantes économiques tropicales et adjointes à ce laboratoire.

L'exposition coloniale de Marseille de 1906

La grande exposition coloniale de Marseille de 1906 marque une étape capitale dans l'évolution du musée-institut : la Chambre de commerce et d'industrie de Marseille prend conscience de l'importance économique d'un institut colonial. Elle décide d'en fonder un qui soit placé directement sous son autorité administrative et doté de véritables statuts (association loi de 1901). Le musée colonial scientifique d'Heckel est alors complété par un musée colonial commercial. Après l'exposition coloniale de 1922, le musée des colonies au parc Chanot vient compléter l'ensemble.

thumb|center|260px|La grande serre de l'exposition coloniale de 1906

Les revues du musée-institut

Dans la foulée de la création du musée-institut colonial, il crée en 1893. une revue associée, dont le premier tome est appelé Annales de l'Institut botanico-géologique colonial de Marseille. Les tomes suivants sont les Annales de l'Institut colonial de Marseille de 1895 à 1906. Puis viennent les Annales du Musée Colonial de Marseille de 1907 à 1953. Sa parution dure une soixantaine d'années.